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jeudi 28 février 2013

Jours de désespoir, jours de colère

Ca faisait très longtemps que je n'avais pas lu un livre me mettant autant mal à l'aise, mis à part La Servante Ecarlate, que je n'ai pas encore fini (pour cette raison, d'ailleurs) et dont je reparlerai. A la différence de ce dernier, cependant, le livre de Chris Hedges et Joe Sacco n'est pas une fiction. Il n'a rien d'une fiction. Et il est terrifiant. A coté de ce livre, Soleil Vert vous propulse dans un futur assez joyeux et enthousiaste.

Jours de destruction, jours de révolte est une série de 5 reportages faits par Chris Hedges et Joe Sacco. L'essentiel de la rédaction est accomplie par le premier, quand le second narre sous forme de BD quelques uns des témoignages ou illustre le texte. Ne vous y trompez pas : les illustrations et la forme dessinée sont tout autant terribles. Les quatre premiers reportages nous font visiter quatre lieux des Etats-Unis d'Amérique, quatre catastrophes humaines et/ou environnementales, quatre drames du rêve capitaliste. Tous ne sont pas dénués d'espoir mais on voit bien qu'il est difficile d'espérer contre un système omnidestructeur.


Premier arrêt, Pine Ridge, SD où plusieurs peuples ont été volés, spoliés et massacrés pour, enfin, être désormais laissés pour compte et abandonnés à crever comme des chiens sur le bord d'une autoroute estivale, dans un mélange de pauvreté et de désespoir, mâtiné de violence, de prostitution et de drogue. Ces derniers maux sont une constante sur un terreau aussi fertile pour eux.

Second arrêt, Camden, NJ. Une des villes les plus pauvres des USA, alors qu'elle fut très riche. Là aussi, avec ses ressources phagocytées par les élites mauvaises, les opérations de sauvetage n'ont fait au final qu'engraisser les destructeurs de la ville. Pauvreté, pillage, prostitution, drogue... Et l'avenir ne s'annonce guère radieux.

Troisième arrêt, Welch, WV, où les compagnies minières de charbonnage font carrément exploser les montagnes pour récolter le chabon à ciel ouvert. Les destruction sont visibles sur Google Maps si vous cherchez, tellement le paysage est ravagé mais les images satellites ne montrent pas toutes les boues toxiques, les poussières cancérigènes et toutes les saloperies qui pourrissent la vie des locaux, pris à la gorge entre des compagnies toutes puissantes et des élus achetés via les dons aux campagnes électorales.

Quatrième arrêt, peut être le pire mais aussi celui qui est étrangement porteur d'une lueur d'espoir, Immokalee, FL. Ici, ce sont les immigrés clandestins qui vivent dans des conditions difficile à différencier du pur et simple esclavage. Dénués de droits faute de papier, ils sont emportés dans un système qui les enferme dans la misère, l'exploitation. Ils gagnent un salaire, mais celui-ci est rongés par les marchands de sommeils et tous les vautours autour, les maintenant dans la pauvreté, prolongeant la durée de vie du système. Une horreur inhumaine et sans nom. Il me semble d'ailleurs que l'esclavagisme était listé comme crime contre l'Humanité. Alors d'accord, ils sont payés, mais c'est un nuage de poudre aux yeux. La lueur d'espoir ? Ils ont commencé à s'organiser et à faire des actions coup de poing qui leur ont permis de ne pas voir leur salaires encore baisser...

Cinquième arrêt, New York, NY. Les auteurs rejoignent le mouvement Occuppy Wall Street, porteuse d'espoir et de révolte. On sait malheureusement ce qui est advenu à cette vague d'espoir, et l'enthousiasme des auteurs en 2011 n'est pas partagé par le lecteur de 2013.

