Ca fait plusieurs mois que je n'ai pas rédigé un message ici. La raison est double. D'une part La Vraie Vie m'a pas mal pris ces temps-ci. D'autre part, j'ai surtout lu des lectures de "loisir" plus que des trucs qui font réfléchir.
Quand j'étais ado, j'ai lu plusieurs textes des grands penseurs de l'anarchisme. Proudhon, Bakounine, Kropotkine. Mon côté "rouge et noir", voire "noir et vert" n'est un secret pour personne. L'autre jour, au salon du livre indépendant, j'ai ramassé deux livrets. Le premier c'est un dictionnaire de l'arguemuche des voleurs, par Vidocq. Inutile de vous le présenter mais c'est assez rigolo de retrouver de nombreux mots dans l'argot parfaitement courant. Ca fait une bonne aide de jeu pour n'importe quel jeu de rôles situé aux alentours de cette époque, voire aussi dans les jeux de rôles médiéval fantastiques se déroulant dans le "milieu" (je songe à l'excellent Wastburg, tiré du roman éponyme et tout aussi excellent). Bon, je vais pas vous enseigner à larlépem le louchébem non plus, je suis pas louf.
Le second livret, que j'ai fini dans l'avion l'autre jour, c'est "L'Esprit de Révolte", de Pierre Kropotkine. C'est un texte tardif, un pamphlet court où l'auteur étudie essentiellement la période pré-révolutionnaire de 1789 et essaie d'isoler les facteurs ayant permis la mise en place d'un moment révolutionnaire, d'une vague, ayant perduré un temps suffisant et ayant eu une ampleur suffisante pour arriver à ses fins. Le but étant de proposer aux révoltés d'appliquer les mêmes méthodes pour espérer les mêmes résultats.
Ca a vieilli.
Au-delà de l'appel réel à ce qui pourrait être assimilé à du terrorisme, ici Kropotkine nous livre son texte le plus décevant. Le pilier de la collectivisation et de l'entraide nous propose quelque chose qui est désormais inapplicable ou qui serait fortement mal vécu. L'expérience réelle de vivre dans une époque empreinte de terrorisme (le monde "post 9/11") fait que des méthodes d'appel à la révolte par des groupuscules sont mal vécues par le péquin moyen dont je suis. On est habitués à rejeter ce genre de choses.
S'ajoute à ça la volonté de communications que K. nous propose. Si cela était valide au XVIIIè siècle, cela ne l'est plus aujourd'hui. Nous sommes désormais dans un monde où on est assommés de messages dans tous les sens. Des messages supplémentaires seront noyés dans la masse, d'autant plus que nous sommes maintenant habitués à trier pour ne lire que ce que l'on veut vraiment lire. Un message qui vient de nulle part, c'est du spam, ça va à la poubelle, ce n'est pas lu. C'est fini. Il va falloir trouver autre chose.
Bref, là où la pensée de Kropotkine est souvent développée, soutenue, intéressante, là j'ai lu le brûlot d'un homme fatigué, qui cherche désespérément à trouver pourquoi la révolution n'a pas vraiment eu lieu... C'est bon d'avoir un théoricien, c'est important. Malheureusement, certaines méthodologies ne passent pas l'épreuve du temps.
L'Esprit de Révolte par Pierre Kropotkine
chez Manucius, ISBN 9782845780965
Texte complet chez Wikisource
Fiches de lectures de divers livres, d'une utilité discutable mais néanmoins présente, à l'usage du lecteur de gauche.
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jeudi 21 novembre 2013
mercredi 29 mai 2013
Le rucher aux makerz.
J'ai pas encore lu le livre de Cory Doctorow mais vu que j'ai participé à des initiatives de ce genre, je me disais que je pourrais en parler. Surtout que ça prend de la force selon de nombreux axes et que ça me fait plaisir. C'est dit. Pis c'est un peu une suite à mon billet précédent (et à plusieurs autres).
Depuis quelques années, la sous-culture des "Makers" (ceusses qui font) et, plus généralement, une culture du demerdozisch se développe sacrément, aidée en cela par les actuelles technologies de communication sociale. L'idée, en gros, c'est de mettre directement en contact le détenteur du savoir faire avec le demandeur de ce même savoir, ou de partager le savoir-faire autant que possible, ainsi que locaux, outils, etc. Il y avait déjà une forte culture des squats culturels (si j'ose dire) et c'en est aussi une extension. Je vais prendre un exemple : une amie a près de chez elle un bar où se rassemblent des gens dotés de savoir faire (bricolage, électronique, couture, tricot, etc.) et entre eux ou pour les gens qui viennent les voir, ils proposent de mettre à disposition leurs talents pour bricoler, réparer, recoudre, remettre en route. Créer, aussi. Des gens se rassemblent et font. L'avènement des imprimantes 3D, dont l'achat est coûteux et l'utilisation complexe, est une addition intéressante puisqu'en plus ils peuvent créer ou refaire des pièces avec cet appareil. S'ajoute à cela la mise sur le marché d'un ordinateur simplissime à très vil prix permettant tout un tas d'automatisations et de création, d'un OS libre (linux), etc, etc.
Il y a aussi le crowdfunding, qui a permis la réalisation de plein de projets (du simple porte clef rigolo à la réouverture de librairies en passant par le photojournalisme) en étant subventionné directement par la foule des gens intéressés par le projet. Ou encore flattr, dont j'ai déjà parlé.
Dernière de mes découvertes : la Ruche qui dit oui. Il s'agit de commander localement, en groupe, à des producteurs et d'aller chercher ses produits à la fin de la semaine chez un des membres. Si le producteur n'a pas assez de commandes alors la commande est annulée. La règle étant que les produits doivent venir de productions proches de "la ruche" (le membre qui va récupérer les produits pour tout le monde). C'est l'occasion, en plus, de rencontrer le producteur et d'échanger. On peut même proposer à la ruche ses compétence pour donner des cours ou aider les autres membres de la ruche.
Bref, il y a un début d'autogestion, d'auto-organisation, de réalisations en commun, à l'échelon humain, décentralisé, loin des circuits qu'on nous a imposés, au sein même du système. Et ça, putain, ça me fait sacrément plaisir. Bravo à tous, les gens.
Depuis quelques années, la sous-culture des "Makers" (ceusses qui font) et, plus généralement, une culture du demerdozisch se développe sacrément, aidée en cela par les actuelles technologies de communication sociale. L'idée, en gros, c'est de mettre directement en contact le détenteur du savoir faire avec le demandeur de ce même savoir, ou de partager le savoir-faire autant que possible, ainsi que locaux, outils, etc. Il y avait déjà une forte culture des squats culturels (si j'ose dire) et c'en est aussi une extension. Je vais prendre un exemple : une amie a près de chez elle un bar où se rassemblent des gens dotés de savoir faire (bricolage, électronique, couture, tricot, etc.) et entre eux ou pour les gens qui viennent les voir, ils proposent de mettre à disposition leurs talents pour bricoler, réparer, recoudre, remettre en route. Créer, aussi. Des gens se rassemblent et font. L'avènement des imprimantes 3D, dont l'achat est coûteux et l'utilisation complexe, est une addition intéressante puisqu'en plus ils peuvent créer ou refaire des pièces avec cet appareil. S'ajoute à cela la mise sur le marché d'un ordinateur simplissime à très vil prix permettant tout un tas d'automatisations et de création, d'un OS libre (linux), etc, etc.
Il y a aussi le crowdfunding, qui a permis la réalisation de plein de projets (du simple porte clef rigolo à la réouverture de librairies en passant par le photojournalisme) en étant subventionné directement par la foule des gens intéressés par le projet. Ou encore flattr, dont j'ai déjà parlé.
Dernière de mes découvertes : la Ruche qui dit oui. Il s'agit de commander localement, en groupe, à des producteurs et d'aller chercher ses produits à la fin de la semaine chez un des membres. Si le producteur n'a pas assez de commandes alors la commande est annulée. La règle étant que les produits doivent venir de productions proches de "la ruche" (le membre qui va récupérer les produits pour tout le monde). C'est l'occasion, en plus, de rencontrer le producteur et d'échanger. On peut même proposer à la ruche ses compétence pour donner des cours ou aider les autres membres de la ruche.
Bref, il y a un début d'autogestion, d'auto-organisation, de réalisations en commun, à l'échelon humain, décentralisé, loin des circuits qu'on nous a imposés, au sein même du système. Et ça, putain, ça me fait sacrément plaisir. Bravo à tous, les gens.
lundi 13 mai 2013
Le travail n'est pas l'avenir
Je suis entrain de finir le célèbre texte de Paul Lafargue, le Droit à la Paresse, qu'il a écrit emprisonné à Ste Pélagie en 1833.
Dans son pamphlet, Lafargue réfute la conquête du droit au travail des ouvriers au XIXè siècle. Étant donné la nature du texte, nombre d'arguments sont éminemment discutables, cherchant le choc du slogan plus que la finesse du raisonnement. Malgré les oripeaux agressifs et les logiques parfois spécieuses, il a raison sur un point : en quoi travailler et devenir esclave salarié est-il une victoire ? Faire bénéficier un autre des fruits du travail commun pour un salaire de misère, 15 heures par jour, femmes et enfants compris, serait donc une victoire ? Belle victoire que voilà, sachant que la boucle génère plus de misère à chaque itération et donc la nécessité de "plus de victoire encore" (entendez : travailler plus pour gagner moins).
