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lundi 17 juillet 2017

La Servante Ecarlate

Il y a bien des années, une lectrice de ce blog m'a envoyé le livre de Margaret Atwood, La Servante Ecarlate. J'ai essayé de le lire à plusieurs reprises mais je galérais. Non que c'était mal écrit mais parce que la description de l'univers du personnage me mettait très mal à l'aise. Arrive Trump, GamerGate et autres connards machistes, avec un pic global et international de machisme puant (y'a qu'à voir les commentaires débiles qui ont accompagné les sorties des nouveaux opus de Star Wars, Wonder Woman et Ghostbusters, ou la réaction d'hier à l'annonce d'un Docteur féminin*). Et on reparle d'abord, comme d'habitude, de 1984 mais, et c'est plus surprenant, de La Servante Ecarlate ("The Handmaid's Tale" en vo) : Emma Thompson en achète des exemplaires pour les distribuer, une association de défense des femmes fait un happening basé dessus à Washington, etc.
Pourquoi ? Mais parce qu'on avait pas collé autant de bâton dans les roues des femmes depuis bien longtemps (et je soupçonne fortement que la mort de Simone Weil ne va pas arranger les choses en France).

La Servante Ecarlate est le récit, à la première personne, de la vie d'une "Servante". Dans des USA du futur, une dictature "chrétienne" s'est installée et a établi un ordre des choses pour les femmes proprement affreux. Il leur est attribué un rôle définitif : Epouse, Econofemme, Martha (cuisinière, femme de chambre, etc.) ou Servante. La couleur de leurs vêtements est définie. Il leur est interdit d'apprendre à lire, etc. La catégorie des Servantes (la narratrice) est dédiée à la reproduction. Si un mariage est stérile, on fournit à un homme une Servante, qui sera chargée de porter un enfant pour le couple (la GPA mais pas pour tous, uniquement les puissants). Le rôle de la Servante, toute vêtue de rouge, est absolument limité à cela : être un "vase". La narratrice est une Servante de la première génération de femmes à subir cela. Elle a eu une vie, avant : elle avait un mari, un enfant, qu'elle a perdus dans une tentative d'évasion échouée.
Il y a un épilogue sous la forme d'une étude historique de ce roman par des historiens cent ans après les faits, qui ajoute des informations de contexte. Ce n'est pas sans faire penser à Rêves de Fer dont j'ai parlé ici aussi.

Pourquoi ce roman est-il si difficile à lire ?
Déjà parce que je découvre avec horreur que nombre d'humains sur cette terre ont de la merde puante entre les oreilles (lisez "gamergaters", "broflakes" etc.) et que l'avenir décrit n'est pas super éloigné de certains de leurs idéaux. C'est pas nouveau mais, depuis quelques années, ça a cessé de se cacher sous les pierres où ça aurait dû rester.
Ensuite parce que le récit à la première personne fait part d'une résignation qui est difficile à accepter quand on lit plutôt des romans pour s'évader. Non, la narratrice n'est pas un héros. Elle a du mal mais accepte plus ou moins son sort, en étouffant ses sanglots. Ce qui serait la réalité pour la plupart d'entre nous confrontés à toute forme de totalitarisme. C'est dur d'accepter de voir la médiocrité dans un miroir, même déformant. Et pourtant...
Enfin parce que, quand on regarde le monde : ce futur, ou une variante d'icelui, n'est vraiment pas loin, bon sang (voire, existe déjà dans certains pays).

Un roman qui n'a cessé de me retourner tout au long de la lecture. Un roman fort, qui provoque une sacrée émotion, même si désagréable, est un BON roman.

Lisez-le.

La version qu'on m'a donnée.


Je vais voir si je peux emprunter le film à ma médiathèque, moi...

NB : merci encore, Ivy. J'aurais dû lire ce livre bien plus tôt !

EDIT : je viens d'apprendre qu'une adaptation en série télé était en ce moment même en cours de diffusion. Je ne l'ai pas vue mais, ce que j'en entends, vous pouvez foncer. http://www.lemonde.fr/televisions-radio/video/2017/06/27/pourquoi-la-serie-the-handmaid-s-tale-est-incontournable_5151842_1655027.html
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* : si un Docteur de sexe féminin vous pose problème, c'est que vous n'avez pas écouté ce que le Docteur vous a dit dans chaque. Putain. D'épisode.

vendredi 31 mai 2013

Le suivi du vendredi (#FF)

Tiens, je vais faire un court message pour faire de la pub aux amis, aux assoces et aux journaux que je lis, que je suis ou que je soutiens. C'est un peu un bonus du billet précédent. C'est une sorte de "#FF" fait à la main, cette petite activité que l'on fait où on cite des auteurs de contenu web sur les réseaux sociaux pour les faire connaître.

