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lundi 17 juillet 2017

La Servante Ecarlate

Il y a bien des années, une lectrice de ce blog m'a envoyé le livre de Margaret Atwood, La Servante Ecarlate. J'ai essayé de le lire à plusieurs reprises mais je galérais. Non que c'était mal écrit mais parce que la description de l'univers du personnage me mettait très mal à l'aise. Arrive Trump, GamerGate et autres connards machistes, avec un pic global et international de machisme puant (y'a qu'à voir les commentaires débiles qui ont accompagné les sorties des nouveaux opus de Star Wars, Wonder Woman et Ghostbusters, ou la réaction d'hier à l'annonce d'un Docteur féminin*). Et on reparle d'abord, comme d'habitude, de 1984 mais, et c'est plus surprenant, de La Servante Ecarlate ("The Handmaid's Tale" en vo) : Emma Thompson en achète des exemplaires pour les distribuer, une association de défense des femmes fait un happening basé dessus à Washington, etc.
Pourquoi ? Mais parce qu'on avait pas collé autant de bâton dans les roues des femmes depuis bien longtemps (et je soupçonne fortement que la mort de Simone Weil ne va pas arranger les choses en France).

La Servante Ecarlate est le récit, à la première personne, de la vie d'une "Servante". Dans des USA du futur, une dictature "chrétienne" s'est installée et a établi un ordre des choses pour les femmes proprement affreux. Il leur est attribué un rôle définitif : Epouse, Econofemme, Martha (cuisinière, femme de chambre, etc.) ou Servante. La couleur de leurs vêtements est définie. Il leur est interdit d'apprendre à lire, etc. La catégorie des Servantes (la narratrice) est dédiée à la reproduction. Si un mariage est stérile, on fournit à un homme une Servante, qui sera chargée de porter un enfant pour le couple (la GPA mais pas pour tous, uniquement les puissants). Le rôle de la Servante, toute vêtue de rouge, est absolument limité à cela : être un "vase". La narratrice est une Servante de la première génération de femmes à subir cela. Elle a eu une vie, avant : elle avait un mari, un enfant, qu'elle a perdus dans une tentative d'évasion échouée.
Il y a un épilogue sous la forme d'une étude historique de ce roman par des historiens cent ans après les faits, qui ajoute des informations de contexte. Ce n'est pas sans faire penser à Rêves de Fer dont j'ai parlé ici aussi.

Pourquoi ce roman est-il si difficile à lire ?
Déjà parce que je découvre avec horreur que nombre d'humains sur cette terre ont de la merde puante entre les oreilles (lisez "gamergaters", "broflakes" etc.) et que l'avenir décrit n'est pas super éloigné de certains de leurs idéaux. C'est pas nouveau mais, depuis quelques années, ça a cessé de se cacher sous les pierres où ça aurait dû rester.
Ensuite parce que le récit à la première personne fait part d'une résignation qui est difficile à accepter quand on lit plutôt des romans pour s'évader. Non, la narratrice n'est pas un héros. Elle a du mal mais accepte plus ou moins son sort, en étouffant ses sanglots. Ce qui serait la réalité pour la plupart d'entre nous confrontés à toute forme de totalitarisme. C'est dur d'accepter de voir la médiocrité dans un miroir, même déformant. Et pourtant...
Enfin parce que, quand on regarde le monde : ce futur, ou une variante d'icelui, n'est vraiment pas loin, bon sang (voire, existe déjà dans certains pays).

Un roman qui n'a cessé de me retourner tout au long de la lecture. Un roman fort, qui provoque une sacrée émotion, même si désagréable, est un BON roman.

Lisez-le.

La version qu'on m'a donnée.


Je vais voir si je peux emprunter le film à ma médiathèque, moi...

NB : merci encore, Ivy. J'aurais dû lire ce livre bien plus tôt !

EDIT : je viens d'apprendre qu'une adaptation en série télé était en ce moment même en cours de diffusion. Je ne l'ai pas vue mais, ce que j'en entends, vous pouvez foncer. http://www.lemonde.fr/televisions-radio/video/2017/06/27/pourquoi-la-serie-the-handmaid-s-tale-est-incontournable_5151842_1655027.html
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* : si un Docteur de sexe féminin vous pose problème, c'est que vous n'avez pas écouté ce que le Docteur vous a dit dans chaque. Putain. D'épisode.

lundi 14 septembre 2015

La censure, ça ne marche pas. Jamais.

Vous êtes-vous déjà posé la question : "Mais ça sors d'où, ce sticker ?"

Parental Advisory : Explicit Content
Eh bien au milieu des années 1980, une bande de fans de censure s'est rassemblée, comme cela arrive à chaque nouvelle lune aux Etats-Unis pour interdire/prohiber un truc nouveau. Cette fois, le sexe dans les paroles des chansons.

Au passage, c'est fou ce que les êtres humains ont des problèmes avec leur méthode de reproduction ou leur kiki, je suis sûr que tous ces gens préfèrent utiliser l'insémination artificielle plutôt que de faire la bête à deux dos mais ça impliquerait encore trop de choses sales à leurs yeux. Il leur reste l'adoption... Et il paraît que la science va bientôt fournir des utérus artificiels. Enfin des gamins obtenus sans aucune sexualité. Ils doivent piaffer d'impatience.

Passons.

