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mardi 12 août 2014

Easy, Hélène... (2/3)

Voici donc le second billet de cette série sur l'EZLN. La dernière fois, le livre évoqué couvrait l'année 1994. Cette fois-ci, il s'agit des communiqués zapatistes de l'année 1995, sous-titré "Vers l'internationale zapatiste". On suit, à nouveau, du point de vue zapatiste, le déroulement de cette longue année, comprenant deux événements forts dans un contexte mexicains extrêmement particulier.



L'année 1995 commence sur une mauvaise note, conformément à ce qui s'annonçait à la fin de l’ouvrage précédent. Le gouvernement lance une campagne militaire visant à mettre fin à la rébellion zapatiste. Des gens seront arrêtés sur simple soupçon, et ce dans tout le pays. Les villages seront mis à sac : maisons ravagées, possessions & récoltes détruites, animaux de ferme tués, etc. Les villageois sympathisants et l'armée zapatiste, par contre, ont refusé le combat et se sont repliés dans les montagnes. Leurs déclarations stipulent qu'ils croient encore à l'issue politique pour le conflit et prouver les mensonges du mauvais gouvernement qui déclare vouloir négocier tout en attaquant...inutilement. La campagne militaire est un échec et, d'ailleurs, pour prouver qu'ils n'avaient pas fui, les zapatistes parviennent à rompre le siège et reconquérir nombre de communes, qui sont alors renommées pour l'occasion, les zapatistes ayant proposé aux habitants de s'organiser comme ils le souhaitaient, ce qui a contribué à redessiner le cadastre local (communiqués "création de nouvelles communes").

Pendant ce temps, au Mexique, en 1995 : la situation économique est désastreuse. Le président précédent a fui le pays parce que, peu à peu, on découvre que lui et sa famille se sont enrichis de toutes les façons imaginables tout en mentant sur l'état économique du pays. Les mesures dues à la récession et l'inflation se multiplient et se suivent. La monnaie est dévalue, tout sombre dans la misère. Les élections locales et nationales sont toutes entachées de fraudes énormes. De nombreux mouvements de la société civiles se mettent en place - dès avant 1994, hein, tel que le mouvement citoyen pour enquêter sur le massacre d'étudiants du 2/10/1968 qui se crée en 1993 - pour réclamer de la transparence et de la démocratie, ainsi que la fin du clientélisme et de la corruption, égaux en objectif avec l'EZLN et la CND. Durant le conflit gouvernement-zapatistes de ce début d'année, l'armée rasera ce qui avait été construit pour le rassemblement organisé par l'EZLN et la CND : détruire le symbole. D'ailleurs, la population mexicaine est bien au courant que son système politique déconne : il a été impossible de cacher que l'état était complètement incompétent lors du tremblement de terre de Mexico, où c'est la société civile qui s'est organisée seule et a repris les choses en main pour s'en sortir.

Au bout d'un moment, le conflit se calme, la trêve reprend. L'EZLN et le gouvernement cherchent des conditions de dialogue. Cela sera très long à mettre en place. Au-delà de demandes de reddition et/ou de désarmement, il est important pour le gouvernement de réduire les problèmes soulevés par les zapatistes à l'échelle locale et non nationale (ce qui est logique d'un point de vue tactique politique) or ceux-ci insistent pour dire que les besoins de démocratie et de justice sont loin d'être locaux. Au final, après de très longues tergiversations, le dialogue s'engage, ce sont les négociations de San Andres. Les premières séries de réunions ne donnent rien, de très gros blocages restent présents. C'est à partir de la 6ème ronde que les choses commencent peu à peu à se mettre en place. Qu'est-ce qui a changé ? Deux choses.
D'une part, l'EZLN a fait organiser une grande consultation nationale et internationale pour voir si l'opinion publique était d'accord avec son combat. Cette consultation recevra 1.2 millions de réponse, avec une écrasante majorité positive (la question sur la validité du combat pour l'égalité des femmes recevra un timide oui avec une très faible majorité, indiquant que y'a encore, à ce moment, un énorme chemin à faire, mais bon).
D'autre part, le monolithe de l'état-parti commence à se craqueler : entre la validation publique du combat de l'EZLN et nombre d'autres mouvements sociaux du même type, l'économie qui se pète la gueule et les scandales électoraux, d'assassinats et d'abus de bien sociaux qui se multiplient, le monolithe commence à avoir deux camps en interne : la vieille garde qui ne veut absolument rien changer et un camp nouveau qui voudrait que, quand même, on nettoie (un peu) la situation.

Le livre se termine au 1er janvier 1996 par un des communiqués zapatistes essentiels : la première déclaration de "La Realidad" contre le néolibéralisme et pour l'humanité, qui est à mettre aux coté des 6 Déclarations de la Jungle Lacandone pour former le corpus du manifeste zapatiste. Je reviendrai sur ces 7 documents dans le prochain billet.

Les accords de San Andres ont vu un premier progrès véritable le 16 février 1996, quand l'EZLN et le gouvernement ont signé la première phase des accords, comprenant les points suivants : respect et reconnaissance des cultures indigènes, préservation des ressources naturelles, participation accrue des indigènes aux organes de décision.gouvernement, plus d'autonomie etc. Au final, le gouvernement n'a pas respecté ses accords et a continué à accomplir des actions néfastes pour les accords (infiltration de paramilitaires, financement des "gardes blanches" sortes de milices locales, etc.)
Le 29 août 1996, par contre, l'EZLN a refusé de continuer les discussions tant que le gouvernement respecterait pas un certain nombre de points : le respect des accords signés, la libération des gens accusés de "zapatisme", etc. Au final, et après une ultime tentative par une organisation de transformer les accords en loi, l'initiative a été rejetée par le gouvernement, mettant fin au processus de paix.
En 2001, un président qui n'était pas du PRI est élu, mettant fin à la domination du système parti-état. Il s'agit de Vicente Fox, du PAN (droite). Malgré ce qui pourrait être cru, rien n'a changé pour les revendications de l'EZLN, et les agressions ont continué.
En 2003, l'EZLN a mis en place les caracoles (escargots), qui sont 8 communes mexicaines autonomes fonctionnant selon les principes politiques de l'EZLN : démocratie participative ("commander en obéissant"), etc. Elles sont encore là aujourd'hui mais sinon, les progrès au sein de la société mexicaine dans son ensemble sont encore lents. Récemment, après deux mandat du PAN, c'est le PRI qui est revenu aux commandes...

Il n'y a pas d'autre volumes (en anglais, apparemment, il existe une compil couvrant la période 1994-2004). L'EZLN a continué ses communiqués jusqu'à aujourd'hui, bien que Marcos aie laissé sa place comme porte-parole le 25 mai 2014, déclarant dans une lettre que celle-ci était sa dernière apparition publique, que la personnalité de Marcos avait été un hologramme et que l'EZLN n'avait plus besoin de son image. La lettre était signée du nom "Sous Commandant Insurgé Galeano", qui est décédé quelques jours plus tôt...

lundi 30 juin 2014

Easy, Hélène... (1/3)

Salut tout le monde. Ça faisait un bail, hein ? Ouais, je sais. Moi aussi. Une telle absence a beaucoup de raisons. La première c'est que j'ai principalement lu des livres non-fichables. Mon horizon commence à se dégager. Et, pour célébrer ce rapide retour, voici un retour sur plusieurs livres, traitant du même sujet, et que j'ai lus en parallèle parce que le sujet m'intéresse énormément.

Beaucoup ont entendu parler du Sous Commandant Insurgé Marcos. Il était le porte-parole de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN pour Ejercito Zapatista de Liberacion Nacional). Et, à ce titre, il rédigeait nombre de leurs communiqués et ce avec un talent rare. Ils ont été regroupés, en 1996, en deux volumes sous le titre ¡Ya Basta! édité chez Dagorno, pour un total de plus de 1100 pages ne représentant que les quelques premières années des communiqués officiels, classés dans l'ordre de publication (à une exception près, qui est un communiqué conçu pour servir de préface à ce type de recueil). Ces communiqués ont la grande qualité d'être abondamment annotés par des spécialistes de l'histoire récente du Mexique, ce qui permet de replacer les communiqués dans leur contexte et d'inclure une bonne partie de l'histoire de l'insurrection.

