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lundi 17 juillet 2017

La Servante Ecarlate

Il y a bien des années, une lectrice de ce blog m'a envoyé le livre de Margaret Atwood, La Servante Ecarlate. J'ai essayé de le lire à plusieurs reprises mais je galérais. Non que c'était mal écrit mais parce que la description de l'univers du personnage me mettait très mal à l'aise. Arrive Trump, GamerGate et autres connards machistes, avec un pic global et international de machisme puant (y'a qu'à voir les commentaires débiles qui ont accompagné les sorties des nouveaux opus de Star Wars, Wonder Woman et Ghostbusters, ou la réaction d'hier à l'annonce d'un Docteur féminin*). Et on reparle d'abord, comme d'habitude, de 1984 mais, et c'est plus surprenant, de La Servante Ecarlate ("The Handmaid's Tale" en vo) : Emma Thompson en achète des exemplaires pour les distribuer, une association de défense des femmes fait un happening basé dessus à Washington, etc.
Pourquoi ? Mais parce qu'on avait pas collé autant de bâton dans les roues des femmes depuis bien longtemps (et je soupçonne fortement que la mort de Simone Weil ne va pas arranger les choses en France).

La Servante Ecarlate est le récit, à la première personne, de la vie d'une "Servante". Dans des USA du futur, une dictature "chrétienne" s'est installée et a établi un ordre des choses pour les femmes proprement affreux. Il leur est attribué un rôle définitif : Epouse, Econofemme, Martha (cuisinière, femme de chambre, etc.) ou Servante. La couleur de leurs vêtements est définie. Il leur est interdit d'apprendre à lire, etc. La catégorie des Servantes (la narratrice) est dédiée à la reproduction. Si un mariage est stérile, on fournit à un homme une Servante, qui sera chargée de porter un enfant pour le couple (la GPA mais pas pour tous, uniquement les puissants). Le rôle de la Servante, toute vêtue de rouge, est absolument limité à cela : être un "vase". La narratrice est une Servante de la première génération de femmes à subir cela. Elle a eu une vie, avant : elle avait un mari, un enfant, qu'elle a perdus dans une tentative d'évasion échouée.
Il y a un épilogue sous la forme d'une étude historique de ce roman par des historiens cent ans après les faits, qui ajoute des informations de contexte. Ce n'est pas sans faire penser à Rêves de Fer dont j'ai parlé ici aussi.

Pourquoi ce roman est-il si difficile à lire ?
Déjà parce que je découvre avec horreur que nombre d'humains sur cette terre ont de la merde puante entre les oreilles (lisez "gamergaters", "broflakes" etc.) et que l'avenir décrit n'est pas super éloigné de certains de leurs idéaux. C'est pas nouveau mais, depuis quelques années, ça a cessé de se cacher sous les pierres où ça aurait dû rester.
Ensuite parce que le récit à la première personne fait part d'une résignation qui est difficile à accepter quand on lit plutôt des romans pour s'évader. Non, la narratrice n'est pas un héros. Elle a du mal mais accepte plus ou moins son sort, en étouffant ses sanglots. Ce qui serait la réalité pour la plupart d'entre nous confrontés à toute forme de totalitarisme. C'est dur d'accepter de voir la médiocrité dans un miroir, même déformant. Et pourtant...
Enfin parce que, quand on regarde le monde : ce futur, ou une variante d'icelui, n'est vraiment pas loin, bon sang (voire, existe déjà dans certains pays).

Un roman qui n'a cessé de me retourner tout au long de la lecture. Un roman fort, qui provoque une sacrée émotion, même si désagréable, est un BON roman.

Lisez-le.

La version qu'on m'a donnée.


Je vais voir si je peux emprunter le film à ma médiathèque, moi...

NB : merci encore, Ivy. J'aurais dû lire ce livre bien plus tôt !

EDIT : je viens d'apprendre qu'une adaptation en série télé était en ce moment même en cours de diffusion. Je ne l'ai pas vue mais, ce que j'en entends, vous pouvez foncer. http://www.lemonde.fr/televisions-radio/video/2017/06/27/pourquoi-la-serie-the-handmaid-s-tale-est-incontournable_5151842_1655027.html
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* : si un Docteur de sexe féminin vous pose problème, c'est que vous n'avez pas écouté ce que le Docteur vous a dit dans chaque. Putain. D'épisode.

vendredi 19 décembre 2014

La Quadrature du Net risque de fermer boutique

La Quadrature du Net est au bord de la banqueroute. Pas assez de dons, des citoyens qui s'en tapent, des e-citoyens qui s'en fichent et même des "activistes" online qui font rien alors que, pourtant, ils sont sensiblisés à ces sujets.
J'avoue que, moi même, j'avais donné l'an dernier et pas cette année.



Ce qu'ils font, c'est rien d'autre que tenter de maintenir Internet libre, plutôt que de le voir transformé en combinaison de supermarché, de cauchemar de George Orwell et de terreur nocturne de Franz Kafka.

Si vous lisez ce blog, c'est que le sujet vous intéresse. Allez donc faire un clic et un don sur la bannière à droite de ce billet. Ce sera bien pour tout le monde et ce sera toujours mieux que d'acheter une autre merdouille de Noël au cousin au quatorzième degré. Là, vous faites un cadeau à TOUS.

jeudi 30 octobre 2014

Sécurise ta vie internet, bon sang !

Salut  vous tous qui me lisez si nombreux (les beaux jours, vous êtes un poil au-dessus de 10, c'est dire).

On donne de plus en plus de présence à Internet dans notre vie. Blogs, fessebouc, réseaux sociaux, achats numériques... Et malgré ça, y'a des gens qui viennent se plaindre que leur vie est déballée sur le net. Je me suis décidé à moi aussi faire un petit guide. C'est parti. Note préliminaire importante : ce guide ne prétend ni être exhaustif ni vous protéger de partout ou avec une quelconque certitude. Je vous file des conseils pour que votre sécurité soit "mieux que rien", c'est tout.