En 1985 donc, la femme d'Al Gore et ses copines ont reproduit les mêmes idées idiotes que celles qui avaient mené à la Prohibition aux Etats-Unis. Peut être, d'ailleurs, que comme pour celle-ci, les politiques de l'époque avaient décidé dans les années 80 de tenter d'en faire une question clef des élections suivantes. Un peu comme tous ceux qui, aujourd'hui, exploitent la xénophobie ambiante pour se faire élire un peu partout en Europe et dans le monde.

En tout cas, le PRMC avait l'oreille du sénat (faut dire qu'on parle de la femme d'un sénateur) et essayait d'obtenir que des labels apparaissent sur les disques et cassettes, voir sur les concerts, les vidéos et, si on peut, sur le front des chanteurs, aussi, on gagnera du temps. Lors de l'audition du sénat, on notera l'intervention très intéressante de Frank Zappa, dont la transcription se trouve là. Vous pouvez aussi trouver l'enregistrement vidéo sur youtube. A lire en écoutant un album de Zappa (si possible Frank Zappa Meets The Mothers Of Prevention).

Au final, après tous ces débats, que s'est-il passé ? Hé bien les majors audio ont décidé d'elle-même de coller un label sur leurs disques. On notera d'ailleurs que il n'y a pas de loi aux US obligeant les compagnies de cinéma à faire noter leurs films (R, X, etc.) mais que les cinémas eux-mêmes refusent de passer certains films sur la base de ces notes, ce qui fait que certains réalisateurs/producteurs censurent d'eux-même pour obtenir le label PG qui permet à un film de gagner plus de sous que "R". De même qu'aujourd'hui, le marché du cinéma en Chine est devenu tellement important que les maisons de productions américaines commencent à formater les films pour ce public, jugé encore plus rentable que les US (cf. Canard Enchaîné il y a quelques semaines).

Résultat (sur tous les fronts) :
- la prohibition américaine a enrichi les trafiquants d'alcool et a dû être retiré
- les albums avec le logo ont tendance à se vendre plus que le même album sans le logo
- les murs n'ont jamais résolu le "problème de l'immigration"
- Internet, le téléchargement de musiques et films a fait plus pour la culture et les auteurs que toutes les majors compagnie sur toute leur existence.

On remarquera que pour l'alcool, la drogue, Internet ou la musique, c'est éternellement l'argument "pensez aux enfants" qui revient sur le tapis. Pour rappel, si vous voulez interdire/censurer quelque chose, quoi que ce soit, il vous faut invoquer (au moins) un des quatre cavaliers de l'infocalypse : terroristes, narcotrafiquants, pédophiles ou blanchisseurs d'argent.

mercredi 10 décembre 2014

Pirate Bay est offline



Bref, comme il le dit mieux que moi, je préfère vous laisser lire un article complet, bien écrit et concis sur le sujet. Allez, allez... La médiocrité intellectuelle de la classe politique, tout pays et partis confondus, de notre époque est sans égale dans toute l'Histoire.

lundi 7 juillet 2014

Le Metatron a bien raison...

... dans le film Dogma (K. Smith) : Honestly, you bottom feeders and your arrogance, you think everybody's just trying to get in your knickers.

Notre civilisation, et là, je parle de l'ensemble de la planète, a une étrange relation de honte et de haine envers les zigounettes et les zézettes. Nous avons peur et honte de notre sexualité et, ainsi même, de ce que nous sommes. On nous as éduqué à cacher, planquer et taire ce qui, au fond, est peut être la plus belle chose que peut faire l'être humain.

Il est ainsi fascinant de voir qu'un film présentant des morts, des guerres et des éviscérations sera tout public ou, en tout cas, lèvera peu de sourcils. Au JT, on vous montrera sans fards la dernière décapitation dans un pays lointain, le petit gamin en train de mourir de faim dans un autre, les corps déchiquetés dans un carambolage, etc. Si deux types se foutent sur la gueule à grandes mandales dans la rue, il y aura bien peu de réactions.
Par contre, les scènes de sexe causeront toujours une limitation de l'âge d'accès à un film. On mettra des mires sur les vidéos et des pastilles sur les photos dans les médias quand il y a de la nudité. Si une paire de personnes étaient nues dans la rue, les flics débouleraient dans les 5' (et là je parle pas de faire l'amour, hein - d'ailleurs, l'exhibitionnisme n'existe que sur la base du dépassement d'un interdit).

Franchement, ça me dépasse. La mort et la violence c'est ok mais l'amour et la sexualité c'est mal ? Faut pas s'étonner, alors qu'on aie des tas de problèmes en tant que société et des palanquées de névroses en tant qu'individus. A ce titre, plus une société est ouverte sur ce genre de sujets, moins elle a de problèmes (comme évoqué dans un billet précédent, les pays qui ont le plus d'ouverture au niveau éducation sexuelle ont le moins de problèmes de grossesses non désirées, les plus basses stats de violences sexuelles etc.). Bref, on est terrifiés par nos pipis. Aussi, rien d'étonnant que la plupart des questions sur le naturisme tournent autour des kikis. Entre ceux qui s'inquiètent de leur potentielle érection, ceux qui sont persuadés que les plages nat' sont des réserves de pervers (ce en quoi ils n'ont pas  toujours tort mais ce lieu, le Cap d'Agde, est devenu ainsi parce que des trouzaines delibertins ont envahi les lieux au grand dam des naturistes. NB, je n'ai rien contre les libertins mais si les médias et les concernés pouvaient avoir le bon goût de faire la différence entre libertinage et naturisme, ce serait mieux pour tout le monde), ceux qui affirment que ça doit tuer la sexualité et, enfin et surtout, le mais est-ce que vous pensez aux enfants?! éternel. Le préjugé, l'avis péremptoire sont de rigueur.