Journaux
En ces temps de disparition du papier, il faut savoir que je reçois encore dans ma boîte aux lettres Le Canard Enchaîné et Le Monde Diplomatique. Je ne dispose plus réellement du temps pour lire intégralement le dernier mais cela reste le journal qui me propose les articles les plus fouillés, les plus recherchés, les plus travaillés. Quant à leur site, il est admirablement fourni en contenu et ce sans compter les blogs qu'il héberge. Notez que le Diplo est sur Flattr. Le Canard, quant à lui, il ne sers à rien de le présenter mais savez-vous que le site web vous propose la une du journal chaque semaine, assez souvent en avance de la sortie ? Je vais en profiter pour signaler l'excellent "James" et sa critique de l'actualité "on veut travailler pour le canard enchaîné".
Evidemment, avide de niouniouzes du monde libre, je lis Le Monde mais je suis aussi par RSS dans le désordre Fakir, El Pais, Acrimed, Observatoire des Médias, EFF, la BBC, Boing Boing, Democracy Now et la Quadrature du Net. Bon, il est loin le temps où je faisais tous les matins mon survol de toute cette presse.

Associations

Maintenant, les associations que je soutiens, moralement ou financièrement, qui ne sont qu'une très fine liste de toutes les ONG que j'aimerais aider dans leurs activités. La liste qui suit ne répète pas, évidemment, les noms cités plus haut.
Oxfam est une association qu'on ne présente plus, de même que Amnesty International, le Don du Sang ou la Croix Rouge.
APNEL et AJNF sont deux associations affiliées à la Fédération Française de Naturisme. La première (dont j'ai longuement parlé et dont le combat me tient à cœur) lutte pour la dépénalisation de la simple nudité. La seconde est simplement une organisation tentant de fédérer les jeunes naturistes, activité importante car ce milieu vieillit énormément pour plein de mauvaises raisons dues à des travers de notre société.
Kokopelli est une association qui lutte contre la fascinante absurdité qui consiste à vous empêcher de cultiver des plantes dont les semences n'ont pas été validées dans un catalogue contrôlé par des intérêts privés. Au point que vous ne pouvez normalement même pas donner des graines prohibées à un ami.
La Cimade, qui se bat, entre autres, pour le traitement humain des gens qui viennent en France sans avoir la chance d'y venir par choix. 
Le Grog c'est mon coté geek rôliste. Une sorte de wikipedia du jeu de rôles fait à la main avec passion. Y'a aussi PTBPTG, des articles de fond sur le même sujet.

Blogs de poteaux
Des gens hyperactifs et intéressants, produisant de leur seul petit doigt plus de trucs intéressants que je ne le pourrai jamais de mes dix doigts. Vous avez mon respect et mon admiration.
Je vais sûrement en oublier des tonnes et ils vont sûrement tous m'en vouloir. A ceux que j'ai oublié : gueulez-moi dessus et je mets à jour. J'ai 103 flux RSS, alors c'est un peu 'auch.
Alias
Thomas B
Les corbeaux
Fiberevolution
Sakiko Jones
Ivy
Kagura
Tartofrez
Et pour le fun : Finders Keepers

mercredi 17 octobre 2012

Dans la joie jusqu'au cou

Hier soir, je me suis relu un classique des classiques en bande dessinée. Une classique méconnu, hélas. On se demande pourquoi. Les débuts de Griffo au dessin, qui donnera quelques œuvres géniales un peu plus tard, avec Dufaux, mais qui a ici un dessin qui n'est pas sans rappeler le style graphique de Watchmen, dont il faudrait que je cause un jour. Van Hamme au scénar, connu pour plein d'autre choses mais qui signe ici une histoire écrite à l'encre de la colère.



Dans un futur très très proche (et un peu passé, même, vu l'âge de la BD) le gouvernement a tout amélioré. La médecine est gratuite pour tous. Par contre, il y a une police médicale qui veille à ce que vous preniez bien toutes les précautions pour pas devenir malade, avec contrôle réguliers et amendes. Tout le monde a droit à un mois de vacances gratuites mais sans pouvoir choisir où ou quand et le bonheur y est obligatoire, sous peine de punitions. Tous vos fichiers sont centralisés, mais au moindre problème, vous n'existez plus et devenez un illég', un non-être. La justice, elle est fournie par un ordinateur centralisé qui ne se trompe jamais. Ou presque.