D'abord, ton navigateur.
- oublie Internet Explorer. Désinstalle-moi cette drouille. Installe autre chose, un Firefox, un Opera, un Chrome/Iron, etc.
- ensuite, tu ouvre les préférences de ton logiciel, et tu mets fin à tout ce qui te paraît faille de sécurité : oui, je veux utiliser du crypté, non je veux pas conserver mes données navigateurs, non je veux pas de cookie tiers, non je veux pas que les cookie restent advitam sur mon ordi, etc.
- ensuite, c'est la foire aux plugins : d'abord, tu installes Adblock (et pas Adblock plus). T'es si fan de pub que tu veux t'en manger chaque fois que tu ouvres un fenêtre ? Moi non plus. Ite missa est. Après, tu me fais le plaisir d'installer HTTPS Everywhere pour que, chaque fois qu'il le peut, ton navigateur utilise la version sécurisée/cryptée des sites auxquels il accède. Zou. On continue : Privacy Badger, Ghostery, DoNotTrackMe... Ces plugins font que ton navigateur arrête de nourrir les sites que tu visites avec tes infos perso. Ils demandent un peu de tuning chaque fois que tu accèdes à un nouveau site web mais on s'y fait vite. Les derniers : NoScript (fini les petits programmes qui tournent en douce sur l'ordi), Mailvelope (pour crypter/signer tes emails).

Ensuite, ton utilisation des réseaux sociaux.
Le mieux, c'est de ne pas en utiliser. Ok, bon, je te connais... T'as pas résisté, hein ? Bon, pour fessebouq, il te faut l'extension Social Fixer, qui corrige pas mal de merdouilles sur ce site, y compris sur la présentation globale.
Mais, avant ça, tu vas un peu te sortir les doigts : d'abord, tu organises tes contacts en groupes/listes/cercles de sécurité croissante. Ex : ta famille, tes amis proches à la vie à la mort, tes amis, tes connaissances, le reste du monde. Et tu arrêtes de poster en mode "public", bordel. C'est pas parce qu'un contact s'appelle "ami" sur fessebulles que c'est un ami. Hint : c'est qu'un contact. Maintenant que tu postes que pour une audience limitée, tu vas aussi aller dans les réglages de sécurité de ton réseau social et virer tout ce qui est en mode "public" pour tout mettre en "personne sauf..." ou équivalent en désignant des groupes/listes précis à chaque fois. Tac.

Les mails ? T'as installé mailvelope, c'est bien. Si tu peux, essaie de monter un serveur mail sur ton ordi, c'est encore le mieux mais c'est chaud. Donc, si tu veux, reste sur un gros fournisseur gratuit (et prie). Google semble encore pas trop crade pour le moment sur le contenu des mails...

Passons aux mots de passe et logins. Déjà, tu vas aller sur tout les sites que tu utilises et activer le login en deux étapes. En gros, chaque fois que quelqu'un se connecte avec ton compte sur ton ordi, un mot de passe envoyé par SMS est demandé en plus. Il faut donc aussi avoir le téléphone correspondant pour se connecter (dommage si tu te fais voler ton téléphone en même temps que ton ordi, mais ça complique le crackage du compte sans se rendre coupable de voies de fait et recel et c'est déjà pas mal).
Ensuite, tu peux envisager de te faire un mot de passe "normal" pour les sites de sécurité faible : forums, sites à la con où tu files aucune données perso, pas même ta date de naissance. Inutile de se faire trop chier. Après ça, les sites clefs : mail, banque, etc. Là, tu me sors le grand jeu. Des mots de passe _différents_. Long, chiants, imbitables. Eeeeeh oui.
Si ça te casse les gonades, utilise un truc genre 1password. C'est pratique et ça marche bien (en plus, c'est directement intégré aux applications sur certains OS, tels iOS8). Ca va te générer des mots de passe ultra clean pour chaque site et tu n'auras plus qu'un (long, chiant, imbitable) mot de passe à mémoriser, celui de ce qui n'est autre qu'un trousseau de clefs.
Enfin, le compte mail de récupération des mots de passe : tous les services internet te demandent de fournir une adresse mail pour récupérer le mot de passe en cas de perte. Les sites de basse et moyenne importance, tu les fais pointer sur ton compte mail. Les sites de haute importance (dont le susdit compte mail), tu les fais pointer sur une autre adresse mail, dédiée à ça et uniquement ça, avec un mot de passe de la mort et le login en deux étapes. Et tu ne parles à personne de cette adresse, tu ne la notes nulle part. Tu la mémorises (un mail, un seul, ça va aller ?).

Dernier point, ton portable. Bon, là c'est la chouette pompe à info, comme n'importe qui avec un sniffer buvant son café dans un starbuck pourra te confirmer. On va limiter la casse : si tu peux, tu installes des trucs qui chiffrent tes données et tu mets les paramètres de sécurité de ton téléphone à fond. Oui, tu veux les alertes SMS mais tu ne veux pas que le texte du SMS ou même le nom de l'auteur s'affiche sur l'écran, c'est comme ça, c'est tout.
Pitié, tu me désinstalles Whatsapp et tu dis à tes amis d'utiliser, comme toi, Wickr.

Après, tes ordinateurs à la maison, t'es pas forcé de passer sur Tails (une distribution de linux dédiée à la sécurité) ou même d'utiliser Truecrypt, TOR &C°... On parlait juste d'arrêter de distribuer toutes ses infos sur le net comme une semeuse dans un champ...

Allez, je te laisse googler tous ces trucs. Y'en a quelques uns liés dans un encadré quelque part sur cette page, ça te fera un point de départ.

lundi 14 avril 2014

Un an avec du sang jusqu'aux chevilles

Il y a bien longtemps, les Corbeaux m'avaient conseillé de lire le livre de David Simon. J'ai jamais réussi à regarder le premier épisode de The Wire en entier, malgré plusieurs tentatives, alors bon... J'ai laissé un peu traîner. Et puis il est sorti en poche et j'avais envie de lire du bon gros polar qui tâche.




