Hm.
Ça remet en perspective certains discours...
Fiches de lectures de divers livres, d'une utilité discutable mais néanmoins présente, à l'usage du lecteur de gauche.
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jeudi 20 février 2014
Economix
Mike Goodwin, l'auteur de l'excellent Economix vient expliquer un peu ce qui se cache derrière les traités commerciaux (le TPP mais en fait... tous).
Une EXCELLENTE lecture (en anglais).
Et puis celui sur la sécurité sociale.
Une EXCELLENTE lecture (en anglais).
Et puis celui sur la sécurité sociale.
lundi 13 mai 2013
Le travail n'est pas l'avenir
Je suis entrain de finir le célèbre texte de Paul Lafargue, le Droit à la Paresse, qu'il a écrit emprisonné à Ste Pélagie en 1833.
Dans son pamphlet, Lafargue réfute la conquête du droit au travail des ouvriers au XIXè siècle. Étant donné la nature du texte, nombre d'arguments sont éminemment discutables, cherchant le choc du slogan plus que la finesse du raisonnement. Malgré les oripeaux agressifs et les logiques parfois spécieuses, il a raison sur un point : en quoi travailler et devenir esclave salarié est-il une victoire ? Faire bénéficier un autre des fruits du travail commun pour un salaire de misère, 15 heures par jour, femmes et enfants compris, serait donc une victoire ? Belle victoire que voilà, sachant que la boucle génère plus de misère à chaque itération et donc la nécessité de "plus de victoire encore" (entendez : travailler plus pour gagner moins).
De nos jours, la question mérite encore plus d'être posée, plus encore si on veut envisager l'avenir car il faut voir les choses en face : le travail, c'est le passé. Dans une merveilleuse société qui fonce en courant vers le Progrès technologique, on remplace de plus en plus "les cons par des machines" (je cite La Survie de l'Espèce). Y'a qu'à voir les caisses automatiques des supermarchés, le "Roomba" ou les robots que les japonais adorent produire. Ou alors, matez Matrix pour une version exagérément apocalyptique... Et comme la technologie s'améliore, le seuil où on n'a plus besoin de vous augmente chaque année. Donc on a une civilisation qui est vouée à créer de plus en plus de chômage puisque, simplement, quand on exporte pas le travail ailleurs, on l'automatise. Et l'exportation, ce n'est que la solution temporaire, au contraire de l'automatisation : profitez en pour vous pencher sur la notion de Singularité Technologique et surtout de ce qui la précède. Si notre civilisation a pour simple vecteur principal de générer de plus en plus de chômeurs par simple suppression de toute forme d'emploi, jusqu'à quand va t on se faire chier avec une économie dont le pivot de base, datant (c'est si moderne) du XVIIIè siècle, est le travail ?
On a une sorte de religion sociétale du travail. Il faut travailler. On vous forme dès l'école vers le travail. Quand vous serez grand, vous travaillerez. Jusqu'à ce qu'on vous mette au rebu... pardon, à la retraite. Ne serait il pas nécessaire d'entamer un changement de paradigme avant d'en crever ?
Pour tous les délires de posture que nos gouvernants font afin de ne pas faire sursauter la ménagère de moins de 50 ans devant son écran à propos du travail et de la réduction du chômage, les aides de toutes sortes ont augmenté, sous la totalité des gouvernements (oui, même celui de Koko). L'article de Mme Chollet dans le dernier Monde Diplomatique (mai 2013) est donc éclairant : même nos gouvernants ont inconsciemment le sentiment que le travail et la rémunération sont à décorréler. On a pas le choix : faudra bien vivre dans un monde dénué de travail. Le 22è siècle sera celui du chômedu ou ne sera pas.
Paul Lafargue : Le Droit à la Paresse - Réfutation du droit au travail de 1848
aux édition ALLIA, ISBN n°2-84485-020-0
Texte complet ici.
Dans son pamphlet, Lafargue réfute la conquête du droit au travail des ouvriers au XIXè siècle. Étant donné la nature du texte, nombre d'arguments sont éminemment discutables, cherchant le choc du slogan plus que la finesse du raisonnement. Malgré les oripeaux agressifs et les logiques parfois spécieuses, il a raison sur un point : en quoi travailler et devenir esclave salarié est-il une victoire ? Faire bénéficier un autre des fruits du travail commun pour un salaire de misère, 15 heures par jour, femmes et enfants compris, serait donc une victoire ? Belle victoire que voilà, sachant que la boucle génère plus de misère à chaque itération et donc la nécessité de "plus de victoire encore" (entendez : travailler plus pour gagner moins).
De nos jours, la question mérite encore plus d'être posée, plus encore si on veut envisager l'avenir car il faut voir les choses en face : le travail, c'est le passé. Dans une merveilleuse société qui fonce en courant vers le Progrès technologique, on remplace de plus en plus "les cons par des machines" (je cite La Survie de l'Espèce). Y'a qu'à voir les caisses automatiques des supermarchés, le "Roomba" ou les robots que les japonais adorent produire. Ou alors, matez Matrix pour une version exagérément apocalyptique... Et comme la technologie s'améliore, le seuil où on n'a plus besoin de vous augmente chaque année. Donc on a une civilisation qui est vouée à créer de plus en plus de chômage puisque, simplement, quand on exporte pas le travail ailleurs, on l'automatise. Et l'exportation, ce n'est que la solution temporaire, au contraire de l'automatisation : profitez en pour vous pencher sur la notion de Singularité Technologique et surtout de ce qui la précède. Si notre civilisation a pour simple vecteur principal de générer de plus en plus de chômeurs par simple suppression de toute forme d'emploi, jusqu'à quand va t on se faire chier avec une économie dont le pivot de base, datant (c'est si moderne) du XVIIIè siècle, est le travail ?
On a une sorte de religion sociétale du travail. Il faut travailler. On vous forme dès l'école vers le travail. Quand vous serez grand, vous travaillerez. Jusqu'à ce qu'on vous mette au rebu... pardon, à la retraite. Ne serait il pas nécessaire d'entamer un changement de paradigme avant d'en crever ?
Pour tous les délires de posture que nos gouvernants font afin de ne pas faire sursauter la ménagère de moins de 50 ans devant son écran à propos du travail et de la réduction du chômage, les aides de toutes sortes ont augmenté, sous la totalité des gouvernements (oui, même celui de Koko). L'article de Mme Chollet dans le dernier Monde Diplomatique (mai 2013) est donc éclairant : même nos gouvernants ont inconsciemment le sentiment que le travail et la rémunération sont à décorréler. On a pas le choix : faudra bien vivre dans un monde dénué de travail. Le 22è siècle sera celui du chômedu ou ne sera pas.
Paul Lafargue : Le Droit à la Paresse - Réfutation du droit au travail de 1848
aux édition ALLIA, ISBN n°2-84485-020-0
Texte complet ici.
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jeudi 7 mars 2013
Ce n'est pas parce qu'on n'en parle plus dans les médias
... que ça va mieux en Grèce. Avec notre société qui fait ressembler un poisson rouge à un champion olympique de Memory et de Mastermind, on oublie souvent que les drames, les crises et les malheurs qui font le beurre dans les épinards médiatiques continuent bien longtemps après le départ des caméras. Vous l'aviez oublié, mais pendant que l'essentiel des médias français se concentrent sur la sortie incroyablement arrogrante et suffisante de l'ex-président, des enfants meurent encore de fin en Afrique, la misère est toujours là à Haiti, Fukushima est toujours aussi radioactive et la Grèce est toujours autant dans la merde. Au final, c'est sur nous que ça me fait me poser des questions : on se lasse de se faire répéter que ça va mal, on réclame qu'un malheur chasse l'autre afin de nous divertir avant l'essentiel nouvel épisode de série télé. Récemment, une crise électrique a coupé l'électricité de plusieurs villes de banlieue. Pendant que le CHU du coin se demandait comment il allait faire survivre ses patients, que s'est il passé ? Des trouzaines de crétins se sont précipités sur Twitter pour préciser que rater l'épisode d'une série débile était le plus grand malheur de leur vie récente.
Je me rappelle il y a quelques années quand une coupure électrique avait mené à un boum démographique. heureusement, aujourd'hui, on a des smartphone et twitter pour ne pas parler à l'autre. Et bientôt les télés permettant de regarder deux programmes séparément pour au moins n'avoir rien non plus à se dire après le film.Ouf.
