Ca faisait très longtemps que je n'avais pas lu un livre me mettant autant mal à l'aise, mis à part La Servante Ecarlate, que je n'ai pas encore fini (pour cette raison, d'ailleurs) et dont je reparlerai. A la différence de ce dernier, cependant, le livre de Chris Hedges et Joe Sacco n'est pas une fiction. Il n'a rien d'une fiction. Et il est terrifiant. A coté de ce livre, Soleil Vert vous propulse dans un futur assez joyeux et enthousiaste.
Jours de destruction, jours de révolte est une série de 5 reportages faits par Chris Hedges et Joe Sacco. L'essentiel de la rédaction est accomplie par le premier, quand le second narre sous forme de BD quelques uns des témoignages ou illustre le texte. Ne vous y trompez pas : les illustrations et la forme dessinée sont tout autant terribles. Les quatre premiers reportages nous font visiter quatre lieux des Etats-Unis d'Amérique, quatre catastrophes humaines et/ou environnementales, quatre drames du rêve capitaliste. Tous ne sont pas dénués d'espoir mais on voit bien qu'il est difficile d'espérer contre un système omnidestructeur.
Premier arrêt, Pine Ridge, SD où plusieurs peuples ont été volés, spoliés et massacrés pour, enfin, être désormais laissés pour compte et abandonnés à crever comme des chiens sur le bord d'une autoroute estivale, dans un mélange de pauvreté et de désespoir, mâtiné de violence, de prostitution et de drogue. Ces derniers maux sont une constante sur un terreau aussi fertile pour eux.
Second arrêt, Camden, NJ. Une des villes les plus pauvres des USA, alors qu'elle fut très riche. Là aussi, avec ses ressources phagocytées par les élites mauvaises, les opérations de sauvetage n'ont fait au final qu'engraisser les destructeurs de la ville. Pauvreté, pillage, prostitution, drogue... Et l'avenir ne s'annonce guère radieux.
Troisième arrêt, Welch, WV, où les compagnies minières de charbonnage font carrément exploser les montagnes pour récolter le chabon à ciel ouvert. Les destruction sont visibles sur Google Maps si vous cherchez, tellement le paysage est ravagé mais les images satellites ne montrent pas toutes les boues toxiques, les poussières cancérigènes et toutes les saloperies qui pourrissent la vie des locaux, pris à la gorge entre des compagnies toutes puissantes et des élus achetés via les dons aux campagnes électorales.
Quatrième arrêt, peut être le pire mais aussi celui qui est étrangement porteur d'une lueur d'espoir, Immokalee, FL. Ici, ce sont les immigrés clandestins qui vivent dans des conditions difficile à différencier du pur et simple esclavage. Dénués de droits faute de papier, ils sont emportés dans un système qui les enferme dans la misère, l'exploitation. Ils gagnent un salaire, mais celui-ci est rongés par les marchands de sommeils et tous les vautours autour, les maintenant dans la pauvreté, prolongeant la durée de vie du système. Une horreur inhumaine et sans nom. Il me semble d'ailleurs que l'esclavagisme était listé comme crime contre l'Humanité. Alors d'accord, ils sont payés, mais c'est un nuage de poudre aux yeux. La lueur d'espoir ? Ils ont commencé à s'organiser et à faire des actions coup de poing qui leur ont permis de ne pas voir leur salaires encore baisser...
Cinquième arrêt, New York, NY. Les auteurs rejoignent le mouvement Occuppy Wall Street, porteuse d'espoir et de révolte. On sait malheureusement ce qui est advenu à cette vague d'espoir, et l'enthousiasme des auteurs en 2011 n'est pas partagé par le lecteur de 2013.
Un livre qui m'a mis dans une rogne noire.
Jours de destruction, jours de révolte de Chris Hedges et Joe Sacco
ISBN n°2754808760 chez Futuropolis
Fiches de lectures de divers livres, d'une utilité discutable mais néanmoins présente, à l'usage du lecteur de gauche.
Affichage des articles dont le libellé est syndicalisme. Afficher tous les articles
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jeudi 28 février 2013
lundi 12 juillet 2010
Prolétaires virtuels, unissez vous !
Définitivement, je pense que Cory Doctorow, éminent monsieur du blog Boing Boing, que je vous enjoins à suivre, est un auteur à lire. J'avais déjà fait part il y a quelques temps du plaisir que j'avais eu à lire Little Brother, que j'offrirais avec plaisir à tous les ados de ma connaissance s'il était traduit en français (wink, wink, nudge, nudge).