Pendant un an, David Simon, alors jeune reporter au Baltimore Sun décide de prendre une année sabbatique pour la passer en tant que "stagiaire de la police" au sein de la brigade criminelle de Baltimore, alors une des villes les plus violentes des USA, avec près d'un mort par jour.

Il y suit de près une équipe d'une vingtaine de personnes au cours de leurs enquêtes mais aussi au sein de leur brigade : leurs équipes, les coups politiques, les bitures au bar après le service, les engueulades, les réconciliations. Dans les rues, ça sent la mort, ça deale, ça tue, ça crève. Dans les bureaux, ça sent la bière rance et le vestiaire sans fenêtres. Simon n'a pas son pareil pour nous amener à la rencontre de ses camarades d'une année difficile. Au cours des enquêtes, il nous présente chaque inspecteur, chaque supérieur. Ce ne sont pas des personnages. Ce sont des êtres humains qui font l'un des boulots les plus difficile de la planète. Simon s'acharne aussi à détruire toutes nos habitudes, toutes nos attentes, en manière de polar. Le crime parfait existe. Les méchants sont souvent impunis. Les empreintes sont très rares et ne prouvent souvent rien. Les jurés sont rarement malins et le doute est toujours raisonnable à leurs yeux. Etc.


Il en extrait aussi un ensemble de règles de l'enquête criminelle : "tout le monde ment.", "La victime n'est tuée qu'une fois. La scène du crime peut être assassinée mille fois.", etc. Toute ces règles et ce panorama d'une année à vivre la criminelle de l'intérieur seront le matériel premier du succès de ses séries policières postérieures.

Aussi, les différentes postfaces écrites lors de rééditions permettent à Simon de revenir sur son travail et à un des membres de la brigade de donner son avis, bien après la sortie du livre. Une réponse essentielle à la question qui se pose toujours dans ce genre de cas : "et, après, que sont ils devenus ?"

Bref, c'est une grosse grosse claque dans la gueule de Sherlock Holmes et des médiocres séries type Les Experts, ainsi que dans tous les polars à la Colombo. Non, vous n'apprenez pas qui est l'auteur du crime le plus horrible de tous le livre, car il n'est pas résolu (et ne le sera jamais). Le lecteur ne peut pas refermer le livre la conscience tranquille, les méchants d'un coté des barreaux et lui de l'autre. Le lecteur aura rarement le mobile du crime et, s'il le mobile existe, il est rarement intelligent. Etc.


Au delà de cela, le livre est extrêmement bien écrit, dans un style journalistique, et se dévore rapidement. J'ai rarement plié un pavé de 1000 pages aussi vite. Un livre à lire absolument si on est fan de polar, histoire d'avoir enfin un aperçu du réel. Un livre à lire absolument quand on vote pour toujours plus d'ordre et de sécurité, afin d'avoir là aussi, enfin, un aperçu du réel.

mercredi 12 février 2014

Intermède musical

Jérémie Zimmermann est le frontman du groupe de (cypher) punk "La Quadrature du Net" et il nous propose son dernier, tube, "Rien à Cacher".


Bientôt à Eurovision mais déjà partout sur votre Internet...

jeudi 6 février 2014

Les ressources humaines du futur

Hier, je suis allé voir une excellente pièce de théâtre, intitulée Contractions, au théâtre Paris Villette. C'était excellent. Deux actrices : Emma est managée de près dans une entreprise moderne, tout de blanc, de chrome et de design, avec des méthodes de management et d'accompagnement des employés fort modernes. CLEER ne renierait pas ces méthodes. Pas plus que le Complexe Alpha.



Dans la conjecture actuelle, il est évident que Emma ne retrouverait pas du travail si elle venait à perdre celui-ci et l'entreprise veille à ce que tout soit parfait pour ses employés et leur productivité. Ainsi, ceux-ci se doivent de fournir des détails précis quant à leurs relations amoureuses au travail. Un geste, un regard, tout ceci peut affecter la productivité des autres et des procédures modernes, efficaces et issues de recherches avancées permettent d'en tirer les conséquences et de prendre les décisions qui s'imposent.

Au cours d'une douzaine d'entretiens entre Emma et son manager, on va voir évoluer la situation de cette employée au sein d'une entreprise Kafkaïenne qui ne veut, évidemment, que son bien. Au début, l'aspect Big Brother est amusant et fait rire. Un peu comme dans C'est arrivé près de chez vous, l'aspect sympathique et amusant nous fait presque adhérer au sujet. Et puis, comme dans le film, un acte d'une horreur barbare nous remet les pieds sur terre et nous renvoie à notre adhésion, notre docilité quant à une situation qui n'avait dès le début rien d'amusant.

Les actrices sont très très fortes : dans l'idée, elles se font face mais grâce à un jeu parfait, elles arrivent à jouer la totalité du spectacle face au public, ce qui permet de mieux voir le jeu d'émotions qui leur traverse le visage.

Au niveau des idées, tout y est. Du rêve humide des managers modernes qui voudraient tout contrôler et transformer leurs employés en drones à la dissolution des responsabilité dans une fantomâtique hiérarchie qui serait toute puissante ("c'est pas moi, c'est la politique de l'Entreprise") en passant par les réorganisation iniques et les entretiens réguliers inutiles. Je pense que les lecteurs de Cleer (L.L. Kloetzer) prendront un plaisir particulier à voir cette pièce.

Contractions
Une pièce de Mike Bartlett (ISBN 9781408108680)
Jusqu'au 8 février 2014 au théâtre Paris-Villette à 20h30 voir sur le site officiel

vendredi 19 juillet 2013

On y est. Jusqu'au cou.

