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jeudi 11 juillet 2013

"Je n'ai rien à cacher" et autre billevesées

Via les divers personnages fort intéressants dont je suis les publications, je suis tombé sur ce PDF, en anglais, intitulé "'I got nothing to hide' and other privacy misunderstandings" qui est extrêmement intéressant. L'auteur est un professeur de droit spécialisé dans la notion de "privacy" que je traduirai ici par "vie privée" même si "intimité" serait un meilleur équivalent, je pense. C'est aussi très court et, même si je vais tenter d'en faire ici une brève exégèse, je pense sincèrement que les 28 pages devraient être lues (si tant est que vous lisiez l'anglois).

Dès lors que l'on essaie défendre le droit à la vie privée, on tombe rapidement sur les mêmes litanies argumentaires :
- je n'ai rien à cacher (et seul ceux qui ont quelque chose à cacher ont à craindre)
- comment osez-vous mettre en regard votre petite vie privée en regard de la sécurité de (l'Etat, de la population du pays, des enfants, voire du monde)
- etc.
Et dans les arguments en faveur de cette défense, c'est souvent le Big Brother de G. Orwell qui sert d'épouvantail. De cette manière, l'argumentation entre les deux parties est bien verrouillée, les vaches sont bien gardées et la vie privée recule petit à petit.

Le problème, c'est de définir ce qu'est la vie privée ainsi que de réussir à extraire en quoi les atteintes à la vie privée sont dangereuses.

D'abord, la vie privée est un élément difficile à définir. Pour autant que les commentateurs politiques essaient toujours de se ramener au dictionnaire ou à l'étymologie quand il essaient d'argumenter, ce n'est pas là qu'il faut chercher. Comme tout sujet complexe, nous avons besoin d'une définition conceptuelle, définissant en détail le concept de vie privée, telle que le font les philosophes quand ils se penchent sur l'Amour, la Sécurité, la République, etc. Un sujet complexe réclame une définition complexe et non un articulet de dictionnaire, une étymologie ou trois "bullet points" sur un "slide".
Un mensonge courant (faux dilemme en fait) des argumentateurs est de limiter le sujet en disant - et quand je l'écris ainsi, on sent bien que c'est bête - "ce qui n'est pas public c'est ce que quelqu'un souhaite cacher". Ce qui sous entend un coté dissimulateur malsain à ne pas vouloir, au hasard, déclarer à la face du monde son salaire ou ses impôts, ce qu'on a mangé, quand on a fait l'amour pour la dernière fois et comment, ses petites maladies, etc. On répond souvent à ce genre d'arguments "alors pourquoi avez-vous des rideaux ?", "quel est votre salaire ?" etc. La répartie, pour toute maline qu'elle soit, ne résous pas la situation pour la simple raison qu'elle n'est que ça, une répartie, et qu'elle n'attaque pas le sentiment de malaise à l'origine du "je n'ai rien à cacher".

C'est pour cela qu'il faut donc établir les problèmes engendré par les atteintes à la vie privée. L'auteur le fait dans un article antérieur, mais il le résume ici. En gros, les atteintes ne sont pas uniques, elles sont nombreuses et la taxonomie n'est pas exhaustives mais, par opposition, permet de définir la notion de vie privée un peu plus clairement et de manière plurale:

Collecte de l'information
  • Surveillance
  • Interrogation
Analyse de l'information
  • Agrégation
  • Identification
  • Insécurité
  • Usage secondaire
  • Exclusion
  • J'ajoute : "erreurs"
Dissémination de l'information
  • Rupture de confidentialité
  • Fuite
  • Exposition
  • Accessibilité facilitée
  • Chantage
  • Appropriation
  • Distorsion
Invasion
  • Intrusion
  • Interférence décisionnelle
 Est-ce que vous voyez où on veut en venir ? Le Big Brother d'Orwell surveille et punit sur la base directe des informations collectées. C'est aujourd’hui moyenâgeux. Il y a longtemps qu'on ne traite plus l'information de cette manière. On fait désormais du "big data", c'est à dire de l'analyse statistique de données massives, de qualité faible. A l'opposé de l'analyse directe de données moins grandes mais très fiables. Cf. un article du Monde Diplomatique du mois de Juillet 2013. Big Brother ne couvre donc que la Surveillance, l'Interrogation et les punitions en cas de "chose à cacher", justement.
Non.
Le bon exemple est en fait "Le Procès", de Kafka. En résumé, ce n'est pas tant le fait que les données soient collectées, qui pose problème, mais l'usage qui en est fait derrière et l'absence totale de contrôle des gens dont les données sont collectées sur l'usage qui en est fait. Le personnage de Kafka est mis en accusation dans un tribunal, sans savoir pourquoi. Pire, on refuse de le lui dire. Il passe le roman à se battre contre une administration sourde et aveugle sur laquelle il n'a aucune prise.

Prenons un exemple plus concret (adapté du roman Little Brother, dont j'ai déjà parlé), le passe Navigo. C'est pratique : un abonnement, une carte, et fini les tickets, ça se recharge à la maison, et tout et tout. Bien. Maintenant, supposons que l'on analyse par algorithme la totalité des trajets effectués par les parisiens. On fait, par exemple, une analyse bayesienne, qui a pour but de nous sortir à quoi ressemble le "trajet moyen" d'un parisien. Un policier un peu inquiet pourrait alors se pencher sur les gens qui présentent des trajets, au contraire, opposés à ce trajet moyen. Pourquoi se comportent ils étrangement ? Ensuite, s'il s'avère qu'un trajet (non forcément extrême, hein, ceci est un second exemple) est représentatif d'un groupuscule criminel. Ben par paralogisme de composition on en vient vite à l'idée de ramasser tous les gens présentant ce type de trajet pour un petit interrogatoire...

Dans les exemples parfaitement réels, on connaît tous le STIC, ce fichier de la délinquance censé ne répertorier que les actes dûment établis et dont on sait pertinemment que la majorité des informations sont fausses... Qui en plus peut conduire des gens à perdre leur emploi (rupture de confidentialité/exposition), est utilisé par les détectives privés (fuite/chantage) et par des policiers véreux (chantage) ou des journalistes peu scrupuleux (exposition).
Plus simplement, on a tous, un jour, passé des heures et des heures avec une quelconque administration dans le but de faire corriger une misérable erreur. J'ai de ces histoires à raconter... Un ami a dû prouver qu'il était lui-même... Pas facile. Vous en avez sûrement d'aussi drôles.

Il y a aussi l'agrégation des données avec un usage secondaire. C'est un peu l'exemple du passe Navigo. Mais regardons plutôt les données mail. On sait désormais (merci M. Manach) que la France analyse en masse les métadonnées de nos communications. Pas le contenu (ils sont pas le droit) mais juste à qui vous avez envoyé, de qui vous avez reçu et à quelle date, sous quelle forme. Vous connaissez la théorie des 7 degrés de séparation. En gros, vous connaissez quelqu'un, qui connaît quelqu'un etc. qui connaît quelqu'un de célèbre. Avez-vous jamais pensé que ça marchait aussi pour vous accoler à n'importe quel criminel ?
Vous rappelez-vous la scène, dans Se7en, où les policiers analysent les fichiers de bibliothèques pour retrouver le type qui a emprunté les livres d'une liste précise ? Un "index" de livres est assez facile à produire et les gens qui lisent K. Marx sont tous des communistes actifs dangereux à surveiller... Ou le fait que les gens qui utilisent le cryptage, Tor ou TrueCrypt sont des criminels. Il est amusant, d'ailleurs, de voir comment la société traite les gens qui ont eu le courage de dénoncer des comportements secrets, cachés de ces mêmes gouvernements qui appliquent la surveillance de masse. Alors qu'on devrait tous les remercier et leur remettre une médaille pour nous pousser à l'amélioration.