¡Ya Basta! tome 1 aux éditions Dagorno, ISBN 2910019330



Avec le sous titre "Les insurgés zapatistes racontent un an de révolte au Chiapas", ce livre rassemble les communiqués de l'EZLN de janvier 1994 à octobre 1994.
Le premier janvier 2014, c'était le 20è anniversaire du soulèvement zapatiste. Le matin du premier janvier 1994, alors que tout le Mexique se réveille avec la gueule de bois d'un nouvel an bien arrosé, une armée d'insurgés, cagoulés, prends plusieurs villes lors d'un coup de force dans l'état le plus pauvre du pays, le Chiapas. Pour remettre les choses dans leur contexte, il faut se rappeler qu'à l'époque:
- un parti politique règne sans partage depuis la dernière révolution sur le pays, les élections étant une étrange forme de plébiscite sans réel enjeu.
- le Chiapas est un petit état montagneux, dont la population est en grande majorité indigène. C'est l'état le plus pauvre du pays avec de très fort taux d'analphabétisme, de pauvreté, de malnutrition, d'exclusion. C'est aussi l'état dont était originaire Emiliano Zapata, l'une des deux figures de proue de la révolution de 1910. Enfin, c'est aussi l'un des états les plus riches en matières premières (dont le pétrole et le café).
- l'ALENA vient d'entrer en vigueur et cet accord est très loin d'être en faveur de la population mexicaine.
- Carlos Salinas de Gortari, le président de l'époque, vient de faire passer un accord révisant l'article 27 de la constitution mexicaine, essentiel dans un pays où le droit à la terre est le sujet d'un très grand nombre de conflits et d'ailleurs de la révolte de E. Zapata. Cet article 27 était un pré-requis de l'ALENA et autorisait la privatisation de terres qui avaient étaient mis en gestion communale pour les paysans (ejidos).
- les enlèvements, emprisonnements, meurtres et tortures d'opposants politiques et d'intellectuels sont monnaie courante.

Dès les premiers communiqués, l'EZLN annonce ses intentions. Ils se battent pour obtenir : une démocratie réelle, la justice, l'accès à la terre, l'égalité, l'accès aux soins et à la dignité. Ces demandes ne bougeront pas d'un pouce au cours de l'année.
L'intérêt de lire ce recueil de communiqués est double.

D'une part, on y voit l'évolution de la situation. Comment survivre dans un conflit armé face à un gouvernement qui n'hésitera pas ? En faisant une utilisation intelligente de l'opinion publique internationale. L'EZLN n'est pas tombée dans les pièges habituels de la plupart des insurrections, c'est à dire réclamer des choses d'abord pour soi ("Tout pour tous. Rien pour nous." est un leitmotiv qui revient sans cesse), de ne s'exprimer que par la violence (l'EZLN convoquera des états généraux qui accueilleront près de 5000 personnes), de refuser les chemins légaux (l'EZLN aidera même les élections présidentielles de 1994 sur le territoire qu'elle contrôle), d'éviter le culte du chef (à part un porte-parole identifié, les zapatistes sont anonymes et son commandement ne s'exprime que par des communiqués) et un réel fonctionnement démocratique ("Commander en obéissant" est le second leitmotiv).
Au fur et à mesure de l'avancée de l'année, on voit l'évolution de la mentalité, les espoirs lors des discussions avec le gouvernement, le souhait d'une issue parlementaire. On voit aussi que l'EZLN a su dépasser le marxisme, en appelant, non au "prolétaire" messianique cher à une certaine extrême gauche, mais à la société civile dans son ensemble, aux gens de bonne volonté, aux intellectuels honnêtes, etc. En fait, quiconque souhaite faire avancer le pays dans une direction favorable à la démocratie et au peuple est le bienvenu pour filer un coup de main. Ils ont aussi su dépasser le guévarisme, en souhaitant unifier toutes les formes de lutte et en déclarant qu'ils auraient préféré ne pas avoir à entrer en conflit armé et aimeraient que les voies légales soient de nouveau ouvertes et privilégiées.

D'autre part, on voit aussi le génie littéraire du SCI Marcos. Il faut le dire, ce type sait grave écrire. Les communiqués sont clairs, droits, précis et directs. Les écrits plus personnels sont drôles, touchants, émouvants ou forts. Certains sont des contes, d'autres des poèmes. On y découvre la vie des enfants zapatistes, des contes et légendes servant de paraboles, des rappels d'Histoire et des statistiques sur le Chiapas. On y découvre l'humanité derrière la cagoule. Et il faut dire que quand on se bat "pour l'humanité et contre le néolibéralisme" il est important que l'humanité ne soit pas oublié. Trop souvent, les affiliés marxistes promettent un lendemain de joie et bonheur au prolétaire après le Grand Soir mais oublient d'être humains avant. La Révolution n'est pas un dîner de gala. Peut être, mais pourquoi devrait-on oublier de s'amuser ? Les Zapatistes dansent, chantent, font la fête et écrivent des poèmes. Ils n'oublient pas d'être humains même quand leurs territoires sont entourés de blindés et que les avions de combat vrombissent au-dessus de leur têtes. L'humour est une arme essentielle dans l'arsenal.

Ce tome se termine par des communiqués très sombres : les négotiations n'ont pas porté. Un nouveau président est élu avec des mécanismes de fraude massifs. L'armée se rassemble autour des territoires et un nouvel assaut n'est qu'une question d'heures. "Après un an, rien n'a changé, ici..."

Note : ceci est le premier de trois billets sur le sujet.

jeudi 21 novembre 2013

Calme plat à Vertu-Les-Bains

Ca fait plusieurs mois que je n'ai pas rédigé un message ici. La raison est double. D'une part La Vraie Vie m'a pas mal pris ces temps-ci. D'autre part, j'ai surtout lu des lectures de "loisir" plus que des trucs qui font réfléchir.

Quand j'étais ado, j'ai lu plusieurs textes des grands penseurs de l'anarchisme. Proudhon, Bakounine, Kropotkine. Mon côté "rouge et noir", voire "noir et vert" n'est un secret pour personne. L'autre jour, au salon du livre indépendant, j'ai ramassé deux livrets. Le premier c'est un dictionnaire de l'arguemuche des voleurs, par Vidocq. Inutile de vous le présenter mais c'est assez rigolo de retrouver de nombreux mots dans l'argot parfaitement courant. Ca fait une bonne aide de jeu pour n'importe quel jeu de rôles situé aux alentours de cette époque, voire aussi dans les jeux de rôles médiéval fantastiques se déroulant dans le "milieu" (je songe à l'excellent Wastburg, tiré du roman éponyme et tout aussi excellent). Bon, je vais pas vous enseigner à larlépem le louchébem non plus, je suis pas louf.
Le second livret, que j'ai fini dans l'avion l'autre jour, c'est "L'Esprit de Révolte", de Pierre Kropotkine. C'est un texte tardif, un pamphlet court où l'auteur étudie essentiellement la période pré-révolutionnaire de 1789 et essaie d'isoler les facteurs ayant permis la mise en place d'un moment révolutionnaire, d'une vague, ayant perduré un temps suffisant et ayant eu une ampleur suffisante pour arriver à ses fins. Le but étant de proposer aux révoltés d'appliquer les mêmes méthodes pour espérer les mêmes résultats.
Ca a vieilli.
Au-delà de l'appel réel à ce qui pourrait être assimilé à du terrorisme, ici Kropotkine nous livre son texte le plus décevant. Le pilier de la collectivisation et de l'entraide nous propose quelque chose qui est désormais inapplicable ou qui serait fortement mal vécu. L'expérience réelle de vivre dans une époque empreinte de terrorisme (le monde "post 9/11") fait que des méthodes d'appel à la révolte par des groupuscules sont mal vécues par le péquin moyen dont je suis. On est habitués à rejeter ce genre de choses.
S'ajoute à ça la volonté de communications que K. nous propose. Si cela était valide au XVIIIè siècle, cela ne l'est plus aujourd'hui. Nous sommes désormais dans un monde où on est assommés de messages dans tous les sens. Des messages supplémentaires seront noyés dans la masse, d'autant plus que nous sommes maintenant habitués à trier pour ne lire que ce que l'on veut vraiment lire. Un message qui vient de nulle part, c'est du spam, ça va à la poubelle, ce n'est pas lu. C'est fini. Il va falloir trouver autre chose.
Bref, là où la pensée de Kropotkine est souvent développée, soutenue, intéressante, là j'ai lu le brûlot d'un homme fatigué, qui cherche désespérément à trouver pourquoi la révolution n'a pas vraiment eu lieu... C'est bon d'avoir un théoricien, c'est important. Malheureusement, certaines méthodologies ne passent pas l'épreuve du temps.