Bon, j'arrête là mon acrimonie, elle me fatigue moi-même. Je crois que je suis un peu las. Je vais donc revenir à l'objet initial et parler théâtre.
Dans Vive La Crise, une pièce d'Alexandre Kollatos, une jeune troupe d'acteurs particulièrement dynamique nous raconte, sous la forme de tableaux, la mise à mort économique de la Grèce par les marchés financiers et les drames qui s'en sont ensuivi. Par petites touches, parfois dramatiques, parfois humoristiques, on nous conte avec une incroyable énergie l'enfoncement de la Grèce dans la misère et les délires "austéritaires" réclamés par tous (et dont un des chefs économistes du FMI a écrit, récemment, qu'en fait c'était peut être un remède pire que le mal - sans déc ?).
La pièce commence par des leaders dans un asile psychiatrique, caricatures de l'image projetée par les médias dans l'inconscient collectif. Une grèce complètement infantile, une allemagne à la Merkel autoritaire avec des relents bruns, une France faite d'un Sarko égocentrique tout en tics, une italie d'un Berlu obsédé sexuel, un FMI cupide, etc. Le tableau suivant explique plusieurs choses, tranquillou, aux touristes de la Grèce que nous sommes : un peu de société, d'histoire, le Routard à la main. Ce n'est qu'après que la pièce commence.
Les malheurs commencent. L'économie s'effondre. Papandréou, en premier de la classe ultrabrite fait passer des mesures de pire en pire. Les gens commencent à s'en aller. Pauvreté, misère, émeutes, suicides... Jusqu'à la mise à mort politique du premier ministre grec à Cannes. Et pas vraiment de sortie. Si les médias sont partis, les problèmes sont, eux, toujours là.
C'était vraiment une chouette pièce de théâtre, avec des acteurs très dynamiques (mention spéciale à l'acteur qui joue Papandréou), bien menée. La mise en scène est pleine d'idées originales. Dans un si petit espace avec autant de comédiens, l'action aurait pu devenir inintelligible mais non, l'attention est toujours concentrée au bon endroit par le jeu d'acteurs, la mise en scène, les lumières ou le texte.
Ma seule critique serait qu'il s'agit d'un réquisitoire, complètement à charge, qui nécessite l'équilibrage d'autres sources d'information. Cependant, cela fait du bien de se remettre toute cette litanie de la récession et du malheur en tête, car (cf. billet sur La Survie de l'Espèce) on est pas prêts de changer de mode de fonctionnement et c'est un peu ce qui nous attend tous.
Vive La Crise, une pièce d'Alexandre Kollatos à la Comédie St Michel jusqu'au 30 mai 2013.
Je me rappelle il y a quelques années quand une coupure électrique avait mené à un boum démographique. heureusement, aujourd'hui, on a des smartphone et twitter pour ne pas parler à l'autre. Et bientôt les télés permettant de regarder deux programmes séparément pour au moins n'avoir rien non plus à se dire après le film.Ouf.
Bon, j'arrête là mon acrimonie, elle me fatigue moi-même. Je crois que je suis un peu las. Je vais donc revenir à l'objet initial et parler théâtre.
Dans Vive La Crise, une pièce d'Alexandre Kollatos, une jeune troupe d'acteurs particulièrement dynamique nous raconte, sous la forme de tableaux, la mise à mort économique de la Grèce par les marchés financiers et les drames qui s'en sont ensuivi. Par petites touches, parfois dramatiques, parfois humoristiques, on nous conte avec une incroyable énergie l'enfoncement de la Grèce dans la misère et les délires "austéritaires" réclamés par tous (et dont un des chefs économistes du FMI a écrit, récemment, qu'en fait c'était peut être un remède pire que le mal - sans déc ?).
La pièce commence par des leaders dans un asile psychiatrique, caricatures de l'image projetée par les médias dans l'inconscient collectif. Une grèce complètement infantile, une allemagne à la Merkel autoritaire avec des relents bruns, une France faite d'un Sarko égocentrique tout en tics, une italie d'un Berlu obsédé sexuel, un FMI cupide, etc. Le tableau suivant explique plusieurs choses, tranquillou, aux touristes de la Grèce que nous sommes : un peu de société, d'histoire, le Routard à la main. Ce n'est qu'après que la pièce commence.
Les malheurs commencent. L'économie s'effondre. Papandréou, en premier de la classe ultrabrite fait passer des mesures de pire en pire. Les gens commencent à s'en aller. Pauvreté, misère, émeutes, suicides... Jusqu'à la mise à mort politique du premier ministre grec à Cannes. Et pas vraiment de sortie. Si les médias sont partis, les problèmes sont, eux, toujours là.
C'était vraiment une chouette pièce de théâtre, avec des acteurs très dynamiques (mention spéciale à l'acteur qui joue Papandréou), bien menée. La mise en scène est pleine d'idées originales. Dans un si petit espace avec autant de comédiens, l'action aurait pu devenir inintelligible mais non, l'attention est toujours concentrée au bon endroit par le jeu d'acteurs, la mise en scène, les lumières ou le texte.
Ma seule critique serait qu'il s'agit d'un réquisitoire, complètement à charge, qui nécessite l'équilibrage d'autres sources d'information. Cependant, cela fait du bien de se remettre toute cette litanie de la récession et du malheur en tête, car (cf. billet sur La Survie de l'Espèce) on est pas prêts de changer de mode de fonctionnement et c'est un peu ce qui nous attend tous.
Vive La Crise, une pièce d'Alexandre Kollatos à la Comédie St Michel jusqu'au 30 mai 2013.
lundi 21 janvier 2013
Notre espèce doit elle survivre ? Peut elle ?
Allez, zou, c'était pas prévu, mais voici un billet supplémentaire sur de la BD pour la simple raison qu'on me l'a prêtée hier (trop coule). Il s'agit cette fois d'une BD d'affreux auteurs gauchisant sur le fonctionnement du capitalisme, de sa naissance à sa morbidité actuelle. Le dessin est très réussi, produisant des planches essentiellement en noir et blanc - avec un peu de vert monétaire - au trait sévère avec une petit pointe cartoonesque pour la caricature nécessaire.
C'est très bien raconté, avec beaucoup d'humour noir et un cynisme féroce. Ça fait mal. En quelques étapes simples, les auteurs nous emmènent dans le monde profondément absurde et injuste du système. Le fait qu'on nous vende notre propre argent à chaque emprunt. Le fait que certains ne perdent jamais. Le fait que quoiqu'il arrive, le mécanisme ne fonctionne que dans une direction. Le fait que l'économie n'est pas, n'a jamais été une science "dure" mais sociale. Le fait, enfin, que le piège s'est violemment refermé sur nous tous. Reste-t-il un espoir ? Pour toute belle qu'elle soit, l'anecdote située à la fin de l'ouvrage est un bien faible rayon de lumière...
Le système actuel, dont on nous rabâche bien qu'il n'y a pas d'alernative (n'est pas, T.I.N.A ?) est mortifère, n'apporte ni bonheur ni avenir et s'achemine lentement vers le drame, si ce n'est déjà commencé. Malgré l'humour avec lequel cette fable est racontée, on referme l'album avec un goût de cendres...
La Survie de l'Espèce de Paul Jorion et Gregory Maklès
ISBN n°275480725X chez Futuropolis (avec ARTE éditions)
C'est très bien raconté, avec beaucoup d'humour noir et un cynisme féroce. Ça fait mal. En quelques étapes simples, les auteurs nous emmènent dans le monde profondément absurde et injuste du système. Le fait qu'on nous vende notre propre argent à chaque emprunt. Le fait que certains ne perdent jamais. Le fait que quoiqu'il arrive, le mécanisme ne fonctionne que dans une direction. Le fait que l'économie n'est pas, n'a jamais été une science "dure" mais sociale. Le fait, enfin, que le piège s'est violemment refermé sur nous tous. Reste-t-il un espoir ? Pour toute belle qu'elle soit, l'anecdote située à la fin de l'ouvrage est un bien faible rayon de lumière...
Le système actuel, dont on nous rabâche bien qu'il n'y a pas d'alernative (n'est pas, T.I.N.A ?) est mortifère, n'apporte ni bonheur ni avenir et s'achemine lentement vers le drame, si ce n'est déjà commencé. Malgré l'humour avec lequel cette fable est racontée, on referme l'album avec un goût de cendres...