Pour répondre à tout cela, la Fédération Française de Naturisme a réalisé une plaquette. Je doute que quiconque en dehors des naturistes eux-même et des excellents lecteurs de ce blog, le lise, mais c'est dommage. Dommage parce que ça répond aux questions, interrogations et inquiétudes. Ça me rend triste, quelque part.



Vous pouvez la télécharger ICI

Le livre est divisé en plusieurs chapitres, un par sujet (la sexualité, l'adolescence, les enfants, etc.) et répond par expérience, statistiques et études à toutes les questions habituelles. C'est court et très bien fait. Lisez-le.
A noter que les naturiste eux-mêmes sont influencés par la même tendance à la censure. Eux répètent que le naturisme est totalement dénué de sexualité. A croire que c'est un ordre monastique. Non, ce sont des gens normaux, qui vivent normalement une vie normale, avec de la joie et de la peine, de l'amour et du sexe, du jeu et des coupes du monde foot à la télé. Normaux. Et mettre ou non des vêtements n'est, finalement, pas une clause sine-qua-non pour être un humain normal.

lundi 30 juin 2014

Easy, Hélène... (1/3)

Salut tout le monde. Ça faisait un bail, hein ? Ouais, je sais. Moi aussi. Une telle absence a beaucoup de raisons. La première c'est que j'ai principalement lu des livres non-fichables. Mon horizon commence à se dégager. Et, pour célébrer ce rapide retour, voici un retour sur plusieurs livres, traitant du même sujet, et que j'ai lus en parallèle parce que le sujet m'intéresse énormément.

Beaucoup ont entendu parler du Sous Commandant Insurgé Marcos. Il était le porte-parole de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN pour Ejercito Zapatista de Liberacion Nacional). Et, à ce titre, il rédigeait nombre de leurs communiqués et ce avec un talent rare. Ils ont été regroupés, en 1996, en deux volumes sous le titre ¡Ya Basta! édité chez Dagorno, pour un total de plus de 1100 pages ne représentant que les quelques premières années des communiqués officiels, classés dans l'ordre de publication (à une exception près, qui est un communiqué conçu pour servir de préface à ce type de recueil). Ces communiqués ont la grande qualité d'être abondamment annotés par des spécialistes de l'histoire récente du Mexique, ce qui permet de replacer les communiqués dans leur contexte et d'inclure une bonne partie de l'histoire de l'insurrection.

¡Ya Basta! tome 1 aux éditions Dagorno, ISBN 2910019330



Avec le sous titre "Les insurgés zapatistes racontent un an de révolte au Chiapas", ce livre rassemble les communiqués de l'EZLN de janvier 1994 à octobre 1994.
Le premier janvier 2014, c'était le 20è anniversaire du soulèvement zapatiste. Le matin du premier janvier 1994, alors que tout le Mexique se réveille avec la gueule de bois d'un nouvel an bien arrosé, une armée d'insurgés, cagoulés, prends plusieurs villes lors d'un coup de force dans l'état le plus pauvre du pays, le Chiapas. Pour remettre les choses dans leur contexte, il faut se rappeler qu'à l'époque:
- un parti politique règne sans partage depuis la dernière révolution sur le pays, les élections étant une étrange forme de plébiscite sans réel enjeu.
- le Chiapas est un petit état montagneux, dont la population est en grande majorité indigène. C'est l'état le plus pauvre du pays avec de très fort taux d'analphabétisme, de pauvreté, de malnutrition, d'exclusion. C'est aussi l'état dont était originaire Emiliano Zapata, l'une des deux figures de proue de la révolution de 1910. Enfin, c'est aussi l'un des états les plus riches en matières premières (dont le pétrole et le café).
- l'ALENA vient d'entrer en vigueur et cet accord est très loin d'être en faveur de la population mexicaine.
- Carlos Salinas de Gortari, le président de l'époque, vient de faire passer un accord révisant l'article 27 de la constitution mexicaine, essentiel dans un pays où le droit à la terre est le sujet d'un très grand nombre de conflits et d'ailleurs de la révolte de E. Zapata. Cet article 27 était un pré-requis de l'ALENA et autorisait la privatisation de terres qui avaient étaient mis en gestion communale pour les paysans (ejidos).
- les enlèvements, emprisonnements, meurtres et tortures d'opposants politiques et d'intellectuels sont monnaie courante.

Dès les premiers communiqués, l'EZLN annonce ses intentions. Ils se battent pour obtenir : une démocratie réelle, la justice, l'accès à la terre, l'égalité, l'accès aux soins et à la dignité. Ces demandes ne bougeront pas d'un pouce au cours de l'année.
L'intérêt de lire ce recueil de communiqués est double.