Un futur parfait, idéal, magnifique... cauchemardesque. Et la conclusion en est terrible.

Bien sûr, c'est très très très inspiré de 1984 d'Orwell. Je dirais même que SOS Bonheur est une mise en BD, avec quelques idées nouvelles, de ce qui fait le fond de 1984. Et c'est super bien fait. On ne peut attendre moins de l'excellent collection Aire Libre.

Alors, si vous voyez l'intégrale ou les volumes séparés de cette BD dans une brocante ou un magasin (l'intégrale reste dispo), jetez-vous dessus.

SOS Bonheur - 3 volumes ou 1 intégrale de Griffo et Van Hamme, chez Dupuis/Aire Libre
ISBN n°9782800126395

vendredi 15 juin 2012

DMZ : Au plus près de la zone (démilitarisée)

Et voilà, c'est fini. Putain, j'aurai vraiment dévoré chacun des volumes de cette série comme un soiffard déshydraté face à une pinte de bière fraîche, au verre perlant de fraîcheur. Je vais d'ailleurs en profiter pour étendre le sujet à plusieurs comics parlant de la presse américaine.

DMZ, donc, est une série de comics américains créée et scénarisée par Brian Wood et illustrée par Ricardo Burchielli en majeure partie. Sous des couvertures qui claquent se cachent une histoire qui, bien que partant sur des bases friables, se développent en une vraie lettre d'amour pour New York City et ses habitants. Mais c'est aussi une bande dessinée où les personnages fricotent avec la politique, le pouvoir, les médias et n'en sortent aucunement indemne.
Dans un passé proche, le Midwest a lancé une seconde guerre civile et a conquis une part des USA, vers la côte Est, où le combat étant arrivé à un statu-quo sur l'île de Manhattan, désormais une zone démilitarisée fragile, où la population est prise dans l'étau étouffant de deux armées et de nombreux groupuscules locaux. La BD commence quand Matthew Roth, un stagiaire en journalisme, accompagne un célèbre journaliste (et accessoirement monumental trou du cul) pour un reportage à l'intérieur de la DMZ. Le susdit trou du cul se fait abattre avec ses sous-fifres par un sniper et seul Matty survit, avec une partie du matériel qu'il transportait pour l'autre. Seul relais de l'agence de niouzes au sein de la DMZ, celle-ci va le nommer sur le champ correspondant de guerre et le sommer de continuer le boulot. Au début, il va couvrir sereinement ce qui se passe et découvrir la vie au sein de l'île de Manhattan, avec ses snipers, ses factions, ses affamés, ses courageux. Par la suite, le héros découvre la censure, les jeux de pouvoirs, la politique, les collusions, les trahisons, etc. et il n'en ressortira ni propre ni indemne. Dernièrement, le 12è et dernier volume de la série vient d'être publié en anglais et achève cette superbe histoire avec la dureté d'un couperet. C'est gentillet au départ, mais ça prend carrément de l'ampleur au fur et à mesure.

A noter que Vertigo a sorti récemment en anglais un album appelé Channel Zero qui contient les graines d'idées qui germeront dans DMZ.

DMZ de Brian Wood et Ricardo Burchielli, 12 volumes en anglais chez DC Vertigo ou chez Urban Comics pour la VF



Channel Zero, Brian Wood, intégrale en 1 volume chez DC Vertigo

Puisqu'on parle de comics sur les journalistes, voici quelques autres lectures que j'ai beaucoup appréciées.J'ai déjà parlé de Joe Sacco et de Art Spiegelman, donc je ne parlerai pas d'eux ici, surtout qu'ils ne font pas dans la fiction.

D'abord, il y a le délirant, funky, déjanté, vulgaire et excellent Transmetropolitan. Dans un futur post-cyberpunk plutôt optimiste, Spider Jerusalem reprend son taf de journaliste dans le gros journal de la ville. Drogué, vindicatif, irascible mais aussi génial, cette copie conforme de Hunter Stockton Thompson va changer le visage de son pays en s'immiscant dans la politique nationale par ses tribunes au vitriol. Un humour grinçant, pas mal de répliques qui claquent et là aussi une critique de la collusion médias&politique.