Ce qui est, à mon sens, pure miséricorde en ce monde, c'est l'incapacité de l'esprit humain à mettre en corrélation tout ce qu'il renferme. Nous vivons sur une île de placide ignorance, au sein des noirs océans de l'infini, et nous n'avons pas été destinés à de longs voyages. Les sciences, dont chacune tend dans une direction particulière, ne nous ont pas fait trop de mal jusqu'à présent ; mais un jour viendra où la synthèse de ces connaissances dissociées nous ouvrira des perspectives terrifiantes sur la réalité et la place effroyable que nous y occupons : alors cette révélation nous rendra fous, à moins que nous ne fuyions cette clarté funeste pour nous réfugier dans la paix et la sécurité d'un nouvel âge de ténèbres.
Dans l'abîme du Temps - Howard Philips Lovecraft 

Vous me pardonnerez l'usage de ce qui doit être la citation la plus célèbre du type mais c'est en gros l'effet que ça m'a fait de lire le livre attribué à Julian Assange. Je dis attribué parce que c'est en fait le compte-rendu d'une conversation entre Julian Assange, Jacob Appelbaum, Andy Müller-Maguhn et Jérémie Zimmermann.

Ce qui suivent ce blog ont pu lire, à intervalle régulier, mes coups d'sang à propose de l'une ou l'autre nouvelle loi, réglementation ou mouvement visant à réduire/censurer/diviser/rendre inaccessible Internet et l'information. SOPA, ACTA, PIPA et toute cette cohorte que les gouvernements et corporations tentent de mettre en place sous tout un tas d'arguments tous aussi fallacieux les uns que les autres : lutter contre les pédo-nazi-terroriste-dealers de drogue, sauver le cinéma, la démocratie, le monde, la musique, le livre, la télévision, etc. Jusqu'à présent, quelques trop rares personnes très motivées ont réussi, au péril de leur vie parfois, à empêcher ces lois de passer. Ce qui n'empêche rien. On a découvert des "lois secrètes" (si si). Ca n'a jamais empêché les gouvernements de vouloir tout surveiller, pomper, analyser jusqu'à une orgie de surveillance dont la Stasi et toutes les polices secrètes dictatoriales avaient seulement rêvé.


Mais jusqu'à présent, je n'avais pas rassemblé les morceaux épars du puzzle. Ce livre, au fur et à mesure de la conversation, le fait. Et le panorama, une fois assemblé les morceaux, est littéralement tétanisant d'horreur.

Avec un langage simple, des explications très claires et une discussion fort intéressante, on découvre l'effroyable faisceau d'intérêts qui pourrait mener à une société dont je ne crois pas qu'Orwell et Kafka aient pu songer dans leurs cauchemars glaciaux les plus noirs.

J'ai peur. Vraiment.

Menace sur nos libertés, de Julian Assange avec Jacob Appelbaum, Andy Müller-Maguhn et Jérémie Zimmermann
chez Robert Laffont, ISBN n°2221135229

Ce billet ayant été réalisé dans le cadre du Civblogger 2013, je me permets de demander à Alias, Thomas B. et aux corbeaux de lire un truc chiant. ;)

jeudi 11 juillet 2013

"Je n'ai rien à cacher" et autre billevesées

Via les divers personnages fort intéressants dont je suis les publications, je suis tombé sur ce PDF, en anglais, intitulé "'I got nothing to hide' and other privacy misunderstandings" qui est extrêmement intéressant. L'auteur est un professeur de droit spécialisé dans la notion de "privacy" que je traduirai ici par "vie privée" même si "intimité" serait un meilleur équivalent, je pense. C'est aussi très court et, même si je vais tenter d'en faire ici une brève exégèse, je pense sincèrement que les 28 pages devraient être lues (si tant est que vous lisiez l'anglois).

Dès lors que l'on essaie défendre le droit à la vie privée, on tombe rapidement sur les mêmes litanies argumentaires :
- je n'ai rien à cacher (et seul ceux qui ont quelque chose à cacher ont à craindre)
- comment osez-vous mettre en regard votre petite vie privée en regard de la sécurité de (l'Etat, de la population du pays, des enfants, voire du monde)
- etc.
Et dans les arguments en faveur de cette défense, c'est souvent le Big Brother de G. Orwell qui sert d'épouvantail. De cette manière, l'argumentation entre les deux parties est bien verrouillée, les vaches sont bien gardées et la vie privée recule petit à petit.

Le problème, c'est de définir ce qu'est la vie privée ainsi que de réussir à extraire en quoi les atteintes à la vie privée sont dangereuses.

D'abord, la vie privée est un élément difficile à définir. Pour autant que les commentateurs politiques essaient toujours de se ramener au dictionnaire ou à l'étymologie quand il essaient d'argumenter, ce n'est pas là qu'il faut chercher. Comme tout sujet complexe, nous avons besoin d'une définition conceptuelle, définissant en détail le concept de vie privée, telle que le font les philosophes quand ils se penchent sur l'Amour, la Sécurité, la République, etc. Un sujet complexe réclame une définition complexe et non un articulet de dictionnaire, une étymologie ou trois "bullet points" sur un "slide".
Un mensonge courant (faux dilemme en fait) des argumentateurs est de limiter le sujet en disant - et quand je l'écris ainsi, on sent bien que c'est bête - "ce qui n'est pas public c'est ce que quelqu'un souhaite cacher". Ce qui sous entend un coté dissimulateur malsain à ne pas vouloir, au hasard, déclarer à la face du monde son salaire ou ses impôts, ce qu'on a mangé, quand on a fait l'amour pour la dernière fois et comment, ses petites maladies, etc. On répond souvent à ce genre d'arguments "alors pourquoi avez-vous des rideaux ?", "quel est votre salaire ?" etc. La répartie, pour toute maline qu'elle soit, ne résous pas la situation pour la simple raison qu'elle n'est que ça, une répartie, et qu'elle n'attaque pas le sentiment de malaise à l'origine du "je n'ai rien à cacher".

