jeudi 3 mars 2011

140 ans en Commune

Aujourd'hui, c'est le 140è anniversaire de la Commune de Paris. Si. Même si l'explosion est le 18 mars, les agitations commencent dès le 3 mars.
Le 18 mars 1871, les citoyens parisiens se soulèvent en réaction à la décision du gouvernement Thiers, enfui à Versailles le 10, de leur retirer poudre et canons, justement pour éviter une révolte après 15 jours d'agitation.

Peter Watkins raconte tout cela dans son film fleuve intitulé sobrement "La Commune (Paris, 1871)".



Ce film en noir et blanc, d'une durée de 375 minutes (oui, vous avez bien lu, ça fait six heures et quart) conte les événements qui se sont déroulé à Paris lors de l'année terrible 1871, du début de l'insurrection jusqu'aux condamnations à mort en masse de la semaine sanglante (les versaillais feront fusiller après les événements entre 10 et 30 000 parisiens en guise de répression). Dans le décor limité d'un quartier parisien, Watkins raconte le déroulé des événements. D'abord, a misère qui règne, les conséquences de la guerre de 1871, le souvenir de l'insurrection de 1848, les relations entre les bourgeois et les prolétaires. C'est au travers de portrait des habitants du quartier que tous ces éléments apparaissent, avec des acteurs non professionnels qui n'en sont pas moins excellents et très touchants.
Pour faire part de ce qui se passe en dehors du quartier, l'idée géniale de Watkins est de faire une entorse à l'histoire : au lieu de montrer des une de journaux ou de les faire lire, le réalisateur a décidé d'envisager l'existence de la télévision. Ce qui veut dire que les habitants du quartier regarde un équivalent d'ORTF de l'époque, à savoir Télé Versailles. Lorsque l'insurrection est en place et que la ville commence à se mettre en autogestion avec un gouvernement personnel, apparaît alors une chaîne de télévision indépendante. On voit d'ailleurs apparaître la collusion entre les médias et le pouvoir, ainsi que l'ambivalence du pouvoir médiatique sur les insurgés, avec la toujours possible compromission des journalistes "rebelles" dans leurs relations avec le gouvernement autonome.

Malgré sa longueur et ses choix étonnants, ce film est excellent et permet d'appréhender l'ambiance particulière de cette période très importante de la vie parisienne (et mondiale, puisque Marx en parlera par la suite comme la première révolution prolétaire autonome de l'histoire - constat sur lequel je reste dubitatif) jusqu'à sa conclusion terrible, montrée avec un talent rare. Pour la longueur, le film est divisé en deux parties, ce qui m'a permis de le voir en deux après-midi. La version cinéma était moitié moins longue.

Un extrait sur youtube.

Notez que Paris fêtera cet anniversaire devant l'Hôtel de Ville le 18 mars.

La Commune (Paris, 1871) de Peter Watkins
Sorti en 2000, en DVD chez Doriane Films
Durée 375 min (210 min dans sa version grand écran)

lundi 28 février 2011

Manifeste de la révolution chinoise du jasmin

Lisez-le : http://fourgentlemen.blogspot.com/2011/02/open-letter-to-national-peoples.html
Vous remarquerez que rien n'y est spécifiquement chinois... Tout cela est valide dans beaucoup de lieux de par le monde.

