jeudi 20 février 2014

Economix

Mike Goodwin, l'auteur de l'excellent Economix vient expliquer un peu ce qui se cache derrière les traités commerciaux (le TPP mais en fait... tous).

Une EXCELLENTE lecture (en anglais).

Et puis celui sur la sécurité sociale.

mercredi 12 février 2014

Tous à walp

Un de nos politiques a dit des âneries sur un livre pour enfant qu'il n'a probablement pas ouvert. Martin Vidberg, de n'actualité en patates, a ouvert une idée élégante : tous les dessinateurs peuvent proposer un dessin sur le thème "tous à poil", qu'il hébergera.
Avis aux amateurs, donc, c'est là : http://vidberg.blog.lemonde.fr/2014/02/12/tous-a-poil-pour-le-14-fevrier/
EDIT : la galerie finale est ici.

Amusez vous bien. J'ai moi même envoyé une participation (à mon faible niveau).

Quant au livre, pour l'avoir feuilleté : y'a pas de quoi fouetter un chat. Il est joli, bien fait, sobre, amusant.



Plus d'informations. A noter que ce livre est sur une liste, non pas du gouvernement, mais de parents qui ont listé les livres pour leurs enfants, ceux qu'ils ont préférés.



Tous à Poils, de Claire Franek et Marc Daniau
aux Editions du Rou ISBN 2812602066

Intermède musical

Jérémie Zimmermann est le frontman du groupe de (cypher) punk "La Quadrature du Net" et il nous propose son dernier, tube, "Rien à Cacher".


Bientôt à Eurovision mais déjà partout sur votre Internet...

lundi 10 février 2014

Ca pourrait se passer près de chez vous.

L'autre soir, j'ai regardé le film God Bless America, de Bobcat Goldthwait. L'histoire : un américain banal vit à coté d'un couple de débiles, travaille avec des crétins et regarde de la merde à la télévision. Tout le monde se reconnaîtra dans son portrait ainsi que dans la critique qu'il fait de la société, ici hautement caricaturée mais finalement pas si éloignée de l'état actuel des choses. Lorsqu'il découvre qu'il va mourir d'une tumeur cérébrale, il s'embarque dans un road trip où il va buter les gens qui le gonflent, accompagné par une jeune ado qui partage son ras-le-bol.



Ce film s'incrit dans la lignée de pas mal d'autres films. Je pense d'abord à Chute Libre (1993), où un homme vient de perdre son emploi, en as ras-le-bol et va se retrouver dans une spirale de violence. Je pense ensuite vaguement à Idiocracy (2006), où la société est submergée par de plus en plus de débiles. Je pense, enfin et surtout, à C'est Arrivé Près de Chez Vous (1992) où, pour un reportage de télé-réalité, on suit un tueur en série. On ajoute à cette liste Natural Born Killers (1994) qui a bien ce principe du roadtrip d'un couple de spree-killers, sans la critique de la société (quoique, il y a quand même une critique de la télévision qui transforme les deux tueurs en stars de télé).

Avez-vous remarqué la proximité des dates de sortie de tous ces films ? C'est une tendance forte des années 90. D'ailleurs, la décennie se termine sur Fight Club (1999), où le consumérisme est critiqué via une étonnante auto-destruction.

Le gros défaut de God Bless America, c'est son manque de recul. Il s'agit d'un défouloir. On nous fait adhérer aux personnages principaux, qui accomplissent un truc dont on a toujours - dans un gros moment d'énervement - rêvé, saupoudré de quelques slogans bien sentis ("A quoi bon parler de civilisation quand plus personne ne veut se comporter en civilisé ?"). Et ? Et c'est tout.

Le génie de C'est Arrivé Près De Chez Vous, c'est de parvenir à accomplir une critique de ceci. L'assassin, Benoît, est moqueur, drôle et attachant. On le trouve de plus en plus sympathique. On devient son pote au cours de la première moitié du film... Mais au milieu du film, un instant d'horreur, auquel le spectateur-voyeur participe par le truchement de son inclusion à l'équipe de tournage du film (son oeil-caméra) fait réaliser, rétrospectivement, l'horreur de tout ce qui a précédé. Le piège s'est refermé et, à partir de cet instant, le spectateur s'est pris la leçon dans la trogne et la seconde moitié du film achève la punition pour avoir adhéré à la première moitié.

God Bless America, au contraire, tombe dans le piège facile qui est de faire ce qu'il critique au début. Le personnage abandonne sa sacro-sainte civilisation et finit par devenir ce qu'il déteste sans qu'à aucun moment le film ne se pose la question. Dommage. Reste quelques bonnes répliques...

God Bless America, sorti le 11 septembre 2011 (je doute que ça soit un hasard)
de Bobcat Goldthwait

jeudi 6 février 2014

Les ressources humaines du futur

Hier, je suis allé voir une excellente pièce de théâtre, intitulée Contractions, au théâtre Paris Villette. C'était excellent. Deux actrices : Emma est managée de près dans une entreprise moderne, tout de blanc, de chrome et de design, avec des méthodes de management et d'accompagnement des employés fort modernes. CLEER ne renierait pas ces méthodes. Pas plus que le Complexe Alpha.



Dans la conjecture actuelle, il est évident que Emma ne retrouverait pas du travail si elle venait à perdre celui-ci et l'entreprise veille à ce que tout soit parfait pour ses employés et leur productivité. Ainsi, ceux-ci se doivent de fournir des détails précis quant à leurs relations amoureuses au travail. Un geste, un regard, tout ceci peut affecter la productivité des autres et des procédures modernes, efficaces et issues de recherches avancées permettent d'en tirer les conséquences et de prendre les décisions qui s'imposent.