D'une part, on y voit l'évolution de la situation. Comment survivre dans un conflit armé face à un gouvernement qui n'hésitera pas ? En faisant une utilisation intelligente de l'opinion publique internationale. L'EZLN n'est pas tombée dans les pièges habituels de la plupart des insurrections, c'est à dire réclamer des choses d'abord pour soi ("Tout pour tous. Rien pour nous." est un leitmotiv qui revient sans cesse), de ne s'exprimer que par la violence (l'EZLN convoquera des états généraux qui accueilleront près de 5000 personnes), de refuser les chemins légaux (l'EZLN aidera même les élections présidentielles de 1994 sur le territoire qu'elle contrôle), d'éviter le culte du chef (à part un porte-parole identifié, les zapatistes sont anonymes et son commandement ne s'exprime que par des communiqués) et un réel fonctionnement démocratique ("Commander en obéissant" est le second leitmotiv).
Au fur et à mesure de l'avancée de l'année, on voit l'évolution de la mentalité, les espoirs lors des discussions avec le gouvernement, le souhait d'une issue parlementaire. On voit aussi que l'EZLN a su dépasser le marxisme, en appelant, non au "prolétaire" messianique cher à une certaine extrême gauche, mais à la société civile dans son ensemble, aux gens de bonne volonté, aux intellectuels honnêtes, etc. En fait, quiconque souhaite faire avancer le pays dans une direction favorable à la démocratie et au peuple est le bienvenu pour filer un coup de main. Ils ont aussi su dépasser le guévarisme, en souhaitant unifier toutes les formes de lutte et en déclarant qu'ils auraient préféré ne pas avoir à entrer en conflit armé et aimeraient que les voies légales soient de nouveau ouvertes et privilégiées.

D'autre part, on voit aussi le génie littéraire du SCI Marcos. Il faut le dire, ce type sait grave écrire. Les communiqués sont clairs, droits, précis et directs. Les écrits plus personnels sont drôles, touchants, émouvants ou forts. Certains sont des contes, d'autres des poèmes. On y découvre la vie des enfants zapatistes, des contes et légendes servant de paraboles, des rappels d'Histoire et des statistiques sur le Chiapas. On y découvre l'humanité derrière la cagoule. Et il faut dire que quand on se bat "pour l'humanité et contre le néolibéralisme" il est important que l'humanité ne soit pas oublié. Trop souvent, les affiliés marxistes promettent un lendemain de joie et bonheur au prolétaire après le Grand Soir mais oublient d'être humains avant. La Révolution n'est pas un dîner de gala. Peut être, mais pourquoi devrait-on oublier de s'amuser ? Les Zapatistes dansent, chantent, font la fête et écrivent des poèmes. Ils n'oublient pas d'être humains même quand leurs territoires sont entourés de blindés et que les avions de combat vrombissent au-dessus de leur têtes. L'humour est une arme essentielle dans l'arsenal.

Ce tome se termine par des communiqués très sombres : les négotiations n'ont pas porté. Un nouveau président est élu avec des mécanismes de fraude massifs. L'armée se rassemble autour des territoires et un nouvel assaut n'est qu'une question d'heures. "Après un an, rien n'a changé, ici..."

Note : ceci est le premier de trois billets sur le sujet.

vendredi 18 avril 2014

Liberté d'expression

Source : XKCD

Traduction rapide:
Annonce du service public :  Le droit à la liberté d'expression (USA) signifie que le gouvernement ne peut pas vous arrêter pour vos paroles.

Cela ne signifie pas que quelqu'un d'autre doit écouter vos conneries. Ou les héberger. Le 1er amendement ne vous protège ni des critiques, ni des conséquences. Si on vous crie dessus, vous boycotte, annule votre spectacle, vous bannit d'une communauté internet, votre droit à la libre expression n'a été nullement violé. C'est juste que les gens qui vous écoutent pensent que vous êtes un trou du cul et vous montrent la porte.

C'est assez vrai aussi en France.

lundi 10 février 2014

Ca pourrait se passer près de chez vous.

L'autre soir, j'ai regardé le film God Bless America, de Bobcat Goldthwait. L'histoire : un américain banal vit à coté d'un couple de débiles, travaille avec des crétins et regarde de la merde à la télévision. Tout le monde se reconnaîtra dans son portrait ainsi que dans la critique qu'il fait de la société, ici hautement caricaturée mais finalement pas si éloignée de l'état actuel des choses. Lorsqu'il découvre qu'il va mourir d'une tumeur cérébrale, il s'embarque dans un road trip où il va buter les gens qui le gonflent, accompagné par une jeune ado qui partage son ras-le-bol.



Ce film s'incrit dans la lignée de pas mal d'autres films. Je pense d'abord à Chute Libre (1993), où un homme vient de perdre son emploi, en as ras-le-bol et va se retrouver dans une spirale de violence. Je pense ensuite vaguement à Idiocracy (2006), où la société est submergée par de plus en plus de débiles. Je pense, enfin et surtout, à C'est Arrivé Près de Chez Vous (1992) où, pour un reportage de télé-réalité, on suit un tueur en série. On ajoute à cette liste Natural Born Killers (1994) qui a bien ce principe du roadtrip d'un couple de spree-killers, sans la critique de la société (quoique, il y a quand même une critique de la télévision qui transforme les deux tueurs en stars de télé).

Avez-vous remarqué la proximité des dates de sortie de tous ces films ? C'est une tendance forte des années 90. D'ailleurs, la décennie se termine sur Fight Club (1999), où le consumérisme est critiqué via une étonnante auto-destruction.

Le gros défaut de God Bless America, c'est son manque de recul. Il s'agit d'un défouloir. On nous fait adhérer aux personnages principaux, qui accomplissent un truc dont on a toujours - dans un gros moment d'énervement - rêvé, saupoudré de quelques slogans bien sentis ("A quoi bon parler de civilisation quand plus personne ne veut se comporter en civilisé ?"). Et ? Et c'est tout.