Transmetropolitan, de Warren Ellis et Darick Robertson 11 volumes chez DC Vertigo ou chez Urban Comics pour la VF

Il y a aussi The Nightly News, une bande dessinée au graphisme proprement hallucinant, par Jonathan Hickman. Dans celui-ci, les médias sont submergés par un acte de violence majeur et n'arrivent pas à traiter le sujet autrement que par leur petit bout de lorgnette et c'est justement grâce à ça que la collusion média/corpos va prendre son pied.


The Nightly News, de Jonathan Hickman, chez Image Comics

Il ne me reste plus qu'à évoquer Shooting Wars. Il s'agit à l'origine d'un web comic où un vidblogger va se retrouver "embedded" dans une unité de l'armée américaine au Moyen Orient. Et forcément, ça tourne mal. Les médias indés face à la censure de la Grande Muette (l'armée) et les médias soumis. Pas forcément réussi graphiquement mais avec de belles trouvailles. Assez violent.

Shooting War, de Anthony Lappé et Dan Goldman, chez Grand Central Publishing

Il faudra un jour que je parle de la BD "Le Photographe", aussi.

jeudi 12 janvier 2012

Ne faites confiance à personne de plus de 25 ans

(Merci à Gromovar pour l'info).

J'avais parlé de Little Brother, qui n'existait qu'en anglais. Il est enfin traduit, vous n'avez plus aucune excuse pour ne pas l'offrir à votre petit neuveu.

Little Brother, de Cory Doctorow
Pocket Jeunesse, ISBN n° 978-2266187299

lundi 8 août 2011

C'est dans les vieilles baignoires...


Délicieux ouvrage kafkaïen en diable, un homme anonyme a été envoyé dans un complexe militaire ultra-protégé, l'Edifice, afin d'y accomplir une mission. Cependant, livrant une guerre sans merci à l'ennemi, particulièrement vicieux, à s'avoir l'Anti-édifice, ses instructions sont codées. On suit le héros du roman dans les déboires sans fin qu'il subit pour obtenir ses fameuses instructions, chiffrées pour éviter les interférences d'agents doubles, triples, quadruples voire quintuples. Pour les lui déchiffrer, on commence par les brûler. Ensuite, on lui vole le peu d'informations qu'il a récupérées, sous la forme d'un classeur. D'ailleurs, les gens lui disent ils la vérité ? Une mouche noyée dans son thé est-il un message secret, un signe, un indice ? Le héros se perd désespérément dans ses multiples tentatives visant à déjouer les doubles, triples et quadruples bluff qu'il subit dans une administration tentaculaire devenue folle et complètement refermée sur sa paranoïa paperassière. Il en vient même à douter de la sincérité des décès auxquels il assiste. Après tout, un agent totalement dévoué à sa cause pourrait très bien donner sa vie pour une volonté supérieure... Naïf au début, le personnage s'enfonce dans la suspicion, le doute et la paranoïa...

Lumineux et insolent, cet ouvrage se termine dans un grand ricanement grinçant de l'auteur, qui dénonce de manière jouissive la paranoïa de la Guerre Froide mais aussi des comportements finalement très actuels sur les notions de culpabilité, de délation et de surveillance en démontrant que ces mécanismes sont sans fin. Le BigBrotherisme actuel tourné à la moulinette de la pente savonneuse, poussant la surveillance jusqu'à un paroxysme de complexité et de bétise. Un des personnages constate même qu'à force d'avoir dans chaque camp des infiltrés du camp opposé, les deux camps ne sont plus devenu qu'un seul et même camp, entièrement composé de traîtres, retournés tant de fois qu'aucun ne sait plus vraiment pour qui, finalement, il trahit, au juste.

Inspiration principale, d'ailleurs, du jeu de rôles "Paranoïa", cet excellent livre est à ranger dans sa bibliothèque entre 1984 d'Orwell, Catch-22 de Heller* et Le Procès de Kafka. Un must-read malheureusement bien difficile à trouver.

Mémoires trouvés dans une baignoire de Stanislaw Lem
en occasion chez Calmann-Levy, Pocket et Le Livre de Poche
ISBN n°978-2702100356
PS : merci à Noosfère pour l'image.
* : dont il faudra que je parle aussi, tiens.

mardi 7 juin 2011

Bouquins de plage : Worldwar ou la 2° GM avec des lézards. Si.