Au cours d'une douzaine d'entretiens entre Emma et son manager, on va voir évoluer la situation de cette employée au sein d'une entreprise Kafkaïenne qui ne veut, évidemment, que son bien. Au début, l'aspect Big Brother est amusant et fait rire. Un peu comme dans C'est arrivé près de chez vous, l'aspect sympathique et amusant nous fait presque adhérer au sujet. Et puis, comme dans le film, un acte d'une horreur barbare nous remet les pieds sur terre et nous renvoie à notre adhésion, notre docilité quant à une situation qui n'avait dès le début rien d'amusant.

Les actrices sont très très fortes : dans l'idée, elles se font face mais grâce à un jeu parfait, elles arrivent à jouer la totalité du spectacle face au public, ce qui permet de mieux voir le jeu d'émotions qui leur traverse le visage.

Au niveau des idées, tout y est. Du rêve humide des managers modernes qui voudraient tout contrôler et transformer leurs employés en drones à la dissolution des responsabilité dans une fantomâtique hiérarchie qui serait toute puissante ("c'est pas moi, c'est la politique de l'Entreprise") en passant par les réorganisation iniques et les entretiens réguliers inutiles. Je pense que les lecteurs de Cleer (L.L. Kloetzer) prendront un plaisir particulier à voir cette pièce.

Contractions
Une pièce de Mike Bartlett (ISBN 9781408108680)
Jusqu'au 8 février 2014 au théâtre Paris-Villette à 20h30 voir sur le site officiel

mardi 7 janvier 2014

Une bonne année

Je vous souhaite à tous une bonne année.
Pour 2014, la résolution sera de se sortir les doigts. Si quelque chose ne vous plaît pas, luttez contre. Pour cela, il y a toutes les échelles, du slacktivisme à l'insurrection armée, et vous n'êtes certainement pas forcé d'aller dans l'extrême.
Pensez aux pétitions.
Pensez à adhérer à des associations.
Pensez à manifester.
Pensez à voter.
Pensez à aborder les sujets autour de vous.

Il y a des liens sur la droite de la page, ça peut aider sur certains sujets qui me tiennent à cœur.

A nation of sheep begets a government of wolves.
- une nation de moutons mérite un gouvernement de loups-
Edward R. Murrow.

Bonne année...
et bonne chance.

jeudi 21 novembre 2013

Calme plat à Vertu-Les-Bains

Ca fait plusieurs mois que je n'ai pas rédigé un message ici. La raison est double. D'une part La Vraie Vie m'a pas mal pris ces temps-ci. D'autre part, j'ai surtout lu des lectures de "loisir" plus que des trucs qui font réfléchir.

Quand j'étais ado, j'ai lu plusieurs textes des grands penseurs de l'anarchisme. Proudhon, Bakounine, Kropotkine. Mon côté "rouge et noir", voire "noir et vert" n'est un secret pour personne. L'autre jour, au salon du livre indépendant, j'ai ramassé deux livrets. Le premier c'est un dictionnaire de l'arguemuche des voleurs, par Vidocq. Inutile de vous le présenter mais c'est assez rigolo de retrouver de nombreux mots dans l'argot parfaitement courant. Ca fait une bonne aide de jeu pour n'importe quel jeu de rôles situé aux alentours de cette époque, voire aussi dans les jeux de rôles médiéval fantastiques se déroulant dans le "milieu" (je songe à l'excellent Wastburg, tiré du roman éponyme et tout aussi excellent). Bon, je vais pas vous enseigner à larlépem le louchébem non plus, je suis pas louf.
Le second livret, que j'ai fini dans l'avion l'autre jour, c'est "L'Esprit de Révolte", de Pierre Kropotkine. C'est un texte tardif, un pamphlet court où l'auteur étudie essentiellement la période pré-révolutionnaire de 1789 et essaie d'isoler les facteurs ayant permis la mise en place d'un moment révolutionnaire, d'une vague, ayant perduré un temps suffisant et ayant eu une ampleur suffisante pour arriver à ses fins. Le but étant de proposer aux révoltés d'appliquer les mêmes méthodes pour espérer les mêmes résultats.
Ca a vieilli.
Au-delà de l'appel réel à ce qui pourrait être assimilé à du terrorisme, ici Kropotkine nous livre son texte le plus décevant. Le pilier de la collectivisation et de l'entraide nous propose quelque chose qui est désormais inapplicable ou qui serait fortement mal vécu. L'expérience réelle de vivre dans une époque empreinte de terrorisme (le monde "post 9/11") fait que des méthodes d'appel à la révolte par des groupuscules sont mal vécues par le péquin moyen dont je suis. On est habitués à rejeter ce genre de choses.
S'ajoute à ça la volonté de communications que K. nous propose. Si cela était valide au XVIIIè siècle, cela ne l'est plus aujourd'hui. Nous sommes désormais dans un monde où on est assommés de messages dans tous les sens. Des messages supplémentaires seront noyés dans la masse, d'autant plus que nous sommes maintenant habitués à trier pour ne lire que ce que l'on veut vraiment lire. Un message qui vient de nulle part, c'est du spam, ça va à la poubelle, ce n'est pas lu. C'est fini. Il va falloir trouver autre chose.
Bref, là où la pensée de Kropotkine est souvent développée, soutenue, intéressante, là j'ai lu le brûlot d'un homme fatigué, qui cherche désespérément à trouver pourquoi la révolution n'a pas vraiment eu lieu... C'est bon d'avoir un théoricien, c'est important. Malheureusement, certaines méthodologies ne passent pas l'épreuve du temps.

L'Esprit de Révolte par Pierre Kropotkine
chez Manucius, ISBN 9782845780965
Texte complet chez Wikisource