De nos jours, la question mérite encore plus d'être posée, plus encore si on veut envisager l'avenir car il faut voir les choses en face : le travail, c'est le passé. Dans une merveilleuse société qui fonce en courant vers le Progrès technologique, on remplace de plus en plus "les cons par des machines" (je cite La Survie de l'Espèce). Y'a qu'à voir les caisses automatiques des supermarchés, le "Roomba" ou les robots que les japonais adorent produire. Ou alors, matez Matrix pour une version exagérément apocalyptique... Et comme la technologie s'améliore, le seuil où on n'a plus besoin de vous augmente chaque année. Donc on a une civilisation qui est vouée à créer de plus en plus de chômage puisque, simplement, quand on exporte pas le travail ailleurs, on l'automatise. Et l'exportation, ce n'est que la solution temporaire, au contraire de l'automatisation : profitez en pour vous pencher sur la notion de Singularité Technologique et surtout de ce qui la précède. Si notre civilisation a pour simple vecteur principal de générer de plus en plus de chômeurs par simple suppression de toute forme d'emploi, jusqu'à quand va t on se faire chier avec une économie dont le pivot de base, datant (c'est si moderne) du XVIIIè siècle, est le travail ?
On a une sorte de religion sociétale du travail. Il faut travailler. On vous forme dès l'école vers le travail. Quand vous serez grand, vous travaillerez. Jusqu'à ce qu'on vous mette au rebu... pardon, à la retraite. Ne serait il pas nécessaire d'entamer un changement de paradigme avant d'en crever ?
Pour tous les délires de posture que nos gouvernants font afin de ne pas faire sursauter la ménagère de moins de 50 ans devant son écran à propos du travail et de la réduction du chômage, les aides de toutes sortes ont augmenté, sous la totalité des gouvernements (oui, même celui de Koko). L'article de Mme Chollet dans le dernier Monde Diplomatique (mai 2013) est donc éclairant : même nos gouvernants ont inconsciemment le sentiment que le travail et la rémunération sont à décorréler. On a pas le choix : faudra bien vivre dans un monde dénué de travail. Le 22è siècle sera celui du chômedu ou ne sera pas.
Paul Lafargue : Le Droit à la Paresse - Réfutation du droit au travail de 1848
aux édition ALLIA, ISBN n°2-84485-020-0
Texte complet ici.
Dans son pamphlet, Lafargue réfute la conquête du droit au travail des ouvriers au XIXè siècle. Étant donné la nature du texte, nombre d'arguments sont éminemment discutables, cherchant le choc du slogan plus que la finesse du raisonnement. Malgré les oripeaux agressifs et les logiques parfois spécieuses, il a raison sur un point : en quoi travailler et devenir esclave salarié est-il une victoire ? Faire bénéficier un autre des fruits du travail commun pour un salaire de misère, 15 heures par jour, femmes et enfants compris, serait donc une victoire ? Belle victoire que voilà, sachant que la boucle génère plus de misère à chaque itération et donc la nécessité de "plus de victoire encore" (entendez : travailler plus pour gagner moins).
De nos jours, la question mérite encore plus d'être posée, plus encore si on veut envisager l'avenir car il faut voir les choses en face : le travail, c'est le passé. Dans une merveilleuse société qui fonce en courant vers le Progrès technologique, on remplace de plus en plus "les cons par des machines" (je cite La Survie de l'Espèce). Y'a qu'à voir les caisses automatiques des supermarchés, le "Roomba" ou les robots que les japonais adorent produire. Ou alors, matez Matrix pour une version exagérément apocalyptique... Et comme la technologie s'améliore, le seuil où on n'a plus besoin de vous augmente chaque année. Donc on a une civilisation qui est vouée à créer de plus en plus de chômage puisque, simplement, quand on exporte pas le travail ailleurs, on l'automatise. Et l'exportation, ce n'est que la solution temporaire, au contraire de l'automatisation : profitez en pour vous pencher sur la notion de Singularité Technologique et surtout de ce qui la précède. Si notre civilisation a pour simple vecteur principal de générer de plus en plus de chômeurs par simple suppression de toute forme d'emploi, jusqu'à quand va t on se faire chier avec une économie dont le pivot de base, datant (c'est si moderne) du XVIIIè siècle, est le travail ?
On a une sorte de religion sociétale du travail. Il faut travailler. On vous forme dès l'école vers le travail. Quand vous serez grand, vous travaillerez. Jusqu'à ce qu'on vous mette au rebu... pardon, à la retraite. Ne serait il pas nécessaire d'entamer un changement de paradigme avant d'en crever ?
Pour tous les délires de posture que nos gouvernants font afin de ne pas faire sursauter la ménagère de moins de 50 ans devant son écran à propos du travail et de la réduction du chômage, les aides de toutes sortes ont augmenté, sous la totalité des gouvernements (oui, même celui de Koko). L'article de Mme Chollet dans le dernier Monde Diplomatique (mai 2013) est donc éclairant : même nos gouvernants ont inconsciemment le sentiment que le travail et la rémunération sont à décorréler. On a pas le choix : faudra bien vivre dans un monde dénué de travail. Le 22è siècle sera celui du chômedu ou ne sera pas.
Paul Lafargue : Le Droit à la Paresse - Réfutation du droit au travail de 1848
aux édition ALLIA, ISBN n°2-84485-020-0
Texte complet ici.
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lundi 9 juillet 2012
Ni télévision
"Il n'est pas de sauveur suprême, ni dieu, ni césar, ni tribun. Travailleurs, sauvons-nous nous-mêmes. Travaillons au salut commun." ~L'Internationale
Auguste Blanqui était un athée. Un anarchiste anti-clérical qui ne rêvait que dependre le dernier curé avec les tripes du dernier banquier.
En tout cas, on peut le caricaturer ainsi quand on ne souhaite pas creuser une pensée quand même bien plus développée et bien moins caricaturales d'un homme qui fut quand même une des figures essentielles de La Commune, pour la redistribution des capitaux et la collectivisation. Il pensait qu'il fallait une dictature éclairée d'un petit groupe de personnes pour mettre en place les choses avant de rendre le pouvoir au peuple. Bref, un penseur "ultragauche" très discutable (et discuté) mais aussi le symbole même de l'insurgé, stratège et tacticien des vagues révolutionnaires qui ont secoué la fin du XIXè en France.
Ce recueil de texte regroupe tous les pamphlets de Blanqui contre la religion. Ils sont cinglants. Ils sont saignants. Ils sont plaisant à lire. Ca casse du curé, ça mord du croyant, ça fout le feu aux bénitiers. C'est un peu violent à mon goût sur le sujet, moi qui ne suit qu'athée, mais ça permet de se lire un bon gros pamphlet bien virulent et ça défoule le païen que je suis. A emmener à la mer pour le lire au bord de la plage, avant de s'endormir sous le soleil de plomb en se cachant le visage sous un joli livre orné d'un slogan bien senti, en ces temps de repli religieux généralisé.
Ni dieu, ni maître de Auguste Blanqui
chez Aden. ISBN n°978-2930402772
Auguste Blanqui était un athée. Un anarchiste anti-clérical qui ne rêvait que dependre le dernier curé avec les tripes du dernier banquier.
En tout cas, on peut le caricaturer ainsi quand on ne souhaite pas creuser une pensée quand même bien plus développée et bien moins caricaturales d'un homme qui fut quand même une des figures essentielles de La Commune, pour la redistribution des capitaux et la collectivisation. Il pensait qu'il fallait une dictature éclairée d'un petit groupe de personnes pour mettre en place les choses avant de rendre le pouvoir au peuple. Bref, un penseur "ultragauche" très discutable (et discuté) mais aussi le symbole même de l'insurgé, stratège et tacticien des vagues révolutionnaires qui ont secoué la fin du XIXè en France.
Ce recueil de texte regroupe tous les pamphlets de Blanqui contre la religion. Ils sont cinglants. Ils sont saignants. Ils sont plaisant à lire. Ca casse du curé, ça mord du croyant, ça fout le feu aux bénitiers. C'est un peu violent à mon goût sur le sujet, moi qui ne suit qu'athée, mais ça permet de se lire un bon gros pamphlet bien virulent et ça défoule le païen que je suis. A emmener à la mer pour le lire au bord de la plage, avant de s'endormir sous le soleil de plomb en se cachant le visage sous un joli livre orné d'un slogan bien senti, en ces temps de repli religieux généralisé.
Ni dieu, ni maître de Auguste Blanqui
chez Aden. ISBN n°978-2930402772
mercredi 16 mai 2012
Deux petits livres et deux grosses BD
J'ai lu deux petits livres de chez Allia, mon éditeur de microbouquins favoris : No Exit et La Grève des Electeurs.
Pour une fois, je suis pas hyper convaincu. Le premier est la traduction d'un article de journal anglais sur notre Ex-président Zébulon, qui franchement enfonce des portes ouvertes par tout le monde sur les 5 dernières années. Le second est un texte que je pense qu'il est nécessaire de lire, une critique acerbe du concept de représentant élu plus qu'une critique de l'acte de voter. En très résumé : inutile d'aller voter parce que celui que vous élirez ne vous représentera pas et n'est là que pour son propre compte. C'est pas tout à fait vrai, et c'est aussi très loin d'être faux.