Je sais qu'aujourd'hui il fait moche et ça craint, mais je vous soupçonne d'aller à la plage dans un avenir proche, voire un proche avenir. Si si. Et comme vous vous demandiez quoi emmener avec vous sur le sable fin de plages lointaines, les pieds dans l'eau bleue cristalline, je vais vous recommander une petite (2000 pages à peine) série de livres pour occuper le temps que vous ne passerez pas à vous mettre de la crème solaire. Des fois, je suis trop généreux.



Vers le XIIè siècle après qu'on aie cloué un mec à une croix parce qu'il avait recommandé aux gens d'être gentils les uns envers les autres, une sonde extraterrestre fait le tour de la planète et ramène des clichés des habitants à ceux qui l'avaient lancée : des pécores, des soldats en armure et des types qui vivent dans des huttes. Les extraterrestres, fort de leur société millénaire rigide et calcifiée, dotés d'une technologie plutôt "fin du XXè siècle", décident alors d'envahir la terre en allant péter la gueule à ces pouilleux de terriens pour leur montrer qui est le maître. Avec leurs tanks et leurs missiles à guidage laser, ça devrait pas durer trois jours. Sauf que...



Sauf que le temps que la sonde revienne, que les extra-terrestres se décident et fassent enfin le voyage, ils débarquent sur la Terre en ... 1942. La conquête de la planète va pas être si facile que ça. Toutes les nations humaines sont en économie de guerre, industrialisées et possèdent bien plus d'expérience du combat réel que les E.T. élevés en cuve et formés sur des simulateurs.



C'est un peu con mais très très rigolo. L'histoire est racontée vue au travers d'une douzaine de protagonistes, humains ou non, haut placés ou non et qui parfois se croisent de manière étonnante. Les extra-terrestres n'arrivent pas à s'adapter à la vitesse d'évolution humaine et ont de ce fait de nombreuses surprises, et n'ont aucune notion de diplomatie. Ce qui fait qu'au final le conflit finit par s'équilibrer et tout cela donne lieu à des scènes assez cocasses.


Par contre, autant l'avouer, c'est assez mal écrit, certaines storylines sont pas super intéressantes et le troisième tome est clairement un "passe-plat". Mais cela reste fun et très lisible, et on peut pas dire qu'on se pète le neurone à le lire. On dirait le fantasme d'un meneur de jeu de rôles. La série se poursuit dans un deuxième cycle puis un dernier volume, mais je ne vous les recommande pas encore, ne les ayant pas lus. Je recommande uniquement le premier cycle, bien fun, bien barré et très très sympa.
Bon, ça n'a par contre guère d'intérêt au niveau politique, soyons honnêtes.


Worldwar series (In The Balance, Tilting The Balance, Upsetting The Balance et Striking The Balance) de Harry Turtledove
en anglais chez Del Rey
ISBN n° : 978-0345388520, 978-0345389985, 978-0345402400, 978-0345412089
NB : préférez les ouvrages US plutôt que UK. Les couvertures sont moches dans les deux cas, mais plus fun coté US...

Ailleurs :
C'est la faute à Alias. Par sa faute, j'ai fait 5 victimes ;)

vendredi 25 juin 2010

Guide d'accès à l'Internet - Edition 2025

Ce petit lien (dans la langue de Goethe quand il écrivait à des potes aux États-Unis) vous permet d'avoir un aperçu de comment sera l'Internet du futur si les grosses corpos et les gouvernements, tous ces groupes pour qui la possession d'un cerveau devrait être rendue illégale, arrivent à leurs fin via des traités et des lois comme Hadopi et ACTA en pavent la loi.

Bonne lecture :
http://blogoscoped.com/archive/2010-06-24-n15.html

mardi 3 novembre 2009

Grand Frère t'emmène au théâtre

Avec ce billet j'inaugure l'extension de ce blog à d'autres éléments culturels que le livre sur les sujets que j'aborde habituellement. Et ce même si ce n'est pas le premier à parler d'autre chose que de livre.

Big Brother Vous Regarde

Il se trouve que je suis allé voir l'adaptation de "1984" au Théâtre de Ménilmontant. Oui, je ne cache pas une certaine fascination pour cette oeuvre d'Orwell et, quand j'ai vu l'affiche, moi et un ami n'avons pas hésité et réservé nos places. Nous partîmes 5 et sortîmes mitigés.

