samedi 14 mars 2009

Grand Frère te surveille, c'est pour ton bien

En ces périodes de loi Hadopi, de rétention de sûreté, de vidéo surveillance, d'analyses ADN, comment ne pas causer un peu de Georges Orwell ? C'est d'autant plus d'actualité qu'à la fin de l'année dernière a paru un petit recueil de textes pour le moins essentiels du grand homme.

Orwell est surtout connu de par le monde pour son immense livre 1984, ainsi que pour La Ferme des animaux. 1984 est un ouvrage visionnaire, qui a inspiré énormément de livres, de films et d'ouvrages. Big Brother est devenu le cliché de la surveillance, au point de donner naissance, assez ironiquement, à un genre d'émission de télé proprement navrantes.

A Ma Guise - Chroniques 1943-1947
de Georges Orwell chez Agone
ISBN n° 978-2-7489-0083-5

Entre 1943 et 1947, Orwell va tenir une chronique hebdomadaire où il peut écrire sur ce qui lui chante, d'où le titre du recueil qui les rassemble. Le journal qui les publie, Tribune, est un journal de la gauche radicale britannique, où Orwell vient de rentrer en tant que directeur littéraire après un long séjour à la BBC qu'il a mal vécu. Il restera à Tribune jusqu'en 1945, mais continuera encore de publier sa chronique hebdomadaire jusqu'en 1947. Toutefois, la publication des textes est interrompue pendant de long mois vers 1946.

Puisqu'il a les coudées franches, Orwell y parle vraiment de tout ce qui lui passe par la tête : de rosiers, de V2, des nouvelles dans la littérature anglaises, de politique, etc. Ces nombreuses chroniques donnent, au travers des nombreux sujets couverts, une vision très étendue de la mentalité britannique dans les années qui ont suivi le Blitz, et du fonctionnement de la société. Qu'Orwell peste contre le déclin de la nouvelle, la difficulté de se procurer un produit ou qu'il encense un recueil de poésie, il crée un tableau pointilliste de cette société britannique calcifiée qui va grandement changer en quelques années.

Le plus intéressant est de voir dans ces multiples chroniques toutes les graines de 1984 : la structuration de la société, la surveillance, le va-t-en-guerre, la peur de l'autre, le stalinisme, etc. En donnant son opinion sur toutes sortes de sujet, Orwell nous donne les clefs de la compréhension de son plus célèbre roman.

Utilité au lecteur de gauche :
  • C'est un ouvrage essentiel pour comprendre Orwell et aborder 1984 avec le même oeil que son auteur
  • Il donne une vision lumineuse de la société anglaise pendant et juste après la seconde guerre mondiale
  • Il montre les fondements et le fonctionnement des luttes sociales anglaises de l'époque du point de vue de l'auteur
Et puisque je parle de toute cette surveillance moderne, c'est l'occasion de parler des Big Brother Awards, dont le rapport d'activité a paru l'an dernier. Quis custodiat ipsos custodes ? demandait ironiquement Juvenal. "Qui garde les gardiens ?" ou "Who watches the watchmen ?" puisque c'est là aussi d'actualité.
Ces dernières années ont vu l'arrivée à grande vitesse de nombreuses technologies et loi dédiées à la surveillance des êtres humains. Difficile de ne pas laisser traîner partout des petits cailloux blancs dans les fichiers informatiques de toute la société. La CNIL est de plus en plus un organisme relégué, ignoré, aux bases rongées au fur et à mesure des années.

"Je ne veux pas me faire ficher, estampiller, classer ou déclasser puis numéroter ! Ma vie m'appartient !" disait le n°6 (P. McGoohan) dans la série Le Prisonnier

Ce n'était pourtant que les années 60. Combien de fois sommes nous numérotés, entre la sécurité sociale, les identificateurs, le numéro de cartes d'identité ou de passeport, les numéros de compte en banque, l'adresse Mac de notre ordinateur, l'identificateur de notre passe Navigo ou que sais-je encore ? Il faut s'y faire, nous sommes des numéros. Et ce même sans parler du STIC, de EDVIRSP (ex EDVIGE) et autres fichages.