L'Esprit de Révolte par Pierre Kropotkine
chez Manucius, ISBN 9782845780965
Texte complet chez Wikisource

lundi 18 mars 2013

Movie Night

Coqueluche des oscars, chef d'oeuvre confirmant que Affleck est à la fois un bon acteur et un bon réalisateur, Argo est un excellent film. Il raconte en détail un événement annexe à la crise des otages de 1979 en Iran.


Le film est très bien fait. Il commence par raconter, de manière claire et sans trop de parti pris les événements ayant amené à la crise : la mise en place par la CIA du shah, ses dégâts sur l'économie locale, son hospitalisation, la prise de l'ambassade des USA locale. A partir de là, on suit un spécialiste de l'exfiltration de la CIA, joué par Affleck, qui va créer un énorme bateau pour faire sortir 6 américains qui se sont enfuis de l'ambassadeur et se planque chez l'ambassadeur du Canada. Son plan consiste à aller en Iran en faisant croire qu'il fait des repérages pour un film de SF appelé Argo, et que les 6 à exfiltrer sont en fait venus avec lui et sont le caméraman, le réalisateur, etc. Pour donner de la crédibilité, il se démerde pour faire croire à l'existence d'un vrai projet cinéma, avec un casting, un studio, une affiche etc. à tel point, et c'est le but recherché, que la presse ciné de Hollywood croit au projet.
Je résume pas tout le film mais son plan réussit, de justesse. Le film est super bien joué et tient son auditoire en haleine jusqu'à la dernière seconde. Et c'est un peu là que le bât blesse. Si l'histoire est bien réelle, la partie la plus "tendue", toute la montée de tension est en fait apocryphe. Il n'y pas eu de réelle tension à l'aéroport, et les exfiltrés ont d'ailleurs pris plusieurs avions séparés. Est-ce que c'est grave ? Pas tant que ça : globalement, le fond ne change pas et, si on oublie que le film donne surtout la primeur à la CIA contre le Canada qui n'a pourtant pas chômé, il reste un film et non un documentaire. Aussi cette tension était elle nécessaire pour scotcher le spectateur à son siège.

Ce qui est amusant, c'est que je suis aussi aller voir No, le film sur la campagne pour le référendum qui mit fin au règne de Pinochet.



Avec un parti pris malin de tourner en simili-VHS (on va dire en "lomographie"), le réalisateur peut sans mal mélanger les images de son film avec les images d'époque sans que le spectateur perçoive la différence. On suit un pubard très doué à qui les gauchistes chilien veulent confier les spots de 15' de leur camp, en faveur du Non (au règne prolongé de Pinochet). Il bosse dans la pub, il est globalement apolitique, contrairement à la mère de son fils qui passe son temps en cellule après les manifs auxquelles elle participe, lui reprochant son inactivisme quand elle passe à sa maison. D'un bout à l'autre, il sera surtout motivé par la réussite de sa campagne de pub et à montrer à son boss qu'il est meilleur que lui (son patron s'occuppant de la campagne du Oui).
Si ce morceau d'histoire est intéressant et la lutte par spot de pub, agrémenté de menaces et de répression, est passionnante, je reprocherais au film deux choses : d'abord, le personnage principal est absolument fade. Totalement neutre, mou, sans opinion, sans couleur, limite neurasthénique. Le scénario passe un bout du début du film à le mettre en place et à nous le présenter mais on ne s'identifie jamais vraiment parce qu'on ne parvient pas à s'y intéresser. On se fiche totalement de sa vie creuse, de ses longues vadrouilles en skateboard ou de sa neutralité absolue. On reporte son intérêt sur ce qui est important (la campagne) mais c'est vraiment dommage. Le personnage de son boss, par exemple, est plus intéressant. L'autre problème, c'est que si le traitement lomographique a des avantages (l'inclusion de séquences historiques sans "coutures"), il n'interdit pas de bien filmer. On n'est pas obligé de se taper des longs plans "plein soleil" où l'écran est tout jaune. Faire baver autant les couleurs n'était pas nécessaire. Les images d'époque ne sont pas si mauvaise et je me souviens assez bien que l'image VHS était pas si poucrave...
Bref, un film correct, fort intéressant historiquement, mais avec des défauts qui rendent parfois le visionnage pénible. En gros, les défauts opposés au précédent.

lundi 28 janvier 2013

"Objet de culte"

Internet, des fois, c'est génial. Prenons un exemple : le jeune Lecteur, en CM2, possède un livre super génial qu'il a lu plein plein plein de fois et a développé son esprit critique. Surtout qu'il a eu une expérience directe du comportement dénoncé avec humour dans son livre. Ce livre, il l'a perdu à peu près au CM2 aussi. Faute de connaître le titre ou l'auteur, Lecteur pleure ardemment sa perte et peut se le tailler en biseau pour retrouver un exemplaire. Récemment, au détour d'une conversation Internet, quelqu'un cite nonchalamment un ouvrage super qu'il a lu, en donnant titre et auteur, mais en anglais. Et c'est le bouquin que je cherchais désespérément depuis vingt ans. Rhâ ! Ni une ni deux, gargle, mamazone, arbrebooks, prizeministre et consors sont épuisés pour en trouver un exemplaire hors de prix (de tous les livres de cet auteur, seul celui-ci crève le plafond en VF).

David Macauley est un pro pour ce qui est d'expliquer aux enfants comment les choses marchent, avec un dessin d'une précision et d'une clarté incomparable. Avec lui, j'ai découvert comment on construisait un château fort, une cathédrale, une pyramide... Comment le sous sol de la ville était plein de galeries, de tuyaux et de carrières de pierres (ou pas pour ce dernier). Etc.

Le plus génial des ouvrages qu'il ait fait est celui-ci. Un cataclysme a ravagé les Etats-unis en 1985 (oui, bon, hein), devenus une civilisation complètement oubliée. Dans un futur lointain, un archéologue déterre une étrange structure, complète, avec des squelettes dedans, que les anciens appelaient "Motel". Vu les corps allongés, il ne peut s'agir que d'un tombeau pour gens de haut rang ! Et à partir de là, très sérieusement, notre archéologue commence à réinterpréter tout ce qu'il trouve à sa sauce. La télé devient "le grand autel" pour les prières. Les WC ? Un petit temple secondaire dédié aux dieux de l'eau. Le récipient "ICE" ? C'est évidemment l'Isolateur des Contenus Essentiels où on plaçait les organes retirés des défunts.
Tout y passe, écrit et illustré avec humour.

Mais il y a une leçon, dans ceci et c'était qu'à l'époque (peut être encore aujourd'hui), quand les archéologues ne savaient pas à quoi servait un truc, ils y collaient un label "objet de culte". Mon expérience directe s'est faite avec une espèce de bâton préhistorique qui est passé, au fil de mes bouquins d'histoire de collège et lycée, d'objet de culte à propulseur à flèches pour la chasse... Un chouette livre qui développe un peu l'esprit critique des enfants, avec plein d'humour. Les autres ouvrages sont très bons aussi mais hors de propos ici.