Un dernier point, c'est le changement. On oublie toujours le changement. Aujourd'hui, j'ai écrit sans honte aucune sur ce blog que je suis naturiste. Militant. Doublé d'un sale écologiste, plus ou moins gaucho tendance anarchie molle. Demain, on peut très bien avoir un gouvernement bien brun qui décide de se débarrasser de ceux-ci (c'est déjà arrivé). Ou des gays. Ou des roux. Ou des gauchistes. Ou des amateurs de pizza. Ou des gens qui disent "nonméalokoi" (mais pour ces derniers c'est parce que j'aurai pris le pouvoir). Et ce jour là, on aura mis à disposition tout un tas de beaux outils... Comme la France a vendu à un certain dictateur Lybien...

L'auteur conclut qu'il sera difficile de prévenir la collecte de l'information mais, qu'en fait, le vrai problème résidant dans leur usage, il manque des instances de limitation de ces usages. Tout comme les écoutes téléphoniques doivent avoir été autorisées par des magistrats (sans trop de succès au vu des affaires régulières des fadettes qui surgissent dans Le Canard Enchaîné). La CNIL n'a presque aucun pouvoir. Il existe des instances populaires qui se placent en contre pouvoir, mais ça reste trop peu : les journaux, d'abord. Après, des gens comme EFF ou la Quadrature du Net ou encore Wikileaks, Pirate Bay, etc.

Lisez ces 28 pages.

lundi 1 juillet 2013

Comme à la maison

J'avais déjà dit tout le bien que je pense de Little Brother sur ce blog. Je me suis donc jeté sur sa suite, Homeland, que j'ai lu quasiment d'une traite dans l'avion me ramenant en France. Bon, je vous en parle alors qu'il me reste 3 pages à lire, hein, mais c'est pas grave.



Dans ce volume, on retrouve avec plaisir notre héros Marcus Yallow, glandouillant tranquille au Burning Man. Avant la fin du festival, il se retrouve avec un clef USB en main contenant la clef pour déchiffrer une gigantesque archive de documents gouvernementaux bien craspèques. Delà, il se retrouve à devoir les publier ou pas, au milieu de manifs etc. tout en cherchant un moyen de gagner sa vie en tant que webmaster d'une campagne électorale.

Tous les chapitres sont entrecoupés de pas mal d'information sur les technologies informatiques, les fablabs et comment protéger son ordinateur ou pourquoi protéger sa vie privée. Ces parties là sont passionnantes. Le souci, c'est que si on regarde le livre avec un peu de recul, il n'y a quasiment pas d'histoire. Le personnage se fait balloter d'événement en événement et ils sont assez peu nombreux, au final. Il n'y a pas le souffle d'aventure qu'il y avait dans le premier. On se retrouve à lire le bouquin pour profiter des informations IT qui sont dedans. Je le recommanderais néanmoins pour ces passages, fort utiles car bien expliqués et documentés. Le reste du livre servant à faire avaler cette information aux jeunes adultes auquel il est destiné.

Bref, je suis un poil déçu. Même si j'ai été fort ému par la scène où ils brûlent une bibliothèque, symboliquement, à Burning Man. Si vous avez toujours pas lu Little Brother (qui est sorti en français), sortez-vous les doigts, bon sang !

Homeland de Cory Doctorow
ISBN n° 9781781167489
PS : à noter que le livre est en CC, comme tous les livres du monsieur.

lundi 3 juin 2013

Marre des bouquins "genrés"

Je me fais l'écho de cet excellent article d'une libraire jeunesse qui pète son câble sur les livres pour enfants genrés. Et je la comprends.
C'est ici.

Je ne résiste pas à vous rajouter un bout de dialogue entendu samedi.

Entendu à un stand fromage de la ferme installée par la confédération paysanne à la rotonde Stalingrad (Paris 19). Extrait.
- Oui, tous nos fromages sont bio.
- "Bio", c'est un truc de gauche. Moi je suis de droite.
- ... Euh. La confédération paysanne, peut être. Mais le bio, ça n'a aucun rapport...
- Mais moi, je suis de droite, alors non. (S'en va)
- ... ???!!!??? ...

Le niveau de réflexion politique en est là.

lundi 18 mars 2013

Movie Night

Coqueluche des oscars, chef d'oeuvre confirmant que Affleck est à la fois un bon acteur et un bon réalisateur, Argo est un excellent film. Il raconte en détail un événement annexe à la crise des otages de 1979 en Iran.


Le film est très bien fait. Il commence par raconter, de manière claire et sans trop de parti pris les événements ayant amené à la crise : la mise en place par la CIA du shah, ses dégâts sur l'économie locale, son hospitalisation, la prise de l'ambassade des USA locale. A partir de là, on suit un spécialiste de l'exfiltration de la CIA, joué par Affleck, qui va créer un énorme bateau pour faire sortir 6 américains qui se sont enfuis de l'ambassadeur et se planque chez l'ambassadeur du Canada. Son plan consiste à aller en Iran en faisant croire qu'il fait des repérages pour un film de SF appelé Argo, et que les 6 à exfiltrer sont en fait venus avec lui et sont le caméraman, le réalisateur, etc. Pour donner de la crédibilité, il se démerde pour faire croire à l'existence d'un vrai projet cinéma, avec un casting, un studio, une affiche etc. à tel point, et c'est le but recherché, que la presse ciné de Hollywood croit au projet.
Je résume pas tout le film mais son plan réussit, de justesse. Le film est super bien joué et tient son auditoire en haleine jusqu'à la dernière seconde. Et c'est un peu là que le bât blesse. Si l'histoire est bien réelle, la partie la plus "tendue", toute la montée de tension est en fait apocryphe. Il n'y pas eu de réelle tension à l'aéroport, et les exfiltrés ont d'ailleurs pris plusieurs avions séparés. Est-ce que c'est grave ? Pas tant que ça : globalement, le fond ne change pas et, si on oublie que le film donne surtout la primeur à la CIA contre le Canada qui n'a pourtant pas chômé, il reste un film et non un documentaire. Aussi cette tension était elle nécessaire pour scotcher le spectateur à son siège.

Ce qui est amusant, c'est que je suis aussi aller voir No, le film sur la campagne pour le référendum qui mit fin au règne de Pinochet.



Avec un parti pris malin de tourner en simili-VHS (on va dire en "lomographie"), le réalisateur peut sans mal mélanger les images de son film avec les images d'époque sans que le spectateur perçoive la différence. On suit un pubard très doué à qui les gauchistes chilien veulent confier les spots de 15' de leur camp, en faveur du Non (au règne prolongé de Pinochet). Il bosse dans la pub, il est globalement apolitique, contrairement à la mère de son fils qui passe son temps en cellule après les manifs auxquelles elle participe, lui reprochant son inactivisme quand elle passe à sa maison. D'un bout à l'autre, il sera surtout motivé par la réussite de sa campagne de pub et à montrer à son boss qu'il est meilleur que lui (son patron s'occuppant de la campagne du Oui).
Si ce morceau d'histoire est intéressant et la lutte par spot de pub, agrémenté de menaces et de répression, est passionnante, je reprocherais au film deux choses : d'abord, le personnage principal est absolument fade. Totalement neutre, mou, sans opinion, sans couleur, limite neurasthénique. Le scénario passe un bout du début du film à le mettre en place et à nous le présenter mais on ne s'identifie jamais vraiment parce qu'on ne parvient pas à s'y intéresser. On se fiche totalement de sa vie creuse, de ses longues vadrouilles en skateboard ou de sa neutralité absolue. On reporte son intérêt sur ce qui est important (la campagne) mais c'est vraiment dommage. Le personnage de son boss, par exemple, est plus intéressant. L'autre problème, c'est que si le traitement lomographique a des avantages (l'inclusion de séquences historiques sans "coutures"), il n'interdit pas de bien filmer. On n'est pas obligé de se taper des longs plans "plein soleil" où l'écran est tout jaune. Faire baver autant les couleurs n'était pas nécessaire. Les images d'époque ne sont pas si mauvaise et je me souviens assez bien que l'image VHS était pas si poucrave...
Bref, un film correct, fort intéressant historiquement, mais avec des défauts qui rendent parfois le visionnage pénible. En gros, les défauts opposés au précédent.