Cela a été écrit en 1888 et ça se sent. Aujourd'hui, je pense que plus personne n'est dupe, à part les militants (les vrais, les tatoués, les décérébrés). Quelques livres ont développé plus la critique de cette représentativité... Je pense à une nouvelle de SF où tous les postes sont donnés à la loterie, ainsi qu'à une étude de socio bien plus sérieuse étudiant les conséquences d'un tel système. J'en ai oublié les noms mais ça doit se googler aisément...
Et, enfin, les partisans de l'abstentionnisme ne m'ont jamais vraiment convaincu. Je veux bien qu'on en "tienne compte" comme ils le désirent, mais comment ? Et à quelles fins utiles ?
No Exit, de Philip Gourevitch ISBN n°978-2844855701
La Grève des Electeurs, d'Octave Mirbeau ISBN n°978-2844853172
Tous deux chez Allia
Après toutes ces émotions, je me suis tapé les deux tomes de Quai d'Orsay, la BD que, paraît-il, Galouzeau offrirait à tour de bras. C'est vrai que, surtout à la lecture du tome 2, il est difficile de douter de la parenté du personnage principal avec le dit Premier Ministre de Chirac qui fut, effectivement, au Quai d'Orsay de 2002 à 2004 et prononça un discours à l'ONU qui a marqué l'histoire de cette assemblée (on peut d'ailleurs se le procurer dans la petite collection de Points consacrée aux discours, que j'affectionne).
J'ai énormément aimé. On y voit le ministère des affaires étrangères de l'intérieur, décrit avec humour dans une caricature qui ne fait pas dans le lourdingue (on est pas dans le Gerra, ça change).
C'est avec une certaine affection et une, semble-t-il, très bonne connaissance des rouages, que les auteurs croquent les mécanismes de la politique étrangère française. Ils ont limé les numéros de série juste ce qu'il faut pour qu'on reconnaisse les événements, lieux et personnages sans qu'ils aient besoin de les citer. C'est bien mené, enlevé, positif et très agréable à lire. Une très chouette BD et je remercie mes potos d'EnQulture de me l'avoir collée dans les pognes.
Quai d'Orsay, Chroniques diplomatiques chez Dargaud
Deux volumes de Christophe Blain et Abel Lanzac (pseudo du scénaristes qui est probablement un membre du Quai d'Orsay)
ISBNs : 978-2205061321 (t.1) et 978-2205066791 (t.2)
Ils en parlent chez les corbeaux.
lundi 18 avril 2011
The Punk & the Godfather : TAQWACORE
Dans la grande série "je l'ai pas vu mais je vous en parle quand même", voici Taqwacore.
Film indépendant qui a reçu le prix du festival indépendant de Lille, Cinemonde, je vous en parle parce que j'ai pu papoter avec le réal' malgré le fait que j'aie raté la diffusion. Le film sort en DVD en Europe à la fin de l'année, je vous en reparlerai probablement quand je l'aurai vu.
Le film parle de gens qui essaient d'allier leur mode de vie de musiciens de la scène punk américaine avec leur foi en l'Islam. Taqwacore est d'ailleurs le nom donné à ce style musical. Le sujet est intéressant, le film a l'air bon, la bande annonce fait envie, bref : j'ai envie de le voir.
Film indépendant qui a reçu le prix du festival indépendant de Lille, Cinemonde, je vous en parle parce que j'ai pu papoter avec le réal' malgré le fait que j'aie raté la diffusion. Le film sort en DVD en Europe à la fin de l'année, je vous en reparlerai probablement quand je l'aurai vu.
Le film parle de gens qui essaient d'allier leur mode de vie de musiciens de la scène punk américaine avec leur foi en l'Islam. Taqwacore est d'ailleurs le nom donné à ce style musical. Le sujet est intéressant, le film a l'air bon, la bande annonce fait envie, bref : j'ai envie de le voir.
jeudi 3 mars 2011
140 ans en Commune
Aujourd'hui, c'est le 140è anniversaire de la Commune de Paris. Si. Même si l'explosion est le 18 mars, les agitations commencent dès le 3 mars.
Le 18 mars 1871, les citoyens parisiens se soulèvent en réaction à la décision du gouvernement Thiers, enfui à Versailles le 10, de leur retirer poudre et canons, justement pour éviter une révolte après 15 jours d'agitation.
Peter Watkins raconte tout cela dans son film fleuve intitulé sobrement "La Commune (Paris, 1871)".
Ce film en noir et blanc, d'une durée de 375 minutes (oui, vous avez bien lu, ça fait six heures et quart) conte les événements qui se sont déroulé à Paris lors de l'année terrible 1871, du début de l'insurrection jusqu'aux condamnations à mort en masse de la semaine sanglante (les versaillais feront fusiller après les événements entre 10 et 30 000 parisiens en guise de répression). Dans le décor limité d'un quartier parisien, Watkins raconte le déroulé des événements. D'abord, a misère qui règne, les conséquences de la guerre de 1871, le souvenir de l'insurrection de 1848, les relations entre les bourgeois et les prolétaires. C'est au travers de portrait des habitants du quartier que tous ces éléments apparaissent, avec des acteurs non professionnels qui n'en sont pas moins excellents et très touchants.
Pour faire part de ce qui se passe en dehors du quartier, l'idée géniale de Watkins est de faire une entorse à l'histoire : au lieu de montrer des une de journaux ou de les faire lire, le réalisateur a décidé d'envisager l'existence de la télévision. Ce qui veut dire que les habitants du quartier regarde un équivalent d'ORTF de l'époque, à savoir Télé Versailles. Lorsque l'insurrection est en place et que la ville commence à se mettre en autogestion avec un gouvernement personnel, apparaît alors une chaîne de télévision indépendante. On voit d'ailleurs apparaître la collusion entre les médias et le pouvoir, ainsi que l'ambivalence du pouvoir médiatique sur les insurgés, avec la toujours possible compromission des journalistes "rebelles" dans leurs relations avec le gouvernement autonome.
Malgré sa longueur et ses choix étonnants, ce film est excellent et permet d'appréhender l'ambiance particulière de cette période très importante de la vie parisienne (et mondiale, puisque Marx en parlera par la suite comme la première révolution prolétaire autonome de l'histoire - constat sur lequel je reste dubitatif) jusqu'à sa conclusion terrible, montrée avec un talent rare. Pour la longueur, le film est divisé en deux parties, ce qui m'a permis de le voir en deux après-midi. La version cinéma était moitié moins longue.
Un extrait sur youtube.
Notez que Paris fêtera cet anniversaire devant l'Hôtel de Ville le 18 mars.
La Commune (Paris, 1871) de Peter Watkins
Sorti en 2000, en DVD chez Doriane Films
Durée 375 min (210 min dans sa version grand écran)
Le 18 mars 1871, les citoyens parisiens se soulèvent en réaction à la décision du gouvernement Thiers, enfui à Versailles le 10, de leur retirer poudre et canons, justement pour éviter une révolte après 15 jours d'agitation.
Peter Watkins raconte tout cela dans son film fleuve intitulé sobrement "La Commune (Paris, 1871)".
Ce film en noir et blanc, d'une durée de 375 minutes (oui, vous avez bien lu, ça fait six heures et quart) conte les événements qui se sont déroulé à Paris lors de l'année terrible 1871, du début de l'insurrection jusqu'aux condamnations à mort en masse de la semaine sanglante (les versaillais feront fusiller après les événements entre 10 et 30 000 parisiens en guise de répression). Dans le décor limité d'un quartier parisien, Watkins raconte le déroulé des événements. D'abord, a misère qui règne, les conséquences de la guerre de 1871, le souvenir de l'insurrection de 1848, les relations entre les bourgeois et les prolétaires. C'est au travers de portrait des habitants du quartier que tous ces éléments apparaissent, avec des acteurs non professionnels qui n'en sont pas moins excellents et très touchants.
Pour faire part de ce qui se passe en dehors du quartier, l'idée géniale de Watkins est de faire une entorse à l'histoire : au lieu de montrer des une de journaux ou de les faire lire, le réalisateur a décidé d'envisager l'existence de la télévision. Ce qui veut dire que les habitants du quartier regarde un équivalent d'ORTF de l'époque, à savoir Télé Versailles. Lorsque l'insurrection est en place et que la ville commence à se mettre en autogestion avec un gouvernement personnel, apparaît alors une chaîne de télévision indépendante. On voit d'ailleurs apparaître la collusion entre les médias et le pouvoir, ainsi que l'ambivalence du pouvoir médiatique sur les insurgés, avec la toujours possible compromission des journalistes "rebelles" dans leurs relations avec le gouvernement autonome.
Malgré sa longueur et ses choix étonnants, ce film est excellent et permet d'appréhender l'ambiance particulière de cette période très importante de la vie parisienne (et mondiale, puisque Marx en parlera par la suite comme la première révolution prolétaire autonome de l'histoire - constat sur lequel je reste dubitatif) jusqu'à sa conclusion terrible, montrée avec un talent rare. Pour la longueur, le film est divisé en deux parties, ce qui m'a permis de le voir en deux après-midi. La version cinéma était moitié moins longue.
Un extrait sur youtube.
