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mercredi 16 novembre 2011

Chine Eternelle, que de bouleversements en si peu de temps

Dans la lignée des bandes dessinées évoquant des morceaux d'histoire, Une Vie Chinoise conte la longue déambulation d'un homme qui aura connu l'avant, le pendant et l'après Mao.



Li raconte sa propre vie, telle qu'il l'a vécue, sans trop de fards, sans trop d'embellissements, dans ce qu'il y a eu de dur mais aussi de beau au cours des 50 ans passés en Chine. D'abord l'enfance, avec un père cadre du parti dans une petite ville de campagne, pendant que s'instaure rapidement le communisme maoïste, qui déferle comme un torrent dans la plaine calme de vies engoncées dans des décennies de tradition. Le rêve communiste vire peu à peu au cauchemar, avec les drames et la famine liées au Grand Bond en Avant. Par la suite, la mutation vers l'ouverture à l'extérieur après la mort de Mao façonne une nouvelle évolution pour Li, une période bouillonnante et trouble, avec un adolescent qui devient un vrai adulte. Le dernier épisode, intitulé "Le Temps de l'argent" évoque la transformation vers un capitalisme triomphant et frénétique de la Chine.



Ce récit autobiographique est intéressant pour comprendre comment la Chine a absorbé ses révolutions successives avec toujours un enthousiasme illimité, comment elle est passé d'extrêmes à d'autres. Cette évolution difficile à comprendre pour un occidental est ici racontée de l'intérieur, avec des yeux chinois, ce qui nous aide à appréhender les bouleversement qu'a connue la Chine en 60 ans. C'est en plus bien écrit et bien dessiné. Un régal.


Une Vie Chinoise - Le Temps du père, Le Temps du parti, Le Temps de l'argent
3 volumes grand format par P. Otié et L. Kunwu, chez Kana
ISBN de l'intégrale en coffret : 3600121201835 (mais existe en volumes séparés)

jeudi 23 juin 2011

Montebourg et la démondialisation ainsi que les droits civiques aux US

Allez, hop, retour aux opuscules politiques. Comme d'habitude, les journaleux évoquent les primaires socialistes sur l'air toujours répété de "regardez comment qu'ils sont divisés que c'est pas comme ça à droite" (parce que le métier actuel de nombre de pisse-copies est de vendre du cliché à leurs lecteurs et ça me rappelle qu'il faut que je retrouve l'étude qui racontait que lire une opinion similaire à la sienne propre donnait un gros susucre au cerveau, ceci expliquant alors cela). Les gonzes sont tout aussi divisés à droite, sauf qu'on évite de trop le souligner à longueur de page. Pourtant, Borloo, Galouzeau et Sarko, vu leur positions personnelles envisagées pour 2012, on pourrait penser qu'il y a quelque dissension. Non ?

Passons, ce n'est pas le sujet.

Ce matin, alors que je trainaillais dans une librairie absolument quelconque, je suis tombé sur le petit opus d'Arnaud Montebourg, qui présente globalement ses idées de pour quand il serait président. Donc sa plateforme pour les primaires. Je ne connaissais pas en détail ses positions et mon seul contact avec lui c'est de l'avoir aperçu de loin sur le quai d'une gare récemment (pis j'ai pas la télé). L'ouvrage lu d'une traite de RER/Tramway/Métro, je connais mieux son positionnement et il me plaît globalement. Mais j'attends de lire les autres plateformes avant de me décider. Parce que oui, j'irai voter à la primaire : quand on me donne le droit de vote, j'ai tendance à m'en servir.

Le bouquin de M. Montebourg est très bref. Il commence par évoquer des cas, dans le monde entier, de travailleurs exploités, maltraités, abusés. Je me reconnais d'ailleurs dans un des cas évoqués, tout comme chacun d'entre vous (je doute avoir des lecteurs dans la tranche des 1% les plus riche de France). A partir de là, il établit que la mondialisation est la cause du problème. Ensuite, il suggère des solutions pour lutter, principalement la démondialisation sous la forme d'un "protectionnisme vert" à l'échelle de l'Europe. Je dois avouer que ce keynesianisme proposé n'est pas sans me rappeler une proposition de M. Frédéric Lordon.

Honnêtement, l'effet bonbon sucré pour le cerveau que j'évoquais plus haut est présent, mais justement, je reste méfiant même si son pamphlet (parce que ça en a la forme) va dans mon sens. J'aurais aimé plus de sources sur plusieurs sujets. Ce n'est pas parce que c'est en accord avec mes opinions que je n'ai pas de doutes : j'ai donc vérifié l'existence, entre autres, des "one euro job" en Allemagne et découvert une réalité effarante sur le soi-disant "modèle allemand", qui n'est guère qu'un modèle pour le patronat. (Je lie ici du Rue89, mais les sources sont variées et se recoupent.)