Le génie de C'est Arrivé Près De Chez Vous, c'est de parvenir à accomplir une critique de ceci. L'assassin, Benoît, est moqueur, drôle et attachant. On le trouve de plus en plus sympathique. On devient son pote au cours de la première moitié du film... Mais au milieu du film, un instant d'horreur, auquel le spectateur-voyeur participe par le truchement de son inclusion à l'équipe de tournage du film (son oeil-caméra) fait réaliser, rétrospectivement, l'horreur de tout ce qui a précédé. Le piège s'est refermé et, à partir de cet instant, le spectateur s'est pris la leçon dans la trogne et la seconde moitié du film achève la punition pour avoir adhéré à la première moitié.

God Bless America, au contraire, tombe dans le piège facile qui est de faire ce qu'il critique au début. Le personnage abandonne sa sacro-sainte civilisation et finit par devenir ce qu'il déteste sans qu'à aucun moment le film ne se pose la question. Dommage. Reste quelques bonnes répliques...

God Bless America, sorti le 11 septembre 2011 (je doute que ça soit un hasard)
de Bobcat Goldthwait

jeudi 6 février 2014

Les ressources humaines du futur

Hier, je suis allé voir une excellente pièce de théâtre, intitulée Contractions, au théâtre Paris Villette. C'était excellent. Deux actrices : Emma est managée de près dans une entreprise moderne, tout de blanc, de chrome et de design, avec des méthodes de management et d'accompagnement des employés fort modernes. CLEER ne renierait pas ces méthodes. Pas plus que le Complexe Alpha.



Dans la conjecture actuelle, il est évident que Emma ne retrouverait pas du travail si elle venait à perdre celui-ci et l'entreprise veille à ce que tout soit parfait pour ses employés et leur productivité. Ainsi, ceux-ci se doivent de fournir des détails précis quant à leurs relations amoureuses au travail. Un geste, un regard, tout ceci peut affecter la productivité des autres et des procédures modernes, efficaces et issues de recherches avancées permettent d'en tirer les conséquences et de prendre les décisions qui s'imposent.

Au cours d'une douzaine d'entretiens entre Emma et son manager, on va voir évoluer la situation de cette employée au sein d'une entreprise Kafkaïenne qui ne veut, évidemment, que son bien. Au début, l'aspect Big Brother est amusant et fait rire. Un peu comme dans C'est arrivé près de chez vous, l'aspect sympathique et amusant nous fait presque adhérer au sujet. Et puis, comme dans le film, un acte d'une horreur barbare nous remet les pieds sur terre et nous renvoie à notre adhésion, notre docilité quant à une situation qui n'avait dès le début rien d'amusant.

Les actrices sont très très fortes : dans l'idée, elles se font face mais grâce à un jeu parfait, elles arrivent à jouer la totalité du spectacle face au public, ce qui permet de mieux voir le jeu d'émotions qui leur traverse le visage.

Au niveau des idées, tout y est. Du rêve humide des managers modernes qui voudraient tout contrôler et transformer leurs employés en drones à la dissolution des responsabilité dans une fantomâtique hiérarchie qui serait toute puissante ("c'est pas moi, c'est la politique de l'Entreprise") en passant par les réorganisation iniques et les entretiens réguliers inutiles. Je pense que les lecteurs de Cleer (L.L. Kloetzer) prendront un plaisir particulier à voir cette pièce.

Contractions
Une pièce de Mike Bartlett (ISBN 9781408108680)
Jusqu'au 8 février 2014 au théâtre Paris-Villette à 20h30 voir sur le site officiel

lundi 30 septembre 2013

La répression personnelle peut mener à l'opression de masse

Hier soir, j'ai regardé pour la première fois le très sympathique Pleasantville. Il s'agit d'une comedie dramatique plutôt amusante et gentille bien qu'un peu longue à démarrer. David, joué par Tobey Maguire, et sa soeur (Reese Witherspoon) vivent avec une mère divorcée un peu cougar sur les bords. David, le quotidien ne lui plaisant guère, se réfugie dans un visionnage passionné d'une série télé américaine des années 50, Pleasantville. Dans cette série, tout le monde vit une petite vie parfaite, toujours identique, heureuse et dénué de changements.
Un soir, David et sa sœur se fritent sur le contrôle de la télévision et, pour une raison anecdotique, se retrouvent transportés dans la réalité de la série, cette réalité de carton pâte d'un rêve américain fantasmé qui n'a jamais existé.

Pourquoi je vous en parle ?

En fait, la sœur du héros, un peu délurée, va faire découvrir le sexe à ces personnages qui n'en ont aucune connaissance, pas même leurs parents (si si). A partir de là, la réalité va se modifier pour adopter de nouveaux paramètres et un nouveau paradigme (les choses peuvent brûler, l'équipe locale peut - gahsp - perdre ses matchs, les choses peuvent devenir en couleurs). L'intéressant, c'est au final que le scénariste de ce film dénonce, d'une manière très légère et gentille, le réactionnariat, le désir fondamental de revenir vers un paradigme idéalisé ne pouvant plus exister. On a peur du changement et on aime être en meute, c'est humain. Entre les livres qui brûlent, les magasins interdits aux "personnes de couleur" et l'apartheid naissante, on est dans du sujet grave.

Pour réutiliser les mots du réal' : Ce film explique que la répression personnelle sert de terreau à une oppression politique plus large... Que lorsque l'on a peur de certains aspects de nous mêmes ou qu'on a peur du changement, nous projetons ces peurs sur d'autres choses, et un tas de situations sociales très moches peuvent se développer.