La Civilisation Perdue de David Macauley
Chez L'école des loisirs, ISBN 2211016839
(vous pouvez le trouver facilement en VO sous le titre Motel of the Mysteries ISBN 0395284252 chez Houghton Mifflin)

lundi 9 juillet 2012

Ni télévision

"Il n'est pas de sauveur suprême, ni dieu, ni césar, ni tribun. Travailleurs, sauvons-nous nous-mêmes. Travaillons au salut commun." ~L'Internationale

Auguste Blanqui était un athée. Un anarchiste anti-clérical qui ne rêvait que dependre le dernier curé avec les tripes du dernier banquier.
En tout cas, on peut le caricaturer ainsi quand on ne souhaite pas creuser une pensée quand même bien plus développée et bien moins caricaturales d'un homme qui fut quand même une des figures essentielles de La Commune, pour la redistribution des capitaux et la collectivisation. Il pensait qu'il fallait une dictature éclairée d'un petit groupe de personnes pour mettre en place les choses avant de rendre le pouvoir au peuple. Bref, un penseur "ultragauche" très discutable (et discuté) mais aussi le symbole même de l'insurgé, stratège et tacticien des vagues révolutionnaires qui ont secoué la fin du XIXè en France.





Ce recueil de texte regroupe tous les pamphlets de Blanqui contre la religion. Ils sont cinglants. Ils sont saignants. Ils sont plaisant à lire. Ca casse du curé, ça mord du croyant, ça fout le feu aux bénitiers. C'est un peu violent à mon goût sur le sujet, moi qui ne suit qu'athée, mais ça permet de se lire un bon gros pamphlet bien virulent et ça défoule le païen que je suis. A emmener à la mer pour le lire au bord de la plage, avant de s'endormir sous le soleil de plomb en se cachant le visage sous un joli livre orné d'un slogan bien senti, en ces temps de repli religieux généralisé.

Ni dieu, ni maître de Auguste Blanqui
chez Aden. ISBN n°978-2930402772

lundi 2 juillet 2012

(...) et tout bronzé


Intéressant essai que celui-ci. La passion du bronzage est une inversion totale du canon esthétique (sur le sujet de la peau mais aussi des vêtements) qui s'est produite sur la première moitié du 20ème siècle, sur quelques décennies entrelardées de deux énormes conflits. Ce passage de la femme claquemurée et dont on célèbre le tein diaphane et le maintien à la femme en bonne santé au corps cuivré et dénudé (du corset à la minijupe, du maillot de bain couvrant totalement au monokini-string voire au naturisme) est une basculement excelpionnel par sa globalité, sa rapidité et son extension à nombre de domaines sociaux.

Plusieurs explications avaient été avancées à ce sujet, comme le lancement par Coco Chanel de la peau bronzée, les congés pays de 1936 ou encore le besoin de se distinguer de la masse i.e. laborieuse à la peau bronzée par le travail des champs dans l'"ancien régime" puis laborieuse à la peau d'une pâleur maladive par le travail en usine dans le "nouveau". Au travers de son essai, Pascal Ory commence par borner temporellement ce phénomène social avant de s'attacher à l'expliquer. Les événements et éléments ayant fait basculer le paradigme ne sont pas simples : les éléments énoncés plus avant sont effectivement présents mais ils sont loins d'expliquer le déclenchement, l'ampleur et la vitesse du phénomène. Le livre, après la question de datation, développe plusieurs axes par exemple"soigner" quand le corps médical commence par déconseiller le soleil jugé dangereux puis par promouvoir les bains de soleils et la nudité jugés excellents pour l'hygiène de vie...

L'économie et la publicité, eux aussi, ne sont pas dénués d'impact mais ne peuvent eux aussi être établis comme facteurs uniquement prescripteurs puisqu'un commerçant ne crée pas forcément le désir. Il étend et amplifie un désir latent ou méconnu.
Les guerres, elles aussi, ont eu un impact sur tout cela.

Bref, un essai court mais agréablement écrit, bien développé, qui étudie en détails ce faisceau d'événements et de facteurs corrélés qui font qu'aujourd'hui, dans les prochains mois, vous allez vous étendre sur une plage de sable fin, dénudé(e) voire nu(e), pour vous exposer agréablement au soleil et profiter d'un temps de repos bien mérité.

Bonnes vacances et profitez bien !

L'invention du bronzage de Pascal Ory
aux Editions Complexe ISBN n°978-2804801458

Edit : Thomas a raison, je n'ai appelé personne pour la suite. Donc je propose à Thomas, Alias et Munin de participer.

mercredi 16 mai 2012

Deux petits livres et deux grosses BD


J'ai lu deux petits livres de chez Allia, mon éditeur de microbouquins favoris : No Exit et La Grève des Electeurs.
Pour une fois, je suis pas hyper convaincu. Le premier est la traduction d'un article de journal anglais sur notre Ex-président Zébulon, qui franchement enfonce des portes ouvertes par tout le monde sur les 5 dernières années. Le second est un texte que je pense qu'il est nécessaire de lire, une critique acerbe du concept de représentant élu plus qu'une critique de l'acte de voter. En très résumé : inutile d'aller voter parce que celui que vous élirez ne vous représentera pas et n'est là que pour son propre compte. C'est pas tout à fait vrai, et c'est aussi très loin d'être faux.
Cela a été écrit en 1888 et ça se sent. Aujourd'hui, je pense que plus personne n'est dupe, à part les militants (les vrais, les tatoués, les décérébrés). Quelques livres ont développé plus la critique de cette représentativité... Je pense à une nouvelle de SF où tous les postes sont donnés à la loterie, ainsi qu'à une étude de socio bien plus sérieuse étudiant les conséquences d'un tel système. J'en ai oublié les noms mais ça doit se googler aisément...
Et, enfin, les partisans de l'abstentionnisme ne m'ont jamais vraiment convaincu. Je veux bien qu'on en "tienne compte" comme ils le désirent, mais comment ? Et à quelles fins utiles ?

No Exit, de Philip Gourevitch ISBN n°978-2844855701
La Grève des Electeurs, d'Octave Mirbeau ISBN n°978-2844853172
Tous deux chez Allia



Après toutes ces émotions, je me suis tapé les deux tomes de Quai d'Orsay, la BD que, paraît-il, Galouzeau offrirait à tour de bras. C'est vrai que, surtout à la lecture du tome 2, il est difficile de douter de la parenté du personnage principal avec le dit Premier Ministre de Chirac qui fut, effectivement, au Quai d'Orsay de 2002 à 2004 et prononça un discours à l'ONU qui a marqué l'histoire de cette assemblée (on peut d'ailleurs se le procurer dans la petite collection de Points consacrée aux discours, que j'affectionne).
J'ai énormément aimé. On y voit le ministère des affaires étrangères de l'intérieur, décrit avec humour dans une caricature qui ne fait pas dans le lourdingue (on est pas dans le Gerra, ça change).
C'est avec une certaine affection et une, semble-t-il, très bonne connaissance des rouages, que les auteurs croquent les mécanismes de la politique étrangère française. Ils ont limé les numéros de série juste ce qu'il faut pour qu'on reconnaisse les événements, lieux et personnages sans qu'ils aient besoin de les citer. C'est bien mené, enlevé, positif et très agréable à lire. Une très chouette BD et je remercie mes potos d'EnQulture de me l'avoir collée dans les pognes.



Quai d'Orsay, Chroniques diplomatiques chez Dargaud
Deux volumes de Christophe Blain et Abel Lanzac (pseudo du scénaristes qui est probablement un membre du Quai d'Orsay)
ISBNs : 978-2205061321 (t.1) et 978-2205066791 (t.2)

Ils en parlent chez les corbeaux.

mardi 21 février 2012

Des lectures dures mais nécessaires

Tout occuppé à procrastiner, je m'aperçois que je n'ai pas alimenté ce blog depuis un moment. Bon, alors autant faire un petit billet sur de la BD, et oui, encore. Et en plus, de la BD qui réjouit, qui met de bonne humeur, qui respire la joie.

Ou pas.

En 1992, Art Spiegelman reçoit le prix Pulitzer pour le premier volume de sa BD, Maus. Spiegelman (qui était à Angoulème cette année) a, d'après moi, prouvé avec Maus que la BD était un support noble capable d'aborder tous les sujets et ne se limitant pas "aux petits Mickeys". Maus est une BD dure, une BD sans concessions, ainsi qu'une BD où chaque planche révèle une maîtrise du fond et de la forme incroyable. L'intrication entre la construction et le contenu de chaque planche est un travail d'orfèvre magnifique. Aussi éblouissant qu'est terrible l'histoire racontée.