C'est pour cela qu'il faut donc établir les problèmes engendré par les atteintes à la vie privée. L'auteur le fait dans un article antérieur, mais il le résume ici. En gros, les atteintes ne sont pas uniques, elles sont nombreuses et la taxonomie n'est pas exhaustives mais, par opposition, permet de définir la notion de vie privée un peu plus clairement et de manière plurale:

Collecte de l'information
  • Surveillance
  • Interrogation
Analyse de l'information
  • Agrégation
  • Identification
  • Insécurité
  • Usage secondaire
  • Exclusion
  • J'ajoute : "erreurs"
Dissémination de l'information
  • Rupture de confidentialité
  • Fuite
  • Exposition
  • Accessibilité facilitée
  • Chantage
  • Appropriation
  • Distorsion
Invasion
  • Intrusion
  • Interférence décisionnelle
 Est-ce que vous voyez où on veut en venir ? Le Big Brother d'Orwell surveille et punit sur la base directe des informations collectées. C'est aujourd’hui moyenâgeux. Il y a longtemps qu'on ne traite plus l'information de cette manière. On fait désormais du "big data", c'est à dire de l'analyse statistique de données massives, de qualité faible. A l'opposé de l'analyse directe de données moins grandes mais très fiables. Cf. un article du Monde Diplomatique du mois de Juillet 2013. Big Brother ne couvre donc que la Surveillance, l'Interrogation et les punitions en cas de "chose à cacher", justement.
Non.
Le bon exemple est en fait "Le Procès", de Kafka. En résumé, ce n'est pas tant le fait que les données soient collectées, qui pose problème, mais l'usage qui en est fait derrière et l'absence totale de contrôle des gens dont les données sont collectées sur l'usage qui en est fait. Le personnage de Kafka est mis en accusation dans un tribunal, sans savoir pourquoi. Pire, on refuse de le lui dire. Il passe le roman à se battre contre une administration sourde et aveugle sur laquelle il n'a aucune prise.

Prenons un exemple plus concret (adapté du roman Little Brother, dont j'ai déjà parlé), le passe Navigo. C'est pratique : un abonnement, une carte, et fini les tickets, ça se recharge à la maison, et tout et tout. Bien. Maintenant, supposons que l'on analyse par algorithme la totalité des trajets effectués par les parisiens. On fait, par exemple, une analyse bayesienne, qui a pour but de nous sortir à quoi ressemble le "trajet moyen" d'un parisien. Un policier un peu inquiet pourrait alors se pencher sur les gens qui présentent des trajets, au contraire, opposés à ce trajet moyen. Pourquoi se comportent ils étrangement ? Ensuite, s'il s'avère qu'un trajet (non forcément extrême, hein, ceci est un second exemple) est représentatif d'un groupuscule criminel. Ben par paralogisme de composition on en vient vite à l'idée de ramasser tous les gens présentant ce type de trajet pour un petit interrogatoire...

Dans les exemples parfaitement réels, on connaît tous le STIC, ce fichier de la délinquance censé ne répertorier que les actes dûment établis et dont on sait pertinemment que la majorité des informations sont fausses... Qui en plus peut conduire des gens à perdre leur emploi (rupture de confidentialité/exposition), est utilisé par les détectives privés (fuite/chantage) et par des policiers véreux (chantage) ou des journalistes peu scrupuleux (exposition).
Plus simplement, on a tous, un jour, passé des heures et des heures avec une quelconque administration dans le but de faire corriger une misérable erreur. J'ai de ces histoires à raconter... Un ami a dû prouver qu'il était lui-même... Pas facile. Vous en avez sûrement d'aussi drôles.

Il y a aussi l'agrégation des données avec un usage secondaire. C'est un peu l'exemple du passe Navigo. Mais regardons plutôt les données mail. On sait désormais (merci M. Manach) que la France analyse en masse les métadonnées de nos communications. Pas le contenu (ils sont pas le droit) mais juste à qui vous avez envoyé, de qui vous avez reçu et à quelle date, sous quelle forme. Vous connaissez la théorie des 7 degrés de séparation. En gros, vous connaissez quelqu'un, qui connaît quelqu'un etc. qui connaît quelqu'un de célèbre. Avez-vous jamais pensé que ça marchait aussi pour vous accoler à n'importe quel criminel ?
Vous rappelez-vous la scène, dans Se7en, où les policiers analysent les fichiers de bibliothèques pour retrouver le type qui a emprunté les livres d'une liste précise ? Un "index" de livres est assez facile à produire et les gens qui lisent K. Marx sont tous des communistes actifs dangereux à surveiller... Ou le fait que les gens qui utilisent le cryptage, Tor ou TrueCrypt sont des criminels. Il est amusant, d'ailleurs, de voir comment la société traite les gens qui ont eu le courage de dénoncer des comportements secrets, cachés de ces mêmes gouvernements qui appliquent la surveillance de masse. Alors qu'on devrait tous les remercier et leur remettre une médaille pour nous pousser à l'amélioration.

Un dernier point, c'est le changement. On oublie toujours le changement. Aujourd'hui, j'ai écrit sans honte aucune sur ce blog que je suis naturiste. Militant. Doublé d'un sale écologiste, plus ou moins gaucho tendance anarchie molle. Demain, on peut très bien avoir un gouvernement bien brun qui décide de se débarrasser de ceux-ci (c'est déjà arrivé). Ou des gays. Ou des roux. Ou des gauchistes. Ou des amateurs de pizza. Ou des gens qui disent "nonméalokoi" (mais pour ces derniers c'est parce que j'aurai pris le pouvoir). Et ce jour là, on aura mis à disposition tout un tas de beaux outils... Comme la France a vendu à un certain dictateur Lybien...