Un livre qui m'a mis dans une rogne noire.
Jours de destruction, jours de révolte de Chris Hedges et Joe Sacco
ISBN n°2754808760 chez Futuropolis

vendredi 18 janvier 2013

La norme ne saurait être que sociale, morale ou religieuse

En ce moment, l'hiver est chaud. Du moins quand on regarde la mobilisation de certains contre une basique égalité sociale qui n'a guère fait de remous dans les pays où elle est déjà implémentée depuis longtemps. D'ailleurs, quand on y pense, la mobilisation fut assez faible en regard des énormes moyens déployés. Comme on est obligés de rester au chaud quand l'obscurantisme, la peur de l'autre, la terreur de la différence ou la simple bêtise expriment passionnément leur étroitesse à l'extérieur, on a besoin de bons ouvrages. Il y a quelques temps, un ami - que j'en profite pour remercier - m'a parlé d'un intriguant ouvrage sur la sexualité dans la nature, et il en a finalement longuement causé sur le blog des corbaques.

Quand on nous rabâche que n'est naturel que la relation un homme plus une femme, sans aucune preuve scientifique autre que la norme sociale calcifiée habituelle, on oublie vite qu'il n'y a en fait aucune norme biologique sur le sujet. La nature est remplie de contre exemples. Il faut d'ailleurs souvent pas chercher bien loin, mais l'occultation des contre exemples et l'ignorance des règles de logique formelle sont souvent un vieux dada. Ici, donc, dans ce livre, Gwenn Seemel, artiste franco-étatsunienne nous livre une série de peintures animalières superbes. Le choix des animaux n'est aucunement anodin. De l'ours brun à la mouette en passant par la hyène ou la girafe, chacun de ces animaux se comportent différemment de la théorie fantasmée des manifestants bleublancroses sur un papa + une maman (+ un crayon + une gomme, c'est le "Mariage pour trousse" nous twitta quelqu'un).

Qu'apprends-t-on dedans ? Hé bien que ce que nous tenons pour "naturel", quoi que cela entende, n'est nullement une norme biologique absolue. Toutes les configurations imaginées et imaginables existent dans la nature. De nombreuses espèces forment des couples homosexuels, sur la durée ou pour de simple relations temporaires, par jeu ou pour élever des enfants. Dans de nombreuses espèces, c'est la femelle qui domine, qui chasse, qui gère. Dans d'autres, c'est le mâle qui se pomponne et se fait beau. Encore d'autres où les petits sont élevés par les mâles, ou par des couples homosexuels. Encore, enfin, où les mâles donnent naissance, où les femelles abandonnent la garde des petits aux mâles etc. Quoique vous puissiez imaginer sur la structure d'un couple ou la sexualité existe quelque part dans la nature.

Au final, quelle que soit ce qui constitue pour vous la "normalité" d'une relation familiale ou sexuelle, ce n'est qu'une norme subjective, sur une base culturelle, sociale, morale ou religieuse, mais nullement une vérité biologique, scientifique, absolue.

Les illustrations sont des peintures superbes, qui reprennent souvent un élément évoqué pour l'animal concerné. c'est très très beau, dans une acrylique colorée pointilliste que je trouve finement maîtrisée. Il y a un je-ne-sais-quoi de géométrique dans les "points" que je trouve très beau, au-delà du feu d'artifice des couleurs. Il est difficile pour l'illustration d'enrichir le texte mais au final avoir une jolie image des animaux concernés suffit à nous rappeler, à tout instant, que la nature est superbe, entre autres dans sa variété.

Le Crime Contre Nature de Gwenn Seemel
Fichier .pdf en français vendu contre simple don ou alors livre en anglais.