jeudi 7 mars 2013

Ce n'est pas parce qu'on n'en parle plus dans les médias

... que ça va mieux en Grèce. Avec notre société qui fait ressembler un poisson rouge à un champion olympique de Memory et de Mastermind, on oublie souvent que les drames, les crises et les malheurs qui font le beurre dans les épinards médiatiques continuent bien longtemps après le départ des caméras. Vous l'aviez oublié, mais pendant que l'essentiel des médias français se concentrent sur la sortie incroyablement arrogrante et suffisante de l'ex-président, des enfants meurent encore de fin en Afrique, la misère est toujours là à Haiti, Fukushima est toujours aussi radioactive et la Grèce est toujours autant dans la merde. Au final, c'est sur nous que ça me fait me poser des questions : on se lasse de se faire répéter que ça va mal, on réclame qu'un malheur chasse l'autre afin de nous divertir avant l'essentiel nouvel épisode de série télé. Récemment, une crise électrique a coupé l'électricité de plusieurs villes de banlieue. Pendant que le CHU du coin se demandait comment il allait faire survivre ses patients, que s'est il passé ? Des trouzaines de crétins se sont précipités sur Twitter pour préciser que rater l'épisode d'une série débile était le plus grand malheur de leur vie récente.
Je me rappelle il y a quelques années quand une coupure électrique avait mené à un boum démographique. heureusement, aujourd'hui, on a des smartphone et twitter pour ne pas parler à l'autre. Et bientôt les télés permettant de regarder deux programmes séparément pour au moins n'avoir rien non plus à se dire après le film.Ouf.

Bon, j'arrête là mon acrimonie, elle me fatigue moi-même. Je crois que je suis un peu las. Je vais donc revenir à l'objet initial et parler théâtre.

Vive la crise, comédie St Michel

Dans Vive La Crise, une pièce d'Alexandre Kollatos, une jeune troupe d'acteurs particulièrement dynamique nous raconte, sous la forme de tableaux, la mise à mort économique de la Grèce par les marchés financiers et les drames qui s'en sont ensuivi. Par petites touches, parfois dramatiques, parfois humoristiques, on nous conte avec une incroyable énergie l'enfoncement de la Grèce dans la misère et les délires "austéritaires" réclamés par tous (et dont un des chefs économistes du FMI a écrit, récemment, qu'en fait c'était peut être un remède pire que le mal - sans déc ?).

La pièce commence par des leaders dans un asile psychiatrique, caricatures de l'image projetée par les médias dans l'inconscient collectif. Une grèce complètement infantile, une allemagne à la Merkel autoritaire avec des relents bruns, une France faite d'un Sarko égocentrique tout en tics, une italie d'un Berlu obsédé sexuel, un FMI cupide, etc. Le tableau suivant explique plusieurs choses, tranquillou, aux touristes de la Grèce que nous sommes : un peu de société, d'histoire, le Routard à la main. Ce n'est qu'après que la pièce commence.

Les malheurs commencent. L'économie s'effondre. Papandréou, en premier de la classe ultrabrite fait passer des mesures de pire en pire. Les gens commencent à s'en aller. Pauvreté, misère, émeutes, suicides... Jusqu'à la mise à mort politique du premier ministre grec à Cannes. Et pas vraiment de sortie. Si les médias sont partis, les problèmes sont, eux, toujours là.

C'était vraiment une chouette pièce de théâtre, avec des acteurs très dynamiques (mention spéciale à l'acteur qui joue Papandréou), bien menée. La mise en scène est pleine d'idées originales. Dans un si petit espace avec autant de comédiens, l'action aurait pu devenir inintelligible mais non, l'attention est toujours concentrée au bon endroit par le jeu d'acteurs, la mise en scène, les lumières ou le texte.
Ma seule critique serait qu'il s'agit d'un réquisitoire, complètement à charge, qui nécessite l'équilibrage d'autres sources d'information. Cependant, cela fait du bien de se remettre toute cette litanie de la récession et du malheur en tête, car (cf. billet sur La Survie de l'Espèce) on est pas prêts de changer de mode de fonctionnement et c'est un peu ce qui nous attend tous.

Vive La Crise, une pièce d'Alexandre Kollatos à la Comédie St Michel jusqu'au 30 mai 2013.

jeudi 28 février 2013

Jours de désespoir, jours de colère

Ca faisait très longtemps que je n'avais pas lu un livre me mettant autant mal à l'aise, mis à part La Servante Ecarlate, que je n'ai pas encore fini (pour cette raison, d'ailleurs) et dont je reparlerai. A la différence de ce dernier, cependant, le livre de Chris Hedges et Joe Sacco n'est pas une fiction. Il n'a rien d'une fiction. Et il est terrifiant. A coté de ce livre, Soleil Vert vous propulse dans un futur assez joyeux et enthousiaste.

Jours de destruction, jours de révolte est une série de 5 reportages faits par Chris Hedges et Joe Sacco. L'essentiel de la rédaction est accomplie par le premier, quand le second narre sous forme de BD quelques uns des témoignages ou illustre le texte. Ne vous y trompez pas : les illustrations et la forme dessinée sont tout autant terribles. Les quatre premiers reportages nous font visiter quatre lieux des Etats-Unis d'Amérique, quatre catastrophes humaines et/ou environnementales, quatre drames du rêve capitaliste. Tous ne sont pas dénués d'espoir mais on voit bien qu'il est difficile d'espérer contre un système omnidestructeur.


Premier arrêt, Pine Ridge, SD où plusieurs peuples ont été volés, spoliés et massacrés pour, enfin, être désormais laissés pour compte et abandonnés à crever comme des chiens sur le bord d'une autoroute estivale, dans un mélange de pauvreté et de désespoir, mâtiné de violence, de prostitution et de drogue. Ces derniers maux sont une constante sur un terreau aussi fertile pour eux.

Second arrêt, Camden, NJ. Une des villes les plus pauvres des USA, alors qu'elle fut très riche. Là aussi, avec ses ressources phagocytées par les élites mauvaises, les opérations de sauvetage n'ont fait au final qu'engraisser les destructeurs de la ville. Pauvreté, pillage, prostitution, drogue... Et l'avenir ne s'annonce guère radieux.

Troisième arrêt, Welch, WV, où les compagnies minières de charbonnage font carrément exploser les montagnes pour récolter le chabon à ciel ouvert. Les destruction sont visibles sur Google Maps si vous cherchez, tellement le paysage est ravagé mais les images satellites ne montrent pas toutes les boues toxiques, les poussières cancérigènes et toutes les saloperies qui pourrissent la vie des locaux, pris à la gorge entre des compagnies toutes puissantes et des élus achetés via les dons aux campagnes électorales.

Quatrième arrêt, peut être le pire mais aussi celui qui est étrangement porteur d'une lueur d'espoir, Immokalee, FL. Ici, ce sont les immigrés clandestins qui vivent dans des conditions difficile à différencier du pur et simple esclavage. Dénués de droits faute de papier, ils sont emportés dans un système qui les enferme dans la misère, l'exploitation. Ils gagnent un salaire, mais celui-ci est rongés par les marchands de sommeils et tous les vautours autour, les maintenant dans la pauvreté, prolongeant la durée de vie du système. Une horreur inhumaine et sans nom. Il me semble d'ailleurs que l'esclavagisme était listé comme crime contre l'Humanité. Alors d'accord, ils sont payés, mais c'est un nuage de poudre aux yeux. La lueur d'espoir ? Ils ont commencé à s'organiser et à faire des actions coup de poing qui leur ont permis de ne pas voir leur salaires encore baisser...

Cinquième arrêt, New York, NY. Les auteurs rejoignent le mouvement Occuppy Wall Street, porteuse d'espoir et de révolte. On sait malheureusement ce qui est advenu à cette vague d'espoir, et l'enthousiasme des auteurs en 2011 n'est pas partagé par le lecteur de 2013.