L'auteur conclut qu'il sera difficile de prévenir la collecte de l'information mais, qu'en fait, le vrai problème résidant dans leur usage, il manque des instances de limitation de ces usages. Tout comme les écoutes téléphoniques doivent avoir été autorisées par des magistrats (sans trop de succès au vu des affaires régulières des fadettes qui surgissent dans Le Canard Enchaîné). La CNIL n'a presque aucun pouvoir. Il existe des instances populaires qui se placent en contre pouvoir, mais ça reste trop peu : les journaux, d'abord. Après, des gens comme EFF ou la Quadrature du Net ou encore Wikileaks, Pirate Bay, etc.

Lisez ces 28 pages.

lundi 1 juillet 2013

Comme à la maison

J'avais déjà dit tout le bien que je pense de Little Brother sur ce blog. Je me suis donc jeté sur sa suite, Homeland, que j'ai lu quasiment d'une traite dans l'avion me ramenant en France. Bon, je vous en parle alors qu'il me reste 3 pages à lire, hein, mais c'est pas grave.



Dans ce volume, on retrouve avec plaisir notre héros Marcus Yallow, glandouillant tranquille au Burning Man. Avant la fin du festival, il se retrouve avec un clef USB en main contenant la clef pour déchiffrer une gigantesque archive de documents gouvernementaux bien craspèques. Delà, il se retrouve à devoir les publier ou pas, au milieu de manifs etc. tout en cherchant un moyen de gagner sa vie en tant que webmaster d'une campagne électorale.

Tous les chapitres sont entrecoupés de pas mal d'information sur les technologies informatiques, les fablabs et comment protéger son ordinateur ou pourquoi protéger sa vie privée. Ces parties là sont passionnantes. Le souci, c'est que si on regarde le livre avec un peu de recul, il n'y a quasiment pas d'histoire. Le personnage se fait balloter d'événement en événement et ils sont assez peu nombreux, au final. Il n'y a pas le souffle d'aventure qu'il y avait dans le premier. On se retrouve à lire le bouquin pour profiter des informations IT qui sont dedans. Je le recommanderais néanmoins pour ces passages, fort utiles car bien expliqués et documentés. Le reste du livre servant à faire avaler cette information aux jeunes adultes auquel il est destiné.

Bref, je suis un poil déçu. Même si j'ai été fort ému par la scène où ils brûlent une bibliothèque, symboliquement, à Burning Man. Si vous avez toujours pas lu Little Brother (qui est sorti en français), sortez-vous les doigts, bon sang !

Homeland de Cory Doctorow
ISBN n° 9781781167489
PS : à noter que le livre est en CC, comme tous les livres du monsieur.

mercredi 17 octobre 2012

Dans la joie jusqu'au cou

Hier soir, je me suis relu un classique des classiques en bande dessinée. Une classique méconnu, hélas. On se demande pourquoi. Les débuts de Griffo au dessin, qui donnera quelques œuvres géniales un peu plus tard, avec Dufaux, mais qui a ici un dessin qui n'est pas sans rappeler le style graphique de Watchmen, dont il faudrait que je cause un jour. Van Hamme au scénar, connu pour plein d'autre choses mais qui signe ici une histoire écrite à l'encre de la colère.



Dans un futur très très proche (et un peu passé, même, vu l'âge de la BD) le gouvernement a tout amélioré. La médecine est gratuite pour tous. Par contre, il y a une police médicale qui veille à ce que vous preniez bien toutes les précautions pour pas devenir malade, avec contrôle réguliers et amendes. Tout le monde a droit à un mois de vacances gratuites mais sans pouvoir choisir où ou quand et le bonheur y est obligatoire, sous peine de punitions. Tous vos fichiers sont centralisés, mais au moindre problème, vous n'existez plus et devenez un illég', un non-être. La justice, elle est fournie par un ordinateur centralisé qui ne se trompe jamais. Ou presque.

Un futur parfait, idéal, magnifique... cauchemardesque. Et la conclusion en est terrible.

Bien sûr, c'est très très très inspiré de 1984 d'Orwell. Je dirais même que SOS Bonheur est une mise en BD, avec quelques idées nouvelles, de ce qui fait le fond de 1984. Et c'est super bien fait. On ne peut attendre moins de l'excellent collection Aire Libre.

Alors, si vous voyez l'intégrale ou les volumes séparés de cette BD dans une brocante ou un magasin (l'intégrale reste dispo), jetez-vous dessus.

SOS Bonheur - 3 volumes ou 1 intégrale de Griffo et Van Hamme, chez Dupuis/Aire Libre
ISBN n°9782800126395

jeudi 12 janvier 2012

Ne faites confiance à personne de plus de 25 ans

(Merci à Gromovar pour l'info).

J'avais parlé de Little Brother, qui n'existait qu'en anglais. Il est enfin traduit, vous n'avez plus aucune excuse pour ne pas l'offrir à votre petit neuveu.

Little Brother, de Cory Doctorow
Pocket Jeunesse, ISBN n° 978-2266187299

vendredi 16 septembre 2011

Putain, dix ans.

"Un homme prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une, ni l'autre et risque de perdre les deux."
~Attribué à Benjamin Franklin, mais plus probablement de Richard Jackson

"Ne vends pas la vertu pour acheter la fortune, ni la Liberté pour acheter la puissance."
~Benjamin Franklin

"La sécurité vous est-elle si chère, ou la fortune si douce, au point de les acheter au prix des chaînes et de l'esclavage ? (...) Je ne sais pas quel chemin les autres suivront mais, dans mon cas, donnez moi la liberté ou la mort !"
~Patrick Henry

Bon, ça fait dix ans que le 11 septembre a changé l'équilibre du pouvoir entre les citoyens et leurs gouvernements. Dix ans que les lois sécuritaires se multiplient. Dix ans que les gouvernements occidentaux multiplient les lois sécuritaires. Presque 10 ans que vigipirate est au niveau rouge/orange. Dix ans que voir des militaires portant des FAMAS dans des lieux publics ne nous choque plus. Dix ans qu'on accepte tout et n'importe quoi au nom de la sécurité. Dix ans de contrôles ridicules dans les avions. Dix ans que la droite nous vend la soupe de la sécurité pour se faire élire.