La Survie de l'Espèce de Paul Jorion et Gregory Maklès
ISBN n°275480725X chez Futuropolis (avec ARTE éditions)
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jeudi 10 janvier 2013
Cleveland se bat contre des murs
Il y a quelques années, le maire de Cleveland a porté plainte contre 21 banques de Wall St. à cause du drame des subprimes, Cleveland étant l'une des villes les plus touchées par les saisies immobilières. Dans mon souvenir, il a été débouté. Le procès n'a jamais eu lieu.
Mais à quoi aurait-il ressemblé s'il s'était tenu jusqu'au bout ? C'est ce qu'a voulu découvrir le réalisateur de ce film, Jean-Stéphane Bron. Ce film est loin loin d'être une fiction. Toutes les personnes présentes sont des gens normaux et sincères. Ainsi, les plaignants sont de vrais plaignants. Les avocats sont réels. Les témoins sont réels. Le jury a été sélectionné de manière normale. Tous ont accepté de jouer le jeu pour de vrai. D'ailleurs, on y croise le policier présent sur la photographie ayant reçu le World Press Photo of the Year Award 2008... Si si.
On assiste donc à un véritable procès, sincère, réel. On peut voir le talent de l'avocat de la défense à l’œuvre (un sacré pro), la sincérité de toutes les personnes impliquées, jusqu'à la conclusion du procès qui, finalement, est assez naturelle quand on voit comment la question centrale est rédigée : Wall Street est elle coupable de la crise des subprimes ?
C'est vraiment très bien fait, très très loin des films bases sur des affaires de procès, genre l'Associé du Diable. Ici, pas de grands effets de manches, pas de retournements rocambolesques ou de témoins surprise. Chaque camp produit ses preuves et ses témoins. Les jurys discutent, le juge rend le verdict.
Non, vraiment, un must see qui permet à la fois de voir comment les subprimes immobilières ont pu dériver à ce point et comment se déroule réellement un procès. On y voit aussi à quel point vouloir mettre des jurys populaires partout est une mauvaise idée.
Cleveland Contre Wall Street Documentaire de Jean-Stéphane Bron, 98'
DVD (2011) Les Films Pelleas
Mais à quoi aurait-il ressemblé s'il s'était tenu jusqu'au bout ? C'est ce qu'a voulu découvrir le réalisateur de ce film, Jean-Stéphane Bron. Ce film est loin loin d'être une fiction. Toutes les personnes présentes sont des gens normaux et sincères. Ainsi, les plaignants sont de vrais plaignants. Les avocats sont réels. Les témoins sont réels. Le jury a été sélectionné de manière normale. Tous ont accepté de jouer le jeu pour de vrai. D'ailleurs, on y croise le policier présent sur la photographie ayant reçu le World Press Photo of the Year Award 2008... Si si.
On assiste donc à un véritable procès, sincère, réel. On peut voir le talent de l'avocat de la défense à l’œuvre (un sacré pro), la sincérité de toutes les personnes impliquées, jusqu'à la conclusion du procès qui, finalement, est assez naturelle quand on voit comment la question centrale est rédigée : Wall Street est elle coupable de la crise des subprimes ?
C'est vraiment très bien fait, très très loin des films bases sur des affaires de procès, genre l'Associé du Diable. Ici, pas de grands effets de manches, pas de retournements rocambolesques ou de témoins surprise. Chaque camp produit ses preuves et ses témoins. Les jurys discutent, le juge rend le verdict.
Non, vraiment, un must see qui permet à la fois de voir comment les subprimes immobilières ont pu dériver à ce point et comment se déroule réellement un procès. On y voit aussi à quel point vouloir mettre des jurys populaires partout est une mauvaise idée.
Cleveland Contre Wall Street Documentaire de Jean-Stéphane Bron, 98'
DVD (2011) Les Films Pelleas
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mardi 12 juin 2012
On croit quelquefois haïr la Flattrie...
... mais on ne hait que la manière de flatter.
J'adapte à ma manière le dicton de La Rochefoucauld pour parler de Flattr. Certains d'entre vous l'ont remarqué, j'ai collé un bouton "Flattr" sur le coté de ce blog pour permettre aux quelques uns qui aimeraient les messages de ce blog de se signaler, sachant que je reverserais la valeur de ces dons via flattr aussi.
Mais comment c'est-y que ça marche, vous dites-vous (ou pas) ?
Le principe, c'est que vous dédiez, chaque mois, une somme à distribuer, même très faible. Dans mon cas, 2€. Oui, c'est pas bézef, je vous l'accorde, mais c'est déjà ça (pis ça augmentera à l'occasion). Après, quand je vois un message de blog, une photo, un machin Internet doté d'un bouton "Flattr!" et que ça me plaît, je clique dessus. Pour peu que mon compte Flattr soit alimenté, il va, à la fin du mois, distribuer (2€/nombre de bidules flattés) à tous ceux que j'ai flattés. Si je flatte 2 trucs, ça fait 1€ chacun. Pour 4, ça fait 0.50€ chacun. Etc. Dans l'autre sens, les dons que je reçois, alimentent mon compte à moi.
Sachant que Flattr récupère 10% des dons. Evidemment, si tout le monde reverse les dons, c'est Flattr qui gagne. Mais j'espère que mes quelques sioux reversés s'ajouteront pour faire une somme correcte aux gens qui m'ont fourni du Bon Web.
Ce mois-ci, j'ai reçu 1.35€ via ce type de dons (récompensant les messages "Fantasmes d'Acier" et "Les Préjugés ça craint"). Dons qui vont donc alimenter le compte à Flattr qui m'est associé et qui iront récompenser les gens qui pour moi font du Bon Web. J'espère que nombreux seront ceux qui installeront ce bouton. J'espère aussi que Flattr finira par baisser la taille de sa commission (parce que ça fait cher la prestation de chambre de compensation).
J'adapte à ma manière le dicton de La Rochefoucauld pour parler de Flattr. Certains d'entre vous l'ont remarqué, j'ai collé un bouton "Flattr" sur le coté de ce blog pour permettre aux quelques uns qui aimeraient les messages de ce blog de se signaler, sachant que je reverserais la valeur de ces dons via flattr aussi.
Mais comment c'est-y que ça marche, vous dites-vous (ou pas) ?
Le principe, c'est que vous dédiez, chaque mois, une somme à distribuer, même très faible. Dans mon cas, 2€. Oui, c'est pas bézef, je vous l'accorde, mais c'est déjà ça (pis ça augmentera à l'occasion). Après, quand je vois un message de blog, une photo, un machin Internet doté d'un bouton "Flattr!" et que ça me plaît, je clique dessus. Pour peu que mon compte Flattr soit alimenté, il va, à la fin du mois, distribuer (2€/nombre de bidules flattés) à tous ceux que j'ai flattés. Si je flatte 2 trucs, ça fait 1€ chacun. Pour 4, ça fait 0.50€ chacun. Etc. Dans l'autre sens, les dons que je reçois, alimentent mon compte à moi.
Sachant que Flattr récupère 10% des dons. Evidemment, si tout le monde reverse les dons, c'est Flattr qui gagne. Mais j'espère que mes quelques sioux reversés s'ajouteront pour faire une somme correcte aux gens qui m'ont fourni du Bon Web.
Ce mois-ci, j'ai reçu 1.35€ via ce type de dons (récompensant les messages "Fantasmes d'Acier" et "Les Préjugés ça craint"). Dons qui vont donc alimenter le compte à Flattr qui m'est associé et qui iront récompenser les gens qui pour moi font du Bon Web. J'espère que nombreux seront ceux qui installeront ce bouton. J'espère aussi que Flattr finira par baisser la taille de sa commission (parce que ça fait cher la prestation de chambre de compensation).
jeudi 23 juin 2011
Montebourg et la démondialisation ainsi que les droits civiques aux US
Allez, hop, retour aux opuscules politiques. Comme d'habitude, les journaleux évoquent les primaires socialistes sur l'air toujours répété de "regardez comment qu'ils sont divisés que c'est pas comme ça à droite" (parce que le métier actuel de nombre de pisse-copies est de vendre du cliché à leurs lecteurs et ça me rappelle qu'il faut que je retrouve l'étude qui racontait que lire une opinion similaire à la sienne propre donnait un gros susucre au cerveau, ceci expliquant alors cela). Les gonzes sont tout aussi divisés à droite, sauf qu'on évite de trop le souligner à longueur de page. Pourtant, Borloo, Galouzeau et Sarko, vu leur positions personnelles envisagées pour 2012, on pourrait penser qu'il y a quelque dissension. Non ?