Un livre qui m'a mis dans une rogne noire.
Jours de destruction, jours de révolte de Chris Hedges et Joe Sacco
ISBN n°2754808760 chez Futuropolis

vendredi 15 juin 2012

DMZ : Au plus près de la zone (démilitarisée)

Et voilà, c'est fini. Putain, j'aurai vraiment dévoré chacun des volumes de cette série comme un soiffard déshydraté face à une pinte de bière fraîche, au verre perlant de fraîcheur. Je vais d'ailleurs en profiter pour étendre le sujet à plusieurs comics parlant de la presse américaine.

DMZ, donc, est une série de comics américains créée et scénarisée par Brian Wood et illustrée par Ricardo Burchielli en majeure partie. Sous des couvertures qui claquent se cachent une histoire qui, bien que partant sur des bases friables, se développent en une vraie lettre d'amour pour New York City et ses habitants. Mais c'est aussi une bande dessinée où les personnages fricotent avec la politique, le pouvoir, les médias et n'en sortent aucunement indemne.
Dans un passé proche, le Midwest a lancé une seconde guerre civile et a conquis une part des USA, vers la côte Est, où le combat étant arrivé à un statu-quo sur l'île de Manhattan, désormais une zone démilitarisée fragile, où la population est prise dans l'étau étouffant de deux armées et de nombreux groupuscules locaux. La BD commence quand Matthew Roth, un stagiaire en journalisme, accompagne un célèbre journaliste (et accessoirement monumental trou du cul) pour un reportage à l'intérieur de la DMZ. Le susdit trou du cul se fait abattre avec ses sous-fifres par un sniper et seul Matty survit, avec une partie du matériel qu'il transportait pour l'autre. Seul relais de l'agence de niouzes au sein de la DMZ, celle-ci va le nommer sur le champ correspondant de guerre et le sommer de continuer le boulot. Au début, il va couvrir sereinement ce qui se passe et découvrir la vie au sein de l'île de Manhattan, avec ses snipers, ses factions, ses affamés, ses courageux. Par la suite, le héros découvre la censure, les jeux de pouvoirs, la politique, les collusions, les trahisons, etc. et il n'en ressortira ni propre ni indemne. Dernièrement, le 12è et dernier volume de la série vient d'être publié en anglais et achève cette superbe histoire avec la dureté d'un couperet. C'est gentillet au départ, mais ça prend carrément de l'ampleur au fur et à mesure.

A noter que Vertigo a sorti récemment en anglais un album appelé Channel Zero qui contient les graines d'idées qui germeront dans DMZ.

DMZ de Brian Wood et Ricardo Burchielli, 12 volumes en anglais chez DC Vertigo ou chez Urban Comics pour la VF



Channel Zero, Brian Wood, intégrale en 1 volume chez DC Vertigo

Puisqu'on parle de comics sur les journalistes, voici quelques autres lectures que j'ai beaucoup appréciées.J'ai déjà parlé de Joe Sacco et de Art Spiegelman, donc je ne parlerai pas d'eux ici, surtout qu'ils ne font pas dans la fiction.

D'abord, il y a le délirant, funky, déjanté, vulgaire et excellent Transmetropolitan. Dans un futur post-cyberpunk plutôt optimiste, Spider Jerusalem reprend son taf de journaliste dans le gros journal de la ville. Drogué, vindicatif, irascible mais aussi génial, cette copie conforme de Hunter Stockton Thompson va changer le visage de son pays en s'immiscant dans la politique nationale par ses tribunes au vitriol. Un humour grinçant, pas mal de répliques qui claquent et là aussi une critique de la collusion médias&politique.


Transmetropolitan, de Warren Ellis et Darick Robertson 11 volumes chez DC Vertigo ou chez Urban Comics pour la VF

Il y a aussi The Nightly News, une bande dessinée au graphisme proprement hallucinant, par Jonathan Hickman. Dans celui-ci, les médias sont submergés par un acte de violence majeur et n'arrivent pas à traiter le sujet autrement que par leur petit bout de lorgnette et c'est justement grâce à ça que la collusion média/corpos va prendre son pied.


The Nightly News, de Jonathan Hickman, chez Image Comics

Il ne me reste plus qu'à évoquer Shooting Wars. Il s'agit à l'origine d'un web comic où un vidblogger va se retrouver "embedded" dans une unité de l'armée américaine au Moyen Orient. Et forcément, ça tourne mal. Les médias indés face à la censure de la Grande Muette (l'armée) et les médias soumis. Pas forcément réussi graphiquement mais avec de belles trouvailles. Assez violent.

Shooting War, de Anthony Lappé et Dan Goldman, chez Grand Central Publishing

Il faudra un jour que je parle de la BD "Le Photographe", aussi.

mercredi 29 février 2012

Bientôt la fin des chroniques ?

Bon, avec bientôt cinq ans de retard et la forte probabilité d'une obsolescence à la fois programmée et involontaire, je viens de terminer le premier opuscule de Rambaud dédié aux règne de Notre OmniPrésident, premier de son nom.

Les Chroniques du Règne de Nicolas 1er sont des petits livres qui reprennent les petits et grands événements de l'année concernée, écrits sous la forme de récits de cour royale comme on aurait pu les lire sous le règne du Roi Soleil.




L'exercice est intéressant et, à priori, amusant. C'est correctement écrit, débobinant l'année écoulée pour remettre en mémoire toutes les tartufferies de l'équipe "gouvernatoriale" locale... Sauf que, franchement, passé dix pages, la blague a fait long feu et le style commence à se faire pesant. Les rires s'espacent, les sourires aussi. Heureusement, l'intérêt de me voir rappelé tous ces événements, ainsi que ça modeste taille, m'a permis d'atteindre le bout de l'ouvrage. Sans ça, je crois que je n'aurais pas tenu. J'avais hésité à prendre la série d'un coup, j'ai bien fait de m'en être abstenu. Je ne lirai pas, je pense, les autres.

Si vous n'êtes pas fatigués par le style, ça peut être intéressant. J'ai fatigué au bout de dix pages, donc j'arrête là.

Premières Chroniques du règne de Nicolas 1er, de Patrick Rambaud,
au Livre de Poche ISBN n°978-2253126164

lundi 19 décembre 2011

Une idée de cadeau de Noël

J'ai eu un* beau cadeau de Noël en avance, alors je vous en fait part. Il s'agit d'un joli ouvrage carré, plutôt bien dessiné, intitulé "Petit livre de la cinquième république".


Cet ouvrage couvre tous les petits et grands événements de la cinquième république (en fait d'un peu avant, les "événements" d'Algérie sous Coty, jusqu'à hier - quand la première dame de France a mis bas et le doigt d'honneur à l'assemblée nationale d'Emmanuelli). Organisé par années, chaque année reçoit quelques pages où chaque événement reçoit une brève notule illustrée qui recrée, au travers d'une vaste mosaïque, l'immense paysage d'Histoire qui forme la France d'aujourd'hui.
Cet ouvrage est vraiment passionnant, et à ranger dans sa bibliothèque à coté de l'excellent:
Le premier bouquin vous permet de réviser l'histoire de la Vè. Celui-ci vous donne un best-of des dessins du palmipède semaine après semaine. C'est un très bel ouvrage, de superbe facture, qui se déguste comme un vieux cognac.

Petit Livre de la Cinquième République d'Hervé Bourhis, ISBN n°978-2-205-06799-6
La Vè République en Images, du Canard Enchaîné, ISBN n°2352040701

* : en fait, deux. Mais l'autre était un Polaroïd, ce qui est sans rapport avec le sujet qui nous occupe.

jeudi 23 juin 2011

Montebourg et la démondialisation ainsi que les droits civiques aux US

Allez, hop, retour aux opuscules politiques. Comme d'habitude, les journaleux évoquent les primaires socialistes sur l'air toujours répété de "regardez comment qu'ils sont divisés que c'est pas comme ça à droite" (parce que le métier actuel de nombre de pisse-copies est de vendre du cliché à leurs lecteurs et ça me rappelle qu'il faut que je retrouve l'étude qui racontait que lire une opinion similaire à la sienne propre donnait un gros susucre au cerveau, ceci expliquant alors cela). Les gonzes sont tout aussi divisés à droite, sauf qu'on évite de trop le souligner à longueur de page. Pourtant, Borloo, Galouzeau et Sarko, vu leur positions personnelles envisagées pour 2012, on pourrait penser qu'il y a quelque dissension. Non ?