Au final, malgré un livre un peu lourd sur la forme vers le milieu, son programme est intéressant, mais il reste très vague sur l'implémentation. Comment veut il réaliser son protectionnisme vert, qui consiste à établir des taxes douanières sur la base du respect de l'environnement, ce qui permet de faire la nique à l'OMC. Il est vrai que l'Europe est la seule grande puissance à n'appliquer quasiment aucun protectionnisme là où les autres ne s'en privent pas. Je suis d'accord, mais comment convaincre l'Allemagne, puisque c'est le couple Franco-Allemand qui mène régulièrement la barque bleue étoilée de jaune ? J'aurais aussi apprécié connaître ses positions sur de nombreux autres sujets car, même s'il est vrai qu'il y a beau temps que l'économie a pris le pas sur le politique, je suis toujours curieux de connaître la position d'un candidat sur ACTA, sur l'immigration, la santé, l'intérieur, la justice, etc. Alors c'est sûr que cela aurait demandé un livre plus gros, plus cher (l'opus est à 2€) et écrit plus petit. Je réserve donc ma décision sur les primaires le temps d'en savoir plus de la part de chacun des candidats.



Votez pour la démondialisation ! de Arnaud Montebourg
chez Flammarion, ISBN n° 978-2-0812-6883-8

Accessoirement, je continue aussi de lire les petits recueils de discours de chez Points dont j'avais déjà parlé. Ce matin, donc, en plus du livret ci-dessus, j'ai pris deux discours sur les droits civiques des Noirs aux Etats-Unis, à savoir un discours de Malcolm X intitulé "Le Vote ou le Fusil" et un autre de John Fitzgerald Kennedy, antérieur, intitulé quant à lui "Nous formons un seul et même pays". Deux visions très différentes pour une même opinion sur la quête des doits civiques. Deux discours puissants, forts, viscéraux. Malcolm X se lance dans un combat définitif, JFK essaie de changer la loi mais aussi la mentalité du moindre de ses compatriotes.
Dans mon opinion, ces textes n'ont rien perdu et sont toujours aussi importants. Cette collection de discours chez Points ne m'a jamais déçu : on connaît tous une phrase célèbre de l'un ou l'autre discours, mais peu les ont lus en entier, alors que ça vaut vraiment le détour.



Le Pouvoir Noir, de Malcolm X et John Fitzgerald Kennedy
chez Points, ISBN n°978-2-7578-2200-5

lundi 12 juillet 2010

Prolétaires virtuels, unissez vous !

Définitivement, je pense que Cory Doctorow, éminent monsieur du blog Boing Boing, que je vous enjoins à suivre, est un auteur à lire. J'avais déjà fait part il y a quelques temps du plaisir que j'avais eu à lire Little Brother, que j'offrirais avec plaisir à tous les ados de ma connaissance s'il était traduit en français (wink, wink, nudge, nudge).





Doctorow a l'art de prendre un sujet d'actualité, de l'insérer dans une deuxième problématique qui existera sous peu et dont les prémisses se font déjà pressentir, et d'enrouler tout ça dans un roman pour jeune adulte bien écrit, avec une trame qui donne envie de dévorer l'ouvrage. Little Brother était ainsi : la surveillance - le Patriot Act - les aventures de Win5t0n et ses potes. For The Win, son nouvel opus dans la même gamme est de la même eau : l'économie - le gold farming - les aventures des IWWWW. Voire il traite d'un sujet de plus qui est le syndicalisme. et la qualité de l'histoire fait qu'on dévore aisément ce pavé en angliche mâtinés de cours magistraux sur les sujets traités. Si mes profs avaient eu cette plume, j'aurai eu des meilleures notes, je suppose.

L'histoire conte les aventures de plusieurs enfants de pays du tiers monde que l'on exploite pour leurs compétences en jeux vidéos, puisque les MMORPG donnent la possibilité de revendre les gains virtuels de ces jeux à des joueurs "riches" mais feignants contre du vrai argent. Cela existe déjà, cf. l'excellent article "Les soutiers des mondes virtuels" et l'article Wikipedia qui font des économies du jeu vidéo des économies de fait, tout comme le timbre était (est) une monnaie de fait. Suite à des nombreux désagréments directs face à leurs chefs mafieux, plusieurs de ces gamins vont utiliser les moyens technologiques à leur disposition pour s'organiser à une échelle internationale et réinventer le syndicalisme via les IWWWW, International Workers of the World Wide Web (parallèle avec les moribonds - hélas - IWW). L'aventure est nerveuse, le destin des personnages est tendu et ce jusqu'à la fin.

Bien sûr, restent les défauts du précédent livre : à nouveau, les personnages sont un tout petit peu "larger than life" : ils sont très très fort dans leur domaine. Mais soit, cela ne gêne pas.