Passons, ce n'est pas le sujet.
Ce matin, alors que je trainaillais dans une librairie absolument quelconque, je suis tombé sur le petit opus d'Arnaud Montebourg, qui présente globalement ses idées de pour quand il serait président. Donc sa plateforme pour les primaires. Je ne connaissais pas en détail ses positions et mon seul contact avec lui c'est de l'avoir aperçu de loin sur le quai d'une gare récemment (pis j'ai pas la télé). L'ouvrage lu d'une traite de RER/Tramway/Métro, je connais mieux son positionnement et il me plaît globalement. Mais j'attends de lire les autres plateformes avant de me décider. Parce que oui, j'irai voter à la primaire : quand on me donne le droit de vote, j'ai tendance à m'en servir.
Le bouquin de M. Montebourg est très bref. Il commence par évoquer des cas, dans le monde entier, de travailleurs exploités, maltraités, abusés. Je me reconnais d'ailleurs dans un des cas évoqués, tout comme chacun d'entre vous (je doute avoir des lecteurs dans la tranche des 1% les plus riche de France). A partir de là, il établit que la mondialisation est la cause du problème. Ensuite, il suggère des solutions pour lutter, principalement la démondialisation sous la forme d'un "protectionnisme vert" à l'échelle de l'Europe. Je dois avouer que ce keynesianisme proposé n'est pas sans me rappeler une proposition de M. Frédéric Lordon.
Honnêtement, l'effet bonbon sucré pour le cerveau que j'évoquais plus haut est présent, mais justement, je reste méfiant même si son pamphlet (parce que ça en a la forme) va dans mon sens. J'aurais aimé plus de sources sur plusieurs sujets. Ce n'est pas parce que c'est en accord avec mes opinions que je n'ai pas de doutes : j'ai donc vérifié l'existence, entre autres, des "one euro job" en Allemagne et découvert une réalité effarante sur le soi-disant "modèle allemand", qui n'est guère qu'un modèle pour le patronat. (Je lie ici du Rue89, mais les sources sont variées et se recoupent.)
Au final, malgré un livre un peu lourd sur la forme vers le milieu, son programme est intéressant, mais il reste très vague sur l'implémentation. Comment veut il réaliser son protectionnisme vert, qui consiste à établir des taxes douanières sur la base du respect de l'environnement, ce qui permet de faire la nique à l'OMC. Il est vrai que l'Europe est la seule grande puissance à n'appliquer quasiment aucun protectionnisme là où les autres ne s'en privent pas. Je suis d'accord, mais comment convaincre l'Allemagne, puisque c'est le couple Franco-Allemand qui mène régulièrement la barque bleue étoilée de jaune ? J'aurais aussi apprécié connaître ses positions sur de nombreux autres sujets car, même s'il est vrai qu'il y a beau temps que l'économie a pris le pas sur le politique, je suis toujours curieux de connaître la position d'un candidat sur ACTA, sur l'immigration, la santé, l'intérieur, la justice, etc. Alors c'est sûr que cela aurait demandé un livre plus gros, plus cher (l'opus est à 2€) et écrit plus petit. Je réserve donc ma décision sur les primaires le temps d'en savoir plus de la part de chacun des candidats.
Votez pour la démondialisation ! de Arnaud Montebourg
chez Flammarion, ISBN n° 978-2-0812-6883-8
Accessoirement, je continue aussi de lire les petits recueils de discours de chez Points dont j'avais déjà parlé. Ce matin, donc, en plus du livret ci-dessus, j'ai pris deux discours sur les droits civiques des Noirs aux Etats-Unis, à savoir un discours de Malcolm X intitulé "Le Vote ou le Fusil" et un autre de John Fitzgerald Kennedy, antérieur, intitulé quant à lui "Nous formons un seul et même pays". Deux visions très différentes pour une même opinion sur la quête des doits civiques. Deux discours puissants, forts, viscéraux. Malcolm X se lance dans un combat définitif, JFK essaie de changer la loi mais aussi la mentalité du moindre de ses compatriotes.
Dans mon opinion, ces textes n'ont rien perdu et sont toujours aussi importants. Cette collection de discours chez Points ne m'a jamais déçu : on connaît tous une phrase célèbre de l'un ou l'autre discours, mais peu les ont lus en entier, alors que ça vaut vraiment le détour.
Le Pouvoir Noir, de Malcolm X et John Fitzgerald Kennedy
chez Points, ISBN n°978-2-7578-2200-5
Passons, ce n'est pas le sujet.
Ce matin, alors que je trainaillais dans une librairie absolument quelconque, je suis tombé sur le petit opus d'Arnaud Montebourg, qui présente globalement ses idées de pour quand il serait président. Donc sa plateforme pour les primaires. Je ne connaissais pas en détail ses positions et mon seul contact avec lui c'est de l'avoir aperçu de loin sur le quai d'une gare récemment (pis j'ai pas la télé). L'ouvrage lu d'une traite de RER/Tramway/Métro, je connais mieux son positionnement et il me plaît globalement. Mais j'attends de lire les autres plateformes avant de me décider. Parce que oui, j'irai voter à la primaire : quand on me donne le droit de vote, j'ai tendance à m'en servir.
Le bouquin de M. Montebourg est très bref. Il commence par évoquer des cas, dans le monde entier, de travailleurs exploités, maltraités, abusés. Je me reconnais d'ailleurs dans un des cas évoqués, tout comme chacun d'entre vous (je doute avoir des lecteurs dans la tranche des 1% les plus riche de France). A partir de là, il établit que la mondialisation est la cause du problème. Ensuite, il suggère des solutions pour lutter, principalement la démondialisation sous la forme d'un "protectionnisme vert" à l'échelle de l'Europe. Je dois avouer que ce keynesianisme proposé n'est pas sans me rappeler une proposition de M. Frédéric Lordon.
Honnêtement, l'effet bonbon sucré pour le cerveau que j'évoquais plus haut est présent, mais justement, je reste méfiant même si son pamphlet (parce que ça en a la forme) va dans mon sens. J'aurais aimé plus de sources sur plusieurs sujets. Ce n'est pas parce que c'est en accord avec mes opinions que je n'ai pas de doutes : j'ai donc vérifié l'existence, entre autres, des "one euro job" en Allemagne et découvert une réalité effarante sur le soi-disant "modèle allemand", qui n'est guère qu'un modèle pour le patronat. (Je lie ici du Rue89, mais les sources sont variées et se recoupent.)
Au final, malgré un livre un peu lourd sur la forme vers le milieu, son programme est intéressant, mais il reste très vague sur l'implémentation. Comment veut il réaliser son protectionnisme vert, qui consiste à établir des taxes douanières sur la base du respect de l'environnement, ce qui permet de faire la nique à l'OMC. Il est vrai que l'Europe est la seule grande puissance à n'appliquer quasiment aucun protectionnisme là où les autres ne s'en privent pas. Je suis d'accord, mais comment convaincre l'Allemagne, puisque c'est le couple Franco-Allemand qui mène régulièrement la barque bleue étoilée de jaune ? J'aurais aussi apprécié connaître ses positions sur de nombreux autres sujets car, même s'il est vrai qu'il y a beau temps que l'économie a pris le pas sur le politique, je suis toujours curieux de connaître la position d'un candidat sur ACTA, sur l'immigration, la santé, l'intérieur, la justice, etc. Alors c'est sûr que cela aurait demandé un livre plus gros, plus cher (l'opus est à 2€) et écrit plus petit. Je réserve donc ma décision sur les primaires le temps d'en savoir plus de la part de chacun des candidats.
Votez pour la démondialisation ! de Arnaud Montebourg
chez Flammarion, ISBN n° 978-2-0812-6883-8
Accessoirement, je continue aussi de lire les petits recueils de discours de chez Points dont j'avais déjà parlé. Ce matin, donc, en plus du livret ci-dessus, j'ai pris deux discours sur les droits civiques des Noirs aux Etats-Unis, à savoir un discours de Malcolm X intitulé "Le Vote ou le Fusil" et un autre de John Fitzgerald Kennedy, antérieur, intitulé quant à lui "Nous formons un seul et même pays". Deux visions très différentes pour une même opinion sur la quête des doits civiques. Deux discours puissants, forts, viscéraux. Malcolm X se lance dans un combat définitif, JFK essaie de changer la loi mais aussi la mentalité du moindre de ses compatriotes.