Passons, ce n'est pas le sujet.

Ce matin, alors que je trainaillais dans une librairie absolument quelconque, je suis tombé sur le petit opus d'Arnaud Montebourg, qui présente globalement ses idées de pour quand il serait président. Donc sa plateforme pour les primaires. Je ne connaissais pas en détail ses positions et mon seul contact avec lui c'est de l'avoir aperçu de loin sur le quai d'une gare récemment (pis j'ai pas la télé). L'ouvrage lu d'une traite de RER/Tramway/Métro, je connais mieux son positionnement et il me plaît globalement. Mais j'attends de lire les autres plateformes avant de me décider. Parce que oui, j'irai voter à la primaire : quand on me donne le droit de vote, j'ai tendance à m'en servir.

Le bouquin de M. Montebourg est très bref. Il commence par évoquer des cas, dans le monde entier, de travailleurs exploités, maltraités, abusés. Je me reconnais d'ailleurs dans un des cas évoqués, tout comme chacun d'entre vous (je doute avoir des lecteurs dans la tranche des 1% les plus riche de France). A partir de là, il établit que la mondialisation est la cause du problème. Ensuite, il suggère des solutions pour lutter, principalement la démondialisation sous la forme d'un "protectionnisme vert" à l'échelle de l'Europe. Je dois avouer que ce keynesianisme proposé n'est pas sans me rappeler une proposition de M. Frédéric Lordon.

Honnêtement, l'effet bonbon sucré pour le cerveau que j'évoquais plus haut est présent, mais justement, je reste méfiant même si son pamphlet (parce que ça en a la forme) va dans mon sens. J'aurais aimé plus de sources sur plusieurs sujets. Ce n'est pas parce que c'est en accord avec mes opinions que je n'ai pas de doutes : j'ai donc vérifié l'existence, entre autres, des "one euro job" en Allemagne et découvert une réalité effarante sur le soi-disant "modèle allemand", qui n'est guère qu'un modèle pour le patronat. (Je lie ici du Rue89, mais les sources sont variées et se recoupent.)

Au final, malgré un livre un peu lourd sur la forme vers le milieu, son programme est intéressant, mais il reste très vague sur l'implémentation. Comment veut il réaliser son protectionnisme vert, qui consiste à établir des taxes douanières sur la base du respect de l'environnement, ce qui permet de faire la nique à l'OMC. Il est vrai que l'Europe est la seule grande puissance à n'appliquer quasiment aucun protectionnisme là où les autres ne s'en privent pas. Je suis d'accord, mais comment convaincre l'Allemagne, puisque c'est le couple Franco-Allemand qui mène régulièrement la barque bleue étoilée de jaune ? J'aurais aussi apprécié connaître ses positions sur de nombreux autres sujets car, même s'il est vrai qu'il y a beau temps que l'économie a pris le pas sur le politique, je suis toujours curieux de connaître la position d'un candidat sur ACTA, sur l'immigration, la santé, l'intérieur, la justice, etc. Alors c'est sûr que cela aurait demandé un livre plus gros, plus cher (l'opus est à 2€) et écrit plus petit. Je réserve donc ma décision sur les primaires le temps d'en savoir plus de la part de chacun des candidats.



Votez pour la démondialisation ! de Arnaud Montebourg
chez Flammarion, ISBN n° 978-2-0812-6883-8

Accessoirement, je continue aussi de lire les petits recueils de discours de chez Points dont j'avais déjà parlé. Ce matin, donc, en plus du livret ci-dessus, j'ai pris deux discours sur les droits civiques des Noirs aux Etats-Unis, à savoir un discours de Malcolm X intitulé "Le Vote ou le Fusil" et un autre de John Fitzgerald Kennedy, antérieur, intitulé quant à lui "Nous formons un seul et même pays". Deux visions très différentes pour une même opinion sur la quête des doits civiques. Deux discours puissants, forts, viscéraux. Malcolm X se lance dans un combat définitif, JFK essaie de changer la loi mais aussi la mentalité du moindre de ses compatriotes.
Dans mon opinion, ces textes n'ont rien perdu et sont toujours aussi importants. Cette collection de discours chez Points ne m'a jamais déçu : on connaît tous une phrase célèbre de l'un ou l'autre discours, mais peu les ont lus en entier, alors que ça vaut vraiment le détour.



Le Pouvoir Noir, de Malcolm X et John Fitzgerald Kennedy
chez Points, ISBN n°978-2-7578-2200-5

lundi 28 février 2011

Manifeste de la révolution chinoise du jasmin

Lisez-le : http://fourgentlemen.blogspot.com/2011/02/open-letter-to-national-peoples.html
Vous remarquerez que rien n'y est spécifiquement chinois... Tout cela est valide dans beaucoup de lieux de par le monde.

mardi 26 janvier 2010

Manifeste pour le Domaine Public

Puisque c'est à la mode, avec toutes ces lois qui sont là pour supprimer toute notion de vie privée, d'entraide et d'amitié, à savoir HADOPI, LOPPSI 2 et surtout l'innommable ACTA, lois qui ne font que démontrer la haine profonde des gouvernements actuels envers leur population, je me permets de faire passer un lien vers le manifeste pour le domaine public, que vous allez j'en suis sûr, signer.

Car LE DOMAINE PUBLIC EST LA REGLE, LE COPYRIGHT EST L'EXCEPTION. Ne l'oubliez pas.

Le site est : Public Domain Manifesto
Et vous trouverez là une version française du texte en pdf ou en odt.

Merci.

vendredi 30 octobre 2009

Fantasmes d'acier

Norman Spinrad est un mec qui a de l'humour, tout comme Roland C. Wagner, qui signe la préface de son livre. J'ai beaucoup aimé les ouvrages de Spinrad que j'ai lus, mais celui-là, je dois avouer que je l'ai lu en diagonale au bout d'un moment. Ce n'est toutefois pas une raison pour laquelle je l'aurais trouvé mauvais... Bien au contraire, j'ai beaucoup aimé, une nouvelle fois, même si j'aurais tendance à prévenir un éventuel lecteur de la manière suivante : "si ça te gonfle, lis le en diagonale afin d'arriver à la postface."

Il s'agit d'un ouvrage qui a fait couler de l'encre bilieuse dans les rares fanzines de SF en son temps :
Rêves de Fer de Norman Spinrad
chez Folio SF
ISBN : 2-070320-52-9
(Je mets exprès la vieille couv de chez Opta, plus "significative" :)


A l'époque où Rêve de Fer est paru, nombre d'ouvrages de SF évoquaient des univers galactiques ou post-apocalyptiques avec des systèmes gouvernementaux à base d'empire, d'eugénisme etc. qui ne démordaient pas d'une certaine fascination, voire d'une certaine apologie de leurs sujets. Spinrad ne fait au final qu'écrire un roman de cette lignée, mais basé sur le nazisme, démontrant par l'absurde et l'ironie à quel point les fascination des auteurs de SF des années 50-60 pouvaient parfois avoir des cotés malsains.

Le livre de Spinrad cache derrière sa couverture un vrai-faux roman d'un autre auteur : intitulé "Le Seigneur du Svastika", on lit le dernier livre d'un obscur auteur de Science Fiction, émigré en 1919 d'Allemagne aux USA, à savoir Adolf Hitler. "Le Seigneur du Svastika" est donc un roman racontant l'accession au pouvoir puis la guerre d'agression pour l'espace vital et la pureté génétique de son héros, Feric Jaggar. Le roman est assez mal écrit, rempli des obsessions malsaines de son auteur.