Big Brother Awards - Les Surveillants Surveillés
par l'équipe des Big Brother Awards chez Zones
ISBN n°978-2-35522-014-2

Les Big Brother Awards sont un jury qui, chaque année depuis 2000 décernent des prix à celles et ceux, personnes ou organismes, auront fait le plus avancer la société vers celle décrite dans 1984. Et il faut avouer qu'actuellement, avec un ministère dont le nom est carrément en novlangue, les frontières se "floutent" sévèrement.

Les prix Orwell sont remis par catégories :
- Ensemble de son oeuvre
- Etat et élus
- Entreprise
- Localités
- Novlang
- Prix Voltaire (qui, inversement, récompense ceux qui luttent contre ces dérives)
- parfois "Mention spéciale"

Le prix Orwell est une botte écrasant un visage, qui provient de la célèbre phrase d'Orwell sur sa vision de l'avenir (" Si vous voulez une image du futur, imaginez une botte écrasant un visage humain, pour toujours").

Le livre est un recueil d'articles sur les technologies et loi de surveillance, les activités de la CNIL, les raisons pour lesquelles M. Sarkozy ne peut plus être nominé à ce prix, les prix remis année par année et les raisons pour lesquelles ils ont été remis.

Le constat est effrayant. L'esprit ne ressors pas indemne de la vision de l'avenir que réclament à grands cris société, lobbies, politiques, élus. Jamais la série "Le Prisonnier" n'a été, finalement, une telle source d'inspiration pour imaginer l'avenir qu'on souhaite pour nous. L'écoeurement point assez vite, la colère et la rage aussi. Je vous invite à aller voir la liste des nominés année par année, qui indiquent les raisons des nominations. MKULTRA était le passé, un passé délirant. L'avenir est moins dément, mais tellement plus efficace, avec une approche tellement plus ... holistique.

"Unlike me, many of you have accepted the situation of your imprisonment, and will die here like rotten cabbages." - le N°6 (Contrairement à moi, beaucoup d'entre vous ont accepté leur emprisonnement et mourrons ici comme des choux pourris.)

Utilité au lecteur de gauche :
  • Ce livre donne un panorama des dérives sécuritaires de notre société. C'est un parfait résumé de tout ce qui a été tenté entre 2000 et 2007, et ça donne une vision de ced que l'avenir nous réserve si nous laissons faire.

Bonjour chez vous.

mardi 3 mars 2009

A combien estimez-vous votre cerveau ?

La question se pose sérieusement, depuis le fameux mot de Patrick Le Lay (alors PDG de TF1, 2004, in Les Dirigeants Face au Changement) : "(...) Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible." TF1 vendrait donc mon cerveau sans me fournir une part des bénéfs ? Ils diraient que leurs émissions sont le bénéf qui me revient. Sauf que j'ai pas la télé et qu'en ces temps de disettes, honnêtement, je préférerais de l'argent. Ah oui, mais mon cerveau n'est alors pas dispo, puisque les messages consuméristes ne me parviennent plus ?
Oh, ils me parviennent, ne nous inquiétons pas de ça. Rien que dans mon film préféré, Blade Runner, une publicité Coca Cola envahit l'image pendant un court moment. Court mais néanmoins présent. Si je touchais une thune à chaque panneau, placard, spot, logo ou autre qu'on me force à bouffer, je serais riche. Sur Internet, quand un cuistre me lasse, il me suffit d'un clic pour que plus jamais un de ses messages ne vienne salir mon écran. Il y a des moyens d'automatiser son mépris. Mais pas pour la publicité et le monde réel, et c'est bien dommage.
Heureusement, des trucs comme le TiVo, qui enregistrent les émissions et fardent la publicité sont une amélioration, mais ça n'ôte pas le placement de produit dans les films (entre autres).