Et le livre ouvre une belle page de réflexion sur économie et économie virtuelle, le fonctionnement du syndicalisme, etc. Bref, un livre bien écrit qui en plus permet d'avoir des bases pour entamer une réflexion personnelle.  Si les ados de mon entourage lisaient l'anglais, je saurais quoi offrir à Noël. Editeurs français : vous attendez quoi, au juste ?

For The Win, de Cory Doctorow
en anglais chez Harper Voyager, ISBN n° 978-0007352012

Cory Doctorow ayant le bon goût d'agir en accord avec ses convictions, le roman est téléchargeable légalement ici.

Liens :
Ce qu'en dit Alias.
Ce qu'en dit Gromovar.

dimanche 30 novembre 2008

François Ruffin - La Guerre des Classes

J'ai hésité longuement pour cette première fiche, mais comme il s'agit d'un ouvrage récent, autant lui donner un coup de projecteur bienvenu.


La Guerre des Classes
de François Ruffin
Fayard - octobre 2008
ISBN : 978-2213638164

François Ruffin n'est pas un inconnu. Il collabore souvent au Monde Diplomatique, et son ouvrage contient pour partie des éléments de ses articles dans ce journal (y compris le numéro de novembre 2008). Il s'était fait connaître aussi par son livre sur la formation des journalistes, "Les Petits Soldats du Journalisme", qui avait fait couler beaucoup d'encre à l'époque.

La Guerre des Classes est issu d'un constat très simple : la disparition quasi-totale de la notion de lutte des classes dans les discours de la gauche (PS et PC). De la disparition de ces quelques mots, Ruffin fait le tour des idées ayant mystérieusement disparu des principaux courant de gauche, tout en décrivant cette évolution et en lui donnant des causes. Où sont passés le socialisme, la lutte de classes, le partage des richesses ? Perdus au combat ? Non, plutôt discrètement éjectés, balayés sous le tapis pour "faire propre" lors des discours et des grands raouts. Pourtant, ces notions ne sont guère obsolètes, et Ruffin se charge de nous le démontrer.
Pis encore, il nous montre aussi comment la droite utilise ces notions pour les déclarer obsolètes ou archaïques. Comme si la gauche n'avait pas changé de discours depuis un siècle. Alors que c'est bien le cas, elle a changé : elle s'est débarassé de tous les concepts qui la fondaient. Et c'est bien la droite qui n'a pas changé depuis un siècle, à part peut être pour enlever ses derniers freins face à la finance. Les discours d'archaïsme de la gauche, on les retrouve déjà sous la plume des maîtres des forges à la grande époque.
Il n'échappera pas au lecteur que le style pamphlétaire de Ruffin peut pousser le commentateur à rejeter en bloc ce qui est dit pour des questions de style. C'est se tromper de débat, le fond est plus important que la forme, et ce fond est ici essentiel.

Utilité au militant de gauche :
  • Ruffin rappelle ici les notions fondatrices de la gauche. Le partage des richesses, la lutte des classes, bref ce qui est son fond électoral depuis toujours et dont la disparition est dangereuse pour elle (et qui est probablement une des raisons de ses diminutions de suffrages). Sous des impulsions de "modernisation" venue de la droite, la gauche a rejeté ce qui la faisait, s'acoquinant avec une droite modérée, a minima dans la partie économique de ses programmes.
  • D'autre part, il rappelle ce chiffre qui tarde franchement à devenir célèbre : 9,8%. Il s'agit, en France, de la part du PIB ayant "ripé" du salariat vers l'actionnariat. Cela représente dans les 150 milliards d'euro par an, et cette évolution, similaire dans toute l'Europe, a réussi a inquiéter la Banque des Règlements Internationaux (BRI) (source retrouvée dans un article du même Ruffin sur le Monde Diplomatique). En bref, dans les 20 dernières années, la France a presque doublé son PIB, mais ses habitants, à une minorité près, doivent toujours plus se serrer la ceinture.
  • Il revient aussi sur l'utilisation des idées de gauche par la droite. Aux dernières élections, seuls des hommes de droite usèrent de l'expression "lutte des classes", pour rappeler que c'est une notion archaïque. Etrange, puisque leurs adversaires n'en usaient pas. Serait-elle moins archaïque que prévu pour qu'il faille, par pétition de principe, rappeler à chaque instant qu'elle l'est, soyez-en-persuadés-braves-gens ? Les classes existent, n'en doutez pas un instant. Il suffit pour cela de la présence de riches et de pauvres. Et Warren Buffet lui même affirme l'existence de la lutte de ces classes, en disant que c'est "sa classe, les riches, qui est en train de gagner [cette lutte]". L'exploit fondamental aura été de faire que l'une des deux classes s'enlise dans une lutte interne : l'assedic peut haïr le rmiste, qui peut à son tour détester le cotorep, ad nauseam. Grâce à cela, aucun d'entre eux ne se tourne vers le vrai auteur de ses malheurs : les gens qui sont du coté du manche.
L'avis d'Alias