mardi 21 février 2012

Des lectures dures mais nécessaires

Tout occuppé à procrastiner, je m'aperçois que je n'ai pas alimenté ce blog depuis un moment. Bon, alors autant faire un petit billet sur de la BD, et oui, encore. Et en plus, de la BD qui réjouit, qui met de bonne humeur, qui respire la joie.

Ou pas.

En 1992, Art Spiegelman reçoit le prix Pulitzer pour le premier volume de sa BD, Maus. Spiegelman (qui était à Angoulème cette année) a, d'après moi, prouvé avec Maus que la BD était un support noble capable d'aborder tous les sujets et ne se limitant pas "aux petits Mickeys". Maus est une BD dure, une BD sans concessions, ainsi qu'une BD où chaque planche révèle une maîtrise du fond et de la forme incroyable. L'intrication entre la construction et le contenu de chaque planche est un travail d'orfèvre magnifique. Aussi éblouissant qu'est terrible l'histoire racontée.



Pour les 25 ans de cette BD, Flammarion a le bon goût de non seulement rééditer la BD dans un format agréable, mais d'y ajouter "MetaMaus", un livre tout aussi gros racontant sous la forme d'une longue interview d'Art Spiegelman la gestation, la construction et les retentissements de Maus, avec de nombreuses pièces. MetaMaus est, à mon avis, tout aussi intéressant que Maus, qu'il découvre sous de nouveaux angles et renforce tout à la fois.



A coté de Maus et MetaMaus, dont la renommée n'est plus à faire, j'en profite pour parler d'un petit album, plus confidentiel, que j'avais acheté presque par hasard lors d'un salon du livre il y a bien longtemps, et qui traite d'une autre manière le sujet des camps. Il s'agit de Drancy - Berlin - Oswiecim, de Gregory Ponchard. Dans ce petit album, extrêmement personnel lui aussi, l'auteur raconte son voyage de l'un à l'autre de ces lieux dans une progression lente dans le froid et les ténèbres de cette terrible Histoire.

Cet album fut une excellente surprise.

Drancy - Berlin - Oswiecim de Gregory Ponchard
chez Les Requins Marteaux ISBN n°2849610232

Maus & MetaMaus de Art Spiegelman
chez Flammarion
ISBN n°9782081278028 & n°9782080689672

jeudi 12 janvier 2012

Ne faites confiance à personne de plus de 25 ans

(Merci à Gromovar pour l'info).

J'avais parlé de Little Brother, qui n'existait qu'en anglais. Il est enfin traduit, vous n'avez plus aucune excuse pour ne pas l'offrir à votre petit neuveu.

Little Brother, de Cory Doctorow
Pocket Jeunesse, ISBN n° 978-2266187299

mardi 10 janvier 2012

Safe Area Goražde

J'ai déjà parlé de Joe Sacco dans ces colonnes, et certains me reprocheront de ne parler que de BD depuis quelques temps. Je l'avoue : mes lectures actuelles ne sont guères politiques, ni même engagées, à moins de tout voir sous cet angle. Et je n'ai pas l'intention de m'engager sur la vision politique de la monarchie dans "Le Trône de Fer" ou la connaissance dans "Las Aventuras de Sherlock Holmes" (oui, je les relis en Espagnol, histoire d'en profiter pour réviser cette langue).



Dont acte, une BD, encore. Mais pas n'importe laquelle. Joe Sacco s'est fait connaître, au moins en France, grâce à un premier reportage, effectué dans la ville de Goražde durant la guerre de Bosnie-Herzegovine, ce drame humain à deux pas de chez nous qui a duré 3 ans. Sarajevo était sous le feu des projecteurs médiatiques et donc sous une protection qu'on pourrait qualifier de forte par l'ONU. La poche de Goražde, elle, n'était reliée au reste de la Bosnie que par le cordon ombilical de l'ONU que représentait la "route bleue". Sacco se rend là bas quatre mois entre 1994 et 1995 et partage la vie des gens là-bas, principalement au travers de son traducteur, Edin.

Via Edin, Sacco raconte l'enclave, mais aussi les témoignages qu'il recueille, dans son style personnel où les témoignages se mêlent et expliquent la vie présente. Par rapport à Gaza 1956, Goražde est bien plus noir, plus douloureux, plus poignant, plus marquant. On sent que Sacco a été changé pour toujours de son expérience, et cela sourd de son livre.

Définitivement, un livre à lire. Sans compter que la récente réédition a ajouté une grande quantité de notes de l'auteur qui ajoutent encore à l'excellence de l'ouvrage.