Notez que Paris fêtera cet anniversaire devant l'Hôtel de Ville le 18 mars.
La Commune (Paris, 1871) de Peter Watkins
Sorti en 2000, en DVD chez Doriane Films
Durée 375 min (210 min dans sa version grand écran)
mardi 15 février 2011
Tweed : la fibre révolutionnaire
A Noël, j'ai reçu en cadeau un livre. Enfin, j'en ai reçu plein, mais j'ai aussi reçu celui là, d'amis qui m'ont dit : "en le voyant, on a tout de suite pensé à toi". Inquiet, je regarde ce qu'est l'ouvrage et rien qu'à lire le titre je pars d'un éclat de rire. Il s'agit du Manifeste Chap : Savoir-vivre révolutionnaire pour gentleman moderne, écrit par Gustav Temple et Vic Darkwood dans le cadre de la Confédération des Anarcho-Dandys. Mes amis me connaissent bien et ont du goût, je suis fier et flatté de les avoir auprès de moi.
Rien qu'au logo, la couleur est annoncée...
Ce livre est un petit bijou d'humour britannique, où les auteurs prônent rien de moins que la "révolution par le tweed" et plus exactement le droit pour un révolutionnaire d'être bien habillé. Il se décompose sous la forme de petits articles abordant tous les sujets (motivations, actions, habillement) avec des illustrations un peu rétro et un humour à froid d'une grande subtilité. On y apprend ainsi comment il convient de s'habiller pour lire chez soi, mais aussi les actions à entreprendre face à tous ces antres du mauvais goût que peuvent être les chaînes de magasin d'habillage, les fast-food, etc. Comment communiquer en utilisant ses jambes comme sémaphore et comment faire du sport (diantre) sans en donner l'air (ouf).
Bref, c'est un petit livre fort drôle qui, par certaines critiques satyriques donne parfois à réfléchir - sur les raisons de son engagement, ses goûts vestimentaires, et la place de l'élégance ainsi que la politesse dans la société actuelle - mais dont l'objet principal reste de s'amuser. Et d'être élégant. Rafraîchissant.
Je vous laisse, j'ai rendez-vous chez mon tailleur.
Le Manifeste Chap : Savoir-vivre révolutionnaire pour gentleman moderne, de Gustav Temple & Vic Darkwood, chez Equateurs
ISBN n° 2849901563
Site Web de Chap Magazine
Rien qu'au logo, la couleur est annoncée...
Ce livre est un petit bijou d'humour britannique, où les auteurs prônent rien de moins que la "révolution par le tweed" et plus exactement le droit pour un révolutionnaire d'être bien habillé. Il se décompose sous la forme de petits articles abordant tous les sujets (motivations, actions, habillement) avec des illustrations un peu rétro et un humour à froid d'une grande subtilité. On y apprend ainsi comment il convient de s'habiller pour lire chez soi, mais aussi les actions à entreprendre face à tous ces antres du mauvais goût que peuvent être les chaînes de magasin d'habillage, les fast-food, etc. Comment communiquer en utilisant ses jambes comme sémaphore et comment faire du sport (diantre) sans en donner l'air (ouf).
Bref, c'est un petit livre fort drôle qui, par certaines critiques satyriques donne parfois à réfléchir - sur les raisons de son engagement, ses goûts vestimentaires, et la place de l'élégance ainsi que la politesse dans la société actuelle - mais dont l'objet principal reste de s'amuser. Et d'être élégant. Rafraîchissant.
Je vous laisse, j'ai rendez-vous chez mon tailleur.
Le Manifeste Chap : Savoir-vivre révolutionnaire pour gentleman moderne, de Gustav Temple & Vic Darkwood, chez Equateurs
ISBN n° 2849901563
Site Web de Chap Magazine
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Chap,
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Gustav Temple,
humour,
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tweed,
Vic Darkwood
mercredi 4 août 2010
Cet été, à la plage, désobéissez !
C'est les vacances, vous allez à la plage (naturiste ou textile, peu m'importe, hihi) et vous jalousez vos gamins qui s'éclatent comme des fous avec leurs cahiers de révision Passtruc Education Civique 5°. Vous avez fini votre SAS de l'été, vous avez torpillé votre dernier Doctorow et même les mots croisés de Réponse A Tout ne parviennent à occuper votre torpeur estivale une fois la sieste achevée...
J'ai pensé à vous. Si. Je suis vraiment sympa, quand même...
Dans la grande gamme des gadgets de l'été, est sorti le Petit Cahier D'Exercices De Désobéissance Civile. Je reviendrai sur le sujet de la désobéissance civile parce que j'ai un petit opus sur le sujet à vous faire découvrir, mais c'est l'été pour moi aussi, que diable. Et si vous ne savez pas ce que c'est que la désobéissance civile, ça tombe bien !
Ce petit cahier à pas trop vil prix (mon seul reproche) vous expliquera donc ce qu'est la désobéissance civile au travers de pages de jeu, de notes informatives, de gags et d'exercices. Bref, le truc idéal à bouquiner à la plage entre deux baignades. c'est amusant, léger, bien écrit. Les jeux sont rigolos, les dessins marrants.
Petit Cahier d'Exercices de Désobéissance Civile
par Jacques de Coulon (illustrations de Augagneur) chez Jouvence
ISBN n°978-2-88353-867-2
J'ai pensé à vous. Si. Je suis vraiment sympa, quand même...
Dans la grande gamme des gadgets de l'été, est sorti le Petit Cahier D'Exercices De Désobéissance Civile. Je reviendrai sur le sujet de la désobéissance civile parce que j'ai un petit opus sur le sujet à vous faire découvrir, mais c'est l'été pour moi aussi, que diable. Et si vous ne savez pas ce que c'est que la désobéissance civile, ça tombe bien !
Ce petit cahier à pas trop vil prix (mon seul reproche) vous expliquera donc ce qu'est la désobéissance civile au travers de pages de jeu, de notes informatives, de gags et d'exercices. Bref, le truc idéal à bouquiner à la plage entre deux baignades. c'est amusant, léger, bien écrit. Les jeux sont rigolos, les dessins marrants.
Petit Cahier d'Exercices de Désobéissance Civile
par Jacques de Coulon (illustrations de Augagneur) chez Jouvence
ISBN n°978-2-88353-867-2
jeudi 10 juin 2010
Tout bon anarchiste se devrait d'être nudiste
Et c'est ici que je perds mes rares lecteurs. Hihihi.
Et le tisserand dit : "Parlez-nous de Vêtements"
Et il répondit : Vos vêtements dissimulent beaucoup de votre beauté, mais ils ne cachent point ce qui n'est pas beau.
Et bien que vous recherchiez en vos habits le sceau de votre liberté, il se peut que vous y trouviez un harnais et une chaîne.
Puissiez-vous accueillir le soleil et le vent avec plus de votre peau et moins de vos vêtements.
Car le souffle de la vie est dans le soleil et la main de la vie est dans le vent.
Il en est qui disent: "C'est le vent du nord qui a tissé les robes que nous portons".
Et je dis : Oui, c'est le vent du nord, mais la honte fut son métier et l'amolissement des tendons son fil.
Et son travail achevé, il rit dans la forêt.
N'oubliez pas que la pudeur n'est qu'un bouclier contre l'oeil de l'impur.
Et quand l'impur ne sera plus? Que sera la pudeur sinon une chaîne et une souillure de l'esprit?
Et souvenez-vous que la terre se réjouit de sentir vos pieds nus et que les vents joueraient volontiers avec vos cheveux.
~Kahlil Gibran.
Si j'en crois Chomsky, "l'anarchisme est un mouvement de la pensée et de l'action humaine qui cherche à identifier les structures d'autorité et de domination, à leur demander de se justifier et, dès qu'elles en sont incapables, ce qui arrive fréquemment, à tenter de les dépasser."
A partir de là, on peut se poser la question du vêtement lorsqu'il n'est pas indispensable (pour se protéger du froid, d'éraflures, ce genre de choses). Dans ce cadre précis, la structure d'autorité et de domination est bien pire car elle n'est pas directement identifiable : c'est notre éducation, c'est la pression de nos pairs. La loi n'en est que le reflet. Les naturistes le prouvent depuis plus de 100 ans, oui, on peut dépasser cette structure de domination et d'autorité qu'est le vêtement.
De mon point de vue personnel, dans un sens de civilisation, je suis de la même opinion que la constitution espagnole actuelle : les gens devraient avoir la liberté vestimentaire. Et dans l'idéal, personne ne prêterait attention au vêtissement des autres. Et c'est là que se situe l'essentiel du problème. Le problème est que notre propre comportement à nous, et reflété dans notre société, est de juger les autres et de vouloir forcer tous les autres humains à se rallier à une normalité qui est "ce que je fais moi". Bref, on juge et condamne, naturellement et inconsciemment, les comportements qui ne sont pas les nôtres.