L'avis de Benoît Felten

jeudi 23 juin 2011

Montebourg et la démondialisation ainsi que les droits civiques aux US

Allez, hop, retour aux opuscules politiques. Comme d'habitude, les journaleux évoquent les primaires socialistes sur l'air toujours répété de "regardez comment qu'ils sont divisés que c'est pas comme ça à droite" (parce que le métier actuel de nombre de pisse-copies est de vendre du cliché à leurs lecteurs et ça me rappelle qu'il faut que je retrouve l'étude qui racontait que lire une opinion similaire à la sienne propre donnait un gros susucre au cerveau, ceci expliquant alors cela). Les gonzes sont tout aussi divisés à droite, sauf qu'on évite de trop le souligner à longueur de page. Pourtant, Borloo, Galouzeau et Sarko, vu leur positions personnelles envisagées pour 2012, on pourrait penser qu'il y a quelque dissension. Non ?

Passons, ce n'est pas le sujet.

Ce matin, alors que je trainaillais dans une librairie absolument quelconque, je suis tombé sur le petit opus d'Arnaud Montebourg, qui présente globalement ses idées de pour quand il serait président. Donc sa plateforme pour les primaires. Je ne connaissais pas en détail ses positions et mon seul contact avec lui c'est de l'avoir aperçu de loin sur le quai d'une gare récemment (pis j'ai pas la télé). L'ouvrage lu d'une traite de RER/Tramway/Métro, je connais mieux son positionnement et il me plaît globalement. Mais j'attends de lire les autres plateformes avant de me décider. Parce que oui, j'irai voter à la primaire : quand on me donne le droit de vote, j'ai tendance à m'en servir.

Le bouquin de M. Montebourg est très bref. Il commence par évoquer des cas, dans le monde entier, de travailleurs exploités, maltraités, abusés. Je me reconnais d'ailleurs dans un des cas évoqués, tout comme chacun d'entre vous (je doute avoir des lecteurs dans la tranche des 1% les plus riche de France). A partir de là, il établit que la mondialisation est la cause du problème. Ensuite, il suggère des solutions pour lutter, principalement la démondialisation sous la forme d'un "protectionnisme vert" à l'échelle de l'Europe. Je dois avouer que ce keynesianisme proposé n'est pas sans me rappeler une proposition de M. Frédéric Lordon.

Honnêtement, l'effet bonbon sucré pour le cerveau que j'évoquais plus haut est présent, mais justement, je reste méfiant même si son pamphlet (parce que ça en a la forme) va dans mon sens. J'aurais aimé plus de sources sur plusieurs sujets. Ce n'est pas parce que c'est en accord avec mes opinions que je n'ai pas de doutes : j'ai donc vérifié l'existence, entre autres, des "one euro job" en Allemagne et découvert une réalité effarante sur le soi-disant "modèle allemand", qui n'est guère qu'un modèle pour le patronat. (Je lie ici du Rue89, mais les sources sont variées et se recoupent.)

Au final, malgré un livre un peu lourd sur la forme vers le milieu, son programme est intéressant, mais il reste très vague sur l'implémentation. Comment veut il réaliser son protectionnisme vert, qui consiste à établir des taxes douanières sur la base du respect de l'environnement, ce qui permet de faire la nique à l'OMC. Il est vrai que l'Europe est la seule grande puissance à n'appliquer quasiment aucun protectionnisme là où les autres ne s'en privent pas. Je suis d'accord, mais comment convaincre l'Allemagne, puisque c'est le couple Franco-Allemand qui mène régulièrement la barque bleue étoilée de jaune ? J'aurais aussi apprécié connaître ses positions sur de nombreux autres sujets car, même s'il est vrai qu'il y a beau temps que l'économie a pris le pas sur le politique, je suis toujours curieux de connaître la position d'un candidat sur ACTA, sur l'immigration, la santé, l'intérieur, la justice, etc. Alors c'est sûr que cela aurait demandé un livre plus gros, plus cher (l'opus est à 2€) et écrit plus petit. Je réserve donc ma décision sur les primaires le temps d'en savoir plus de la part de chacun des candidats.