mardi 15 février 2011

Tweed : la fibre révolutionnaire

A Noël, j'ai reçu en cadeau un livre. Enfin, j'en ai reçu plein, mais j'ai aussi reçu celui là, d'amis qui m'ont dit : "en le voyant, on a tout de suite pensé à toi". Inquiet, je regarde ce qu'est l'ouvrage et rien qu'à lire le titre je pars d'un éclat de rire. Il s'agit du Manifeste Chap : Savoir-vivre révolutionnaire pour gentleman moderne, écrit par Gustav Temple et Vic Darkwood dans le cadre de la Confédération des Anarcho-Dandys. Mes amis me connaissent bien et ont du goût, je suis fier et flatté de les avoir auprès de moi.
Rien qu'au logo, la couleur est annoncée...
Ce livre est un petit bijou d'humour britannique, où les auteurs prônent rien de moins que la "révolution par le tweed" et plus exactement le droit pour un révolutionnaire d'être bien habillé. Il se décompose sous la forme de petits articles abordant tous les sujets (motivations, actions, habillement) avec des illustrations un peu rétro et un humour à froid d'une grande subtilité. On y apprend ainsi comment il convient de s'habiller pour lire chez soi, mais aussi les actions à entreprendre face à tous ces antres du mauvais goût que peuvent être les chaînes de magasin d'habillage, les fast-food, etc. Comment communiquer en utilisant ses jambes comme sémaphore et comment faire du sport (diantre) sans en donner l'air (ouf).
Bref, c'est un petit livre fort drôle qui, par certaines critiques satyriques donne parfois à réfléchir - sur les raisons de son engagement, ses goûts vestimentaires, et la place de l'élégance ainsi que la politesse dans la société actuelle - mais dont l'objet principal reste de s'amuser. Et d'être élégant. Rafraîchissant.
Je vous laisse, j'ai rendez-vous chez mon tailleur.

Le Manifeste Chap : Savoir-vivre révolutionnaire pour gentleman moderne, de Gustav Temple & Vic Darkwood, chez Equateurs
ISBN n° 2849901563
Site Web de Chap Magazine

mercredi 29 décembre 2010

Une saine indignation à un prix modique

Il paraît qu'on en parle partout. Je n'en sais rien. Pourtant, je ne fuis pas les médias (j'ai pas loin de 70 flux RSS de médias divers dans mon aggrégateur) juste la télévision, que je ne possède pas. Bref, j'ai donné trois roupies à la marchande en l'échange d'un exemplaire de "Indignez-vous !". C'est seulement rentré au foyer que l'un de mes parents me dit "ah tiens, tu l'as acheté ? On en parle partout."
Bon, moi qui croyait être tombé sur un petit opuscule méconnu, c'est loupé. En même temps, je me fiche de la célébrité du dit opuscule. L'essentiel, c'est qu'il soit bon. Alors, l'est-il ? Et de quoi parle-t-il ?



L'auteur, Stéphane Hessel, n'est pas un inconnu. Il fait partie de la poignée de résistants actifs encore en vie. Diplomate, ambassadeur, poète et l'un des rédacteurs de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Excusez du peu. Les mots me manquent pour témoigner du respect que ce monsieur m'inspire.

Récemment, donc, il a rédigé Indignez-vous ! qui est une sorte de lettre ouverte aux français, ou mieux, à tous, qui, à l'heure actuelle, ne réagit plus vraiment aux horreurs qu'elle voit ou qu'elle subit. Qu'elle voit, surtout, via une société médiatisée omniprésente. Le titre, c'est un cri du coeur, le contenu, c'est un encouragement à sortir de l'acceptation muette. Un encouragement à réagir. Une explication, aussi, de ce qui a fait de M. Hessel l'homme qu'il est, de ce qui le meut. Et ça, c'est justement une indignation franche, digne, rageuse, qui le prend aux tripes et qui le fait avancer, aujourd'hui encore, après 93 années de luttes. Presque un siècle, à peine plus jeune que le code du travail originel (celui qui ne fut pas charcuté).

Oui, aujourd'hui, on oublie souvent de s'indigner. Plus qu'un bol d'air frais, ce livre est un verre d'eau froide à la gueule, pour se réveiller. A lire !

Indignez-vous ! de Stéphane Hessel
chez Indigène Editions
ISBN n°978-2-911939-76-1

lundi 20 décembre 2010

Le dernier bouquin de l'année

Pour cette fin d'année, un billet sur un livre un peu déprimant. Malcolm Beith est un pigiste qui a essayé d'approcher le plus célèbre des chefs de cartel en activité, à savoir Joaquin Guzman, dit "El Chapo", et il dresse dans ce livre l'historique de la montée en puissance des cartels mexicains, de leurs guerres internes, de la guerre avec les gouvernements mexicains et américains, et de l'effet général de tout cela sur la population.