Ecoutez-vous parler, des fois. Il m'arrive des fois de dire des horreurs qui me répugnent après coup, mais qui sont parfaitement acceptées dans notre société : rire d'une personne habillée différemment, évoquer les tatouages, les strings qui dépassent des pantalons, le maquillage, peu importe, d'un autre être humain de manière négative. Au final, on génère, nous même, une pression sociale, sans s'en rendre compte, répugnante de condescendance, de mesquinerie, de violence. Dire d'une nana légèrement vêtue "c'est un appel au viol" : et quoi ? Tous les êters humains sont des violeurs en puissance ? Quelle médiocrité de notre propre espèce. Il faut croire que la haine profonde, inconsciente parce que atavique, du corps humain est fondamentale. On se plaint souvent, aussi, de la surutilisation des corps de femmes dénudés pour vendre n'importe quoi, du slip à la photocopieuse. Mais ce n'est pas vraiment l'usage, qui est condamnable, que le fait que cela marche. Tant que les gens réagiront positivement à ce signal, les pubards continueront de l'utiliser. Eduquer un pubard, c'est vouloir éduquer un pied de chaise. Par contre, je garde espoir qu'on puisse un jour enseigner à la population que tout le monde est fait d'une tête, deux bras, deux jambes, un torse et un sexe. Tout le monde. Ce n'est finalement que le refus insconscient de ce fait qui amène le résultat actuel, avec une population plus que jamais mal dans sa peau, qui ricane bêtement ou hurle ou mate ou proteste dès que y'a un bout de peau qui dépasse ou un bout de tissu pas à sa place (d'ailleurs, le bout de peau qui provoque change régulièrement au cours de l'histoire).
C'est avec ces idées en tête, et l'abondante littérature anarchiste au sujet du nudisme, que j'ai abordé ce livre.
Le Bonheur D'Être Nu : Le Naturisme, Un Art De Vivre, de France Guillain
chez Albin Michel
ISBN n°978-2-226093-54-7
Le bouquin de France Guillain, pour aussi enthousiaste qu'il soit, est écrit de manière lisible, avec des chapitres découpés clairement. Elle y retrace à la fois sa propre vision du naturisme (qui pousse plus loin la réflexion sur la nudité avec des considérations d'hygiène de vie), mais elle part parfois dans des considérations assez annexes, ou des assertions avec lesquelles j'ai du mal à être d'accord.
Toutefois, la totalité est intéressante à lire et réponds à pas mal de questions que j'ai pu me poser sur le sujet. Elle répond principalement aux questions sociologiques (pourquoi ? comment ?) et aux questions que les gens se posent quand le sujet est abordé (questions généralement posées avec force ricanements).
Au final, le bouquin m'a apporté des réponses, certes, mais n'est guère qu'un point de départ sur ma réflexion alimentant le début de ce message, c'est à dire notre comportement de meute en matière de juger négativement ceux qui sortent de notre groupe. On nous as éduqués à ne pas juger certains critères (couleur de peau, religion, etc.) mais il nous reste un long, très long chemin à parcourir pour ce qui est d'arrêter, tout simplement, de juger les autres sur leur vêtement et leurs caractéristiques physiques. Aussi bien positivement que négativement, d'ailleurs. Non, un mec en costard de marque n'est pas forcément un type bien/riche/agréable, par exemple. Mais la tendance actuelle de vouloir servir de publicité ambulante à des logos relève du même mécanisme : "je suis ce que je porte".
Bref, il me semble que tout anarchiste devrait sauter le pas. Sans forcément adhérer à la totalité des valeurs naturistes, qui ont parfois des vieux relents d'angélisme désuet.
Mais, ô mes rares lecteurs, la prochaine fois qu'il vous prendra l'envie de pester contre un dénudement ou ricaner du vêtement d'une personne, posez-vous quelques questions sur vous-mêmes. "De quel droit est-ce que je me moque d'un autre être humain ?" "Si je peste, n'est-ce pas que ce dénudement m'a fait réagir ? Pourquoi ?"
Et le tisserand dit : "Parlez-nous de Vêtements"
Et il répondit : Vos vêtements dissimulent beaucoup de votre beauté, mais ils ne cachent point ce qui n'est pas beau.
Et bien que vous recherchiez en vos habits le sceau de votre liberté, il se peut que vous y trouviez un harnais et une chaîne.
Puissiez-vous accueillir le soleil et le vent avec plus de votre peau et moins de vos vêtements.
Car le souffle de la vie est dans le soleil et la main de la vie est dans le vent.
Il en est qui disent: "C'est le vent du nord qui a tissé les robes que nous portons".
Et je dis : Oui, c'est le vent du nord, mais la honte fut son métier et l'amolissement des tendons son fil.
Et son travail achevé, il rit dans la forêt.
N'oubliez pas que la pudeur n'est qu'un bouclier contre l'oeil de l'impur.
Et quand l'impur ne sera plus? Que sera la pudeur sinon une chaîne et une souillure de l'esprit?
Et souvenez-vous que la terre se réjouit de sentir vos pieds nus et que les vents joueraient volontiers avec vos cheveux.
~Kahlil Gibran.
Si j'en crois Chomsky, "l'anarchisme est un mouvement de la pensée et de l'action humaine qui cherche à identifier les structures d'autorité et de domination, à leur demander de se justifier et, dès qu'elles en sont incapables, ce qui arrive fréquemment, à tenter de les dépasser."
A partir de là, on peut se poser la question du vêtement lorsqu'il n'est pas indispensable (pour se protéger du froid, d'éraflures, ce genre de choses). Dans ce cadre précis, la structure d'autorité et de domination est bien pire car elle n'est pas directement identifiable : c'est notre éducation, c'est la pression de nos pairs. La loi n'en est que le reflet. Les naturistes le prouvent depuis plus de 100 ans, oui, on peut dépasser cette structure de domination et d'autorité qu'est le vêtement.
De mon point de vue personnel, dans un sens de civilisation, je suis de la même opinion que la constitution espagnole actuelle : les gens devraient avoir la liberté vestimentaire. Et dans l'idéal, personne ne prêterait attention au vêtissement des autres. Et c'est là que se situe l'essentiel du problème. Le problème est que notre propre comportement à nous, et reflété dans notre société, est de juger les autres et de vouloir forcer tous les autres humains à se rallier à une normalité qui est "ce que je fais moi". Bref, on juge et condamne, naturellement et inconsciemment, les comportements qui ne sont pas les nôtres.
Ecoutez-vous parler, des fois. Il m'arrive des fois de dire des horreurs qui me répugnent après coup, mais qui sont parfaitement acceptées dans notre société : rire d'une personne habillée différemment, évoquer les tatouages, les strings qui dépassent des pantalons, le maquillage, peu importe, d'un autre être humain de manière négative. Au final, on génère, nous même, une pression sociale, sans s'en rendre compte, répugnante de condescendance, de mesquinerie, de violence. Dire d'une nana légèrement vêtue "c'est un appel au viol" : et quoi ? Tous les êters humains sont des violeurs en puissance ? Quelle médiocrité de notre propre espèce. Il faut croire que la haine profonde, inconsciente parce que atavique, du corps humain est fondamentale. On se plaint souvent, aussi, de la surutilisation des corps de femmes dénudés pour vendre n'importe quoi, du slip à la photocopieuse. Mais ce n'est pas vraiment l'usage, qui est condamnable, que le fait que cela marche. Tant que les gens réagiront positivement à ce signal, les pubards continueront de l'utiliser. Eduquer un pubard, c'est vouloir éduquer un pied de chaise. Par contre, je garde espoir qu'on puisse un jour enseigner à la population que tout le monde est fait d'une tête, deux bras, deux jambes, un torse et un sexe. Tout le monde. Ce n'est finalement que le refus insconscient de ce fait qui amène le résultat actuel, avec une population plus que jamais mal dans sa peau, qui ricane bêtement ou hurle ou mate ou proteste dès que y'a un bout de peau qui dépasse ou un bout de tissu pas à sa place (d'ailleurs, le bout de peau qui provoque change régulièrement au cours de l'histoire).
C'est avec ces idées en tête, et l'abondante littérature anarchiste au sujet du nudisme, que j'ai abordé ce livre.
Le Bonheur D'Être Nu : Le Naturisme, Un Art De Vivre, de France Guillain
chez Albin Michel
ISBN n°978-2-226093-54-7
Le bouquin de France Guillain, pour aussi enthousiaste qu'il soit, est écrit de manière lisible, avec des chapitres découpés clairement. Elle y retrace à la fois sa propre vision du naturisme (qui pousse plus loin la réflexion sur la nudité avec des considérations d'hygiène de vie), mais elle part parfois dans des considérations assez annexes, ou des assertions avec lesquelles j'ai du mal à être d'accord.
Toutefois, la totalité est intéressante à lire et réponds à pas mal de questions que j'ai pu me poser sur le sujet. Elle répond principalement aux questions sociologiques (pourquoi ? comment ?) et aux questions que les gens se posent quand le sujet est abordé (questions généralement posées avec force ricanements).
Au final, le bouquin m'a apporté des réponses, certes, mais n'est guère qu'un point de départ sur ma réflexion alimentant le début de ce message, c'est à dire notre comportement de meute en matière de juger négativement ceux qui sortent de notre groupe. On nous as éduqués à ne pas juger certains critères (couleur de peau, religion, etc.) mais il nous reste un long, très long chemin à parcourir pour ce qui est d'arrêter, tout simplement, de juger les autres sur leur vêtement et leurs caractéristiques physiques. Aussi bien positivement que négativement, d'ailleurs. Non, un mec en costard de marque n'est pas forcément un type bien/riche/agréable, par exemple. Mais la tendance actuelle de vouloir servir de publicité ambulante à des logos relève du même mécanisme : "je suis ce que je porte".