Dans mon opinion, ces textes n'ont rien perdu et sont toujours aussi importants. Cette collection de discours chez Points ne m'a jamais déçu : on connaît tous une phrase célèbre de l'un ou l'autre discours, mais peu les ont lus en entier, alors que ça vaut vraiment le détour.
Le Pouvoir Noir, de Malcolm X et John Fitzgerald Kennedy
chez Points, ISBN n°978-2-7578-2200-5
lundi 12 juillet 2010
Prolétaires virtuels, unissez vous !
Définitivement, je pense que Cory Doctorow, éminent monsieur du blog Boing Boing, que je vous enjoins à suivre, est un auteur à lire. J'avais déjà fait part il y a quelques temps du plaisir que j'avais eu à lire Little Brother, que j'offrirais avec plaisir à tous les ados de ma connaissance s'il était traduit en français (wink, wink, nudge, nudge).
Doctorow a l'art de prendre un sujet d'actualité, de l'insérer dans une deuxième problématique qui existera sous peu et dont les prémisses se font déjà pressentir, et d'enrouler tout ça dans un roman pour jeune adulte bien écrit, avec une trame qui donne envie de dévorer l'ouvrage. Little Brother était ainsi : la surveillance - le Patriot Act - les aventures de Win5t0n et ses potes. For The Win, son nouvel opus dans la même gamme est de la même eau : l'économie - le gold farming - les aventures des IWWWW. Voire il traite d'un sujet de plus qui est le syndicalisme. et la qualité de l'histoire fait qu'on dévore aisément ce pavé en angliche mâtinés de cours magistraux sur les sujets traités. Si mes profs avaient eu cette plume, j'aurai eu des meilleures notes, je suppose.
L'histoire conte les aventures de plusieurs enfants de pays du tiers monde que l'on exploite pour leurs compétences en jeux vidéos, puisque les MMORPG donnent la possibilité de revendre les gains virtuels de ces jeux à des joueurs "riches" mais feignants contre du vrai argent. Cela existe déjà, cf. l'excellent article "Les soutiers des mondes virtuels" et l'article Wikipedia qui font des économies du jeu vidéo des économies de fait, tout comme le timbre était (est) une monnaie de fait. Suite à des nombreux désagréments directs face à leurs chefs mafieux, plusieurs de ces gamins vont utiliser les moyens technologiques à leur disposition pour s'organiser à une échelle internationale et réinventer le syndicalisme via les IWWWW, International Workers of the World Wide Web (parallèle avec les moribonds - hélas - IWW). L'aventure est nerveuse, le destin des personnages est tendu et ce jusqu'à la fin.
Bien sûr, restent les défauts du précédent livre : à nouveau, les personnages sont un tout petit peu "larger than life" : ils sont très très fort dans leur domaine. Mais soit, cela ne gêne pas.
Et le livre ouvre une belle page de réflexion sur économie et économie virtuelle, le fonctionnement du syndicalisme, etc. Bref, un livre bien écrit qui en plus permet d'avoir des bases pour entamer une réflexion personnelle. Si les ados de mon entourage lisaient l'anglais, je saurais quoi offrir à Noël. Editeurs français : vous attendez quoi, au juste ?
For The Win, de Cory Doctorow
en anglais chez Harper Voyager, ISBN n° 978-0007352012
Cory Doctorow ayant le bon goût d'agir en accord avec ses convictions, le roman est téléchargeable légalement ici.
Liens :
Ce qu'en dit Alias.
Ce qu'en dit Gromovar.
Doctorow a l'art de prendre un sujet d'actualité, de l'insérer dans une deuxième problématique qui existera sous peu et dont les prémisses se font déjà pressentir, et d'enrouler tout ça dans un roman pour jeune adulte bien écrit, avec une trame qui donne envie de dévorer l'ouvrage. Little Brother était ainsi : la surveillance - le Patriot Act - les aventures de Win5t0n et ses potes. For The Win, son nouvel opus dans la même gamme est de la même eau : l'économie - le gold farming - les aventures des IWWWW. Voire il traite d'un sujet de plus qui est le syndicalisme. et la qualité de l'histoire fait qu'on dévore aisément ce pavé en angliche mâtinés de cours magistraux sur les sujets traités. Si mes profs avaient eu cette plume, j'aurai eu des meilleures notes, je suppose.
L'histoire conte les aventures de plusieurs enfants de pays du tiers monde que l'on exploite pour leurs compétences en jeux vidéos, puisque les MMORPG donnent la possibilité de revendre les gains virtuels de ces jeux à des joueurs "riches" mais feignants contre du vrai argent. Cela existe déjà, cf. l'excellent article "Les soutiers des mondes virtuels" et l'article Wikipedia qui font des économies du jeu vidéo des économies de fait, tout comme le timbre était (est) une monnaie de fait. Suite à des nombreux désagréments directs face à leurs chefs mafieux, plusieurs de ces gamins vont utiliser les moyens technologiques à leur disposition pour s'organiser à une échelle internationale et réinventer le syndicalisme via les IWWWW, International Workers of the World Wide Web (parallèle avec les moribonds - hélas - IWW). L'aventure est nerveuse, le destin des personnages est tendu et ce jusqu'à la fin.
Bien sûr, restent les défauts du précédent livre : à nouveau, les personnages sont un tout petit peu "larger than life" : ils sont très très fort dans leur domaine. Mais soit, cela ne gêne pas.
Et le livre ouvre une belle page de réflexion sur économie et économie virtuelle, le fonctionnement du syndicalisme, etc. Bref, un livre bien écrit qui en plus permet d'avoir des bases pour entamer une réflexion personnelle. Si les ados de mon entourage lisaient l'anglais, je saurais quoi offrir à Noël. Editeurs français : vous attendez quoi, au juste ?
For The Win, de Cory Doctorow
en anglais chez Harper Voyager, ISBN n° 978-0007352012
Cory Doctorow ayant le bon goût d'agir en accord avec ses convictions, le roman est téléchargeable légalement ici.
Liens :
Ce qu'en dit Alias.
Ce qu'en dit Gromovar.
lundi 18 janvier 2010
L'Affaire des Affaires

On m'a prêté hier soir une bande dessinée sur l'affaire Clearstream. Vous savez, ce truc dont les médias disaient qu'on y comprend rien. En fait, c'est vraiment pas très compliqué... L'affaire Clearstream, la vraie, c'est pas les pov' conneries qu'on nous as servies à propos des pseudo comptes de notre président et d'un ancien ministre. Ça, c'est vraiment un détail qui n'a guère de rapport avec le vrai sujet du scandale (sur l'existence duquel je reste mitigé).
En 1999, Denis Robert fait la connaissance de Ernest Backes, un luxembourgeois qui travaillait pour la future Clearstream et s'est tiré avec pas mal d'infos sur les clients (liste de comptes et d'opérations) qui sous tendraient des opérations noires.
Quand les banques effectuent des transactions, aucune espèce physique ne transite entre leurs coffres (ce serait insupportable). Il faut donc, pour ce cas précis et si j'ai bien compris, faire appel à une société de clearing (Clearstream par exemple) chez laquelle les deux banques ont un compte. Le solde du compte Clearstream de l'une baisse de la somme transférée, et le solde de l'autre augmente d'autant. C'est tout bête. Clearstream se payant, je suppose, sur les frais de transactions. Notez que je suis pas sûr d'avoir pigé, hein.
Toutes les banques passent par ce genre de système, particulièrement celles qui ne peuvent communiquer entre elles.
Etant totalement méconnue du grand public, donnant la possibilité d'avoir des comptes secrets, il serait possible, si la direction d'une telle société n'est pas vertueuse, de faire nombre d'opérations délictueuses à grande échelle.
C'est ce qu'entend démontrer Denis Robert dans ses ouvrages, Révélation$, La Boîte Noire, etc. Seulement, il est en procès en cassation pour des diffamations qu'il a perdues car il n'a pu prouver que les affaires délictueuse ont vraiment eu lieu.
Je ne saurai pas le contenu des livres parce qu'ils ont été retirés des rayons des librairies (et les bouquins atteignent un prix étonnant sur le wèbe).
Aujourd'hui, Denis Robert a d'ailleurs annoncé qu'il baissait les bras sur son blog.
L'Affaire des Affaires est une bande dessinée scénarisée par ce dernier où il raconte le déroulement de son enquête, semaine par semaine, sur cette longue histoire qui a mobilisé l'assemblée nationale, l'union européenne, et partout ailleurs.