Tout d'abord, la pièce est pétrie de qualités : la mise en scène est particulièrement soignée, surtout dans son utilisation du multimédia. Le fond de la scène se compose de deux grands écrans dans lesquels des écrans plus petits se découpent pour à la fois créer des ouvertures ou servir pour des projections annexes. Au hasard pour y afficher le visage de Big Brother, regardant d'un air suspicieux le public. Ca fait son petit effet. En jouant de ces deux écrans mobiles, la troupe nous crée des murs, des portes, des couloirs ou des rues. Sur les écrans sont projetés des séquences vidéo permettant d'intercaler des séquences filmées aux séquences jouées. Les deux s'interpénètrent bien, d'autant plus que la transition entre les deux se fait parfois de manière très douce, bien vue.
La musique, elle aussi est bien choisie, industrielle et oppressante. Sans oublier quelques bonnes idées, comme l'usage de lampes frontales dans le noir pour faire des gyrophares (j'ai un faible pour les lampes frontales, j'avoue). J'ai aussi beaucoup apprécié certains détails de la mise en scène sont très amusants à suivre, comme l'équipe médicale qui se lève quand O'Brien se lève et s'assied quand il s'assied.

Les reproches que j'aurais à faire (ainsi que mes compagnons spectateurs) sont les suivants : d'abord, nous n'avons pas apprécié l'interprétation de Julia, qui nous a semblée bien vulgaire. Ensuite, le membre du Parti Extérieur qui s'occupe de la NovLangue nous a lui aussi semblé différent du roman. De ce dernier nous revenait une discussion entre intellectuels, avec un passionné. Ici, ce passionné est gluant, inquiétant, abusif. Peut être pour cumuler en lui d'autres aspects négatifs du parti, c'est vrai. Cela m'a moins gêné que mes compagnons. Le dernier point, c'est qu'il nous a semblé, par rapport au roman, qu'il manquait quelque chose, mais nous n'avons su mettre le doigt dessus.

Au final, nous sommes sortis mitigés. J'ai au global beaucoup apprécié, avec les bémols cités au-dessus. Est prévue l'adaptation du Meilleur des Mondes pour cet hiver. Je ferai sûrement le déplacement à nouveau.

1984 - Big Brother Vous Regarde
Jusqu'au 23 décembre au Théâtre de Ménilmontant (15 rue du retrait, Paris 20)
(cliquer sur le lien pour plus d'information)

vendredi 30 octobre 2009

Fantasmes d'acier

Norman Spinrad est un mec qui a de l'humour, tout comme Roland C. Wagner, qui signe la préface de son livre. J'ai beaucoup aimé les ouvrages de Spinrad que j'ai lus, mais celui-là, je dois avouer que je l'ai lu en diagonale au bout d'un moment. Ce n'est toutefois pas une raison pour laquelle je l'aurais trouvé mauvais... Bien au contraire, j'ai beaucoup aimé, une nouvelle fois, même si j'aurais tendance à prévenir un éventuel lecteur de la manière suivante : "si ça te gonfle, lis le en diagonale afin d'arriver à la postface."

Il s'agit d'un ouvrage qui a fait couler de l'encre bilieuse dans les rares fanzines de SF en son temps :
Rêves de Fer de Norman Spinrad
chez Folio SF
ISBN : 2-070320-52-9
(Je mets exprès la vieille couv de chez Opta, plus "significative" :)


A l'époque où Rêve de Fer est paru, nombre d'ouvrages de SF évoquaient des univers galactiques ou post-apocalyptiques avec des systèmes gouvernementaux à base d'empire, d'eugénisme etc. qui ne démordaient pas d'une certaine fascination, voire d'une certaine apologie de leurs sujets. Spinrad ne fait au final qu'écrire un roman de cette lignée, mais basé sur le nazisme, démontrant par l'absurde et l'ironie à quel point les fascination des auteurs de SF des années 50-60 pouvaient parfois avoir des cotés malsains.

Le livre de Spinrad cache derrière sa couverture un vrai-faux roman d'un autre auteur : intitulé "Le Seigneur du Svastika", on lit le dernier livre d'un obscur auteur de Science Fiction, émigré en 1919 d'Allemagne aux USA, à savoir Adolf Hitler. "Le Seigneur du Svastika" est donc un roman racontant l'accession au pouvoir puis la guerre d'agression pour l'espace vital et la pureté génétique de son héros, Feric Jaggar. Le roman est assez mal écrit, rempli des obsessions malsaines de son auteur.