Bref, il me semble que tout anarchiste devrait sauter le pas. Sans forcément adhérer à la totalité des valeurs naturistes, qui ont parfois des vieux relents d'angélisme désuet.
Mais, ô mes rares lecteurs, la prochaine fois qu'il vous prendra l'envie de pester contre un dénudement ou ricaner du vêtement d'une personne, posez-vous quelques questions sur vous-mêmes. "De quel droit est-ce que je me moque d'un autre être humain ?" "Si je peste, n'est-ce pas que ce dénudement m'a fait réagir ? Pourquoi ?"
lundi 15 février 2010
Les Lois de Celine, mais pas Louis-Ferdinand... Hagbard
Rions un peu.
(repris librement du site discordien 23 Apple of Eris, repris de Wikipedia Anglais)
Les lois de Céline sont une série de trois lois gouvernant le gouvernement (pouf pouf) et l'interaction sociale attribuées au personnage fictif de Hagbard Celine dans son manifeste "Ne sifflotez pas quand vous faites pipi" (Never Whistle While Pissing). Le personnage apparaît dans la trilogie Illuminatus!, le délire discordien conspirationnisto-paranoïaco-chaotique de Robert Anton Wilson et Robert Shea, fort rigolo au demeurant. Celine, en gentleman anarchiste, sers de porte-parole pour toutes les idées anarchistes, libertariennes, etc. de Wilson.
Les trois lois de Celine apparaissent dans un des multiples spin-off rigolos de Illuminatus!, à savoir The Illuminatus Papers.
Première loi de Hagbard Celine : La sécurité nationale est la principale raison de l'insécurité nationale.
Reflétant la paranoïa relative à la Guerre Froide, la première Loi de Céline tourne autour de l'idée communément acceptée (à l'époque au moins, mais encore aujourd'hui) que pour obtenir un début de Sécurité Nationale, il faut créer une police secrète. Or, le danger est grand que des espions inflitrés, des révolutionnaires locaux et des séditieux divers pénètrent le système et donc la police secrète. Et, étant donnés les grands pouvoirs donnés à ce type d'entité, à savoir chantage, menaces, assassinats et intimidation d'autres membres du gouvernement, il est essentiel de créer un corps de police secrète supérieur, secret lui aussi, qui va surveiller les premiers afin de s'assurer de leur loyauté (qui a dit Paranoïa ?) Et ainsi de suite, à répéter ad nauseam jusqu'à ce que vous soyez arrivés à court de citoyens ou de budget. Et puisque cette situation de paranoïa et d'autosurveillance rend intrinsèquement les citoyens cibles de leur propre nation, chaque citoyen est plus menacé par une immense organisation secrète policière que par n'importe quel ennemi contre lesquels l'organisation chercherait à les protéger. Wilson souligne que l'U.R.S.S. a souffert de ce syndrome à tel point qu'elle était terrifiée par les peintres et les poètes qui ne posaient aucun danger réel.
Dans le même temps, étant donné les limites de financement et d'échelle, l'état de sécurité parfaite n'est jamais vraiment obtenu, laissant la population vulnérable à la menace d'origine mais aussi vulnérable à la vaste et orwellienne police secrète.
Pour résumer, l'obsession de sécurité nationale crée un état de surveillance qui est plus une menace pour le citoyen que la menace dont elle cherche à le protéger.
Seconde loi de Hagbard Celine : une communication exacte n'est possible que dans une situation n'impliquant pas une possible punition
Wilson la reformule lui-même à plusieurs reprises en "La communication se produit seulement entre égaux." Céline appelle cette loi "simple déclaration de l'évidence" et se réfère au fait que tous ceux qui travaillent sous les ordres d'une figure d'autorité tendent à lui mentir et à la flatter, soit pour se protéger de sa violence, soit pour éviter la privation d'une sécurité (comme la perte d'un emploi). En substance, il est généralement plus dans l'intérêt de tout travailleur de dire à son patron ce que ce dernier désire entendre, non pas ce qui est vrai.
Dans toute hiérarchie, chaque niveau inférieur porte la subtile charge de voir le monde de la manière dont leurs supérieurs s'attendent à ce qu'ils le voient ; et de fournir un retour que les supérieurs de leurs supérieurs veulent entendre.
En fin de compte, toute organisation hiérarchique confirme que ce que ses dirigeants pensent déjà est vrai, plus qu'elle ne les mets au défi de penser différemment. Les niveaux en-dessous des dirigeants sont plus intéressés dans la conservation de leur emploi que de dire la vérité. (Note du lecteur : pensez à l'affaire Enron/Worldcom).
Wilson, dans Prometheus Rising, utilise l'exemple de J. Edgar Hoover, fondateur du FBI. Hoover voyait des communistes et des espions infiltrés partout, et il demande à ses agents de les traquer. Par conséquent, les agents du FBI ont commencé à voir et à interpréter tout ce qu'ils pouvaient dans le sens de cette conspiration communiste. Certains sont même allés aussi loin que de faire passer les gens pour des communistes en les piégeant, en procédant à des arrestations en grande partie sans fondement et en faisant tout leur possible pour satisfaire Hoover et éliminer la conspiration communiste. Le problème est qu'un tel complot n'a jamais existé, sous quelque forme que ce soit. Hoover pensait que oui, mais tout agent qui a osé rappeler le manque de preuves à Hoover aurait, dans le meilleur des cas, vu ses promotions refuées et, au pire, aurait été accusé d'être lui-même un communiste et aurait perdu son emploi. Tout agent qui connaissait la vérité prenait bien soin de se taire.
Wilson utilise l'œil dans la pyramide du Grand Sceau des États-Unis comme un symbole de la dysfonction des hiérarchies : tous les niveaux sauf le plus haut est aveugle, mais l'œil ne peut voir que dans un sens.
En fin de compte, Céline affirme qu'une hiérarchie tends plus à cacher la vérité à ses dirigeants qu'elle ne tends à trouver la vérité.
Troisième loi de Hagbard Celine : un politicien honnête est une calamité nationale
Céline reconnaît que la troisième loi peut sembler absurde dès l'énoncé. Même si un homme politique malhonnête ne s'intéresse qu'à améliorer son propre sort en abusant de la confiance du public, un politicien honnête est beaucoup plus dangereux car il croit honnêtement à l'amélioration de la société à travers l'action politique, et cela signifie l'écriture et l'application de lois de plus en plus nombreuses. Céline soutient que la création de plus de lois ne sert qu'à créer plus de criminels. Chaque loi restreignant la liberté individuelle par nature, et le taux croissant de lois en cours de rédaction signifie que tout citoyen, au cours de sa vie quotidienne, n'a plus qu'à chercher à ne pas violer, au cours de sa journée, l'une quelconque de la pléthore de lois. Ce n'est que par des politiciens honnêtes qui essaient de changer le monde à travers les lois que naît la tyrannie véritable, au travers d'une législation excessive.
Des politiciens corrompus remplissent simplement leurs propres poches. Les politiciens idéalistes peuvent mettre fin à la liberté des gens à travers d'énormes quantités de lois. Ainsi, des politiciens corrompus sont préférables selon lui.
Citant Lénine et ses successeurs à titre d'exemple, Wilson fait valoir que les plus tyranniques et brutaux régimes de l'histoire ont été créées par des politiciens honnêtes qui croyaient à une bonne cause.
(Note du lecteur : amusant mais pas que)
(repris librement du site discordien 23 Apple of Eris, repris de Wikipedia Anglais)
Les lois de Céline sont une série de trois lois gouvernant le gouvernement (pouf pouf) et l'interaction sociale attribuées au personnage fictif de Hagbard Celine dans son manifeste "Ne sifflotez pas quand vous faites pipi" (Never Whistle While Pissing). Le personnage apparaît dans la trilogie Illuminatus!, le délire discordien conspirationnisto-paranoïaco-chaotique de Robert Anton Wilson et Robert Shea, fort rigolo au demeurant. Celine, en gentleman anarchiste, sers de porte-parole pour toutes les idées anarchistes, libertariennes, etc. de Wilson.
Les trois lois de Celine apparaissent dans un des multiples spin-off rigolos de Illuminatus!, à savoir The Illuminatus Papers.
Première loi de Hagbard Celine : La sécurité nationale est la principale raison de l'insécurité nationale.
Reflétant la paranoïa relative à la Guerre Froide, la première Loi de Céline tourne autour de l'idée communément acceptée (à l'époque au moins, mais encore aujourd'hui) que pour obtenir un début de Sécurité Nationale, il faut créer une police secrète. Or, le danger est grand que des espions inflitrés, des révolutionnaires locaux et des séditieux divers pénètrent le système et donc la police secrète. Et, étant donnés les grands pouvoirs donnés à ce type d'entité, à savoir chantage, menaces, assassinats et intimidation d'autres membres du gouvernement, il est essentiel de créer un corps de police secrète supérieur, secret lui aussi, qui va surveiller les premiers afin de s'assurer de leur loyauté (qui a dit Paranoïa ?) Et ainsi de suite, à répéter ad nauseam jusqu'à ce que vous soyez arrivés à court de citoyens ou de budget. Et puisque cette situation de paranoïa et d'autosurveillance rend intrinsèquement les citoyens cibles de leur propre nation, chaque citoyen est plus menacé par une immense organisation secrète policière que par n'importe quel ennemi contre lesquels l'organisation chercherait à les protéger. Wilson souligne que l'U.R.S.S. a souffert de ce syndrome à tel point qu'elle était terrifiée par les peintres et les poètes qui ne posaient aucun danger réel.