Mais... Dans le cadre du terrorisme... Si la population... Si NOUS avons peur et sacrifions tout à la sécurité, même nos valeurs... n'est-ce pas la preuve qu'au final, ce sont les terroristes qui ont gagné ?

En cet anniversaire du 11 septembre, l'ACLU, American Civil Liverties Union, un groupe de défenseur des droits du citoyen aux USA, vient de publier un très intéressant document, appelé A Call To Courage.



http://www.aclu.org/files/assets/acalltocourage.pdf

Dans ce bref document de 36 pages ont a un superbe résumé de la décennie, démontrant à quel point les Etats Unis ont réfuté la totalité de leurs valeurs fondatrices, des valeurs chantées dans leur hymne national et célébrées dans une constitution qui est un modèle. Tout ça pour combattre une guerre qui n'a ni frontières ni limites. Normalement, le don des pleins pouvoirs, dans le cadre d'une guerre, se fait de manière extrêmement délimitée pour éviter les abus, sous la forme de limites temporelles et géographiques. Sauf que la "guerre contre le terrorisme" n'ayant ni l'une ni l'autre, les pleins pouvoirs ont été donnés de manière définitive à l'exécutif, sans aucune limite ni droit de regard.

A Call To Courage est un appel à leurs députés et sénateurs pour qu'ils cessent d'avoir peur et remettent le nez dans les affaires de l'exécutif. C'est en tout cas un document à lire, pour un résumé essentiel de tout ce qu'a abandonné les USA dans leur "guerre": tortures, détentions illimitées, enquêtes militaires, prisons secrètes, interdiction d'accéder à un procès, etc.

En parallèle, mais tout aussi intéressant, a été publié un "paper" scientifique qui étudie le dilemme auquel fait face un décideur politique dans le cadre du terrorisme : empêcher le terrorisme ou les récriminations (preventing terrorism or preventing blame).

http://opim.wharton.upenn.edu/risk/library/J2011OBHDP_APM,AT,HK_PolicymakersDilemma.pdf

Dans ces dix pages, les auteurs étudient et prouvent qu'alors qu'un membre du parlement envisageant une politique anti-terrorisme devrait faire une cotation normale des risques encourus prenant compte de la probabilité d'apparition du risque (comme dans toute étude AMDEC qui se respecte), ils tiennent plus compte de la quantité de reproches qu'on risque de leur faire s'ils n'ont su l'empêcher, amenant à un défaut de perception sur la prioritisation de ce qui devrait être accompli.

Honnêtement, il s'agit d'une étude toute bête sur nos comportements, mais qui montre, quelque part, à quelle vitesse nous renonçons à la loique et entrons dans le pathos dans certains cas.
Dix pages à lire.
 
Et en France, c'est pareil. Remember Loppsi ? Les écoutes du Monde ?

EDIT : en route vers 11 ans ! Yeah ! (merci BoingBoing)

lundi 8 août 2011

C'est dans les vieilles baignoires...


Délicieux ouvrage kafkaïen en diable, un homme anonyme a été envoyé dans un complexe militaire ultra-protégé, l'Edifice, afin d'y accomplir une mission. Cependant, livrant une guerre sans merci à l'ennemi, particulièrement vicieux, à s'avoir l'Anti-édifice, ses instructions sont codées. On suit le héros du roman dans les déboires sans fin qu'il subit pour obtenir ses fameuses instructions, chiffrées pour éviter les interférences d'agents doubles, triples, quadruples voire quintuples. Pour les lui déchiffrer, on commence par les brûler. Ensuite, on lui vole le peu d'informations qu'il a récupérées, sous la forme d'un classeur. D'ailleurs, les gens lui disent ils la vérité ? Une mouche noyée dans son thé est-il un message secret, un signe, un indice ? Le héros se perd désespérément dans ses multiples tentatives visant à déjouer les doubles, triples et quadruples bluff qu'il subit dans une administration tentaculaire devenue folle et complètement refermée sur sa paranoïa paperassière. Il en vient même à douter de la sincérité des décès auxquels il assiste. Après tout, un agent totalement dévoué à sa cause pourrait très bien donner sa vie pour une volonté supérieure... Naïf au début, le personnage s'enfonce dans la suspicion, le doute et la paranoïa...

Lumineux et insolent, cet ouvrage se termine dans un grand ricanement grinçant de l'auteur, qui dénonce de manière jouissive la paranoïa de la Guerre Froide mais aussi des comportements finalement très actuels sur les notions de culpabilité, de délation et de surveillance en démontrant que ces mécanismes sont sans fin. Le BigBrotherisme actuel tourné à la moulinette de la pente savonneuse, poussant la surveillance jusqu'à un paroxysme de complexité et de bétise. Un des personnages constate même qu'à force d'avoir dans chaque camp des infiltrés du camp opposé, les deux camps ne sont plus devenu qu'un seul et même camp, entièrement composé de traîtres, retournés tant de fois qu'aucun ne sait plus vraiment pour qui, finalement, il trahit, au juste.

Inspiration principale, d'ailleurs, du jeu de rôles "Paranoïa", cet excellent livre est à ranger dans sa bibliothèque entre 1984 d'Orwell, Catch-22 de Heller* et Le Procès de Kafka. Un must-read malheureusement bien difficile à trouver.

Mémoires trouvés dans une baignoire de Stanislaw Lem
en occasion chez Calmann-Levy, Pocket et Le Livre de Poche
ISBN n°978-2702100356
PS : merci à Noosfère pour l'image.
* : dont il faudra que je parle aussi, tiens.

mardi 14 décembre 2010

Censure à la con et Loppsi 2 : mailez vos députés

Avaaz.org a mis en place un système permettant d'alerter ses députés. Je sais pas si spammer les boîtes des députés est une bonne idée in fine, mais le lien est là, au bout du texte repris de Avaaz :


REFUSONS LA 

CENSURE D'INTERNET

Dans les prochaines heures, les députés français vont adopter les premiers articles d'une nouvelle loi répressive sur la sécurité qui instaurent une censure consistant à filtrer des sites internet -- une attaque dangereuse contre notre libertés démocratiques fondamentales.