Votez pour la démondialisation ! de Arnaud Montebourg
chez Flammarion, ISBN n° 978-2-0812-6883-8

Accessoirement, je continue aussi de lire les petits recueils de discours de chez Points dont j'avais déjà parlé. Ce matin, donc, en plus du livret ci-dessus, j'ai pris deux discours sur les droits civiques des Noirs aux Etats-Unis, à savoir un discours de Malcolm X intitulé "Le Vote ou le Fusil" et un autre de John Fitzgerald Kennedy, antérieur, intitulé quant à lui "Nous formons un seul et même pays". Deux visions très différentes pour une même opinion sur la quête des doits civiques. Deux discours puissants, forts, viscéraux. Malcolm X se lance dans un combat définitif, JFK essaie de changer la loi mais aussi la mentalité du moindre de ses compatriotes.
Dans mon opinion, ces textes n'ont rien perdu et sont toujours aussi importants. Cette collection de discours chez Points ne m'a jamais déçu : on connaît tous une phrase célèbre de l'un ou l'autre discours, mais peu les ont lus en entier, alors que ça vaut vraiment le détour.



Le Pouvoir Noir, de Malcolm X et John Fitzgerald Kennedy
chez Points, ISBN n°978-2-7578-2200-5

jeudi 6 mai 2010

OGM : je pétitionne "Non"

Message de "OGM Je Dis Non

Un amendement parlementaire à la loi Grenelle 2 propose:
« La mise en culture, la récolte, le stockage, et le transport de végétaux génétiquement modifiés est interdite. »
Cet amendement des députés François de Rugy, Yves Cochet et Noël Mamère (Verts) devrait être discuté jeudi 6 ou vendredi 7 mai.
La pétition lancée par L'Ecologiste et l'association OGM Dangers a déjà recueilli 77 000 signatures pour l'interdiction des OGM. N'hésitez pas à la signer et à la faire signer, afin de montrer aux parlementaires le fort soutien de la population à cette mesure.
C'est la première fois que l'interdiction des OGM est proposée au vote des parlementaires.
Pour soutenir cette initiative, vous pouvez signer en ligne : www.ogm-jedisnon.org 

Solution locales pour désordre global cinématographique

Profitant d'une belle soirée bien froide de mai, je me suis réfugié dans la salle obscure et chaude des Sept Parnassiens pour y mater le documentaire de Coline Serreau.



Au cours de plusieurs voyages dans le monde agricole (France, Inde, Brésil, Afrique, Ukraine), Coline Serreau va interviewer de nombreux acteurs de l'agriculture bio/alternative, dont des membres du MST et le président de Kokopelli. On y découvre que les promoteurs de cette agriculture ne se contentent pas de geindre contre le vil suppôt capitaliste (comme les médias qui mentent le répètent inlassablement) mais, bien au contraire, proposent une véritable alternative qui fonctionne et donne de vrais résultats (en terme de production mais aussi d'emploi et d'environnement). Le sujet est passionnant et les intervenants excellents ; je pense particulièrement au couple d'ingénieurs en agronomie/microbiologie du sol.
Ce tour du monde présente donc des méthodes qui marchent provenant de gens qui obtiennent des résultats, seuls face à l'énorme machine industrielle qui passe leur temps à leur mettre des bâtons dans les roues. Saviez-vous qu'en France il est interdit même de _donner_ des semences qui ne soient pas dans un catalogue précis de semences autorisées dont le contenu est extrêmement inquiétant ? Je ne le savais pas non plus.

Bon, maintenant que j'ai dit tout le bien que je pensais du fond de ce film, passons à la forme. Là, par contre, c'est une catastrophe, malheureusement, qui nuit gravement au message, à sa diffusion et son acceptation. La caméra est très mal tenue. Je veux pas faire un catalogue exhaustif cruel et me contenterai des plus dérangeantes : image floue, effets de zoom malheureux, cadrage approximatif, montage hoquetant, caméra à l'épaule malheureuse, antagonisation du spectateur au début du film... La forme nuit vraiment au fond et c'est vraiment, vraiment, vraiment dommage.

