mercredi 23 septembre 2009

Beaux discours et vie chère

Eh bien, je dévoire moi... Bon, vous me direz, je me foule pas vu la longueur des bouquins.

L'éditeur Points a édité trois microscopiques recueils qui reprennent, chacun, deux discours célèbres sur un thème donné. Je vais probablement en reparler vu que j'en ai acheté trois mais compte lire toute la série. Le premier que j'aie lu, dans le métro hier soir est le suivant :
I have a dream de Martin Luther King Jr. suivi de La Nation et la race, de Ernest Renan
chez Points
ISBN : 978-2757814994


Deux discours, dont le premier est archi-célèbre mais dont, évidemment, personne ne connaît autre chose que la première phrase, ou peu s'en faut. C'est un peu comme le deuxième couplet de la Marseillaise : on se doute qu'il existe, mais quant à savoir ce qu'il dit...

Le discours de Martin Luther King Jr. est superbe. Il est écrit avec une passion forte mais douce. Il incite et n'oblige pas. Les mots coulent dans un anglais agréable (le discours est reproduit en VO et VF). C'est un discours d'espoir, de combat, mais aussi de pardon.

Celui de Ernest Renan, qui est un cours donné à la prestigieuse Sorbonne, est beaucoup plus sobre dans sa langue, mais très intéressant. Ecrit en 1882, même s'il est daté sur certains points, il est à la fois visionnaire (il prédit la seconde guerre mondiale, voire la première) mais surtout c'est un superbe recueil d'arguments mettant fin à tout le discours idiot sur les races et leur accolement artificiel à la notion de nation. Il y détruit par des arguments simples mais bien vus tout les discours inane qu'on peut entendre dans la bouche de notre extrême droite (voire moins extrême depuis la création d'un ministère précis).

L'autre livre que j'ai lu dans le métro hier (j'ai beaucoup pris le métro hier) est le récit, autobiographique, d'une étudiante poussée par ses difficultés financières à la prostitution. Le sujet est intéressant et nos politiques n'ont jamais cherché à résorber les causes du problème (chèreté des études, manque de places en Cité U, fourchette d'étudiants n'ayant ni revenu ni accès aux bourses, travail étudiant rare et mal payé, etc). Le livre raconte donc la spirale noire qui la fait descendre vers un travail qui la révolte elle-même et comment se déroule sa vie. Pour ceux qui se poseraient la question : non, ce livre n'est pas érotique pour un sou. Il est sordide. Cependant, même si la narratrice nous raconte son désespoir, le texte manque un peu de style et n'arrive jamais vraiment à rendre le coté sordide qu'elle déclare elle-même supporter (et je la crois aisément), ce qui nuit à l'impact du récit sur le lecteur, hélas. Un texte intéressant à la fin du livre est une mini étude sociologique sur ce milieu, qui montre l'ampleur du désastre : il semble qu'environ 40 000 étudiants, majoritairement des filles mais pas seulement, se prostituent pour pouvoir faire des études. Le chiffre, énorme, est effrayant. La facilité avec laquelle cela semble arriver est elle aussi effrayante.

Mes chères études - Etudiante, 19 ans, job alimentaire : prostituée, par Laura D.
chez Max Milo ou en poche chez J'ai Lu
ISBN : 978-2353410323

mardi 22 septembre 2009

Le faucon traître-mutant-commie

J'ai des amis qui ont de la classe. L'un d'entre eux m'a offert récemment une série de tout petit livres et parmi ceux-ci se trouvait un petit livre de l'éditeur Allia. J'avais déjà lu deux petits livres de cet éditeur. A chaque fois, des textes de qualité, courts mais bien traduits, dans un petit objet assez luxueux : papier ivoire, police et papier de qualités. Le tout à petit prix.

Mon cadeau était le suivant :
Dashiell Hammett - Interrogatoires aux éditions Allia
traduction de Nathalie Beunat
ISBN : 978-2-84485-315-8


Dans cet étonnant livret se trouvent les compte rendus de trois interrogatoires qu'a subi Dashiel Hammett, l'auteur des aventures du célèbre Sam Spade, considéré comme l'inventeur du genre "Noir". Nous avons tous vu "Le Faucon Maltais"... Les interrogatoires subis le sont à cause de ses sensibilités communistes, à la grande époque de la Red Scare et du McCarthysme. Les interrogatoires ont lieu entre 1951 et 1953 et dans chacun Hammett se réfugie derrière le 5ème amendement de la consitution américaine qui permet de ne pas répondre à une question si elle peut porter préjudice à celui qui répond. En effet, se déclarer communiste ou d'amitiés communistes, à une époque où la couleur de la culotte de Mickey (rouge, donc) était vue avec suspicion, pouvait poser beaucoup de problèmes à l'intéressé.
Même si Hammett ne répond toujours "Je refuse de répondre à cette question", les questions posées et l'attitude générale des interrogateurs présentent un paysage intéressant de ce que pouvaient être les procès McCarthystes : des chasses aux sorcières menées par d'incroyables paranoïaques fanatisés. Plus ou moins (n'exagérons rien non plus). Mais la peur du rouge régnait.
C'est dont un étrange petit recueil, offrant un intéressant instantané d'une époque particulière.