Pour les 25 ans de cette BD, Flammarion a le bon goût de non seulement rééditer la BD dans un format agréable, mais d'y ajouter "MetaMaus", un livre tout aussi gros racontant sous la forme d'une longue interview d'Art Spiegelman la gestation, la construction et les retentissements de Maus, avec de nombreuses pièces. MetaMaus est, à mon avis, tout aussi intéressant que Maus, qu'il découvre sous de nouveaux angles et renforce tout à la fois.



A coté de Maus et MetaMaus, dont la renommée n'est plus à faire, j'en profite pour parler d'un petit album, plus confidentiel, que j'avais acheté presque par hasard lors d'un salon du livre il y a bien longtemps, et qui traite d'une autre manière le sujet des camps. Il s'agit de Drancy - Berlin - Oswiecim, de Gregory Ponchard. Dans ce petit album, extrêmement personnel lui aussi, l'auteur raconte son voyage de l'un à l'autre de ces lieux dans une progression lente dans le froid et les ténèbres de cette terrible Histoire.

Cet album fut une excellente surprise.

Drancy - Berlin - Oswiecim de Gregory Ponchard
chez Les Requins Marteaux ISBN n°2849610232

Maus & MetaMaus de Art Spiegelman
chez Flammarion
ISBN n°9782081278028 & n°9782080689672

mardi 10 janvier 2012

Safe Area Goražde

J'ai déjà parlé de Joe Sacco dans ces colonnes, et certains me reprocheront de ne parler que de BD depuis quelques temps. Je l'avoue : mes lectures actuelles ne sont guères politiques, ni même engagées, à moins de tout voir sous cet angle. Et je n'ai pas l'intention de m'engager sur la vision politique de la monarchie dans "Le Trône de Fer" ou la connaissance dans "Las Aventuras de Sherlock Holmes" (oui, je les relis en Espagnol, histoire d'en profiter pour réviser cette langue).



Dont acte, une BD, encore. Mais pas n'importe laquelle. Joe Sacco s'est fait connaître, au moins en France, grâce à un premier reportage, effectué dans la ville de Goražde durant la guerre de Bosnie-Herzegovine, ce drame humain à deux pas de chez nous qui a duré 3 ans. Sarajevo était sous le feu des projecteurs médiatiques et donc sous une protection qu'on pourrait qualifier de forte par l'ONU. La poche de Goražde, elle, n'était reliée au reste de la Bosnie que par le cordon ombilical de l'ONU que représentait la "route bleue". Sacco se rend là bas quatre mois entre 1994 et 1995 et partage la vie des gens là-bas, principalement au travers de son traducteur, Edin.

Via Edin, Sacco raconte l'enclave, mais aussi les témoignages qu'il recueille, dans son style personnel où les témoignages se mêlent et expliquent la vie présente. Par rapport à Gaza 1956, Goražde est bien plus noir, plus douloureux, plus poignant, plus marquant. On sent que Sacco a été changé pour toujours de son expérience, et cela sourd de son livre.

Définitivement, un livre à lire. Sans compter que la récente réédition a ajouté une grande quantité de notes de l'auteur qui ajoutent encore à l'excellence de l'ouvrage.

Goražde par Joe Sacco, chez Rackham (227 pages)
ISBN 978-2878271423
VO : "Safe Area Goražde"

lundi 19 décembre 2011

Une idée de cadeau de Noël

J'ai eu un* beau cadeau de Noël en avance, alors je vous en fait part. Il s'agit d'un joli ouvrage carré, plutôt bien dessiné, intitulé "Petit livre de la cinquième république".


Cet ouvrage couvre tous les petits et grands événements de la cinquième république (en fait d'un peu avant, les "événements" d'Algérie sous Coty, jusqu'à hier - quand la première dame de France a mis bas et le doigt d'honneur à l'assemblée nationale d'Emmanuelli). Organisé par années, chaque année reçoit quelques pages où chaque événement reçoit une brève notule illustrée qui recrée, au travers d'une vaste mosaïque, l'immense paysage d'Histoire qui forme la France d'aujourd'hui.
Cet ouvrage est vraiment passionnant, et à ranger dans sa bibliothèque à coté de l'excellent:
Le premier bouquin vous permet de réviser l'histoire de la Vè. Celui-ci vous donne un best-of des dessins du palmipède semaine après semaine. C'est un très bel ouvrage, de superbe facture, qui se déguste comme un vieux cognac.

Petit Livre de la Cinquième République d'Hervé Bourhis, ISBN n°978-2-205-06799-6
La Vè République en Images, du Canard Enchaîné, ISBN n°2352040701

* : en fait, deux. Mais l'autre était un Polaroïd, ce qui est sans rapport avec le sujet qui nous occupe.

lundi 21 novembre 2011

Haarlem globe trotter

Pour continuer dans l'univers de la bande dessinée sur base historique, j'ai envie de vous faire découvrir la magnifique bande dessinée Jéronimus. Ce tryptique a ses planches réalisées en peinture, permettant d'appuyer d'une certaine manière le lieu et l'époque, le sujet et l'histoire, puisqu'il s'agit de la renaissance flamande, période faste du commerce international des Pays Bas.



On y suit les aventures de Jeronimus Cornelisz, un personnage assez malsain, apothicaire aux accointances hérétiques et mibertines mal vues, qui s'engage sur un bateau afin de fuir Haarlem et la Hollande et un passé qu'il trouve lourd, du fait de ses accointances (fort discutées historiquement), de sa faillite et du décès de son bébé. Par un jeu de circonstances où Jeronimus finit par se lier d'amitié avec le capitaine de son bateau, le Batavia, il organisa avec l'aide d'un petit groupe de partisans une mutinerie, mais avant de lancer l'opération, une tempête amena le navire à faire naufrage.

Il finit par prendre la tête des 300 survivants et dans les circonstances extrême de survie où ils se trouvaient, organisa un règne absolument sanguinaire qui fit par aprèes faire des cauchemars à toute l'Europe : exils, assassinats, massacres, le tout par des moyens horribles.

Vous pouvez retrouver l'histoire générale sur Wikipedia, mais rien ne vaut la lecture de ces trois tomes tout à fait réussis, dont le premier tome assez calme ne laisse rien présager de la surprise horrible et de l'apogée dans l'horreur que sont les tomes 2 et 3. Sacrée lecture, la vache !

Jeronimus, une bande dessinée en trois tomes superbes de Christophe Dabitch et Jean-Denis Pendanx, chez Futuropolis.
ISBNs : 978-2-7548-0131-7, 978-2-7548-0218-5, 978-2-7548-0311-3), existe en coffret intégrale

mercredi 16 novembre 2011

Chine Eternelle, que de bouleversements en si peu de temps

Dans la lignée des bandes dessinées évoquant des morceaux d'histoire, Une Vie Chinoise conte la longue déambulation d'un homme qui aura connu l'avant, le pendant et l'après Mao.



Li raconte sa propre vie, telle qu'il l'a vécue, sans trop de fards, sans trop d'embellissements, dans ce qu'il y a eu de dur mais aussi de beau au cours des 50 ans passés en Chine. D'abord l'enfance, avec un père cadre du parti dans une petite ville de campagne, pendant que s'instaure rapidement le communisme maoïste, qui déferle comme un torrent dans la plaine calme de vies engoncées dans des décennies de tradition. Le rêve communiste vire peu à peu au cauchemar, avec les drames et la famine liées au Grand Bond en Avant. Par la suite, la mutation vers l'ouverture à l'extérieur après la mort de Mao façonne une nouvelle évolution pour Li, une période bouillonnante et trouble, avec un adolescent qui devient un vrai adulte. Le dernier épisode, intitulé "Le Temps de l'argent" évoque la transformation vers un capitalisme triomphant et frénétique de la Chine.