Ainsi, sous des dehors d'une comédie simplette, le film présente de manière légère des problématiques lourdes. Je pense que ça peut faire un bon point de départ pour discuter avec le p'tit neuveu ou "piéger" gentiment un tonton réac'. Un genre de métaphore un peu gros sabot emballée dans un gros bonbon sucré.

Et pis ça permet aussi de passer un chouette moment.

mardi 3 septembre 2013

lundi 5 août 2013

Rappel

(vu sur G+)

Ce à propos de quoi on devrait vous informer :
  • Pourquoi les chauves souris meurent par millions
  • Pourquoi les abeilles meurent par milliards
  • Pourquoi les populations aviaires sont en chute libre
  • L'acidification des océans
  • La fonte des calottes glaciaires
  • La déforestation
  • Les dangers de la fracturation du gaz naturel
  • La pollution des sables bitumineux et ses dangers
  • La décapitation des montagnes
  • Les OGM, Monsanto et les problèmes causés par les pratiques agricoles toxiques
  • Les pénuries alimentaires potentielles à cause de la sécheresse, de l'épuisement des sols et de la chute des populations d'animaux sauvages
  • Les strates aquifères polluées et/ou épuisées
  • Comment faire pousser de la nourriture
  • Les dangers de la pollution industrielle
  • Les mensonges de votre gouvernement
  • Les mensonges du système financier
  • Comment on viole vos droits et vos libertés
  • Les centrales nucléaires vieillissantes, branlantes et endommagées
  • Les réalités de la guerre
  • Les résidus des munitions à l'uranium appauvri
  • La croissance de l'industrie pénitentiaire aux états unis
  • Les mensonges de la Guerre Aux Drogues
  • Comment en finir avec les carburants fossiles
  • La permaculture et un régime de vie durable
  • L'importance de la nourriture bio

Ce dont les médias vous parlent :
  • Qui a été tué
  • Lyndsay Lohan
  • Qui a dit quoi n'a guère d'importance
  • Kanye West et Kim Kardashyan 
  • Les poursuites en voiture
  • Justin Beiber
  • Qui divorce
  • Les exercices d'abdo de la First Lady américaine
  • Les scandales sexuels
  • Les résultats boursiers
  • Qui est homosexuel
  • Combien de voitures se vendent
  • Pathos à Washington DC
  • Le marché immobilier
  • Le pathos sportif
  • Un peu de révisionnisme historique
  • Qui a reçu un prix
  • Scandales judiciaires
  • Le prix du gaz
  • Pathos de téléréalité
  • Qu'est-ce qui est en train d'être construit
  • Des trucs permettant de maintenir subtilement la peur
  • Voyages, loisirs
  • Qui a acheté un truc cher
  • Quelle coupe de cheveux se faire faire
  • Un peu de racisme, un peu de sexisme
  • Les produits à acheter
  • Qui a eu un bébé
  • Où manger
  • Quelle couleur porter
  • Des trucs pour rester "in"

Notre civilisation mérite ce qui lui arrive.

vendredi 19 juillet 2013

On y est. Jusqu'au cou.

Ce qui est, à mon sens, pure miséricorde en ce monde, c'est l'incapacité de l'esprit humain à mettre en corrélation tout ce qu'il renferme. Nous vivons sur une île de placide ignorance, au sein des noirs océans de l'infini, et nous n'avons pas été destinés à de longs voyages. Les sciences, dont chacune tend dans une direction particulière, ne nous ont pas fait trop de mal jusqu'à présent ; mais un jour viendra où la synthèse de ces connaissances dissociées nous ouvrira des perspectives terrifiantes sur la réalité et la place effroyable que nous y occupons : alors cette révélation nous rendra fous, à moins que nous ne fuyions cette clarté funeste pour nous réfugier dans la paix et la sécurité d'un nouvel âge de ténèbres.
Dans l'abîme du Temps - Howard Philips Lovecraft 

Vous me pardonnerez l'usage de ce qui doit être la citation la plus célèbre du type mais c'est en gros l'effet que ça m'a fait de lire le livre attribué à Julian Assange. Je dis attribué parce que c'est en fait le compte-rendu d'une conversation entre Julian Assange, Jacob Appelbaum, Andy Müller-Maguhn et Jérémie Zimmermann.

Ce qui suivent ce blog ont pu lire, à intervalle régulier, mes coups d'sang à propose de l'une ou l'autre nouvelle loi, réglementation ou mouvement visant à réduire/censurer/diviser/rendre inaccessible Internet et l'information. SOPA, ACTA, PIPA et toute cette cohorte que les gouvernements et corporations tentent de mettre en place sous tout un tas d'arguments tous aussi fallacieux les uns que les autres : lutter contre les pédo-nazi-terroriste-dealers de drogue, sauver le cinéma, la démocratie, le monde, la musique, le livre, la télévision, etc. Jusqu'à présent, quelques trop rares personnes très motivées ont réussi, au péril de leur vie parfois, à empêcher ces lois de passer. Ce qui n'empêche rien. On a découvert des "lois secrètes" (si si). Ca n'a jamais empêché les gouvernements de vouloir tout surveiller, pomper, analyser jusqu'à une orgie de surveillance dont la Stasi et toutes les polices secrètes dictatoriales avaient seulement rêvé.


Mais jusqu'à présent, je n'avais pas rassemblé les morceaux épars du puzzle. Ce livre, au fur et à mesure de la conversation, le fait. Et le panorama, une fois assemblé les morceaux, est littéralement tétanisant d'horreur.