Le précédent que j'avais lu était :
La Conduite de la Guerre de William Langewiesche
aux éditions Allia
ISBN : 978-2-84485-282-3


Celui-ci est un témoignage étonnant sur le massacre de Haditha, en septembre 2005 en Irak. Il présente comment, suite à une mine qui fait exploser un tank dans un village, des militaires stressés et sous pression vont péter un plomb et faire un massacre dans un petit village. Là où le livre est intéressant, c'est qu'il ne s'agit pas d'un pamphlet sur les méchants soldats américains ou sur la vilaine guerre. Il s'agit d'un texte assez froid où personne n'est méchant ni gentil, et où ce qui est critiqué est le fonctionnement d'un soldat et les règles qui le régissent au jour le jour, avec un décalage par rapport à la réalité de la situation qu'il est en train de vivre.

Le dernier ouvrage de cet éditeur sur lequel j'avais posé mes yeux, était un livre de Noam Chomsky intitulé "Sur le contrôle de nos vies", qui dans mon souvenir était très intéressant mais dont j'ai tout oublié, hélas. C'était il y a trop longtemps.

bref, tout cela pour dire que cet éditeur a réussi à chaque fois à me surprendre avec des livres originaux et bien faits, à vil prix. Miam.

mardi 28 juillet 2009

Petit Frère Te Surveille !


En ces temps d'Hadopi 2, quoi de mieux pour se détendre sur les plages qu'un petit bouquin de SF assez bien vu où le gouvernement US met en place des mesures délirantes d'Orwellisme pour "protéger" ses citoyens ?

L'action de Little Brother se déroule à San Francisco environ 20 minutes dans notre futur (référence à Max Headroom, que vous ne pouvez avoir connu si vous avez moins de 20 ans et c'est dommage). Le héros et ses potes sont des gamins que je pourrais qualifier de "wired", c'est à dire de la web-generation. Ils sont bons en cours, ne sont pas spécialement des nerds voués aux gémonies, mais ils aiment la technologie de l'information et manipulent le net de manière assez poussée, préférant jouer à un jeu online que de suivre des cours un peu chiants.

Et un jour tout bascule : un attentat a lieu, le Department of Homeland Security prend la main pour protéger les braves citoyens des vilains terroristes dangereux en mettant en place des dispositifs de flicage extensifs qui ... existent probablement déjà pour la plupart (les quelques personnes qui suivent ce blog se rappelleront de mon billet sur les prix Orwell). Révolté par cette atteinte à la vie privée pour des résultats inutiles voire dangereux, ainsi que pour d'autres bonnes raisons, le héros va se servir du net et de tous les outils légalement disponibles pour lutter contre le bigbrotherisme gouvernemental. Comme répété de temps à autres dans ce blog : quis custodiat ipsos custodes ?

Même s'il est conçu pour des adolescents, ce petit roman se lit très rapidement, et est fort agréable, amusant et instructif. La plupart des technologies présentées existent ou sont à deux doigts d'être institutionnalisées. De plus, l'auteur explique de manière très claire comment elles fonctionnent ou comment les théories de la sécurité que nos politiques nous vendent sont du flutiau pour attardés, mais qui leur permettent de mettre en place, avec notre autorisation soumise, des technologies dont même Staline n'aurait pas rêvé.

Enlevé, entraînant et instructif... Manque-t-il quelque chose ? Pourquoi pas gratuit tant qu'on y est ? Eh bien oui. Il est gratuit. En effet, au même titre que l'excellent Accelerando, Cory Doctorow a mis son ouvrage en ligne, en licence Creative Commons Share Alike, qui autorise donc les gens à le télécharger, voire à la modifier, le réécrire, le changer et le distribuer (tant que cela reste gratuit et quelques autres limites). Dans ta face, Hadopi.