Que Denis Robert aie ou non raison, la puissance et la discrétion d'une telle structure financière peuvent à raison inquiéter. Quelle que soit leur honnêteté, nous avons donné beaucoup trop de pouvoir à ces structures, devenues intouchables. Il n'y a qu'à voir comment notre gouvernement s'est précipité de tout accepter pour "sauver" les banques, et comme on nous as fait passer la farce du G20 comme une grande avancée dans la réforme du capitalisme. J'ai les lèvres trop gercées pour en rire.
La BD est bien dessinée et très bien racontée. Ça se lit tout seul, c'est un vrai bonheur, et les subtilités économiques sont très bien expliquées. J'ai beaucoup apprécié ma lecture.
Suite à cela, j'ai cherché les deux ouvrages cités, et je n'ai pu constater que leur indisponibilité.
Quant à savoir la vérité, dans un milieu où le silence est la règle d'or, je crois qu'on peut toujours rêver. Et que Denis Robert n'aie pu prouver ce qu'il avançait ne signifie aucunement le contraire (c'est un paralogisme standard que dire que si A implique B alors nonA implique nonB) : la question reste donc en suspens. Il faudrait prouver nonB et il est particulièrement difficile de prouver une absence.
L'Affaire des Affaires de Denis Robert, Yann Lindingre et Laurent Astier chez Dargaud
Deux volumes pour l'instant.
Tome 1 : L'Argent Invisible ISBN : 978-2205061888
Tome 2 : L'Enquête ISBN : 978-2205063042
Site de la bande dessinée
Blog de Denis Robert
Site de Clearstream
Wikipedia :
Clearstream
Affaire Clearstream 1 (celle évoquée dans l'Affaire des Affaires)
Affaire Clearstream 2
vendredi 4 décembre 2009
Manifeste espagnol pour la défense des droits fondamentaux sur Internet
(Note de Lectures Libres : Traduction effectuée par moi-même. A part ça, ça vous rappelle pas quelque chose ? Remplacez "Espagne" par "France"...)
Un groupe de journalistes, bloggeurs, professionnels et créateurs espagnols souhaitent exprimer leur ferme opposition à l’inclusion, dans un projet de loi, de quelques changements aux lois espagnoles visant à restreindre les libertés d’expression, d’information et d’accès à la culture sur Internet. Ils déclarent ainsi que :
1. Le droit d’auteur ("copyright") ne devrait pas être au-dessus des droits fondamentaux d’un citoyen à la vie privée, à la sécurité, à la présomption d’innocence, à une protection juridique effective et à la liberté d’expression.
2. La suspension de droits fondamentaux est et doit rester de la compétence exclusive du juge. Ce projet, contrairement aux provisions de l’article 20.5 de la constitution espagnole, mets dans les mains du pouvoir exécutif la possibilité d’empêcher les citoyens espagnols d’accéder à certains sites Internet.
3. Les lois proposées créeraient une incertitude légale parmi les entreprises espagnoles travaillant sur les technologies de l’information, endommageant l’une des rares zones de développement et de futur au sein de leur économie, gênant la création de start-ups, introduisant des barrières dans la compétition et ralentissant sa projection internationale.
4. Les lois proposées menacent la créativité et gênent le développement culturel. Internet et les nouvelles technologies ont démocratisé la création et la publication de tous types de contenus, qui ne dépendent plus d’une petite industrie âgée mais de sources multiples et différentes.
5. Les auteurs, comme tous les travailleurs, sont dignes de vivre de leurs idées créatives, des schémas commerciaux et des activités liées à leurs créations. Essayer de maintenir une industrie obsolète avec des changements législatifs n’est ni équitable ni réaliste. Si leur schéma commercial était basé sur le contrôle des exemplaires de toute création et que cela n’est plus possible sur Internet, ils devraient rechercher un nouveau schéma commercial.
6. Nous pensons que les industries culturelles nécessitent des alternatives modernes, efficaces, crédibles et abordables pour survivre. Elles ont aussi besoin de s’adapter aux nouvelles pratiques sociales.
7. Internet devrait être libre et ne recevoir aucune interférences des groupes qui cherchent à perpétuer des schémas commerciaux obsolètes ainsi qu’à stopper la libre circulation de la connaissance humaine.
8. Nous demandons au gouvernement de garantir la neutralité du web en Espagne, car il agira comme un cadre dans lequel une économie soutenable peut se développer.
9. Nous proposons une véritable réforme des droits de propriété intellectuelle afin de s’assurer d’une société de connaissances, de promouvoir le domaine public et de limiter les abus de la part des organisations de droit d’auteur.
10. Au sein d’une démocratie, les lois et leurs amendements ne devraient être adoptés qu’après un débat public opportun et la consultation avec toutes les parties impliquées. Les changements législatifs affectant les droits fondamentaux ne peuvent être effectués que dans la loi constitutionnelle.
Note : ce manifeste est l’œuvre de plusieurs auteurs et la propriété de tous. Copiez-le, publiez-le, partagez-le à l’envi.
Texte original :
Microsiervios (castillan)
Liens vers ce message :
Blog d'Alias
Un groupe de journalistes, bloggeurs, professionnels et créateurs espagnols souhaitent exprimer leur ferme opposition à l’inclusion, dans un projet de loi, de quelques changements aux lois espagnoles visant à restreindre les libertés d’expression, d’information et d’accès à la culture sur Internet. Ils déclarent ainsi que :
1. Le droit d’auteur ("copyright") ne devrait pas être au-dessus des droits fondamentaux d’un citoyen à la vie privée, à la sécurité, à la présomption d’innocence, à une protection juridique effective et à la liberté d’expression.
2. La suspension de droits fondamentaux est et doit rester de la compétence exclusive du juge. Ce projet, contrairement aux provisions de l’article 20.5 de la constitution espagnole, mets dans les mains du pouvoir exécutif la possibilité d’empêcher les citoyens espagnols d’accéder à certains sites Internet.
3. Les lois proposées créeraient une incertitude légale parmi les entreprises espagnoles travaillant sur les technologies de l’information, endommageant l’une des rares zones de développement et de futur au sein de leur économie, gênant la création de start-ups, introduisant des barrières dans la compétition et ralentissant sa projection internationale.
4. Les lois proposées menacent la créativité et gênent le développement culturel. Internet et les nouvelles technologies ont démocratisé la création et la publication de tous types de contenus, qui ne dépendent plus d’une petite industrie âgée mais de sources multiples et différentes.
5. Les auteurs, comme tous les travailleurs, sont dignes de vivre de leurs idées créatives, des schémas commerciaux et des activités liées à leurs créations. Essayer de maintenir une industrie obsolète avec des changements législatifs n’est ni équitable ni réaliste. Si leur schéma commercial était basé sur le contrôle des exemplaires de toute création et que cela n’est plus possible sur Internet, ils devraient rechercher un nouveau schéma commercial.
6. Nous pensons que les industries culturelles nécessitent des alternatives modernes, efficaces, crédibles et abordables pour survivre. Elles ont aussi besoin de s’adapter aux nouvelles pratiques sociales.
7. Internet devrait être libre et ne recevoir aucune interférences des groupes qui cherchent à perpétuer des schémas commerciaux obsolètes ainsi qu’à stopper la libre circulation de la connaissance humaine.
8. Nous demandons au gouvernement de garantir la neutralité du web en Espagne, car il agira comme un cadre dans lequel une économie soutenable peut se développer.
9. Nous proposons une véritable réforme des droits de propriété intellectuelle afin de s’assurer d’une société de connaissances, de promouvoir le domaine public et de limiter les abus de la part des organisations de droit d’auteur.
10. Au sein d’une démocratie, les lois et leurs amendements ne devraient être adoptés qu’après un débat public opportun et la consultation avec toutes les parties impliquées. Les changements législatifs affectant les droits fondamentaux ne peuvent être effectués que dans la loi constitutionnelle.
Note : ce manifeste est l’œuvre de plusieurs auteurs et la propriété de tous. Copiez-le, publiez-le, partagez-le à l’envi.