Ça me fait de la peine de devoir en dire du mal... Car c'est un film à voir, pourtant, mais pour son contenu, en espérant qu'en sorte un livre...

mercredi 29 avril 2009

O Grande Malédiction d'Ouverture du Génie Modificateur...

Oui, c'est assez grandiloquent, mais une lecture récente, qui m'a prise un temps certain étant donné la densité du contenu, a fortement modifié mes perceptions environnementales sur un sujet que j'avais délaissé dans mon champ de détection des saloperies diverses qui nous menacent, à savoir les Organismes Génétiquement Modifiés. Il n'y a pas si longtemps, par méconnaissance du sujet, je pensais benoîtement que cette innovation technologique avait été testé dans tous les sens au sujet de son innocuité et que les instances qui nous protègent avaient fait leur boulot.

J'ai donc lu "Le Monde Selon Monsanto" en m'attendant à n'apprendre des choses que sur les vieilles saletés (Pyralène, Dioxine, etc.), sur un ton pamphlétaire.

Quelle erreur ! Et quelle claque !

Le livre est d'abord très froid. S'il y a bien parfois une phrase due à l'émotion de l'auteur, marquée par les faits qu'elle relate, il s'agit bien d'un compte rendu froid et factuel de tout ce qu'elle a pu découvrir en plusieurs années d'enquête. Et il faut bien dire que ce livre ne m'a pas laissé indifférent. J'étais tour à tour choqué, effondré, énervé, attristé, enragé par ce qui m'était froidement décrit. Le portrait dressé est effrayant. Le livre fermé, j'étais convaincu, et je me considère désormais comme anti-OGM. Il ne peut en être autrement : les faits sont là, clairs et définitifs ; on nous vend comme nourriture un poison enrobé de mensonges éhontés.

Le Monde Selon Monsanto
De la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien
par Marie-Monique Robin
aux éditions La Découverte/Arte
grand format - ISBN n°9-782-84734-466-0
en poche - ISBN n°9-782-70715-703-4

Pour ce que contient le livre, il s'agit globalement de l'histoire de l'entreprise vu par la lentille de tous les scandales qui l'ont entourée, année après année, avec des témoignages, des documents, des chiffres et des résultats. Il n'y a pas d'échappatoire, tout est décortiqué, établi, avec des sources tracées.

Le documentaire vidéo résume le livre mais le portrait est forcément moins détaillé et moins effrayant. Le livre est une somme dense et fournie, définitive. A tel point que j'en ai assez mal dormi par moments. Toutefois, si le livre vous décourage par sa taille et sa densité, jetez-vous sur le film, qui vous fournira une bonne base, un bon échantillon de la réalité sous-jacente.

Utilité au lecteur (de quelque bord que ce soit) :
  • Une vision des mensonges et dangers entourant les OGM ou ayant entouré toutes les horreurs qui les ont précédées (Pyralène, Dioxine, Désherbants, Agent Orange etc)
  • La démonstration effective d'un fonctionnement corpocrate : méthode, établissement, risques
  • Les dangers effrayants des OGM, qui ne se résument pas à la santé, mais aussi aux risques environnementaux et économiques qui les entourent (oui, il est parfaitement logique d'être de droite et anti-OGM)
  • Une lecture essentielle (j'en suis encore choqué aujourd'hui)

dimanche 18 janvier 2009

Le Manifeste de Unabomber

Je ne peux pas parler seulement de textes et d'ouvrages m'ayant plu. Je lis aussi des textes qui me déplaisent et ce sur une base hélas trop régulière. Ici, il s'agit d'un texte célèbre aux Etats-Unis quand il a connu son heure de gloire, mais relativement oublié aujourd'hui.