Ce récit autobiographique est intéressant pour comprendre comment la Chine a absorbé ses révolutions successives avec toujours un enthousiasme illimité, comment elle est passé d'extrêmes à d'autres. Cette évolution difficile à comprendre pour un occidental est ici racontée de l'intérieur, avec des yeux chinois, ce qui nous aide à appréhender les bouleversement qu'a connue la Chine en 60 ans. C'est en plus bien écrit et bien dessiné. Un régal.


Une Vie Chinoise - Le Temps du père, Le Temps du parti, Le Temps de l'argent
3 volumes grand format par P. Otié et L. Kunwu, chez Kana
ISBN de l'intégrale en coffret : 3600121201835 (mais existe en volumes séparés)

jeudi 23 juin 2011

Montebourg et la démondialisation ainsi que les droits civiques aux US

Allez, hop, retour aux opuscules politiques. Comme d'habitude, les journaleux évoquent les primaires socialistes sur l'air toujours répété de "regardez comment qu'ils sont divisés que c'est pas comme ça à droite" (parce que le métier actuel de nombre de pisse-copies est de vendre du cliché à leurs lecteurs et ça me rappelle qu'il faut que je retrouve l'étude qui racontait que lire une opinion similaire à la sienne propre donnait un gros susucre au cerveau, ceci expliquant alors cela). Les gonzes sont tout aussi divisés à droite, sauf qu'on évite de trop le souligner à longueur de page. Pourtant, Borloo, Galouzeau et Sarko, vu leur positions personnelles envisagées pour 2012, on pourrait penser qu'il y a quelque dissension. Non ?

Passons, ce n'est pas le sujet.

Ce matin, alors que je trainaillais dans une librairie absolument quelconque, je suis tombé sur le petit opus d'Arnaud Montebourg, qui présente globalement ses idées de pour quand il serait président. Donc sa plateforme pour les primaires. Je ne connaissais pas en détail ses positions et mon seul contact avec lui c'est de l'avoir aperçu de loin sur le quai d'une gare récemment (pis j'ai pas la télé). L'ouvrage lu d'une traite de RER/Tramway/Métro, je connais mieux son positionnement et il me plaît globalement. Mais j'attends de lire les autres plateformes avant de me décider. Parce que oui, j'irai voter à la primaire : quand on me donne le droit de vote, j'ai tendance à m'en servir.

Le bouquin de M. Montebourg est très bref. Il commence par évoquer des cas, dans le monde entier, de travailleurs exploités, maltraités, abusés. Je me reconnais d'ailleurs dans un des cas évoqués, tout comme chacun d'entre vous (je doute avoir des lecteurs dans la tranche des 1% les plus riche de France). A partir de là, il établit que la mondialisation est la cause du problème. Ensuite, il suggère des solutions pour lutter, principalement la démondialisation sous la forme d'un "protectionnisme vert" à l'échelle de l'Europe. Je dois avouer que ce keynesianisme proposé n'est pas sans me rappeler une proposition de M. Frédéric Lordon.

Honnêtement, l'effet bonbon sucré pour le cerveau que j'évoquais plus haut est présent, mais justement, je reste méfiant même si son pamphlet (parce que ça en a la forme) va dans mon sens. J'aurais aimé plus de sources sur plusieurs sujets. Ce n'est pas parce que c'est en accord avec mes opinions que je n'ai pas de doutes : j'ai donc vérifié l'existence, entre autres, des "one euro job" en Allemagne et découvert une réalité effarante sur le soi-disant "modèle allemand", qui n'est guère qu'un modèle pour le patronat. (Je lie ici du Rue89, mais les sources sont variées et se recoupent.)

Au final, malgré un livre un peu lourd sur la forme vers le milieu, son programme est intéressant, mais il reste très vague sur l'implémentation. Comment veut il réaliser son protectionnisme vert, qui consiste à établir des taxes douanières sur la base du respect de l'environnement, ce qui permet de faire la nique à l'OMC. Il est vrai que l'Europe est la seule grande puissance à n'appliquer quasiment aucun protectionnisme là où les autres ne s'en privent pas. Je suis d'accord, mais comment convaincre l'Allemagne, puisque c'est le couple Franco-Allemand qui mène régulièrement la barque bleue étoilée de jaune ? J'aurais aussi apprécié connaître ses positions sur de nombreux autres sujets car, même s'il est vrai qu'il y a beau temps que l'économie a pris le pas sur le politique, je suis toujours curieux de connaître la position d'un candidat sur ACTA, sur l'immigration, la santé, l'intérieur, la justice, etc. Alors c'est sûr que cela aurait demandé un livre plus gros, plus cher (l'opus est à 2€) et écrit plus petit. Je réserve donc ma décision sur les primaires le temps d'en savoir plus de la part de chacun des candidats.



Votez pour la démondialisation ! de Arnaud Montebourg
chez Flammarion, ISBN n° 978-2-0812-6883-8

Accessoirement, je continue aussi de lire les petits recueils de discours de chez Points dont j'avais déjà parlé. Ce matin, donc, en plus du livret ci-dessus, j'ai pris deux discours sur les droits civiques des Noirs aux Etats-Unis, à savoir un discours de Malcolm X intitulé "Le Vote ou le Fusil" et un autre de John Fitzgerald Kennedy, antérieur, intitulé quant à lui "Nous formons un seul et même pays". Deux visions très différentes pour une même opinion sur la quête des doits civiques. Deux discours puissants, forts, viscéraux. Malcolm X se lance dans un combat définitif, JFK essaie de changer la loi mais aussi la mentalité du moindre de ses compatriotes.
Dans mon opinion, ces textes n'ont rien perdu et sont toujours aussi importants. Cette collection de discours chez Points ne m'a jamais déçu : on connaît tous une phrase célèbre de l'un ou l'autre discours, mais peu les ont lus en entier, alors que ça vaut vraiment le détour.



Le Pouvoir Noir, de Malcolm X et John Fitzgerald Kennedy
chez Points, ISBN n°978-2-7578-2200-5

mardi 7 juin 2011

Bouquins de plage : Worldwar ou la 2° GM avec des lézards. Si.

Je sais qu'aujourd'hui il fait moche et ça craint, mais je vous soupçonne d'aller à la plage dans un avenir proche, voire un proche avenir. Si si. Et comme vous vous demandiez quoi emmener avec vous sur le sable fin de plages lointaines, les pieds dans l'eau bleue cristalline, je vais vous recommander une petite (2000 pages à peine) série de livres pour occuper le temps que vous ne passerez pas à vous mettre de la crème solaire. Des fois, je suis trop généreux.



Vers le XIIè siècle après qu'on aie cloué un mec à une croix parce qu'il avait recommandé aux gens d'être gentils les uns envers les autres, une sonde extraterrestre fait le tour de la planète et ramène des clichés des habitants à ceux qui l'avaient lancée : des pécores, des soldats en armure et des types qui vivent dans des huttes. Les extraterrestres, fort de leur société millénaire rigide et calcifiée, dotés d'une technologie plutôt "fin du XXè siècle", décident alors d'envahir la terre en allant péter la gueule à ces pouilleux de terriens pour leur montrer qui est le maître. Avec leurs tanks et leurs missiles à guidage laser, ça devrait pas durer trois jours. Sauf que...



Sauf que le temps que la sonde revienne, que les extra-terrestres se décident et fassent enfin le voyage, ils débarquent sur la Terre en ... 1942. La conquête de la planète va pas être si facile que ça. Toutes les nations humaines sont en économie de guerre, industrialisées et possèdent bien plus d'expérience du combat réel que les E.T. élevés en cuve et formés sur des simulateurs.



C'est un peu con mais très très rigolo. L'histoire est racontée vue au travers d'une douzaine de protagonistes, humains ou non, haut placés ou non et qui parfois se croisent de manière étonnante. Les extra-terrestres n'arrivent pas à s'adapter à la vitesse d'évolution humaine et ont de ce fait de nombreuses surprises, et n'ont aucune notion de diplomatie. Ce qui fait qu'au final le conflit finit par s'équilibrer et tout cela donne lieu à des scènes assez cocasses.