Feric Jaggar est un 'purhomme', l'un des derniers représentants du génotype humain au milieu de tous les mutants que la radioactivité due au "Feu des Anciens" a généré. Il va à la république de Heldon, bastion de la pureté génétique humaine, où il prend la tête d'un petit parti, par lequel il prend le pouvoir à Heldon. Prônant la pureté génétique par tous les moyens et la purification des mutants, il emmène sa patrie sur le sentier de la guerre pour conquérir la planète et la nettoyer de tous les mutants, en commençant par l'Empire de Zind, à la tête duquel les vils Dominateurs, qui contrôlent par l'esprit les purhommes comme les mutants. Jaggar ne doute jamais, a toujours la solution pour tout et n'hésite pas à réclamer massacres, génocides ou parades militaires pour satisfaire à ses objectifs.

Ce qui est amusant, c'est qu'il suit la vie du Hitler réel, mais comme si tout lui avait réussi et en allant jusqu'au bout de ses fantasmes. Cependant, la farce recouvre une réalité horrible et le lecteur ne rit pas, surtout à la mise en place de l'équivalent de la Solution Finale. L'ouvrage de Spinrad est l'inverse complet d'une apologie, la "postface" (de Spinrad elle aussi) ne laisse planer aucun doute, détruisant "Le Seigneur du Svastika" et contenant une condamnation claire et définitive du nazisme.

C'est une lecture au final extrêmement intéressante, avec une postface amusante, ainsi qu'un exercice rigolo. Si vous devez le lire, tenez bon jusqu'à la postface, car Spinrad écrit volontairement mal le vrai-faux roman, donc le lecteur finit par se lasser, au-delà même du sentiment de malaise. Cela met aussi sous un jour différent les romans à base d'empires galactiques parfaits qui compose un certain nombre de fleurons de la SF...

Un autre point, c'est qu'on a du mal à croire à la prise du pouvoir et des objectifs de Jaggar. Ca paraît complètement fantasmatique, or la réalité fut similaire (dans certaines limites). C'est une mise en lumière de l'adage "La fiction, par rapport à la réalité, se doit d'être vraisemblable", et ça ne le rend que plus inquiétant...

Edit mai 2012 : Les corbeaux en parlent.

mardi 28 juillet 2009

Petit Frère Te Surveille !


En ces temps d'Hadopi 2, quoi de mieux pour se détendre sur les plages qu'un petit bouquin de SF assez bien vu où le gouvernement US met en place des mesures délirantes d'Orwellisme pour "protéger" ses citoyens ?

L'action de Little Brother se déroule à San Francisco environ 20 minutes dans notre futur (référence à Max Headroom, que vous ne pouvez avoir connu si vous avez moins de 20 ans et c'est dommage). Le héros et ses potes sont des gamins que je pourrais qualifier de "wired", c'est à dire de la web-generation. Ils sont bons en cours, ne sont pas spécialement des nerds voués aux gémonies, mais ils aiment la technologie de l'information et manipulent le net de manière assez poussée, préférant jouer à un jeu online que de suivre des cours un peu chiants.

Et un jour tout bascule : un attentat a lieu, le Department of Homeland Security prend la main pour protéger les braves citoyens des vilains terroristes dangereux en mettant en place des dispositifs de flicage extensifs qui ... existent probablement déjà pour la plupart (les quelques personnes qui suivent ce blog se rappelleront de mon billet sur les prix Orwell). Révolté par cette atteinte à la vie privée pour des résultats inutiles voire dangereux, ainsi que pour d'autres bonnes raisons, le héros va se servir du net et de tous les outils légalement disponibles pour lutter contre le bigbrotherisme gouvernemental. Comme répété de temps à autres dans ce blog : quis custodiat ipsos custodes ?

Même s'il est conçu pour des adolescents, ce petit roman se lit très rapidement, et est fort agréable, amusant et instructif. La plupart des technologies présentées existent ou sont à deux doigts d'être institutionnalisées. De plus, l'auteur explique de manière très claire comment elles fonctionnent ou comment les théories de la sécurité que nos politiques nous vendent sont du flutiau pour attardés, mais qui leur permettent de mettre en place, avec notre autorisation soumise, des technologies dont même Staline n'aurait pas rêvé.

Enlevé, entraînant et instructif... Manque-t-il quelque chose ? Pourquoi pas gratuit tant qu'on y est ? Eh bien oui. Il est gratuit. En effet, au même titre que l'excellent Accelerando, Cory Doctorow a mis son ouvrage en ligne, en licence Creative Commons Share Alike, qui autorise donc les gens à le télécharger, voire à la modifier, le réécrire, le changer et le distribuer (tant que cela reste gratuit et quelques autres limites). Dans ta face, Hadopi.