Little Brother
par Cory Doctorow
en anglais chez TOR
ISBN : 978-0765319852

Autres avis :
Paysage imaginaire: Little brother de Cory Doctorow
Little Brother de Cory Doctorow
Quoi de neuf sur ma pile ?: Don't trust anyone over 25...
Reflets de mes lectures: Little Brother
Little Brother de Cory Doctorow
Hugin&Munin : Little Brother

jeudi 28 mai 2009

William Gibson n'écrit plus de "cyberpunk"

Quand on regarde la société d'aujourd'hui, on peut se dire que William Gibson n'écrit pas du cyberpunk. Peu ou prou, il écrit des textes de légère anticipation depuis toujours. C'est une illusion, notre monde n'était pas ainsi dans les années 80, quand son Neuromancer fut enfin publié.

Où est-ce que je souhaite en venir ? Je souhaite ici faire remarquer que la partie "punk" du cyberpunk était une excellent vision des années 2000 puisque les différences sont pas si nombreuses entre notre monde de 2009 et celui envisagé dans Neuromancien /Comte Zero (je n'ai pas encore relu Mona Lisa s'Eclate).

Tout d'abord, faisons le tour de la partie "cyber". Si la technologie a énormément évolué en 20 ans, cette évolution ne s'est que partiellement faite dans le sens envisagé. Oui, on peut discuter avec la terre entière, oui les entreprises ont leur site, oui on peut acheter sur le réseau etc. En fait, mis à part l'aspect visuel de ce réseau et son fonctionnement premier pour le péquin moyen, les différences sont faibles. Au niveau "chrome, cyber et mullets", là ça a bien vieilli, car c'était une vision du futur inscrite dans les critères esthétiques du passé. Les membres cybernétiques n'existent pas encore, et pour les quelques éléments au point, ça tient plus de la prothèse que de l'augmentation. Toutefois, pour nuancer : les implants, du moins leurs fonctionnalités, existent bien. On a tous ou presque un téléphone portable qui nous sert de "puce mémoire" (inutile de mémoriser son répertoire) et de "dataconnect" (pour surfer sur la dernière connerie dailytube). Combien de personnes utilisent des oreillettes bluetooth ? Le GPS ? Faire ses courses sur le ouèbe ? Etc. Fascinant.

Là où c'est plus fort, c'est sur la partie "punk". Le cyberpunk a pour caractéristiques que la société deviendrait une immense corpocratie, avec des grands groupes ("megacorpos") plus puissantes que les gouvernements, qui feraient régner sans concurrence le libre marché, l'être humain n'étant plus qu'une ressource parfaitement jetable. Ces romans se centrent la plupart du temps sur des personnages interlopes, qui essaient désespérément de survivre dans un système qui les broie (à ne pas confondre, donc, avec le mouvement postcyberpunk où les personnages essaient de changer le système). Que constate-t-on aujourd'hui ? Que les êtres humains vivent dans un monde dirigés par les mégacorpos (lire mon billet précédent sur "Le Monde selon Monsanto") et qu'ils rentrent la tête entre les épaules en attendant des jours meilleurs, avec un fossé énorme entre les "riches" et le reste du monde. Fossé qui ne peut que s'agrandir. La pollution, les guerres "marketing/mediatique" et la marchandisation de la planète sont une conséquence évidente de ce qui précède... C'est donc vraiment ici, à l'aune d'aujourd'hui, que le mouvement cyberpunk est d'un visionnaire à couper le souffle. Les romans, les intrigues, peuvent avoir vieilli, mais cette vision du monde reste là.

Dans Comte Zero, on a des grandes corporations ayant d'énormes moyens de pression, et de violence. Les hommes à leur tête sont dénués de toutes considérations éthiques ou morales : seul l'objectif final les concerne et les hommes, ainsi que les gouvernements, ne sont que des outils.

Neuromancien, Comte Zero, Mona Lisa S'Eclate (le tout connu sous le nom de Sprawl Trilogy) de William Gibson
Chez Folio SF, J'ai Lu ou le Diable Vauvert

Les derniers romans de Gibson (Identification des Schémas et Code Source) ne sont plus situés que dans un futur extrêmement proche voire le présent.

Je me permets juste de pointer sur le site où j'ai pris l'image.

Petite anecdote : la célèbre première phrase de Neuromancien parle d'un "ciel couleur d'une télé branchée sur un canal mort". Neil Gaiman faisait remarquer qu'aujourd'hui, une télé branchée sur un canal mort présente un écran bleu roi.

mercredi 13 mai 2009

Linux Manua: Plan de Résistance anti-Hadopi ABCDEFUCK

Y'a des p'tits gars, l'idée de se faire fliquer en permanence et juger coupable à la naissance, ça leur met la haine. Alors ils devisent des moyens d'éviter ça.