Texte original :
Microsiervios (castillan)
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Blog d'Alias
mardi 13 janvier 2009
De l'échange de biens abondants
Tiens, je vais parler d'un texte encore plus court et encore plus obscur, et pourtant extrêmement intéressant, dont le sujet est un sujet clef en ces temps où l'information est une denrée dont le système de vente alimente les conversations. En effet, pour ceux qui s'intéressent un peu à l'informatique (et lire un blog tel qu'icelui est déjà un indice), vous n'ignorez pas toutes les fortes discussions concernant l'achat et la vente de culture numérisée : livres, musique, films, la liste est longue.
Une des notions clef autour de cette histoire est la rémunération de l'auteur mais surtout de ses intermédiaires car c'est surtout eux qui ont le plus à y perdre dans l'affaire.
Une autre des notions clef est la nature même du dit bien. Une musique, un film ou tout autre élément culturel est une information, une donnée. Notre économie est conçue, justement, autour de la notion d'économie. Oh la belle lapalissade. En fait pas vraiment. L'économie est la science de l'échange de biens basée sur la notion de rareté de ces biens. Plus un bien est rare et/ou demandé plus il est cher. Mais cette notion ne s'applique qu'à des biens finis. Par exemple : j'ai un bonbon, je donne ce bonbon, j'ai plus mon bonbon.
Dans le cadre de l'information, ce n'est plus vrai, car il s'agit d'un bien transfini. Par exemple : j'ai un renseignement, je donne ce renseignement, je n'ai pas pour autant un renseignement en moins. Je pourrai à nouveau donner (ou vendre) ce renseignement.
Ce bien est donc abondant une fois réalisé la première fois.
C'est là où la tentative d'appliquer la notion d'économie à ce genre de biens est viciée, car on se retrouve avec des noeuds à la tête pour tenter d'expliquer en quoi il est rare pour y appliquer les règles de l'économie. Et le seul moyen de le faire se trouve dans les biens connexes à mon information : production, transport, distribution. Mais pas au bien lui-même.
Or, un mp3, un divx, un logiciel libre, par le biais du net, n'a plus aucun des biens connexes, à part la plateforme de distribution (mais le P2P enlève cette notion) et le travail de l'auteur et de ses comparses, comme par exemple, l'équipe de tournage et de montage du film. Le réalisateur n'est pas le seul auteur d'un film. Donc la notion d'économie ne parvient plus à s'appliquer qu'à la phase de création du bien. Après, le bien est transfini. D'où tout la complexification, souvent biaisée, parfois abusive, de ce sujet. Alors que le problème est simple : ces biens sont transfinis, l'économie va donc avoir du mal à s'appliquer.
Tout ceci est expliqué dans un court essai, hélas en anglais (lien direct sur le titre) :
Agalmics : the marginalization of scarcity
par Robert Levin
C'est dans cet essai que l'auteur met en avant la notion d'agalmique, c'est à dire les règles gouvernant l'échange de biens abondants. L'inverse exact de l'économie. A partir de cette notion, des personnes douées dans le domaine de l'économie (hi hi) pourraient, peut être, réfléchir à une vraie solution pour gérer les biens transfinis d'une manière plus satisfaisante que les solutions proposées jusqu'ici, que je n'hésiterais pas à qualifier de décevantes. L'important étant de tenir compte de la nature même du bien.
A priori, on pourrait croire que ça ne s'applique qu'à l'information, mais si j'en crois les auteurs de science fiction, notre vie actuelle ne restera pas similaire pour toujours. Et parmi les éventualités proposées par ces auteurs, deux s'avéreront nécessiter l'agalmique plus que tout :
Tout cela dépasse mon propos. L'idée était de signaler que la notion d'économie elle-même, à la base et dès aujourd'hui, s'applique mal aux biens informationnels.
Utilité au lecteur de gauche :
Une des notions clef autour de cette histoire est la rémunération de l'auteur mais surtout de ses intermédiaires car c'est surtout eux qui ont le plus à y perdre dans l'affaire.
Une autre des notions clef est la nature même du dit bien. Une musique, un film ou tout autre élément culturel est une information, une donnée. Notre économie est conçue, justement, autour de la notion d'économie. Oh la belle lapalissade. En fait pas vraiment. L'économie est la science de l'échange de biens basée sur la notion de rareté de ces biens. Plus un bien est rare et/ou demandé plus il est cher. Mais cette notion ne s'applique qu'à des biens finis. Par exemple : j'ai un bonbon, je donne ce bonbon, j'ai plus mon bonbon.
Dans le cadre de l'information, ce n'est plus vrai, car il s'agit d'un bien transfini. Par exemple : j'ai un renseignement, je donne ce renseignement, je n'ai pas pour autant un renseignement en moins. Je pourrai à nouveau donner (ou vendre) ce renseignement.
Ce bien est donc abondant une fois réalisé la première fois.
C'est là où la tentative d'appliquer la notion d'économie à ce genre de biens est viciée, car on se retrouve avec des noeuds à la tête pour tenter d'expliquer en quoi il est rare pour y appliquer les règles de l'économie. Et le seul moyen de le faire se trouve dans les biens connexes à mon information : production, transport, distribution. Mais pas au bien lui-même.
Or, un mp3, un divx, un logiciel libre, par le biais du net, n'a plus aucun des biens connexes, à part la plateforme de distribution (mais le P2P enlève cette notion) et le travail de l'auteur et de ses comparses, comme par exemple, l'équipe de tournage et de montage du film. Le réalisateur n'est pas le seul auteur d'un film. Donc la notion d'économie ne parvient plus à s'appliquer qu'à la phase de création du bien. Après, le bien est transfini. D'où tout la complexification, souvent biaisée, parfois abusive, de ce sujet. Alors que le problème est simple : ces biens sont transfinis, l'économie va donc avoir du mal à s'appliquer.
Tout ceci est expliqué dans un court essai, hélas en anglais (lien direct sur le titre) :
Agalmics : the marginalization of scarcity
par Robert Levin
C'est dans cet essai que l'auteur met en avant la notion d'agalmique, c'est à dire les règles gouvernant l'échange de biens abondants. L'inverse exact de l'économie. A partir de cette notion, des personnes douées dans le domaine de l'économie (hi hi) pourraient, peut être, réfléchir à une vraie solution pour gérer les biens transfinis d'une manière plus satisfaisante que les solutions proposées jusqu'ici, que je n'hésiterais pas à qualifier de décevantes. L'important étant de tenir compte de la nature même du bien.
A priori, on pourrait croire que ça ne s'applique qu'à l'information, mais si j'en crois les auteurs de science fiction, notre vie actuelle ne restera pas similaire pour toujours. Et parmi les éventualités proposées par ces auteurs, deux s'avéreront nécessiter l'agalmique plus que tout :
- Dans le cas où on crée des "imprimantes à matière", c'est à dire une imprimante capable de fabriquer un canapé comme une lampe à partir d'un schéma téléchargé sur Internet, tout bien devient transfini. L'économie devient une notion obsolète
- Dans le cas où l'humanité s'uploaderait dans un ordinateur géant, la notion d'économie n'aurait plus de sens.
Tout cela dépasse mon propos. L'idée était de signaler que la notion d'économie elle-même, à la base et dès aujourd'hui, s'applique mal aux biens informationnels.
Utilité au lecteur de gauche :
- s'ouvrir un peu l'esprit à des possibilités nouvelles, surtout face aux nouvelles technologies
- alimenter et étendre la réflexion sur la notion même d'échange des biens
dimanche 30 novembre 2008
Frédéric Lordon - Jusqu'à Quand ?
Ce second livre est lui aussi une actualité récente, lui aussi d'un auteur bien connu des lecteurs du Monde Diplomatique. Il est d'autant plus d'actualité que la fameuse crise financière n'en finit plus de nous toucher et que très rares sont les explications claires de ce qui s'est passé et se passe encore. M. Lordon fait tout cela et plus encore : il annonce ce qu'il va se passer et, mieux encore, propose des solutions.
Jusqu'à Quand ? - Pour en finir avec les crises financières
de Frédéric Lordon
Raisons d'Agir
ISBN : 978-2912107428
Ce petit opus, même s'il est dans les plus gros livres de la collection (deux fois plus épais) est si bien écrit, en termes de clarté, qu'on arrive à la fin avec un goût de trop peu. Pourtant, il est question ici d'économie, et d'économie financière, le machin dont les journaux répètent régulièrement que le sujet est "complexe".
Ce n'est plus si complexe une fois ce livre lu. Il est clair, concis, détaillé et ... révoltant (au bon sens du terme).