Et cet historique est triste. Et violent. Triste parce que, au global, le combat semble sans issue et perdu d'avance. La quantité d'argent en jeu est si phénoménale que les cartels ont les moyens de s'offrir cent fois les hommes politiques et les politiciens dont ils ont besoin pour se protéger de la loi. Et si vient un type décidé à tenir son serment, il finira le corps criblé de balles ou découpé en morceaux après quelques maigres victoires : la guerre contre la drogue a fait des dizaines de milliers de morts au Mexique. Corruption à tous les étages, démission générale, population soutenant parfois les criminels, le tableau est d'une noirceur de charbon. Ce qui ressort le plus de tout cela, c'est le pouvoir de l'argent, et de sentir qu'avec des chèques assez gros et nombreux le même drame pourrait survenir dans n'importe quel pays.


En termes d'écriture, si le livre est intéressant et bien écrit, il reste aussi anecdotique, dans le sens où le contenu manque de chiffres et de traitement en profondeur. Ce qui le rend certes facile à lire, mais il aurait été intéressant d'avoir plus d'information sur les actions  gouvernementales mexicaines et américaines, qui ne sont traités, hélas, que d'une manière finalement légère donnant l'impression d'un poulet sans tête, qui court à l'aveuglette en attendant de s'effondrer. Or, malgré la corruption à grande échelle, la vision d'ensemble existe. D'ailleurs, certains acteurs envisageant des choses à grande échelle sont présentés, mais toujours via l'anecdote. C'est un peu dommage, donnant un aperçu des choses par petites touches concentriques plutôt qu'une grande fresque. Un autre petit reproche, c'est le sentiment d'une légère fascination de l'auteur pour Guzman, mais cela reste léger.

Un livre intéressant, aux informations récentes (début 2010) qui mérite d'être lu, mais qui mériterait d'être accompagné d'un ouvrage plus dense. En même temps, je réclame, je réclame, mais je suis pas sûr que j'aurais eu le courage de lire un ouvrage dense sur le même sujet, hihihi.

The Last Narco par Malcolm Beith (blog)
en anglais chez Penguin
ISBN n°9780141048390

mardi 14 décembre 2010

Censure à la con et Loppsi 2 : mailez vos députés

Avaaz.org a mis en place un système permettant d'alerter ses députés. Je sais pas si spammer les boîtes des députés est une bonne idée in fine, mais le lien est là, au bout du texte repris de Avaaz :


REFUSONS LA 

CENSURE D'INTERNET

Dans les prochaines heures, les députés français vont adopter les premiers articles d'une nouvelle loi répressive sur la sécurité qui instaurent une censure consistant à filtrer des sites internet -- une attaque dangereuse contre notre libertés démocratiques fondamentales.

Ceux qui défendent ces mesures prétendent qu’elles aideront à lutter contre la pédopornographie -- mais des groupes de citoyens et de lutte contre la pornographie infantile ont dénoncé la loi en indiquant qu’au contraire elle contribuerait à aggraver le trafic sexuel des enfants.

Nos députés ont 24 heures pour rejeter cette mauvaise proposition -- si nous soulevons une vague massive de pression citoyenne partout en France, nous pourrons obtenir un vote allant dans le bon sens et protéger notre démocratie. Envoyez un message urgent!

lundi 8 novembre 2010

Sur la désobéissance civile - manuel & interview

 J'avais promis un billet sur la désobéissance civile, le voici donc.

Le concept de désobéissance civile n'est pas nouveau. En effet, Thoreau, Gandhi, Martin Luther King en ont été les pionniers, désobéissant à l'autorité, de manière civile (à prendre au sens de "courtois", "pacifique", "civilisé",...). Greenpeace, Sortir du Nucléaire, les Faucheurs Volontaires, Casseurs de Pubs, etc. sont des associations qui pratiquent la désobéissance civile. En gros : ils connaissent la loi et pour faire avancer leurs idées, ils vont braver cette loi, quitte à en subir les conséquences, tout en tentant de mettre l'opinion publique de leur coté.