Feric Jaggar est un 'purhomme', l'un des derniers représentants du génotype humain au milieu de tous les mutants que la radioactivité due au "Feu des Anciens" a généré. Il va à la république de Heldon, bastion de la pureté génétique humaine, où il prend la tête d'un petit parti, par lequel il prend le pouvoir à Heldon. Prônant la pureté génétique par tous les moyens et la purification des mutants, il emmène sa patrie sur le sentier de la guerre pour conquérir la planète et la nettoyer de tous les mutants, en commençant par l'Empire de Zind, à la tête duquel les vils Dominateurs, qui contrôlent par l'esprit les purhommes comme les mutants. Jaggar ne doute jamais, a toujours la solution pour tout et n'hésite pas à réclamer massacres, génocides ou parades militaires pour satisfaire à ses objectifs.

Ce qui est amusant, c'est qu'il suit la vie du Hitler réel, mais comme si tout lui avait réussi et en allant jusqu'au bout de ses fantasmes. Cependant, la farce recouvre une réalité horrible et le lecteur ne rit pas, surtout à la mise en place de l'équivalent de la Solution Finale. L'ouvrage de Spinrad est l'inverse complet d'une apologie, la "postface" (de Spinrad elle aussi) ne laisse planer aucun doute, détruisant "Le Seigneur du Svastika" et contenant une condamnation claire et définitive du nazisme.

C'est une lecture au final extrêmement intéressante, avec une postface amusante, ainsi qu'un exercice rigolo. Si vous devez le lire, tenez bon jusqu'à la postface, car Spinrad écrit volontairement mal le vrai-faux roman, donc le lecteur finit par se lasser, au-delà même du sentiment de malaise. Cela met aussi sous un jour différent les romans à base d'empires galactiques parfaits qui compose un certain nombre de fleurons de la SF...

Un autre point, c'est qu'on a du mal à croire à la prise du pouvoir et des objectifs de Jaggar. Ca paraît complètement fantasmatique, or la réalité fut similaire (dans certaines limites). C'est une mise en lumière de l'adage "La fiction, par rapport à la réalité, se doit d'être vraisemblable", et ça ne le rend que plus inquiétant...

Edit mai 2012 : Les corbeaux en parlent.

jeudi 22 octobre 2009

L'insurrection venue de l'Empire Américain

En ce moment, j'ai la flemme, alors je continue sur ma lancée de petits livres. J'ai beaucoup entendu parler du livre du Comité Invisible, les mecs qui auraient comme loisir de balancer des plaques de béton sur les caténaires de TGV. Honnêtement, je doute qu'ils aient que ça à foutre, tout comme le bouc émissaire qu'on a collé gratos en tôle pendant un temps fou. Bref, j'ai acheté le dit opus afin de me faire une idée de quoi que l'on parle.


L'Insurrection qui vient, du Comité Invisible
aux éditions La Fabrique
ISBN : 2-913372-62-7

Cet ouvrage a été écrit par des gens énervés, des gens qui en ont marre. Un peu comme moi, mais 'achement plus énervés quand même. Marre de tout un tas de choses de notre société, comme la façon dont est organisée l'école, le travail, les relations humaines, etc. Il m'arrive de me reconnaître dans certains des coups de gueule qu'ils poussent mais aussi de trouver exagéré d'autres reproches faits (à l'école, notamment). En gros, le postulat de base est que les émeutes en banlieues de 2005 sont le signe que les jeunes ont en eux suffisamment de rage pour pouvoir, s'ils s'organisent, entamer une véritable insurrection qui changerait les choses.
Cependant, l'ouvrage, organisé en "cercles" définissant chacun un sujet, comme les cercles de l'Enfer de Dante définissent chacun un péché, n'en fais pas la démonstration. Chaque sujet abordé est démonté et, s'il commence de manière argumentée, finit à chaque fois sur la note bilieuse de quelqu'un qui en marre depuis longtemps. Par certains coté, il s'agit un peu d'un Unabomber Manifesto : des propositions acceptables entrelacées de propositions parfois démentes ou exagérées, en tout cas que je trouve en manque d'arguments.
La fin du livre, une fois les sujets passés en revus, invite les gens à se rencontrer et à agir ensemble. C'est honnêtement la partie de l'ouvrage qui m'a laissé froid, non sur l'idée de base, mais sur la manière de l'aborder.
Un ouvrage qui m'a laissé dubitatif, donc. On verra si l'insurrection vient.

Pour me délasser à coté de cela, je me suis pris l'adaptation en bande dessinée de l'ouvrage de Thomas Zinn, Une Histoire populaire des États Unis. Il faut savoir que je suis une phénoménale feignasse et que l'ouvrage originel m'étant tombé des mains y'a un moment (j'ai le degrés d'attention d'un poisson rouge, en fait), la version BD est tout à fait ce qu'il me faut.


Une Histoire populaire de l'Empire Américain de Thomas Zinn, Paul Buhle et Mike Konopacki
chez Vertige Graphic
ISBN : 2-849990-76-0

La BD prends les points essentiel de l'ouvrage de Zinn, qui part du postulat que l'histoire des États Unis est fondée sur une politique impérialiste, et s'attache à démontrer ce postulat à travers de nombreux exemples historiques. J'ai eu d'un ami historien la remarque que cet ouvrage (le livre, pas la BD) était très bien à condition de ne pas trop s'attacher à la réalité historique que Zinn malmènerait. Hélas, ce commentaire laconique ne s'était pas accompagné d'une description précise des points reprochés afin que je puisse me faire une opinion. Dont acte.
De mon point de vue, cette lecture a été édifiante, mettant en lumière énormément de choses que je ne connaissais pas de l'histoire de cette fédération, principalement tout ce qui est antérieur à la chute du mur de Berlin et/ou qui reste intérieur, à commencer par les luttes syndicales de la fin du XIXè et du début du XXè siècles. On sent l'influence de Chomsky sur la manière d'aborder les événements que Zinn a, et nombre d'événements restés dans l'ombre amènent une lumière particulière sur l'histoire aujourd'hui (je pense au bras de fer USA-Iran actuel).
Bref, j'ai appris plein de choses intéressantes, et je trouve la démonstration assez bien menée. Au niveau BD, le dessin est correct sans plus, lisible et suffisamment sobre pour mettre en exergue le propos. Je ne sais pas si les choix par rapport à l'ouvrage d'origine ont été bons ou non, mais cela m'a donné envie de me remettre à le lire (hop, retour sur la pile "A Lire"), donc il est possible que j'en reparle.

Sur ce, j'ai Rêves de Fer (Spinrad) à finir.

mardi 22 septembre 2009

Le faucon traître-mutant-commie

J'ai des amis qui ont de la classe. L'un d'entre eux m'a offert récemment une série de tout petit livres et parmi ceux-ci se trouvait un petit livre de l'éditeur Allia. J'avais déjà lu deux petits livres de cet éditeur. A chaque fois, des textes de qualité, courts mais bien traduits, dans un petit objet assez luxueux : papier ivoire, police et papier de qualités. Le tout à petit prix.

Mon cadeau était le suivant :
Dashiell Hammett - Interrogatoires aux éditions Allia
traduction de Nathalie Beunat
ISBN : 978-2-84485-315-8


Dans cet étonnant livret se trouvent les compte rendus de trois interrogatoires qu'a subi Dashiel Hammett, l'auteur des aventures du célèbre Sam Spade, considéré comme l'inventeur du genre "Noir". Nous avons tous vu "Le Faucon Maltais"... Les interrogatoires subis le sont à cause de ses sensibilités communistes, à la grande époque de la Red Scare et du McCarthysme. Les interrogatoires ont lieu entre 1951 et 1953 et dans chacun Hammett se réfugie derrière le 5ème amendement de la consitution américaine qui permet de ne pas répondre à une question si elle peut porter préjudice à celui qui répond. En effet, se déclarer communiste ou d'amitiés communistes, à une époque où la couleur de la culotte de Mickey (rouge, donc) était vue avec suspicion, pouvait poser beaucoup de problèmes à l'intéressé.
Même si Hammett ne répond toujours "Je refuse de répondre à cette question", les questions posées et l'attitude générale des interrogateurs présentent un paysage intéressant de ce que pouvaient être les procès McCarthystes : des chasses aux sorcières menées par d'incroyables paranoïaques fanatisés. Plus ou moins (n'exagérons rien non plus). Mais la peur du rouge régnait.
C'est dont un étrange petit recueil, offrant un intéressant instantané d'une époque particulière.