En attendant une fiche de livre, vous pouvez toujours jeter un oeil sur leur Plan de Résistance anti-Hadopi ABCDEFUCK...

jeudi 7 mai 2009

Hugin & Munin: Blogosphere Fantasy - renforçons nos liens !

"Bloguiliaque" était une tentative désespérée d'obtenir un son agréable en partant de l'ignoble mot "blog" (dont la sonorité est vraiment repoussante).

Une de mes connaissances a eu l'agréable idée de proposer d'utiliser tant que faire se peut les liaisons diverses que l'on peut obtenir en usant correctement des liens URI (ou URL) que l'on peut coller un peu partout sur sa page. Bien que je ne traitât pas de fantasy, je me permets de faire un lien vers son idée qui est bien vue et à laquelle je ne puis qu'adhérer étant donné mon attachement à la diffusion de la culture, sous toutes ses formes.

Je parle de ça, là.

Et, en plus, je ne néglige pas de faire un jour des billets sur quelques ouvrages de science fiction ouvrant bien des horizons politiques et sociaux, ce qui signifie que la fantasy n'est pas aussi éloignée de mes préoccupations qu'on pourrait le croire. Le temps de finir le Gibson, là, et hop.

Messieurs les corbeaux, je vous salue bas.

mercredi 29 avril 2009

O Grande Malédiction d'Ouverture du Génie Modificateur...

Oui, c'est assez grandiloquent, mais une lecture récente, qui m'a prise un temps certain étant donné la densité du contenu, a fortement modifié mes perceptions environnementales sur un sujet que j'avais délaissé dans mon champ de détection des saloperies diverses qui nous menacent, à savoir les Organismes Génétiquement Modifiés. Il n'y a pas si longtemps, par méconnaissance du sujet, je pensais benoîtement que cette innovation technologique avait été testé dans tous les sens au sujet de son innocuité et que les instances qui nous protègent avaient fait leur boulot.

J'ai donc lu "Le Monde Selon Monsanto" en m'attendant à n'apprendre des choses que sur les vieilles saletés (Pyralène, Dioxine, etc.), sur un ton pamphlétaire.

Quelle erreur ! Et quelle claque !

Le livre est d'abord très froid. S'il y a bien parfois une phrase due à l'émotion de l'auteur, marquée par les faits qu'elle relate, il s'agit bien d'un compte rendu froid et factuel de tout ce qu'elle a pu découvrir en plusieurs années d'enquête. Et il faut bien dire que ce livre ne m'a pas laissé indifférent. J'étais tour à tour choqué, effondré, énervé, attristé, enragé par ce qui m'était froidement décrit. Le portrait dressé est effrayant. Le livre fermé, j'étais convaincu, et je me considère désormais comme anti-OGM. Il ne peut en être autrement : les faits sont là, clairs et définitifs ; on nous vend comme nourriture un poison enrobé de mensonges éhontés.

Le Monde Selon Monsanto
De la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien
par Marie-Monique Robin
aux éditions La Découverte/Arte
grand format - ISBN n°9-782-84734-466-0
en poche - ISBN n°9-782-70715-703-4

Pour ce que contient le livre, il s'agit globalement de l'histoire de l'entreprise vu par la lentille de tous les scandales qui l'ont entourée, année après année, avec des témoignages, des documents, des chiffres et des résultats. Il n'y a pas d'échappatoire, tout est décortiqué, établi, avec des sources tracées.

Le documentaire vidéo résume le livre mais le portrait est forcément moins détaillé et moins effrayant. Le livre est une somme dense et fournie, définitive. A tel point que j'en ai assez mal dormi par moments. Toutefois, si le livre vous décourage par sa taille et sa densité, jetez-vous sur le film, qui vous fournira une bonne base, un bon échantillon de la réalité sous-jacente.

Utilité au lecteur (de quelque bord que ce soit) :
  • Une vision des mensonges et dangers entourant les OGM ou ayant entouré toutes les horreurs qui les ont précédées (Pyralène, Dioxine, Désherbants, Agent Orange etc)
  • La démonstration effective d'un fonctionnement corpocrate : méthode, établissement, risques
  • Les dangers effrayants des OGM, qui ne se résument pas à la santé, mais aussi aux risques environnementaux et économiques qui les entourent (oui, il est parfaitement logique d'être de droite et anti-OGM)
  • Une lecture essentielle (j'en suis encore choqué aujourd'hui)