C'est quelque chose d'extrêmement difficile, d'extrêmement courageux. Il ne faut pas croire, cependant, que tout leur réussit ou que seuls des gens "bien" pratiquent ce type d'action (j'en veux pour exemple les "désobéissants fiscaux", brrrr !).

Certains ont beaucoup pratiqué la désobéissance civile et sont capables d'organiser des actions impressionnantes. Afin de partager la longue expérience acquise dans toutes ces actions, l'un d'entre eux a rédigé un manuel clair et concis pour apprendre à entreprendre correctement ce genre d'actions. Et c'est donc le :


Petit Manuel De Désobéissance Civile A L'Usage De Ceux Qui Veulent Vraiment Changer Le Monde de Xavier Renou
chez Syllepse
ISBN n°978-2-84950-232-7

Ce tout petit ouvrage contient tout ce qu'il est nécessaire de connaître pour :
- comprendre la notion de désobéissance civile
- comment organiser une action de ce genre
- comment contrôler et organiser le déroulement de l'action
- comment gérer l'après (opinion publique, médias, éventuellement prison)
Le tout en gardant à l'esprit que le but est quand même d'obtenir des résultats (directs ou indirects via l'opinion publique). Un très bon petit manuel. D'ailleurs, les quelques rolistes qui me lisent devraient eux aussi le lire, dans l'idée de concevoir des scénarios pour leurs jeux contemporains.


L'auteur organise parallèlement des stages de formation à la désobéissance civile, un peu partout en France
~=o0o=~
Et j'ai une surprise.

Mon billet sur le nudisme et l'anarchisme avait été pas mal lu et, dans le cadre de la thématique sur la désobéissance civile, j'en ai profité pour contacter les gens de l'APNEL, l'Association pour la Promotion du Naturisme En Liberté.
Les gens de l'APNEL pratiquent la désobéissance civile puisque, d'une manière absolument civile, ils choisissent délibérément de désobéir à la loi (plus exactement à une certaine lecture de la loi) en organisant des actions, telles que les "randonues" : des randonnées en pleine nature, nus. Je les ai contactés pour une interview dont voici le compte rendu (ne possédant pas de dictaphone, il s'agit de la retranscription de mes notes dans un simple cahier, on m'excusera donc pour leur coté pèle-mêle).

Cet entretien a été réalisée par mail ainsi que lors d'une randonue à l'orée de Fontainebleau, dans les bruyères en fleur d'un coin isolé à deux pas du GR1. Lors de mon contact avec l'APNEL, Jacques & Sylvie m'ont gentiment invité à participer à un bivouac et randonnée naturistes. Je n'avais guère pratiqué que sur quelques plages, mais je suis quelqu'un de curieux qui aime expérimenter les choses dont il parle, aussi ai-je volontiers accepté le baptême proposé.
C'est ainsi que par un superbe samedi d'août en milieu d'après midi j'ai tombé mon short, non sans appréhension, au milieu de la nature, avec 8 autres personnes. Nous étions 4 hommes, 4 femmes et un enfant, la parité était donc respectée. Nous avons marché sur un petit chemin au milieu des arbres et des bruyères, avant de nous poser dans une clairière de sable fin. La lune presque pleine (gibbeuse, donc) éclairait comme un phare la bruyère en fleurs tandis que nous devisions autour de la lampe à acétylène.
Cette expérience, ma foi agréable, m'a permis de répondre beaucoup de questions que je me posais sur le naturisme mais il faut bien comprendre qu'au bout de dix minutes la nudité de tous est une information finalement complètement secondaire.  On n'y prête rapidement plus attention, reste surtout la balade...



Je ne me pense cependant pas prêt à baguenauder ainsi régulièrement : j'ai encore des réticences personnelles, même si tout s'est très bien passé et dans une ambiance sympathique. En tout cas je comprends à présent très clairement ce que recouvre l'expression "banalisation de la nudité" : en effet, au bout de dix minutes, on s'en fiche. Et on fait une jolie randonnée dans un coin sympa. Pourquoi faire tout un fromage de quelques bouts de tissu ?

Mise à jour mai 2011 : l'interview a été reproduite dans le magazine en ligne des naturistes québécois dont le numéro est consultable au bout de ce lien.