Goražde par Joe Sacco, chez Rackham (227 pages)
ISBN 978-2878271423
VO : "Safe Area Goražde"

lundi 19 décembre 2011

Une idée de cadeau de Noël

J'ai eu un* beau cadeau de Noël en avance, alors je vous en fait part. Il s'agit d'un joli ouvrage carré, plutôt bien dessiné, intitulé "Petit livre de la cinquième république".


Cet ouvrage couvre tous les petits et grands événements de la cinquième république (en fait d'un peu avant, les "événements" d'Algérie sous Coty, jusqu'à hier - quand la première dame de France a mis bas et le doigt d'honneur à l'assemblée nationale d'Emmanuelli). Organisé par années, chaque année reçoit quelques pages où chaque événement reçoit une brève notule illustrée qui recrée, au travers d'une vaste mosaïque, l'immense paysage d'Histoire qui forme la France d'aujourd'hui.
Cet ouvrage est vraiment passionnant, et à ranger dans sa bibliothèque à coté de l'excellent:
Le premier bouquin vous permet de réviser l'histoire de la Vè. Celui-ci vous donne un best-of des dessins du palmipède semaine après semaine. C'est un très bel ouvrage, de superbe facture, qui se déguste comme un vieux cognac.

Petit Livre de la Cinquième République d'Hervé Bourhis, ISBN n°978-2-205-06799-6
La Vè République en Images, du Canard Enchaîné, ISBN n°2352040701

* : en fait, deux. Mais l'autre était un Polaroïd, ce qui est sans rapport avec le sujet qui nous occupe.

lundi 21 novembre 2011

Haarlem globe trotter

Pour continuer dans l'univers de la bande dessinée sur base historique, j'ai envie de vous faire découvrir la magnifique bande dessinée Jéronimus. Ce tryptique a ses planches réalisées en peinture, permettant d'appuyer d'une certaine manière le lieu et l'époque, le sujet et l'histoire, puisqu'il s'agit de la renaissance flamande, période faste du commerce international des Pays Bas.



On y suit les aventures de Jeronimus Cornelisz, un personnage assez malsain, apothicaire aux accointances hérétiques et mibertines mal vues, qui s'engage sur un bateau afin de fuir Haarlem et la Hollande et un passé qu'il trouve lourd, du fait de ses accointances (fort discutées historiquement), de sa faillite et du décès de son bébé. Par un jeu de circonstances où Jeronimus finit par se lier d'amitié avec le capitaine de son bateau, le Batavia, il organisa avec l'aide d'un petit groupe de partisans une mutinerie, mais avant de lancer l'opération, une tempête amena le navire à faire naufrage.

Il finit par prendre la tête des 300 survivants et dans les circonstances extrême de survie où ils se trouvaient, organisa un règne absolument sanguinaire qui fit par aprèes faire des cauchemars à toute l'Europe : exils, assassinats, massacres, le tout par des moyens horribles.

Vous pouvez retrouver l'histoire générale sur Wikipedia, mais rien ne vaut la lecture de ces trois tomes tout à fait réussis, dont le premier tome assez calme ne laisse rien présager de la surprise horrible et de l'apogée dans l'horreur que sont les tomes 2 et 3. Sacrée lecture, la vache !

Jeronimus, une bande dessinée en trois tomes superbes de Christophe Dabitch et Jean-Denis Pendanx, chez Futuropolis.
ISBNs : 978-2-7548-0131-7, 978-2-7548-0218-5, 978-2-7548-0311-3), existe en coffret intégrale

mercredi 16 novembre 2011

Chine Eternelle, que de bouleversements en si peu de temps

Dans la lignée des bandes dessinées évoquant des morceaux d'histoire, Une Vie Chinoise conte la longue déambulation d'un homme qui aura connu l'avant, le pendant et l'après Mao.



Li raconte sa propre vie, telle qu'il l'a vécue, sans trop de fards, sans trop d'embellissements, dans ce qu'il y a eu de dur mais aussi de beau au cours des 50 ans passés en Chine. D'abord l'enfance, avec un père cadre du parti dans une petite ville de campagne, pendant que s'instaure rapidement le communisme maoïste, qui déferle comme un torrent dans la plaine calme de vies engoncées dans des décennies de tradition. Le rêve communiste vire peu à peu au cauchemar, avec les drames et la famine liées au Grand Bond en Avant. Par la suite, la mutation vers l'ouverture à l'extérieur après la mort de Mao façonne une nouvelle évolution pour Li, une période bouillonnante et trouble, avec un adolescent qui devient un vrai adulte. Le dernier épisode, intitulé "Le Temps de l'argent" évoque la transformation vers un capitalisme triomphant et frénétique de la Chine.