Par contre, autant l'avouer, c'est assez mal écrit, certaines storylines sont pas super intéressantes et le troisième tome est clairement un "passe-plat". Mais cela reste fun et très lisible, et on peut pas dire qu'on se pète le neurone à le lire. On dirait le fantasme d'un meneur de jeu de rôles. La série se poursuit dans un deuxième cycle puis un dernier volume, mais je ne vous les recommande pas encore, ne les ayant pas lus. Je recommande uniquement le premier cycle, bien fun, bien barré et très très sympa.
Bon, ça n'a par contre guère d'intérêt au niveau politique, soyons honnêtes.


Worldwar series (In The Balance, Tilting The Balance, Upsetting The Balance et Striking The Balance) de Harry Turtledove
en anglais chez Del Rey
ISBN n° : 978-0345388520, 978-0345389985, 978-0345402400, 978-0345412089
NB : préférez les ouvrages US plutôt que UK. Les couvertures sont moches dans les deux cas, mais plus fun coté US...

Ailleurs :
C'est la faute à Alias. Par sa faute, j'ai fait 5 victimes ;)

lundi 20 décembre 2010

Le dernier bouquin de l'année

Pour cette fin d'année, un billet sur un livre un peu déprimant. Malcolm Beith est un pigiste qui a essayé d'approcher le plus célèbre des chefs de cartel en activité, à savoir Joaquin Guzman, dit "El Chapo", et il dresse dans ce livre l'historique de la montée en puissance des cartels mexicains, de leurs guerres internes, de la guerre avec les gouvernements mexicains et américains, et de l'effet général de tout cela sur la population.

Et cet historique est triste. Et violent. Triste parce que, au global, le combat semble sans issue et perdu d'avance. La quantité d'argent en jeu est si phénoménale que les cartels ont les moyens de s'offrir cent fois les hommes politiques et les politiciens dont ils ont besoin pour se protéger de la loi. Et si vient un type décidé à tenir son serment, il finira le corps criblé de balles ou découpé en morceaux après quelques maigres victoires : la guerre contre la drogue a fait des dizaines de milliers de morts au Mexique. Corruption à tous les étages, démission générale, population soutenant parfois les criminels, le tableau est d'une noirceur de charbon. Ce qui ressort le plus de tout cela, c'est le pouvoir de l'argent, et de sentir qu'avec des chèques assez gros et nombreux le même drame pourrait survenir dans n'importe quel pays.


En termes d'écriture, si le livre est intéressant et bien écrit, il reste aussi anecdotique, dans le sens où le contenu manque de chiffres et de traitement en profondeur. Ce qui le rend certes facile à lire, mais il aurait été intéressant d'avoir plus d'information sur les actions  gouvernementales mexicaines et américaines, qui ne sont traités, hélas, que d'une manière finalement légère donnant l'impression d'un poulet sans tête, qui court à l'aveuglette en attendant de s'effondrer. Or, malgré la corruption à grande échelle, la vision d'ensemble existe. D'ailleurs, certains acteurs envisageant des choses à grande échelle sont présentés, mais toujours via l'anecdote. C'est un peu dommage, donnant un aperçu des choses par petites touches concentriques plutôt qu'une grande fresque. Un autre petit reproche, c'est le sentiment d'une légère fascination de l'auteur pour Guzman, mais cela reste léger.

Un livre intéressant, aux informations récentes (début 2010) qui mérite d'être lu, mais qui mériterait d'être accompagné d'un ouvrage plus dense. En même temps, je réclame, je réclame, mais je suis pas sûr que j'aurais eu le courage de lire un ouvrage dense sur le même sujet, hihihi.

The Last Narco par Malcolm Beith (blog)
en anglais chez Penguin
ISBN n°9780141048390

mardi 1 juin 2010

Une histoire, 3 Adolfs

Au départ, je ne pensais pas en faire un billet, je l'avoue. Après tout, je l'avais achetée par curiosité, comme une simple bande dessinée "loisirs" ayant décidé de me concentrer ces temps-ci sur des lectures 'légères'. J'avise dans un rayon manga une jolie édition, et j'avais toujours souhaité découvrir cet auteur dont on m'avait souvent vanté le génie.
Léger ? Je ne m'étais jamais autant trompé de toute ma vie. Et je certifie : Osamu Tezuka est un génie de la BD. Son Histoire des 3 Adolfs en est la preuve. Quelle baffe, bon sang ! Ce n'est pas souvent qu'arrivé à la fin d'une BD j'ai un sentiment pesant d'une grande tristesse face à la souffrance des divers protagonistes de cette histoire, qui devient de plus en plus sombre au fur et à mesure qu'elle avance (en même temps que l'Histoire).

Revenons sur l'histoire. En 1936, à l'occasion des jeux olympiques de Berlin, un jeune reporter japonais, Sohei Togué, va récupérer de son frère des documents prouvant l'ascendance juive de Hitler. Son frère meurt à cause de ces documents, et Sohei jure de le venger en usant de ces documents. Les documents sont le McGuffin qui va créer toute l'histoire : plein de monde les recherchent, ils changent de main, disparaissent, réapparaissent, etc. A coté de Sohei, nous suivons aussi les aventures de deux gamins qui se jurent d'être amis pour la vie. Ce sont tous les deux des membres de la communauté allemande vivant à Kobé. Le premier s'appelle Adolf Kauffman et est germano-japonais. Son père l'inscrit, contre son gré, à l'Adolf Hitler Schule afin qu'il devienne un cadre du parti. Lui ne veut pas parce que son meilleur ami, Adolf Kamil, est un juif, le fils du boulanger.
Dans une histoire assez complexe, mortifiée par le déroulement de l'Histoire, les nombreux personnages de cette histoire vont se croiser, se recroiser, s'affronter, s'apprécier, vieillir, se marier, souffrir beaucoup.

On y voit comment Adolf Kauffman, un enfant idéaliste fort attachant, devient un monstre froid, fanatisé et aussi dément que son chancelier. Du point de vue du lecteur, on y découvre aussi un angle complètement ignoré par nous français de cette guerre, à savoir toute la partie Océan Pacifique et la manière dont ont été vécu les événements par la population japonaise, rarement traitée en cours d'Histoire. Au-delà de l'excellent scénario que Tezuka nous sers, au travers de personnages profonds, la partie historique est passionnante. En plus, ces ouvrages contiennent une partie "exégèse" où deux auteurs reviennent sur les éléments historiques abordés dans les livres.

Tezuka, malgré son trait simple, rond et gentil, évoquant un peu Tintin et Disney, nous sert une histoire d'une noirceur fuligineuse (j'ai pas souvent l'occasion de le placer, tiens, cuilà). A chacun des quatre volumes la vie des personnages descend un peu plus dans l'horreur, même s'ils ont droit à quelques moments de bonheur. De temps en temps, Tezuka introduit un gag ou deux afin d'alléger le propos, heureusement. Une fois fermé les livres, il m'a fallu faire une longue pause, pour absorber le choc que je venais de prendre.

Incroyable. Je confirme : Tezuka est un génie.
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L'Histoire des 3 Adolfs de Osamu Tezuka
4 volumes chez Tonkam
ISBN n°978-2759501380

mercredi 17 février 2010

Les coups tordus de Churchill

Si vous avez besoin d'un petit peu de détente entre deux études sur l'état de l'économie ou de la planète, je ne peux que recommander cet opuscule amusant sur Churchill. Son auteur, Bob Maloubier, 85 ans aux prunes, est un ancien espion qui a servi pour le SOE lors de la Seconde et visiblement fasciné par le personnage dont il fait une biographie à la fois sérieuse et romancée.


Les Coups Tordus de Churchill de Bob Maloubier
chez Calmann-Levy
ISBN : 978-2-702140-0-62

Le style d'écriture permet à ces 250 pages d'être rapidement dévorées, et le défaut que je trouverais au livre c'est de tomber dans le piège de la biographie : le personnage biographé est trop fort, trop grand, trop beau et il a tout fait. Sauf que dans le cas de Churchill, ce n'est pas tout à fait faux, vu à quel point il était au centre d'événements essentiels de l'histoire contemporaine.

Bref, le roman couvre la vie de Churchill, à travers le prisme de sa fondation et de son utilisation de l'appareil d'espionnage et de "deception" britannique. Des premiers coups fourrés réalisés par le bonhomme dans des guerres pour l'Empire Britannique à l'opération Fortitude, tout y passe, raconté sous la plume fascinée de l'auteur, qui a l'avantage d'avoir vécu en direct une partie des événements.