Little Brother
par Cory Doctorow
en anglais chez TOR
ISBN : 978-0765319852

Autres avis :
Paysage imaginaire: Little brother de Cory Doctorow
Little Brother de Cory Doctorow
Quoi de neuf sur ma pile ?: Don't trust anyone over 25...
Reflets de mes lectures: Little Brother
Little Brother de Cory Doctorow
Hugin&Munin : Little Brother

jeudi 28 mai 2009

William Gibson n'écrit plus de "cyberpunk"

Quand on regarde la société d'aujourd'hui, on peut se dire que William Gibson n'écrit pas du cyberpunk. Peu ou prou, il écrit des textes de légère anticipation depuis toujours. C'est une illusion, notre monde n'était pas ainsi dans les années 80, quand son Neuromancer fut enfin publié.

Où est-ce que je souhaite en venir ? Je souhaite ici faire remarquer que la partie "punk" du cyberpunk était une excellent vision des années 2000 puisque les différences sont pas si nombreuses entre notre monde de 2009 et celui envisagé dans Neuromancien /Comte Zero (je n'ai pas encore relu Mona Lisa s'Eclate).

Tout d'abord, faisons le tour de la partie "cyber". Si la technologie a énormément évolué en 20 ans, cette évolution ne s'est que partiellement faite dans le sens envisagé. Oui, on peut discuter avec la terre entière, oui les entreprises ont leur site, oui on peut acheter sur le réseau etc. En fait, mis à part l'aspect visuel de ce réseau et son fonctionnement premier pour le péquin moyen, les différences sont faibles. Au niveau "chrome, cyber et mullets", là ça a bien vieilli, car c'était une vision du futur inscrite dans les critères esthétiques du passé. Les membres cybernétiques n'existent pas encore, et pour les quelques éléments au point, ça tient plus de la prothèse que de l'augmentation. Toutefois, pour nuancer : les implants, du moins leurs fonctionnalités, existent bien. On a tous ou presque un téléphone portable qui nous sert de "puce mémoire" (inutile de mémoriser son répertoire) et de "dataconnect" (pour surfer sur la dernière connerie dailytube). Combien de personnes utilisent des oreillettes bluetooth ? Le GPS ? Faire ses courses sur le ouèbe ? Etc. Fascinant.

Là où c'est plus fort, c'est sur la partie "punk". Le cyberpunk a pour caractéristiques que la société deviendrait une immense corpocratie, avec des grands groupes ("megacorpos") plus puissantes que les gouvernements, qui feraient régner sans concurrence le libre marché, l'être humain n'étant plus qu'une ressource parfaitement jetable. Ces romans se centrent la plupart du temps sur des personnages interlopes, qui essaient désespérément de survivre dans un système qui les broie (à ne pas confondre, donc, avec le mouvement postcyberpunk où les personnages essaient de changer le système). Que constate-t-on aujourd'hui ? Que les êtres humains vivent dans un monde dirigés par les mégacorpos (lire mon billet précédent sur "Le Monde selon Monsanto") et qu'ils rentrent la tête entre les épaules en attendant des jours meilleurs, avec un fossé énorme entre les "riches" et le reste du monde. Fossé qui ne peut que s'agrandir. La pollution, les guerres "marketing/mediatique" et la marchandisation de la planète sont une conséquence évidente de ce qui précède... C'est donc vraiment ici, à l'aune d'aujourd'hui, que le mouvement cyberpunk est d'un visionnaire à couper le souffle. Les romans, les intrigues, peuvent avoir vieilli, mais cette vision du monde reste là.

Dans Comte Zero, on a des grandes corporations ayant d'énormes moyens de pression, et de violence. Les hommes à leur tête sont dénués de toutes considérations éthiques ou morales : seul l'objectif final les concerne et les hommes, ainsi que les gouvernements, ne sont que des outils.

Neuromancien, Comte Zero, Mona Lisa S'Eclate (le tout connu sous le nom de Sprawl Trilogy) de William Gibson
Chez Folio SF, J'ai Lu ou le Diable Vauvert

Les derniers romans de Gibson (Identification des Schémas et Code Source) ne sont plus situés que dans un futur extrêmement proche voire le présent.

Je me permets juste de pointer sur le site où j'ai pris l'image.

Petite anecdote : la célèbre première phrase de Neuromancien parle d'un "ciel couleur d'une télé branchée sur un canal mort". Neil Gaiman faisait remarquer qu'aujourd'hui, une télé branchée sur un canal mort présente un écran bleu roi.