Ce récit autobiographique est intéressant pour comprendre comment la Chine a absorbé ses révolutions successives avec toujours un enthousiasme illimité, comment elle est passé d'extrêmes à d'autres. Cette évolution difficile à comprendre pour un occidental est ici racontée de l'intérieur, avec des yeux chinois, ce qui nous aide à appréhender les bouleversement qu'a connue la Chine en 60 ans. C'est en plus bien écrit et bien dessiné. Un régal.


Une Vie Chinoise - Le Temps du père, Le Temps du parti, Le Temps de l'argent
3 volumes grand format par P. Otié et L. Kunwu, chez Kana
ISBN de l'intégrale en coffret : 3600121201835 (mais existe en volumes séparés)

vendredi 16 septembre 2011

Putain, dix ans.

"Un homme prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une, ni l'autre et risque de perdre les deux."
~Attribué à Benjamin Franklin, mais plus probablement de Richard Jackson

"Ne vends pas la vertu pour acheter la fortune, ni la Liberté pour acheter la puissance."
~Benjamin Franklin

"La sécurité vous est-elle si chère, ou la fortune si douce, au point de les acheter au prix des chaînes et de l'esclavage ? (...) Je ne sais pas quel chemin les autres suivront mais, dans mon cas, donnez moi la liberté ou la mort !"
~Patrick Henry

Bon, ça fait dix ans que le 11 septembre a changé l'équilibre du pouvoir entre les citoyens et leurs gouvernements. Dix ans que les lois sécuritaires se multiplient. Dix ans que les gouvernements occidentaux multiplient les lois sécuritaires. Presque 10 ans que vigipirate est au niveau rouge/orange. Dix ans que voir des militaires portant des FAMAS dans des lieux publics ne nous choque plus. Dix ans qu'on accepte tout et n'importe quoi au nom de la sécurité. Dix ans de contrôles ridicules dans les avions. Dix ans que la droite nous vend la soupe de la sécurité pour se faire élire.

Mais... Dans le cadre du terrorisme... Si la population... Si NOUS avons peur et sacrifions tout à la sécurité, même nos valeurs... n'est-ce pas la preuve qu'au final, ce sont les terroristes qui ont gagné ?

En cet anniversaire du 11 septembre, l'ACLU, American Civil Liverties Union, un groupe de défenseur des droits du citoyen aux USA, vient de publier un très intéressant document, appelé A Call To Courage.



http://www.aclu.org/files/assets/acalltocourage.pdf

Dans ce bref document de 36 pages ont a un superbe résumé de la décennie, démontrant à quel point les Etats Unis ont réfuté la totalité de leurs valeurs fondatrices, des valeurs chantées dans leur hymne national et célébrées dans une constitution qui est un modèle. Tout ça pour combattre une guerre qui n'a ni frontières ni limites. Normalement, le don des pleins pouvoirs, dans le cadre d'une guerre, se fait de manière extrêmement délimitée pour éviter les abus, sous la forme de limites temporelles et géographiques. Sauf que la "guerre contre le terrorisme" n'ayant ni l'une ni l'autre, les pleins pouvoirs ont été donnés de manière définitive à l'exécutif, sans aucune limite ni droit de regard.

A Call To Courage est un appel à leurs députés et sénateurs pour qu'ils cessent d'avoir peur et remettent le nez dans les affaires de l'exécutif. C'est en tout cas un document à lire, pour un résumé essentiel de tout ce qu'a abandonné les USA dans leur "guerre": tortures, détentions illimitées, enquêtes militaires, prisons secrètes, interdiction d'accéder à un procès, etc.

En parallèle, mais tout aussi intéressant, a été publié un "paper" scientifique qui étudie le dilemme auquel fait face un décideur politique dans le cadre du terrorisme : empêcher le terrorisme ou les récriminations (preventing terrorism or preventing blame).

http://opim.wharton.upenn.edu/risk/library/J2011OBHDP_APM,AT,HK_PolicymakersDilemma.pdf

Dans ces dix pages, les auteurs étudient et prouvent qu'alors qu'un membre du parlement envisageant une politique anti-terrorisme devrait faire une cotation normale des risques encourus prenant compte de la probabilité d'apparition du risque (comme dans toute étude AMDEC qui se respecte), ils tiennent plus compte de la quantité de reproches qu'on risque de leur faire s'ils n'ont su l'empêcher, amenant à un défaut de perception sur la prioritisation de ce qui devrait être accompli.

Honnêtement, il s'agit d'une étude toute bête sur nos comportements, mais qui montre, quelque part, à quelle vitesse nous renonçons à la loique et entrons dans le pathos dans certains cas.
Dix pages à lire.
 
Et en France, c'est pareil. Remember Loppsi ? Les écoutes du Monde ?

EDIT : en route vers 11 ans ! Yeah ! (merci BoingBoing)