Dans le même temps, étant donné les limites de financement et d'échelle, l'état de sécurité parfaite n'est jamais vraiment obtenu, laissant la population vulnérable à la menace d'origine mais aussi vulnérable à la vaste et orwellienne police secrète.
Pour résumer, l'obsession de sécurité nationale crée un état de surveillance qui est plus une menace pour le citoyen que la menace dont elle cherche à le protéger.
Seconde loi de Hagbard Celine : une communication exacte n'est possible que dans une situation n'impliquant pas une possible punition
Wilson la reformule lui-même à plusieurs reprises en "La communication se produit seulement entre égaux." Céline appelle cette loi "simple déclaration de l'évidence" et se réfère au fait que tous ceux qui travaillent sous les ordres d'une figure d'autorité tendent à lui mentir et à la flatter, soit pour se protéger de sa violence, soit pour éviter la privation d'une sécurité (comme la perte d'un emploi). En substance, il est généralement plus dans l'intérêt de tout travailleur de dire à son patron ce que ce dernier désire entendre, non pas ce qui est vrai.
Dans toute hiérarchie, chaque niveau inférieur porte la subtile charge de voir le monde de la manière dont leurs supérieurs s'attendent à ce qu'ils le voient ; et de fournir un retour que les supérieurs de leurs supérieurs veulent entendre.
En fin de compte, toute organisation hiérarchique confirme que ce que ses dirigeants pensent déjà est vrai, plus qu'elle ne les mets au défi de penser différemment. Les niveaux en-dessous des dirigeants sont plus intéressés dans la conservation de leur emploi que de dire la vérité. (Note du lecteur : pensez à l'affaire Enron/Worldcom).
Wilson, dans Prometheus Rising, utilise l'exemple de J. Edgar Hoover, fondateur du FBI. Hoover voyait des communistes et des espions infiltrés partout, et il demande à ses agents de les traquer. Par conséquent, les agents du FBI ont commencé à voir et à interpréter tout ce qu'ils pouvaient dans le sens de cette conspiration communiste. Certains sont même allés aussi loin que de faire passer les gens pour des communistes en les piégeant, en procédant à des arrestations en grande partie sans fondement et en faisant tout leur possible pour satisfaire Hoover et éliminer la conspiration communiste. Le problème est qu'un tel complot n'a jamais existé, sous quelque forme que ce soit. Hoover pensait que oui, mais tout agent qui a osé rappeler le manque de preuves à Hoover aurait, dans le meilleur des cas, vu ses promotions refuées et, au pire, aurait été accusé d'être lui-même un communiste et aurait perdu son emploi. Tout agent qui connaissait la vérité prenait bien soin de se taire.
Wilson utilise l'œil dans la pyramide du Grand Sceau des États-Unis comme un symbole de la dysfonction des hiérarchies : tous les niveaux sauf le plus haut est aveugle, mais l'œil ne peut voir que dans un sens.
En fin de compte, Céline affirme qu'une hiérarchie tends plus à cacher la vérité à ses dirigeants qu'elle ne tends à trouver la vérité.
Troisième loi de Hagbard Celine : un politicien honnête est une calamité nationale
Céline reconnaît que la troisième loi peut sembler absurde dès l'énoncé. Même si un homme politique malhonnête ne s'intéresse qu'à améliorer son propre sort en abusant de la confiance du public, un politicien honnête est beaucoup plus dangereux car il croit honnêtement à l'amélioration de la société à travers l'action politique, et cela signifie l'écriture et l'application de lois de plus en plus nombreuses. Céline soutient que la création de plus de lois ne sert qu'à créer plus de criminels. Chaque loi restreignant la liberté individuelle par nature, et le taux croissant de lois en cours de rédaction signifie que tout citoyen, au cours de sa vie quotidienne, n'a plus qu'à chercher à ne pas violer, au cours de sa journée, l'une quelconque de la pléthore de lois. Ce n'est que par des politiciens honnêtes qui essaient de changer le monde à travers les lois que naît la tyrannie véritable, au travers d'une législation excessive.
Des politiciens corrompus remplissent simplement leurs propres poches. Les politiciens idéalistes peuvent mettre fin à la liberté des gens à travers d'énormes quantités de lois. Ainsi, des politiciens corrompus sont préférables selon lui.
Citant Lénine et ses successeurs à titre d'exemple, Wilson fait valoir que les plus tyranniques et brutaux régimes de l'histoire ont été créées par des politiciens honnêtes qui croyaient à une bonne cause.
(Note du lecteur : amusant mais pas que)
mardi 26 janvier 2010
Manifeste pour le Domaine Public
Puisque c'est à la mode, avec toutes ces lois qui sont là pour supprimer toute notion de vie privée, d'entraide et d'amitié, à savoir HADOPI, LOPPSI 2 et surtout l'innommable ACTA, lois qui ne font que démontrer la haine profonde des gouvernements actuels envers leur population, je me permets de faire passer un lien vers le manifeste pour le domaine public, que vous allez j'en suis sûr, signer.
Car LE DOMAINE PUBLIC EST LA REGLE, LE COPYRIGHT EST L'EXCEPTION. Ne l'oubliez pas.
Le site est : Public Domain Manifesto
Et vous trouverez là une version française du texte en pdf ou en odt.
Merci.
Car LE DOMAINE PUBLIC EST LA REGLE, LE COPYRIGHT EST L'EXCEPTION. Ne l'oubliez pas.
Le site est : Public Domain Manifesto
Et vous trouverez là une version française du texte en pdf ou en odt.
Merci.
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vendredi 6 novembre 2009
F pour Fawkes

Puisque Guy Fawkes Night s'est achevée sans qu'aucun parlement n'aie explosé, je vois mal pourquoi ne pas parler tout de suite de V For Vendetta (en BD et film) et de Guy Fawkes d'une manière plus générale.
D'abord, la Conspiration de la Poudre (Gunpowder Plot) et Guy Fawkes. Ce cher bonhomme rendu célèbre en dehors du Commonwealth par la BD d'Alan Moore a essayé de faire sauter le parlement britannique en 1605. Cependant, j'ai remarqué que peu de gens savent exactement l'histoire et que, pour les lecteurs français, Guy Fawkes et V, le personnage de la BD, se confondent aisément dans une figure de héros anarchiste combattant pour le bien du peuple. Corrigeons donc ce petit point historique : la tentative de Fawkes s'inscrit dans la guerre de religion catholiques/protestants qui fit rage tout au long du XVIIè siècle dans toute l'Europe et qui est restée une source de conflit encore longtemps après dans certains pays (au hasard l'Irlande, même si le conflit irlandais ne se limite pas à des notions de religion, c'est bien plus complexe). Fawkes et sa théorie de copains catholiques ont essayé de faire sauter le parlement du roi protestant Jacques 1er afin de tenter d'obtenir un gouvernement catholique. Le tout avec trois tonnes de poudre et l'aide de la couronne espagnole de l'époque. On est quand même très loin du héros anarchiste, même s'il s'agit bien d'action directe. Fawkes a été condamné à la peine la plus tortueuse de la justice locale de l'époque : pendu, étripé et coupé en morceaux, même s'il est mort avant de la subir. Depuis, les britanniques célèbrent sa démise avec force pétards et feux d'artifices, tout en brûlant des Guy Fawkes en effigie.
Forts de cette information, passons à la bande dessinée. Dans un futur très proche, le Royaume Uni s'est replié sur lui-même complètement et est à la botte d'un leader suprême, dans un gouvernement mélangeant fascisme et Big Brotherisme. Sa devise : "Strength through Unity, Unity Through Faith" (des mots forts dans une devise courte et peu significative mais très volontaire, typique). Il possède, bien évidemment, une police secrète : le "doigt". Pour lutter contre cela, un homme va se dresser avec pour objectif de faire tomber le gouvernement et rendre au Royaume Uni sa liberté, "V". Il porte un costume de Guy Fawkes et choisit, évidemment, le 5 novembre pour entamer son projet. Ce jour là, il va rencontrer Evey, une jeune fille désespérée qu'il va prendre sous son aile.
Dans les discours de "V" transparaît un discours anarchiste vrai, propre et définitif, dans lequel il établit les raisons de son combat et ce contre quoi il se bat : le terrorisme d'état, le fascisme, l'autoritarisme, le "big brotherisme" etc. L'ouvrage en profite pour montrer les aspects négatifs de tous ces éléments sans tomber dans le piège de l'apologie des actions de V, qui sont elles aussi critiquées.
L'adaptation en film, qui a été tant décriée, n'est pas du tout mauvaise. On peut arguer de la différence entre sa fin et celle du livre originel, par rapport au message que chacune transmet, mais cela n'en fait pas pour autant un mauvais film. Je recommanderais, si le film a été apprécié (ou non d'ailleurs) de lire la BD.