Avec un langage simple, des explications très claires et une discussion fort intéressante, on découvre l'effroyable faisceau d'intérêts qui pourrait mener à une société dont je ne crois pas qu'Orwell et Kafka aient pu songer dans leurs cauchemars glaciaux les plus noirs.

J'ai peur. Vraiment.

Menace sur nos libertés, de Julian Assange avec Jacob Appelbaum, Andy Müller-Maguhn et Jérémie Zimmermann
chez Robert Laffont, ISBN n°2221135229

Ce billet ayant été réalisé dans le cadre du Civblogger 2013, je me permets de demander à Alias, Thomas B. et aux corbeaux de lire un truc chiant. ;)

mercredi 17 juillet 2013

Une vidéo fascinante

C'est ici :


En gros, plus vous avez de pognon dans la vie (ou dans un jeu) et plus vous pensez que vous méritez tout ce que vous avez, avez le droit de donner des ordres, de briser la loi etc.
Amusant, parce que je pense que ça explique aussi pourquoi quand certaines victoires sont questionnées dans des jeux de société, la réponse pavlovienne est "mauvais joueur", quels que soient les arguments avancés par le perdant. On le voit avec le Monopoly.

mercredi 29 mai 2013

Le rucher aux makerz.

J'ai pas encore lu le livre de Cory Doctorow mais vu que j'ai participé à des initiatives de ce genre, je me disais que je pourrais en parler. Surtout que ça prend de la force selon de nombreux axes et que ça me fait plaisir. C'est dit. Pis c'est un peu une suite à mon billet précédent (et à plusieurs autres).

Depuis quelques années, la sous-culture des "Makers" (ceusses qui font) et, plus généralement, une culture du demerdozisch se développe sacrément, aidée en cela par les actuelles technologies de communication sociale. L'idée, en gros, c'est de mettre directement en contact le détenteur du savoir faire avec le demandeur de ce même savoir, ou de partager le savoir-faire autant que possible, ainsi que locaux, outils, etc. Il y avait déjà une forte culture des squats culturels (si j'ose dire) et c'en est aussi une extension. Je vais prendre un exemple : une amie a près de chez elle un bar où se rassemblent des gens dotés de savoir faire (bricolage, électronique, couture, tricot, etc.) et entre eux ou pour les gens qui viennent les voir, ils proposent de mettre à disposition leurs talents pour bricoler, réparer, recoudre, remettre en route. Créer, aussi. Des gens se rassemblent et font. L'avènement des imprimantes 3D, dont l'achat est coûteux et l'utilisation complexe, est une addition intéressante puisqu'en plus ils peuvent créer ou refaire des pièces avec cet appareil. S'ajoute à cela la mise sur le marché d'un ordinateur simplissime à très vil prix permettant tout un tas d'automatisations et de création, d'un OS libre (linux), etc, etc.

Il y a aussi le crowdfunding, qui a permis la réalisation de plein de projets (du simple porte clef rigolo à la réouverture de librairies en passant par le photojournalisme) en étant subventionné directement par la foule des gens intéressés par le projet. Ou encore flattr, dont j'ai déjà parlé.

Dernière de mes découvertes : la Ruche qui dit oui. Il s'agit de commander localement, en groupe, à des producteurs et d'aller chercher ses produits à la fin de la semaine chez un des membres. Si le producteur n'a pas assez de commandes alors la commande est annulée. La règle étant que les produits doivent venir de productions proches de "la ruche" (le membre qui va récupérer les produits pour tout le monde). C'est l'occasion, en plus, de rencontrer le producteur et d'échanger. On peut même proposer à la ruche ses compétence pour donner des cours ou aider les autres membres de la ruche.

Bref, il y a un début d'autogestion, d'auto-organisation, de réalisations en commun, à l'échelon humain, décentralisé, loin des circuits qu'on nous a imposés, au sein même du système. Et ça, putain, ça me fait sacrément plaisir. Bravo à tous, les gens.

lundi 13 mai 2013

Le travail n'est pas l'avenir

Je suis entrain de finir le célèbre texte de Paul Lafargue, le Droit à la Paresse, qu'il a écrit emprisonné à Ste Pélagie en 1833.


Dans son pamphlet, Lafargue réfute la conquête du droit au travail des ouvriers au XIXè siècle. Étant donné la nature du texte, nombre d'arguments sont éminemment discutables, cherchant le choc du slogan plus que la finesse du raisonnement.  Malgré les oripeaux agressifs et les logiques parfois spécieuses, il a raison sur un point : en quoi travailler et devenir esclave salarié est-il une victoire ? Faire bénéficier un autre des fruits du travail commun pour un salaire de misère, 15 heures par jour, femmes et enfants compris, serait donc une victoire ? Belle victoire que voilà, sachant que la boucle génère plus de misère à chaque itération et donc la nécessité de "plus de victoire encore" (entendez : travailler plus pour gagner moins).