Ceux qui défendent ces mesures prétendent qu’elles aideront à lutter contre la pédopornographie -- mais des groupes de citoyens et de lutte contre la pornographie infantile ont dénoncé la loi en indiquant qu’au contraire elle contribuerait à aggraver le trafic sexuel des enfants.

Nos députés ont 24 heures pour rejeter cette mauvaise proposition -- si nous soulevons une vague massive de pression citoyenne partout en France, nous pourrons obtenir un vote allant dans le bon sens et protéger notre démocratie. Envoyez un message urgent!

lundi 19 juillet 2010

Sous la surveillance bienveillante de grand frère

Décidément, en ce moment, l'avenir de la vie privée semble bien compromis. Pour vous parler des dangers à venir sur ce sujet, la Ligue des Droits de l'Homme, avec quelques sous de la Communauté Européenne, vient de publier une BD en plusieurs langue.
Dans cette BD, un jeune photographe qui n'a rien à se reprocher et utilise beaucoup Internet se fait entôler parce que son empreinte web n'est pas la bonne. Flippant ? Tout à fait. Paranoïaque ? Certainement pas. Un simple coup d'oeil sur l'aventure ACTA devrait vous faire réaliser que non, le contenu de cette BD n'est pas une vue de l'esprit qui fait peur. C'est juste ce qui devrait être mis en place dans les 5 prochaines années si on laisse faire.

Honnêtement, la BD est pas superbe (mais j'ai lu pire) et l'histoire pas défenestrante (mais j'ai lu pire). Elle n'a surtout de valeur que démonstrative mais justement, pour ce seul point, cela vaut le coup de la faire tourner dans votre entourage. A vrai dire, c'est actuellement le seul ouvrage en français facile à lire qui présente le sujet ! Faites-la lire à vos parents, vos amis, tout le monde. Qu'ils pigent le danger. C'est gratos, en plus, alors pas d'excuses.

Sous Surveillance, de Cécile Soulignac (scénario) et Eric Puech (dessin)
Lisible en français ici (en flash) ou (en pdf).

vendredi 25 juin 2010

Guide d'accès à l'Internet - Edition 2025

Ce petit lien (dans la langue de Goethe quand il écrivait à des potes aux États-Unis) vous permet d'avoir un aperçu de comment sera l'Internet du futur si les grosses corpos et les gouvernements, tous ces groupes pour qui la possession d'un cerveau devrait être rendue illégale, arrivent à leurs fin via des traités et des lois comme Hadopi et ACTA en pavent la loi.

Bonne lecture :
http://blogoscoped.com/archive/2010-06-24-n15.html

mercredi 12 mai 2010

Big Brother Awards 2010 : les gagnants

Je vais faire court : c'est là.

Félicitations aux gagnants, qui peuvent rentrer avec fierté chez eux, saluer Big Brother et dire "J'ai gagné, c'est double-plus bon."

On notera la victoire de Eric Besson dans la catégorie Etats/Elus et surtout de Thierry Lhermitte et de Trident Media Guard dans laquelle il a des parts, dont le but va être de faire des sous via les dispositions de la célèbre (et lamentable) Hadopi.

Félicitations !


"Le discours politique est destiné à donner aux mensonges l'accent de la vérité, à rendre le meurtre respectable et à donner l'apparence de la solidarité à un simple courant d'air."
~G. Orwell

vendredi 7 mai 2010

10 ans de Big Brother Awards

Putain, 10 ans…
Les joyeux drilles des Big Brother Awards (dont j'ai déjà parlé l'an dernier à la même époque) sont de retour avec une liste de nominés pas piquée des hanneton. Et en plus, en lecteur fidèle de Bug Brother, je transmets leur invitation à une après midi «spécial 10 ans».

Donc ce sera le 29 mai 2010 après-midi au théâtre La Belle Étoile. Plus d'infos ici.

mercredi 17 février 2010

Les coups tordus de Churchill

Si vous avez besoin d'un petit peu de détente entre deux études sur l'état de l'économie ou de la planète, je ne peux que recommander cet opuscule amusant sur Churchill. Son auteur, Bob Maloubier, 85 ans aux prunes, est un ancien espion qui a servi pour le SOE lors de la Seconde et visiblement fasciné par le personnage dont il fait une biographie à la fois sérieuse et romancée.


Les Coups Tordus de Churchill de Bob Maloubier
chez Calmann-Levy
ISBN : 978-2-702140-0-62

Le style d'écriture permet à ces 250 pages d'être rapidement dévorées, et le défaut que je trouverais au livre c'est de tomber dans le piège de la biographie : le personnage biographé est trop fort, trop grand, trop beau et il a tout fait. Sauf que dans le cas de Churchill, ce n'est pas tout à fait faux, vu à quel point il était au centre d'événements essentiels de l'histoire contemporaine.

Bref, le roman couvre la vie de Churchill, à travers le prisme de sa fondation et de son utilisation de l'appareil d'espionnage et de "deception" britannique. Des premiers coups fourrés réalisés par le bonhomme dans des guerres pour l'Empire Britannique à l'opération Fortitude, tout y passe, raconté sous la plume fascinée de l'auteur, qui a l'avantage d'avoir vécu en direct une partie des événements.

Une petite lecture qui repose et délasse en apprenant des choses sur l'homme, dont certains coups vraiment tordus. Par contre, le lecteur aura à coeur de pas se laisser emporter par l'enthousiasme de l'auteur : Churchill n'était pas tout blanc non plus (cf. Une Histoire Populaire De L'Empire Américain, tiens, d'ailleurs) et déjà entre les lignes transparaît l'aveu, parfois, que certaines opérations ont coûté très cher en vies humaines.