Doctorow a l'art de prendre un sujet d'actualité, de l'insérer dans une deuxième problématique qui existera sous peu et dont les prémisses se font déjà pressentir, et d'enrouler tout ça dans un roman pour jeune adulte bien écrit, avec une trame qui donne envie de dévorer l'ouvrage. Little Brother était ainsi : la surveillance - le Patriot Act - les aventures de Win5t0n et ses potes. For The Win, son nouvel opus dans la même gamme est de la même eau : l'économie - le gold farming - les aventures des IWWWW. Voire il traite d'un sujet de plus qui est le syndicalisme. et la qualité de l'histoire fait qu'on dévore aisément ce pavé en angliche mâtinés de cours magistraux sur les sujets traités. Si mes profs avaient eu cette plume, j'aurai eu des meilleures notes, je suppose.
L'histoire conte les aventures de plusieurs enfants de pays du tiers monde que l'on exploite pour leurs compétences en jeux vidéos, puisque les MMORPG donnent la possibilité de revendre les gains virtuels de ces jeux à des joueurs "riches" mais feignants contre du vrai argent. Cela existe déjà, cf. l'excellent article "Les soutiers des mondes virtuels" et l'article Wikipedia qui font des économies du jeu vidéo des économies de fait, tout comme le timbre était (est) une monnaie de fait. Suite à des nombreux désagréments directs face à leurs chefs mafieux, plusieurs de ces gamins vont utiliser les moyens technologiques à leur disposition pour s'organiser à une échelle internationale et réinventer le syndicalisme via les IWWWW, International Workers of the World Wide Web (parallèle avec les moribonds - hélas - IWW). L'aventure est nerveuse, le destin des personnages est tendu et ce jusqu'à la fin.
Bien sûr, restent les défauts du précédent livre : à nouveau, les personnages sont un tout petit peu "larger than life" : ils sont très très fort dans leur domaine. Mais soit, cela ne gêne pas.
Et le livre ouvre une belle page de réflexion sur économie et économie virtuelle, le fonctionnement du syndicalisme, etc. Bref, un livre bien écrit qui en plus permet d'avoir des bases pour entamer une réflexion personnelle. Si les ados de mon entourage lisaient l'anglais, je saurais quoi offrir à Noël. Editeurs français : vous attendez quoi, au juste ?
For The Win, de Cory Doctorow
en anglais chez Harper Voyager, ISBN n° 978-0007352012
Cory Doctorow ayant le bon goût d'agir en accord avec ses convictions, le roman est téléchargeable légalement ici.
Liens :
Ce qu'en dit Alias.
Ce qu'en dit Gromovar.
Doctorow a l'art de prendre un sujet d'actualité, de l'insérer dans une deuxième problématique qui existera sous peu et dont les prémisses se font déjà pressentir, et d'enrouler tout ça dans un roman pour jeune adulte bien écrit, avec une trame qui donne envie de dévorer l'ouvrage. Little Brother était ainsi : la surveillance - le Patriot Act - les aventures de Win5t0n et ses potes. For The Win, son nouvel opus dans la même gamme est de la même eau : l'économie - le gold farming - les aventures des IWWWW. Voire il traite d'un sujet de plus qui est le syndicalisme. et la qualité de l'histoire fait qu'on dévore aisément ce pavé en angliche mâtinés de cours magistraux sur les sujets traités. Si mes profs avaient eu cette plume, j'aurai eu des meilleures notes, je suppose.
L'histoire conte les aventures de plusieurs enfants de pays du tiers monde que l'on exploite pour leurs compétences en jeux vidéos, puisque les MMORPG donnent la possibilité de revendre les gains virtuels de ces jeux à des joueurs "riches" mais feignants contre du vrai argent. Cela existe déjà, cf. l'excellent article "Les soutiers des mondes virtuels" et l'article Wikipedia qui font des économies du jeu vidéo des économies de fait, tout comme le timbre était (est) une monnaie de fait. Suite à des nombreux désagréments directs face à leurs chefs mafieux, plusieurs de ces gamins vont utiliser les moyens technologiques à leur disposition pour s'organiser à une échelle internationale et réinventer le syndicalisme via les IWWWW, International Workers of the World Wide Web (parallèle avec les moribonds - hélas - IWW). L'aventure est nerveuse, le destin des personnages est tendu et ce jusqu'à la fin.
Bien sûr, restent les défauts du précédent livre : à nouveau, les personnages sont un tout petit peu "larger than life" : ils sont très très fort dans leur domaine. Mais soit, cela ne gêne pas.
Et le livre ouvre une belle page de réflexion sur économie et économie virtuelle, le fonctionnement du syndicalisme, etc. Bref, un livre bien écrit qui en plus permet d'avoir des bases pour entamer une réflexion personnelle. Si les ados de mon entourage lisaient l'anglais, je saurais quoi offrir à Noël. Editeurs français : vous attendez quoi, au juste ?
For The Win, de Cory Doctorow
en anglais chez Harper Voyager, ISBN n° 978-0007352012
Cory Doctorow ayant le bon goût d'agir en accord avec ses convictions, le roman est téléchargeable légalement ici.
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Ce qu'en dit Alias.
Ce qu'en dit Gromovar.
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