De nos jours, la question mérite encore plus d'être posée, plus encore si on veut envisager l'avenir car il faut voir les choses en face : le travail, c'est le passé. Dans une merveilleuse société qui fonce en courant vers le Progrès technologique, on remplace de plus en plus "les cons par des machines" (je cite La Survie de l'Espèce). Y'a qu'à voir les caisses automatiques des supermarchés, le "Roomba" ou les robots que les japonais adorent produire. Ou alors, matez Matrix pour une version exagérément apocalyptique... Et comme la technologie s'améliore, le seuil où on n'a plus besoin de vous augmente chaque année. Donc on a une civilisation qui est vouée à créer de plus en plus de chômage puisque, simplement, quand on exporte pas le travail ailleurs, on l'automatise. Et l'exportation, ce n'est que la solution temporaire, au contraire de l'automatisation : profitez en pour vous pencher sur la notion de Singularité Technologique et surtout de ce qui la précède. Si notre civilisation a pour simple vecteur principal de générer de plus en plus de chômeurs par simple suppression de toute forme d'emploi, jusqu'à quand va t on se faire chier avec une économie dont le pivot de base, datant (c'est si moderne) du XVIIIè siècle, est le travail ?
On a une sorte de religion sociétale du travail. Il faut travailler. On vous forme dès l'école vers le travail. Quand vous serez grand, vous travaillerez. Jusqu'à ce qu'on vous mette au rebu... pardon, à la retraite. Ne serait il pas nécessaire d'entamer un changement de paradigme avant d'en crever ?

Pour tous les délires de posture que nos gouvernants font afin de ne pas faire sursauter la ménagère de moins de 50 ans devant son écran à propos du travail et de la réduction du chômage, les aides de toutes sortes ont augmenté, sous la totalité des gouvernements (oui, même celui de Koko). L'article de Mme Chollet dans le dernier Monde Diplomatique (mai 2013) est donc éclairant : même nos gouvernants ont inconsciemment le sentiment que le travail et la rémunération sont à décorréler. On a pas le choix : faudra bien vivre dans un monde dénué de travail. Le 22è siècle sera celui du chômedu ou ne sera pas.


Paul Lafargue : Le Droit à la Paresse - Réfutation du droit au travail de 1848
aux édition ALLIA, ISBN n°2-84485-020-0
Texte complet ici.

vendredi 3 mai 2013

Semences open source ?

Ces temps-ci, mes lectures et activités ont été assez peu en rapport avec ce blog. Voyage, dessin, photo, déménagement.
Désolé de l'absence.

Histoire que vous ne vous ennuyiez pas trop, voici un lien vers un sujet intéressant :
Les semences en open source.

J'ai un ou deux livres en cours dont je vous recauserai.

mardi 19 mars 2013

Assez, assez.

Cet article est complet, et donc essentiel, sur le sujet.
Sexisme chez les geeks et y remédier
Et pas de TL;DR s'il vous plaît. Je vous vois venir. Vous le lisez jusqu'au bout. Même si ça vous mets mal à l'aise.

Une partie notable de la communauté geek est sexiste à un niveau gerbatoire. Elle a aussi des vieux relents de racisme, de condescendance, de rape-culture, etc. Et le reste de la communauté traite cela en mode déni, autruche ou minimisation. Bref; elle ne gère rien.

Assez.

Tout cela il faut le combattre. Quand vous voyez ce genre de comportement autour de vous, réagissez. A noter que si vous ne vous reconnaissez pas dans les comportements décriés (et c'est tant mieux), il est de votre devoir de ne pas laisser les autres faire. Le concours passif est une complicité comme les autres. Même par inaction. Ne vous y méprenez pas. En disant cela, ce n'est pas "faut être avec nous ou contre nous". La seule chose qui vous est demandée est :
Si vous voyez quelque chose, dites quelque chose !

vendredi 8 mars 2013

Assez.

Aujourd'hui, c'est la journée internationale des droits des femmes. Abrégé par les pubards et les journaleux en "journée de la femme" parce qu'ils ont du mal au-delà de 3 mots de suite. Chaque année, c'est pareil, ça se transforme en journée de la blague machiste, florilège de bons mots bien pourraves, festival des meilleurs moments des épisodes de Capitaine Flam.
J'en ai ras le cul.
C'est pas comme si les 364 autres jours (+1/4 et parfois même une seconde intercalaire) étaient dénué de tout cela, bon sang. C'est aujourd'hui l'occasion de discuter un peu de ressenti, de se mettre un peu à la place de l'autre, de faire preuve d'un peu d'empathie et d'aller voir ce qui se passe pour elles dans le reste du monde parce que la situation est pas franchement à l'humour.

Regardez comme c'est rigolo :

/o\
  • En France métropolitaine, une femme sur dix est victime de violences conjugales (enquête Enveff menée sur des femmes de 20 à 59 ans victimes au cours de l’année 1999). 
  • En France, en moyenne, une femme meurt tous les trois jours des suites de violences au sein du couple.
(Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Violence_conjugale => étude du ministère de l'intérieur)
 
Alors calmez un peu vos jeux de mots poucraves qui sont de toutes manières les même chaque année et gardez-les pour le reste de l'année. Ou pour vous. Ou pour jamais, pour personne.

Merci.

jeudi 7 mars 2013

Il suffit de demander. Gentiment.

Amanda Palmer, ancienne moitié du groupe The Dresden Dolls, parle lors d'une conférence de TED de changer les mentalités sur le paiement de la musique et autres créations artistiques hautement distributives. En résumé : au lieu de les forcer à payer.... Demandez leur de payer. Un changement de paradigme important dans le cadre de biens transfinis. Et elle aune bonne expérience de son sujet, étant donné qu'elle est à l'origine du Kickstarter le plus réussi à ce jour.

Amanda Palmer, the Art of Asking

C'est en anglais, mais y'a un transcript disponible sur le site du TED.