Le précédent que j'avais lu était :
La Conduite de la Guerre de William Langewiesche
aux éditions Allia
ISBN : 978-2-84485-282-3


Celui-ci est un témoignage étonnant sur le massacre de Haditha, en septembre 2005 en Irak. Il présente comment, suite à une mine qui fait exploser un tank dans un village, des militaires stressés et sous pression vont péter un plomb et faire un massacre dans un petit village. Là où le livre est intéressant, c'est qu'il ne s'agit pas d'un pamphlet sur les méchants soldats américains ou sur la vilaine guerre. Il s'agit d'un texte assez froid où personne n'est méchant ni gentil, et où ce qui est critiqué est le fonctionnement d'un soldat et les règles qui le régissent au jour le jour, avec un décalage par rapport à la réalité de la situation qu'il est en train de vivre.

Le dernier ouvrage de cet éditeur sur lequel j'avais posé mes yeux, était un livre de Noam Chomsky intitulé "Sur le contrôle de nos vies", qui dans mon souvenir était très intéressant mais dont j'ai tout oublié, hélas. C'était il y a trop longtemps.

bref, tout cela pour dire que cet éditeur a réussi à chaque fois à me surprendre avec des livres originaux et bien faits, à vil prix. Miam.

mercredi 13 mai 2009

Linux Manua: Plan de Résistance anti-Hadopi ABCDEFUCK

Y'a des p'tits gars, l'idée de se faire fliquer en permanence et juger coupable à la naissance, ça leur met la haine. Alors ils devisent des moyens d'éviter ça.

En attendant une fiche de livre, vous pouvez toujours jeter un oeil sur leur Plan de Résistance anti-Hadopi ABCDEFUCK...

samedi 28 février 2009

La Vague

Un très court billet pour signaler la sortie ce mercredi 4 mars 2009 au cinéma de l'adaptation cinématographique du livre de Todd Strasser commenté dans le billet précédent. Une fois n'est pas coutume : si vous n'avez pas envie de lire, vous pouvez toujours voir le film.

Rappelons vite fait de quoi il s'agit : un professeur d'histoire contemporaine dans une université californienne va tenter d'expliquer la montée de l'acceptation d'une idéologie par l'exemple.

C'est une histoire vraie, qui a eu lieu en 1964.

Le film est allemand (Die Welle).
Bande annonce en français :
http://www.youtube.com/watch?v=SAr3dxvWRz4

mardi 3 février 2009

La pression des pairs n'est pas une nouvelle vague

Je profite d'une sortie BD récente pour évoquer trois expériences sociologiques célèbres qui ont pu donner une image assez particulière de l'humanité et de la notion de "pression des pairs" ou de l'autorité. Ces trois expériences "limites" sur la psychologie humaine proviennent toutes d'une volonté de comprendre ce qui s'était passé durant la seconde guerre mondiale. Elles ont toutes dépassé de manière dangereuse le cadre de l'expérimentation et ouvert une fenêtre sordide autant qu'inquiétante sur la noirceur humaine.

La troisième vague
Il s'agit d'une expérience menée en 1967 par un professeur de l'université de Palo Alto en Californie. L'expérience fut très peu documentée à l'exception de quelques articles dans le journal de l'école et du compte rendu écrit par le professeur, des années plus tard.
Cette expérience a été adaptée en roman par Todd Strasser, mais aussi en film (Die Welle).

La Vague
de Todd Strasser
roman (poche) : ISBN n°978-2266185691 chez Pocket
BD : ISBN n°978-2-35013-156-6 chez JC Gawsewitch
Sur wikipedia

Ne pouvant arriver à expliquer comment les allemands ont pu laisser les nazis arriver au pouvoir et mettre en place l'horrible "Solution Finale", il décide de mener une petite expérience.
Il met en place une discipline de fer dans sa classe, puis des exercices physiques, une devise, le tout sous l'excuse de l'hygiène de vie, de l'amélioration personnelle et du bien commun. Petit à petit, son système recopie le nazisme, avec salut, devise, etc. Et l'expérience lui a échappé des mains. Les élèves ont parfaitement suivi l'exemple, avec culte du leader, menace et violences sur les opposants, etc. en seulement une semaine !
Les élèves étaient devenus les parfaits petits drones qu'ils détestaient seulement une semaine auparavant. Le professeur le leur fit réaliser le dernier jour, mettant fin à l'expérience d'une manière explicite avant que la situation ne dégénère.

Soumission à l'autorité - Expérience deMilgram
Une autre expérience qui fait peur, celle de Stanley Milgram. Si vous pouvez vous le procurer, elle est reproduite visuellement dans le film I... Comme Icare, un agréable film sur l'assassinat de J.F. Kennedy (ce qui n'a que peu de rapport avec ce qui nous occuppe ici).

Soumission à l'autorité
de Stanley Milgram
chez Calmann Levy
ISBN n°978-2702104576
Sur Wikipedia

L'expérience de Milgram (1963) est très simple ainsi que très documentée, car elle fut reproduite de nombreuses fois dans de nombreux pays : un scientifique en blouse blanche accueille deux personnes qui ont été recrutées pour une expérience sur la mémoire (ou autre, peu importe). Un tirage au sort a lieu pour les départager : l'un sera le "professeur", l'autre l' "élève".
Toutefois, le tirage au sort est truqué, et l'un des deux recrutés n'est qu'un acteur. Une seule personne est étudiée lors de l'expérience et sera, par truquage du tirage au sort, le "professeur".
L' "élève" s'assied sur une siège et le "scientifique" met sur lui des électrodes. Le "professeur", quant à lui, s'assied à un pupitre de commande, dont les leviers envoient des décharges électriques à l' "élève".
L' "élève" ne reçoit pas réellement les décharges, mais il les simule pour que le "professeur" y croie.
La question de l'expérience est : si on en donne l'ordre au "professeur", ce dernier ira-t-il jusqu'à "tuer" l' "élève" ?
La réponse, donnée par l'expérience est, hélas, oui. Dans la très grande majorité des cas. Les variations de l'expérience donne des résultats très similaires confirmant l'idée que les gens se soumettent facilement à ce qu'ils reconnaissent comme l'autorité s'ils ressentent qu'ils sont ainsi déchargés de leur responsabilité...

Effet Lucifer - Expérience de Stanford
Réalisée en 1971, cette expérience est à rapprocher des deux précédentes. Elle est plutôt bien documentée, mais ne fut jamais reproduite (sauf par la BBC comme émission de téléréalité). En l'occurence, on a ici choisi des sujets considérés comme particulièrement stables et peu dangereux, de peur d'avoir des débordements. Par tirage au sort, les sujets se sont retrouvés soit gardiens, soit prisonniers.

The Lucifer Effect
par Philip Zimbardo
ISBN n°978-1846041037
Sur wikipedia

Wikipedia raconte d'ailleurs la suite mieux que je ne pourrais le faire :

Les prisonniers et les gardes se sont rapidement adaptés aux rôles qu'on leur avait assignés, dépassant les limites de ce qui avait été prévu et conduisant à des situations réellement dangereuses et psychologiquement dommageables. L'une des conclusions de l'étude est qu'un tiers des gardiens fit preuve de comportements sadiques, tandis que de nombreux prisonniers furent traumatisés émotionnellement, deux d'entre eux ayant même dû être retirés de l'expérience avant la fin.

Malgré la dégradation des conditions et la perte de contrôle de l'expérience, une seule personne parmi les cinquante participants directs et indirect de l'étude s'opposa à la poursuite de l'expérience pour des raisons morales. C'est grâce à celle-ci que le professeur Zimbardo prit conscience de la situation et fit arrêter l'expérience au bout de cinq jours, au lieu des deux semaines initialement prévues.