BD : V For Vendetta, de Alan Moore et David Lloyds
réédité il y a peu chez Panini Comics
ISBN : 2-809409-65-X
Film : V For Vendetta, de James McTeigue avec Nathalie Portman (Evey) et Hugo Weaving (V)
vendredi 2 janvier 2009
Taz, ce n'est pas que chez la Warner Bros
Pour continuer la célébration du bicentenaire de la naissance de Proudhon, une autre de mes lectures récentes est un livre de Hakim Bey intitulé "T.A.Z.". Oui, en ce moment, je suis plutôt sur des livres courts, et cet opus de Bey recueille la traduction de l'une des trois parties d'un livre plus fourni de l'auteur. Cependant, le concept des Temporary Autonomous Zones est un des concepts clef de la pensée de Bey (de ce que j'en sais, du moins, c'est-à-dire pas grand chose hélas).
Hakim Bey, de son vrai nom Peter Lamborn Wilson, est un personnage controversé chez les anars, car il propose un anarchisme si individualiste qu'il en devient apolitique (merci wikipedia). Bref, je ne connaissais que le nom de cet homme là, j'ai donc profité d'une vitrine de li
brairie achalandée pour découvrir que ses textes étaient traduits en français et à prix raisonnable. Soit.
T.A.Z. Zone Autonome Temporaire
de Hakim Bey
chez L'Eclat
ISBN : 978-2-84162-020-3
Comme son nom l'indique, Bey décrit dans ce livre, sans le définir car il juge que la définition se déduit naturellement de l'exemple, son concept de zone autonome temporaire (TAZ pour Temporary Autonomous Zone). Il s'agit d'une zone située dans le temps et l'espace où les philosophies libertaires s'appliquent de fait. Une sorte de paradis anarchiste discret, au sens mathématique, car spontané et temporaire.
En fait, ces T.A.Z. sont nombreuses. Un dîner est une T.A.Z. car il n'y a pas de lois, pas de hiérarchies : les interactions entre les convives ne sont dictées que par la propre éthique de chacun d'entre eux, dans une culture de politesse et de manières. Une flash mob ou certains festivaux (burning man, raves) sont aussi des T.A.Z. Certains lieux d'échange sur Internet sont des T.A.Z. (attention, le texte est assez ancien, donc la vision du web présentée date des débuts de l'Internet).
Le livre est l'étude de ces T.A.Z. au travers d'exemples historiques multiples, de l'utopie pirate jusqu'à l'Espagne anarchiste en passant par Makhno.
Utilité au lecteur de gauche :
Hakim Bey, de son vrai nom Peter Lamborn Wilson, est un personnage controversé chez les anars, car il propose un anarchisme si individualiste qu'il en devient apolitique (merci wikipedia). Bref, je ne connaissais que le nom de cet homme là, j'ai donc profité d'une vitrine de li

T.A.Z. Zone Autonome Temporaire
de Hakim Bey
chez L'Eclat
ISBN : 978-2-84162-020-3
Comme son nom l'indique, Bey décrit dans ce livre, sans le définir car il juge que la définition se déduit naturellement de l'exemple, son concept de zone autonome temporaire (TAZ pour Temporary Autonomous Zone). Il s'agit d'une zone située dans le temps et l'espace où les philosophies libertaires s'appliquent de fait. Une sorte de paradis anarchiste discret, au sens mathématique, car spontané et temporaire.
En fait, ces T.A.Z. sont nombreuses. Un dîner est une T.A.Z. car il n'y a pas de lois, pas de hiérarchies : les interactions entre les convives ne sont dictées que par la propre éthique de chacun d'entre eux, dans une culture de politesse et de manières. Une flash mob ou certains festivaux (burning man, raves) sont aussi des T.A.Z. Certains lieux d'échange sur Internet sont des T.A.Z. (attention, le texte est assez ancien, donc la vision du web présentée date des débuts de l'Internet).
Le livre est l'étude de ces T.A.Z. au travers d'exemples historiques multiples, de l'utopie pirate jusqu'à l'Espagne anarchiste en passant par Makhno.
Utilité au lecteur de gauche :
- La T.A.Z. permet de voir l'anarchisme en action et de découvrir des anarchies fonctionnelles sur des espaces discrets.
- Le livre fait un petit récapitulatif d'exemples pratiques, mais c'est bien tout.
mercredi 31 décembre 2008
Le pouvoir moins l'ordre
L'anarchisme est un ensemble d'idées à l'existence étrange. Sans cesse honni, sans cesse rejeté, dénoncé, méprisé, moqué et pourtant les drapeaux noirs continuent de flotter, discrètement, au dessus des foules. A l'heure actuelle, comme le souligne Jean Pierre Garnier dans son article du Monde Diplomatique (Janvier 2009), l'anarchisme devient médiatiquement un nouveau monstre à abattre bien pratique à ranger aux côtés du terrorisme et de l'islamisme, pour orienter les haines populaires vers une hydre floue confortant l'ordre établi, alors même que "libertaire" est récupéré par tout un tas de rebelles conformistes pour ajouter un peu de lustre à leur gloriole fanée.
Non, l'anarchisme n'est pas le terrorisme, pas plus que ce n'est le chaos, le vol ou le nihilisme. L'anarchisme est peut être, de toutes les idées, celle qui réclame le plus d'éthique de la part de ses poursuivants. Malheureusement, comme beaucoup d'autres théories, elle est la victime d'idées reçues tenaces et d'argumentaires tout faits toujours réitérés malgré que toutes ces idées reçues et argumentaires rances aient déjà été à la fois pris en compte et promptement démontés par les nombreux théoriciens de l'anarchisme.
Il est temps, donc, de se documenter proprement, surtout que ce mois de janvier 2009 verra le bicentenaire de la naissance de Pierre-Joseph Proudhon.

L'Ordre moins le pouvoir
de Normand Baillargeon
chez Agone, collection Eléments
ISBN : 978-2-7489-0097-2
Amusant, voici le deuxième billet d'affilée sur Baillargeon. Que dire sinon que cet ouvrage est lui aussi clair, précis et surtout agréable à lire ? Faut-il qu'un livre soit pesant et soporifique pour être acceptable à une discussion sérieuse ?
Le livre de Baillargeon est divisé en quatre parties. La première rappelle la naissance de l'idée d'anarchisme et son évolution jusqu'à la diversité des pensées que l'on a aujourd'hui. Ensuite, justement, sont présentées, dans un ordre chronologique et au travers de la présentation de l'auteur principal dont il est issu, chacun des courants de l'anarchisme, chacune de ses variantes. La troisième partie recouvre des exemples d'anarchisme appliqué. Enfin, la dernière partie présente des sujets de réflexion avec des propositions concrètes des anarchistes.
Utilité au lecteur de gauche:
Non, l'anarchisme n'est pas le terrorisme, pas plus que ce n'est le chaos, le vol ou le nihilisme. L'anarchisme est peut être, de toutes les idées, celle qui réclame le plus d'éthique de la part de ses poursuivants. Malheureusement, comme beaucoup d'autres théories, elle est la victime d'idées reçues tenaces et d'argumentaires tout faits toujours réitérés malgré que toutes ces idées reçues et argumentaires rances aient déjà été à la fois pris en compte et promptement démontés par les nombreux théoriciens de l'anarchisme.
Il est temps, donc, de se documenter proprement, surtout que ce mois de janvier 2009 verra le bicentenaire de la naissance de Pierre-Joseph Proudhon.

L'Ordre moins le pouvoir
de Normand Baillargeon
chez Agone, collection Eléments
ISBN : 978-2-7489-0097-2
Amusant, voici le deuxième billet d'affilée sur Baillargeon. Que dire sinon que cet ouvrage est lui aussi clair, précis et surtout agréable à lire ? Faut-il qu'un livre soit pesant et soporifique pour être acceptable à une discussion sérieuse ?
Le livre de Baillargeon est divisé en quatre parties. La première rappelle la naissance de l'idée d'anarchisme et son évolution jusqu'à la diversité des pensées que l'on a aujourd'hui. Ensuite, justement, sont présentées, dans un ordre chronologique et au travers de la présentation de l'auteur principal dont il est issu, chacun des courants de l'anarchisme, chacune de ses variantes. La troisième partie recouvre des exemples d'anarchisme appliqué. Enfin, la dernière partie présente des sujets de réflexion avec des propositions concrètes des anarchistes.
Utilité au lecteur de gauche:
- Ce livre permet de comprendre ce qu'est l'anarchisme et d'arrêter enfin de s'arrêter au clichés sémantiques du dictionnaire et des média. L'anarchisme est une pensée extrêmement riche, développée et qui évolue encore aujourd'hui. De nombreuses avancées sociales lui sont dues, il mérite donc le respect, et cela commence par arrêter de multiplier les opinions toutes faites à son sujet.
- Il établit les différents courants de l'anarchisme, comme par exemple l'anarcho-syndicalisme, l'anarcho-féminisme, l'anarcho-communisme, etc.
- Il rappelle de douloureux souvenirs sur la Guerra Civil et la Révolution Russe, dont les origines et l'évolution doit beaucoup aux penseurs anarchistes, avant que le mouvement ne soit, respectivement, écrasé ou récupéré.
- Il donne des axes de pensées, des propositions libertaires, pouvant servir de base à toute réflexion de gauche quelle que soit l'étiquette.
- Il fournit une excellente bibliographie pour creuser le sujet.
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