Une petite lecture qui repose et délasse en apprenant des choses sur l'homme, dont certains coups vraiment tordus. Par contre, le lecteur aura à coeur de pas se laisser emporter par l'enthousiasme de l'auteur : Churchill n'était pas tout blanc non plus (cf. Une Histoire Populaire De L'Empire Américain, tiens, d'ailleurs) et déjà entre les lignes transparaît l'aveu, parfois, que certaines opérations ont coûté très cher en vies humaines.

mardi 16 février 2010

Joe Sacco - Gaza 1956 : En Marge De L'Histoire

Joe Sacco n'est pas un inconnu. Enfin, pas tant que ça. Il s'agit d'un journaliste BD comme il en existe trop peu (Art Spiegelman, par exemple, en est un autre). Joe a déjà plusieurs livres à son actif, dont les très bon "Palestine" et "Gorazde" chez Rackham et a été récompensé. Ses traitements de l'actualité dramatique d'une manière "gonzo-sérieuse" sont particulièrement intéressant. Gonzo-sérieux est à prendre dans le sens où ses récits le mettent en scène, mais toujours dans le cadre d'un reportage sérieux sur un sujet qui ne l'est pas moins.



Gaza 1956 : En Marge De L'Histoire par Joe Sacco
chez Futuropolis, ISBN : 2754802525

Gaza 1956 : En Marge De L'Histoire est un ouvrage massif (300 pages, mazette), une bande dessinée et un reportage, un reportage dessiné. On y suit Joe Sacco qui part en reportage en Palestine afin d'obtenir des témoignages sur deux événements s'étant déroulé en novembre 1956 et n'ayant laissé pour trace que des notes de bas de page dans les livre d'histoire. Il s'agit de deux opérations israéliennes sur la population civile de deux camps de réfugiés qu'on pourrait qualifier, sans hésiter, de "ratonnades" scandaleuses : des soldats israéliens ont humilié/tabassé/massacré un grand nombre de civils dans les villes de Rafah et Khan Younis.

Au-delà du simple récit des événements, le traitement est particulièrement intéressant, parce que dans ses 300 pages, Joe raconte non seulement ce qui s'est passé, mais couvre aussi la difficulté d'obtenir des témoignages et d'en vérifier l'historicité par cohérence, l'histoire tragique du conflit, ainsi que le quotidien de la vie aujourd'hui à Gaza, sans oublier une intéressante critique du journalisme dans le cadre d'un conflit qui n'en finit plus de se dramatiser, dans une certaine différence. Ah : et le quotidien local est d'autant plus intéressant que pendant la période où il se trouvait à Rafah la coalition menée par les USA est entrée en guerre avec l'Irak.

De plus, Joe traite de tout cela sans le sur-dramatiser, et avec un dessin clair et agréable qui mérite qu'on prenne le temps de le savourer. Il permet de voir à quoi ressemblaient les lieux et comment ils ont changé, ainsi que les protagonistes, par les témoignages non seulement de ceux qui ont subi les événements, mais aussi du témoignage direct du second de Moshé Dayan, et des documents de l'ONU ou des archives israéliennes que Joe et ses collègues ont réussi à obtenir.

L'ouvrage est en plus un très bel objet.C'est à mettre dans sa BDthèque juste à coté de "Une Histoire Populaire De L'Empire Américain", l'adaptation BD du livre de Zinn.
Un extrait des planches est là : http://backstage.futuropolis.fr/debat/blog/joe-sacco-gaza-1956-en-marge-de-l-histoire-en-prepublication

Edit (26-04-2010) : Munin de Hugin et Munin vient d'en parler

jeudi 22 octobre 2009

L'insurrection venue de l'Empire Américain

En ce moment, j'ai la flemme, alors je continue sur ma lancée de petits livres. J'ai beaucoup entendu parler du livre du Comité Invisible, les mecs qui auraient comme loisir de balancer des plaques de béton sur les caténaires de TGV. Honnêtement, je doute qu'ils aient que ça à foutre, tout comme le bouc émissaire qu'on a collé gratos en tôle pendant un temps fou. Bref, j'ai acheté le dit opus afin de me faire une idée de quoi que l'on parle.


L'Insurrection qui vient, du Comité Invisible
aux éditions La Fabrique
ISBN : 2-913372-62-7

Cet ouvrage a été écrit par des gens énervés, des gens qui en ont marre. Un peu comme moi, mais 'achement plus énervés quand même. Marre de tout un tas de choses de notre société, comme la façon dont est organisée l'école, le travail, les relations humaines, etc. Il m'arrive de me reconnaître dans certains des coups de gueule qu'ils poussent mais aussi de trouver exagéré d'autres reproches faits (à l'école, notamment). En gros, le postulat de base est que les émeutes en banlieues de 2005 sont le signe que les jeunes ont en eux suffisamment de rage pour pouvoir, s'ils s'organisent, entamer une véritable insurrection qui changerait les choses.
Cependant, l'ouvrage, organisé en "cercles" définissant chacun un sujet, comme les cercles de l'Enfer de Dante définissent chacun un péché, n'en fais pas la démonstration. Chaque sujet abordé est démonté et, s'il commence de manière argumentée, finit à chaque fois sur la note bilieuse de quelqu'un qui en marre depuis longtemps. Par certains coté, il s'agit un peu d'un Unabomber Manifesto : des propositions acceptables entrelacées de propositions parfois démentes ou exagérées, en tout cas que je trouve en manque d'arguments.
La fin du livre, une fois les sujets passés en revus, invite les gens à se rencontrer et à agir ensemble. C'est honnêtement la partie de l'ouvrage qui m'a laissé froid, non sur l'idée de base, mais sur la manière de l'aborder.
Un ouvrage qui m'a laissé dubitatif, donc. On verra si l'insurrection vient.

Pour me délasser à coté de cela, je me suis pris l'adaptation en bande dessinée de l'ouvrage de Thomas Zinn, Une Histoire populaire des États Unis. Il faut savoir que je suis une phénoménale feignasse et que l'ouvrage originel m'étant tombé des mains y'a un moment (j'ai le degrés d'attention d'un poisson rouge, en fait), la version BD est tout à fait ce qu'il me faut.


Une Histoire populaire de l'Empire Américain de Thomas Zinn, Paul Buhle et Mike Konopacki
chez Vertige Graphic
ISBN : 2-849990-76-0

La BD prends les points essentiel de l'ouvrage de Zinn, qui part du postulat que l'histoire des États Unis est fondée sur une politique impérialiste, et s'attache à démontrer ce postulat à travers de nombreux exemples historiques. J'ai eu d'un ami historien la remarque que cet ouvrage (le livre, pas la BD) était très bien à condition de ne pas trop s'attacher à la réalité historique que Zinn malmènerait. Hélas, ce commentaire laconique ne s'était pas accompagné d'une description précise des points reprochés afin que je puisse me faire une opinion. Dont acte.
De mon point de vue, cette lecture a été édifiante, mettant en lumière énormément de choses que je ne connaissais pas de l'histoire de cette fédération, principalement tout ce qui est antérieur à la chute du mur de Berlin et/ou qui reste intérieur, à commencer par les luttes syndicales de la fin du XIXè et du début du XXè siècles. On sent l'influence de Chomsky sur la manière d'aborder les événements que Zinn a, et nombre d'événements restés dans l'ombre amènent une lumière particulière sur l'histoire aujourd'hui (je pense au bras de fer USA-Iran actuel).
Bref, j'ai appris plein de choses intéressantes, et je trouve la démonstration assez bien menée. Au niveau BD, le dessin est correct sans plus, lisible et suffisamment sobre pour mettre en exergue le propos. Je ne sais pas si les choix par rapport à l'ouvrage d'origine ont été bons ou non, mais cela m'a donné envie de me remettre à le lire (hop, retour sur la pile "A Lire"), donc il est possible que j'en reparle.

Sur ce, j'ai Rêves de Fer (Spinrad) à finir.