La première partie du livre détaille donc le fonctionnement de l'économie financière dérégulée. Il aborde tout le système et son évolution, avant d'étudier le mécanisme de la crise. Finalement, la logique est assez simple si tant est qu'on aie deux sous de culture en comptabilité. En résumé, ils se sont tous bercés d'illusions, mais comment ne pas le faire quand le système y incite et que les illusions valent, temporairement du moins, des milliards de dollars ? Dur. Et le système financier est si bien conçu que les voix rebelles y sont punies (dans des tableaux d'honneur, et autres gadgets précurseur de la "reputation value" annoncée par les écrivains de SF, comme C. Stross).
Ce qui s'est cassé la gueule, donc, pour le dire clairement, c'est l'idée de suppression totale du risque dans le marché des crédits. Comment ont ils réalisé cela ? Il suffit de prendre ses crédits (par exemple immobiliers, au hasard), de les mélanger dans une boîte noire (appelée SPV) et d'en ressortir des titres. La différence entre les entrées (qui sont le paiement des crédits) et les sorties (sous forme de titres) est que les titres sont catégorisés et qu'il y a une règle de répartition des défauts de paiement, c'est-à-dire quand l'argent ne rentre plus.
Bon, c'est plus compliqué que ça, mais je n'ai pas toutes les pages, ni tout le talent, qu'a M. Lordon pour expliquer tout cela. Le seul truc à retenir c'est que ce système se bercait d'illusions valables uniquement quand tout va bien, renforcées de leviers pour maximiser les gains, le tout arrosé de nombre d'assurances prises (la prochaine crise). Sauf qu'au premier coup de vent généralisé, comme une crise d'immobilier, tout le système éclate comme une bulle, *pop*. Et les leviers maximisent dans les deux sens, donc désormais, les pertes. Et comme les assurances ne fonctionnent que quand le problème n'est pas généralisé, le pire est encore à venir.
Mais M. Lordon propose des solutions. Et lui, contrairement aux économistes médiatiques habituels et habitués, qui nous vendent la soupe de la dérégulation à toutes les sauces mais ont méchante tendance à retourner leur veste quand la bulle éclate, M. Lordon, donc, n'a pas retourné sa veste et ce qu'il propose est dans la droite ligne de ses écrits antérieurs (on se rappele d'ailleurs son article "Les Disqualifiés" dans le Monde Diplomatique, nov. 2008).
Finalement, lui répond aux questions que je me posais depuis longtemps quant aux pétitions de principe fournies par les autres. La question "pourquoi ?" que j'applique à chaque pétition de principe, donc:
"L'économie de marché est ce qu'il y a de mieux". Pourquoi ?
"On ne peut plus s'en passer." Pourquoi ?
"Cela apporte tant à l'économie réelle." Pourquoi ?
Il est possible de remplacer par "prouve-le", ça marche aussi.
Bref, M. Lordon reprend au cours de son livre chacune de ces assertions et, y répondant, les démonte sévèrement, avec arguments. Lui ne se contente pas de pétitions de principe et autres paralogismes.
Les solutions qu'il propose semblent méditées depuis longtemps, d'ailleurs.
Utilité au militant de gauche :
Au-delà de la rage provoquée, ce livre apporte beaucoup.
Jusqu'à Quand ? - Pour en finir avec les crises financières

de Frédéric Lordon
Raisons d'Agir
ISBN : 978-2912107428
Ce petit opus, même s'il est dans les plus gros livres de la collection (deux fois plus épais) est si bien écrit, en termes de clarté, qu'on arrive à la fin avec un goût de trop peu. Pourtant, il est question ici d'économie, et d'économie financière, le machin dont les journaux répètent régulièrement que le sujet est "complexe".
Ce n'est plus si complexe une fois ce livre lu. Il est clair, concis, détaillé et ... révoltant (au bon sens du terme).
La première partie du livre détaille donc le fonctionnement de l'économie financière dérégulée. Il aborde tout le système et son évolution, avant d'étudier le mécanisme de la crise. Finalement, la logique est assez simple si tant est qu'on aie deux sous de culture en comptabilité. En résumé, ils se sont tous bercés d'illusions, mais comment ne pas le faire quand le système y incite et que les illusions valent, temporairement du moins, des milliards de dollars ? Dur. Et le système financier est si bien conçu que les voix rebelles y sont punies (dans des tableaux d'honneur, et autres gadgets précurseur de la "reputation value" annoncée par les écrivains de SF, comme C. Stross).
Ce qui s'est cassé la gueule, donc, pour le dire clairement, c'est l'idée de suppression totale du risque dans le marché des crédits. Comment ont ils réalisé cela ? Il suffit de prendre ses crédits (par exemple immobiliers, au hasard), de les mélanger dans une boîte noire (appelée SPV) et d'en ressortir des titres. La différence entre les entrées (qui sont le paiement des crédits) et les sorties (sous forme de titres) est que les titres sont catégorisés et qu'il y a une règle de répartition des défauts de paiement, c'est-à-dire quand l'argent ne rentre plus.
Bon, c'est plus compliqué que ça, mais je n'ai pas toutes les pages, ni tout le talent, qu'a M. Lordon pour expliquer tout cela. Le seul truc à retenir c'est que ce système se bercait d'illusions valables uniquement quand tout va bien, renforcées de leviers pour maximiser les gains, le tout arrosé de nombre d'assurances prises (la prochaine crise). Sauf qu'au premier coup de vent généralisé, comme une crise d'immobilier, tout le système éclate comme une bulle, *pop*. Et les leviers maximisent dans les deux sens, donc désormais, les pertes. Et comme les assurances ne fonctionnent que quand le problème n'est pas généralisé, le pire est encore à venir.
Mais M. Lordon propose des solutions. Et lui, contrairement aux économistes médiatiques habituels et habitués, qui nous vendent la soupe de la dérégulation à toutes les sauces mais ont méchante tendance à retourner leur veste quand la bulle éclate, M. Lordon, donc, n'a pas retourné sa veste et ce qu'il propose est dans la droite ligne de ses écrits antérieurs (on se rappele d'ailleurs son article "Les Disqualifiés" dans le Monde Diplomatique, nov. 2008).
Finalement, lui répond aux questions que je me posais depuis longtemps quant aux pétitions de principe fournies par les autres. La question "pourquoi ?" que j'applique à chaque pétition de principe, donc:
"L'économie de marché est ce qu'il y a de mieux". Pourquoi ?
"On ne peut plus s'en passer." Pourquoi ?
"Cela apporte tant à l'économie réelle." Pourquoi ?
Il est possible de remplacer par "prouve-le", ça marche aussi.
Bref, M. Lordon reprend au cours de son livre chacune de ces assertions et, y répondant, les démonte sévèrement, avec arguments. Lui ne se contente pas de pétitions de principe et autres paralogismes.
Les solutions qu'il propose semblent méditées depuis longtemps, d'ailleurs.
Utilité au militant de gauche :
Au-delà de la rage provoquée, ce livre apporte beaucoup.
- Déjà, il permet de comprendre dans le détail le mécanisme de la crise. Disons avec un niveau de détail suffisant, car le mécanisme a été répété sur lui-même de nombreuses fois, mais ne complexifie qu'un système erroné à la base (diffuser et augmenter le risque en croyant l'avoir supprimé).
- Ensuite, il permet de répondre au discours ultra-libéral. Il permet déjà de poser des "pourquoi" à la fin de chacune des justifications habituelles, ce que les journalistes ont à mon avis cessé de faire depuis longtemps, hélas. L'économie financière régulée a fonctionné parfaitement pendant 40 ans. Les banques se sont passé pendant des décennies de la titrisation, elles pourraient à nouveau s'en passer. L'économie financière n'apporte que très, très peu à l'économie réelle comparativement aux sommes d'argents générées (totalement artificiellement, on peut parler d'économie virtuelle). Les banques sont des organismes censés prendre des risques raisonnables et les porter, pas s'en débarasser sous le premier tapis venu, même si des rentabilités mirobolantes miroitent à l'horizon comme tout bon mirage qui se respecte.
- Enfin, il propose des solutions : de réglementation du système, de nationalisation des places financières, de primes arithmétiquement reliées au profits/pertes des traders, etc. Des solutions qu'il détaille à la fin de son ouvrage et sont la logique suite de tout ce qu'il a décrit. Des solutions que les partis de gauche pourraient examiner et éventuellement inclure dans leur programme, pourquoi pas ? Je vois au moins trois partis qui pourraient commencer à baser leur réflexion sur les propositions de ce livre.
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