5 jours. Seulement cinq jours pour transformer des êtres humains en bourreaux.

Utilité au militant de gauche :
Ces livres sont à mon humble avis utiles à tous, quel que soit le bord. Ils expliquent très bien comment une population peut se laisser glisser de manière très simple dans l'obéissance absolue et aveugle, le respect des règles qu'on leur a données en se dépouillant de ce qui fait d'un homme (ou d'une femme) un être humain.
Ces scientifiques ont mis l'âme d'un groupe d'humains sous un microscope et l'ont regardée avec attention, jusqu'à ce que le dégoût ne vienne mettre fin à l'expérience. Mais il serait trop facile de rejeter la faute sur le groupe : l'expérience de Milgram montre notre coté veule et soumis, et ce individuellement.
Une fois ces livres lus, le célèbre roman de Robert Merle, La Mort est mon métier, n'en devient que plus effrayant, plus atroce, plus ... humain.

Toutefois, attention : ces expériences sont très controversées et la généralisation de leurs conclusions est sujette à caution. Les événements ont bien eu lieu, mais la non reproduction des expériences (à l'exception de celle de Milgram) sauf de façon assez petite, rend ardue la généralisation de ce qui s'est produit.

Il en parle aussi :
La Vague de Todd Strasser

vendredi 2 janvier 2009

Taz, ce n'est pas que chez la Warner Bros

Pour continuer la célébration du bicentenaire de la naissance de Proudhon, une autre de mes lectures récentes est un livre de Hakim Bey intitulé "T.A.Z.". Oui, en ce moment, je suis plutôt sur des livres courts, et cet opus de Bey recueille la traduction de l'une des trois parties d'un livre plus fourni de l'auteur. Cependant, le concept des Temporary Autonomous Zones est un des concepts clef de la pensée de Bey (de ce que j'en sais, du moins, c'est-à-dire pas grand chose hélas).

Hakim Bey, de son vrai nom Peter Lamborn Wilson, est un personnage controversé chez les anars, car il propose un anarchisme si individualiste qu'il en devient apolitique (merci wikipedia). Bref, je ne connaissais que le nom de cet homme là, j'ai donc profité d'une vitrine de librairie achalandée pour découvrir que ses textes étaient traduits en français et à prix raisonnable. Soit.

T.A.Z. Zone Autonome Temporaire
de Hakim Bey
chez L'Eclat
ISBN : 978-2-84162-020-3

Comme son nom l'indique, Bey décrit dans ce livre, sans le définir car il juge que la définition se déduit naturellement de l'exemple, son concept de zone autonome temporaire (TAZ pour Temporary Autonomous Zone). Il s'agit d'une zone située dans le temps et l'espace où les philosophies libertaires s'appliquent de fait. Une sorte de paradis anarchiste discret, au sens mathématique, car spontané et temporaire.

En fait, ces T.A.Z. sont nombreuses. Un dîner est une T.A.Z. car il n'y a pas de lois, pas de hiérarchies : les interactions entre les convives ne sont dictées que par la propre éthique de chacun d'entre eux, dans une culture de politesse et de manières. Une flash mob ou certains festivaux (burning man, raves) sont aussi des T.A.Z. Certains lieux d'échange sur Internet sont des T.A.Z. (attention, le texte est assez ancien, donc la vision du web présentée date des débuts de l'Internet).

Le livre est l'étude de ces T.A.Z. au travers d'exemples historiques multiples, de l'utopie pirate jusqu'à l'Espagne anarchiste en passant par Makhno.

Utilité au lecteur de gauche :
  • La T.A.Z. permet de voir l'anarchisme en action et de découvrir des anarchies fonctionnelles sur des espaces discrets.
  • Le livre fait un petit récapitulatif d'exemples pratiques, mais c'est bien tout.

dimanche 30 novembre 2008

François Ruffin - La Guerre des Classes

J'ai hésité longuement pour cette première fiche, mais comme il s'agit d'un ouvrage récent, autant lui donner un coup de projecteur bienvenu.


La Guerre des Classes
de François Ruffin
Fayard - octobre 2008
ISBN : 978-2213638164

François Ruffin n'est pas un inconnu. Il collabore souvent au Monde Diplomatique, et son ouvrage contient pour partie des éléments de ses articles dans ce journal (y compris le numéro de novembre 2008). Il s'était fait connaître aussi par son livre sur la formation des journalistes, "Les Petits Soldats du Journalisme", qui avait fait couler beaucoup d'encre à l'époque.

La Guerre des Classes est issu d'un constat très simple : la disparition quasi-totale de la notion de lutte des classes dans les discours de la gauche (PS et PC). De la disparition de ces quelques mots, Ruffin fait le tour des idées ayant mystérieusement disparu des principaux courant de gauche, tout en décrivant cette évolution et en lui donnant des causes. Où sont passés le socialisme, la lutte de classes, le partage des richesses ? Perdus au combat ? Non, plutôt discrètement éjectés, balayés sous le tapis pour "faire propre" lors des discours et des grands raouts. Pourtant, ces notions ne sont guère obsolètes, et Ruffin se charge de nous le démontrer.
Pis encore, il nous montre aussi comment la droite utilise ces notions pour les déclarer obsolètes ou archaïques. Comme si la gauche n'avait pas changé de discours depuis un siècle. Alors que c'est bien le cas, elle a changé : elle s'est débarassé de tous les concepts qui la fondaient. Et c'est bien la droite qui n'a pas changé depuis un siècle, à part peut être pour enlever ses derniers freins face à la finance. Les discours d'archaïsme de la gauche, on les retrouve déjà sous la plume des maîtres des forges à la grande époque.
Il n'échappera pas au lecteur que le style pamphlétaire de Ruffin peut pousser le commentateur à rejeter en bloc ce qui est dit pour des questions de style. C'est se tromper de débat, le fond est plus important que la forme, et ce fond est ici essentiel.

Utilité au militant de gauche :
  • Ruffin rappelle ici les notions fondatrices de la gauche. Le partage des richesses, la lutte des classes, bref ce qui est son fond électoral depuis toujours et dont la disparition est dangereuse pour elle (et qui est probablement une des raisons de ses diminutions de suffrages). Sous des impulsions de "modernisation" venue de la droite, la gauche a rejeté ce qui la faisait, s'acoquinant avec une droite modérée, a minima dans la partie économique de ses programmes.
  • D'autre part, il rappelle ce chiffre qui tarde franchement à devenir célèbre : 9,8%. Il s'agit, en France, de la part du PIB ayant "ripé" du salariat vers l'actionnariat. Cela représente dans les 150 milliards d'euro par an, et cette évolution, similaire dans toute l'Europe, a réussi a inquiéter la Banque des Règlements Internationaux (BRI) (source retrouvée dans un article du même Ruffin sur le Monde Diplomatique). En bref, dans les 20 dernières années, la France a presque doublé son PIB, mais ses habitants, à une minorité près, doivent toujours plus se serrer la ceinture.
  • Il revient aussi sur l'utilisation des idées de gauche par la droite. Aux dernières élections, seuls des hommes de droite usèrent de l'expression "lutte des classes", pour rappeler que c'est une notion archaïque. Etrange, puisque leurs adversaires n'en usaient pas. Serait-elle moins archaïque que prévu pour qu'il faille, par pétition de principe, rappeler à chaque instant qu'elle l'est, soyez-en-persuadés-braves-gens ? Les classes existent, n'en doutez pas un instant. Il suffit pour cela de la présence de riches et de pauvres. Et Warren Buffet lui même affirme l'existence de la lutte de ces classes, en disant que c'est "sa classe, les riches, qui est en train de gagner [cette lutte]". L'exploit fondamental aura été de faire que l'une des deux classes s'enlise dans une lutte interne : l'assedic peut haïr le rmiste, qui peut à son tour détester le cotorep, ad nauseam. Grâce à cela, aucun d'entre eux ne se tourne vers le vrai auteur de ses malheurs : les gens qui sont du coté du manche.
L'avis d'Alias