Son auteur s'appelle Theodore Kaczynski Ph. D. , mais il est plus connu sous le nom de Unabomber : ce type, professeur de math en université, a un jour craqué et commencé à laisser traîner des bombes sur les parkings d'aéroports et d'universités (UNinversity Airport bomber). Un total de 16 bombes pour 3 morts et une vingtaine de blessés. Une personne peu recommendable. Le FBI l'attrappa, après 17 ans de méfaits, lorsque son frère découvrit par hasard que Ted était Unabomber.

Ce type est dangereux et malsain, ne faites pas comme lui et ce blog ne soutient absolument aucune de ses actions qui sont démentes et criminelles, ainsi que condamnables. Cet avertissement était nécessaire, merci.

Tant qu'il était en cavale, il a utilisé la terreur pour faire publier un texte de 35 000 mots dans deux journaux américains : le Washington Post et le New York Times en 1995.

Industrial Society And Its Future (De la société industrielle et de son futur)
par Théodore "Unabomber" Kaczynski
En français : http://lanredec.free.fr/polis/UnabomberManifesto_tr.html
En anglais : http://en.wikisource.org/wiki/Industrial_Society_and_Its_Future

Ce texte relativement décousu est un manifeste néo-luddite voire anarcho-primitiviste. Les tenants du néo-luddisme soutiennent que les avancées technologiques sont désormais mauvaise pour la condition humaine. La date de l'inversion de la notion de progrès change en fonction du néo-luddite. L'anarcho-primitivisme est une attitude différente du néo-luddisme en cela que les anarcho-primitiviste pensent que la notion de civilisation est indissociable des notions d'aliénation de la personne que rejettent les anarchistes et prône donc le retour à une attitude primitive. Il s'agit d'une branche "dure" de l'anarchisme. Ayant ici déjà parlé des diverses formes de l'anarchisme, il y manquait cette variante-là (il en manque d'autres).

Le manifeste de Unabomber considère donc et déploie un argumentaire à l'encontre de la société industrielle, en lui proposant un futur apocalyptique d'aliénation de l'homme. Si le sujet et la conclusion peuvent être étudié, la construction argumentaire utilisée par l'auteur est fortement discutable. Le texte s'ouvre même sur la pétition de principe déclarant que la révolution industrielle avait été un désastre pour la race humaine.

Pour résumer, l'idée est que l'avancée technologique aura des conséquences non prévues pour les humains et que la sphère des libertés individuelles réduira comme peau de chagrin. Il en tire la conclusion qu'il ne faut pas perdre de temps et mettre fin à tout cela avant que les événements menant à l'avènement de Skynet (Terminator) ou de la Matrice (Matrix) n'aient lieu. Je caricature, mais seulement de manière très légère.

Si de grandes parties du texte relèvent, pour moi, du délirant ou du malsain, le fait est qu'à l'heure actuelle de nombreuses technologies se développent qui pourraient mettre en danger les libertés individuelles : drones de police, puces RFID, etc.

De mon point de vue, ce texte n'est intéressant que du fait de ses conditions de publication et de son auteur. On trouvera la même réflexion, mieux argumentée et moins délirante chez de nombreux autres auteurs, qu'il s'agisse d'études ou de science fiction : Fight Club, Le Meilleur des mondes, Matrix, etc. Ca ne manque pas. Autant faire l'impasse sur le manifeste, dont les quelques éléments intéressants sont repris de meilleure manière ailleurs, voir à ce sujet l'article de Wired.

De Kaczynski, on pourra toujours se pencher sur

Ship of Fools (La Nef des fous)
En anglais : http://www.sacredfools.org/CrimeScene/CaseFiles/S2/ShipOfFoolsStory.htm
En français : Nef des fous
En pièce de théatre : http://www.sacredfools.org/CrimeScene/CaseFiles/S2/ShipOfFools.htm
etc.

Il s'agit d'une fable racontant l'histoire d'un navire se dirigeant vers un désastre assuré. On s'en rend compte, mais l'équipage est tellement focalisé sur ses petits besoins immédiats que le capitaine détourne leur attention du grand malheur à venir en leur accordant leurs petits besoins mesquins.