"Il faut se dépêcher de passer d'une société tournée vers les choses à une société tournée vers les gens. Lorsque les machines et les ordinateurs, les bénéfices et les droits de propriété prennent plus d'importance que les êtres humains, on ne peut conquérir les triplés géants du racisme, du matérialisme et du militarisme."
- Martin Luther King Jr.

N'ayant pas, pas encore, lu le célèbre pamphlet de Naomi Klein, No Logo, j'ai rapidement lu le court ouvrage de Marie Bénilde sur les rapports malsains entre médias et publicité.

On achète bien les cerveaux. La publicité et les médias.
de Marie Bénilde chez Raisons d'Agir
ISBN n°972-2-912107-31-2

Ce livre est un court résumé des rapports entre la publicité et les médias. Des débuts de la publicité à sa mainmise sur la presse ou la télévision, en passant par le flicage des internautes afin de les étudier pour mieux les inonder de publicité. La publicité va jusqu'à récupérer les slogans de ses détracteurs pour vendre ses bêtises dont on n'a pas besoin, mais la formatation de la société pour ne faire de nous que le pinnacle de nos possessions est tel qu'ils peuvent se le permettre, nuisant à la critique même du sujet. Sans même parler de l'envahissement continu, qui salit nos murs, nos paysages, nos cerveaux (la bien jolie science du neuromarketing).

C'est donc un portrait d'une noirceur rare, auquel j'ai bien du mal à trouver des contre arguments afin de relativiser ce paysage de l'horreur à logo qui se dessine sous mes yeux.

Utilité au militant de gauche :
  • Ce livre résume l'évolution de l'hydre publicitaire et son envahissement de tout, partout
  • Ce livre évoque les luttes et les méthodes pour lutter qui ont servi, avec leurs résultats, mais en filigrane du texte
  • Ce livre rappelle toutes les atteintes à la personne, de toutes sorte, que représentent la publicité, chose immorale n'hésitant pas à utiliser les enfants
  • Ce livre rappelle aussi l'impuissance des forces politiques, qui se contentent éternellement de chartes, conventions et autres couenneries destinées à ne surtout pas légiférer pour mettre un terme définitif à certains comportements.
Allez, pour parler de choses plus joyeuses, je suis tombé chez mon petit libraire indépendant favori sur un petit recueil ma foi bien joli de citations de Martin Luther King Jr. d'où provient la citation qui orne ce message. Je cherchais un recueil de ses discours et sermons, mais ce n'est que partie remise.

Rêver : inspirations et paroles de Martin Luther King, Jr.
aux éditions Acropole
ISBN n°978-2-7357-0279-4

En attendant, ce livre permet d'entrevoir le grand homme qu'il était. Ces quelques formules, extraits, de ses nombreux sermons et discours ne sont pas que relatives à la lutte pour les droits civiques des Noirs aux Etats Unis. Cet ouvrage montre le grand humaniste, empreint d'une vision claire de ce que doit être le rapport entre les hommes.
Ce trop court opuscule, joliment présenté, ne m'a donné que plus envie de mettre la main sur un recueil de textes complets.

Utilité au militant de gauche : ce livre permet de ne pas oublier qu'une société, c'est avant tout des hommes, que tout ce qui fonde cette société devrait être au service des hommes et non l'inverse, quelle que soit leur origine, couleur de peau, langage, situation sociale, ou autre.

samedi 28 février 2009

La Vague

Un très court billet pour signaler la sortie ce mercredi 4 mars 2009 au cinéma de l'adaptation cinématographique du livre de Todd Strasser commenté dans le billet précédent. Une fois n'est pas coutume : si vous n'avez pas envie de lire, vous pouvez toujours voir le film.

Rappelons vite fait de quoi il s'agit : un professeur d'histoire contemporaine dans une université californienne va tenter d'expliquer la montée de l'acceptation d'une idéologie par l'exemple.

C'est une histoire vraie, qui a eu lieu en 1964.

Le film est allemand (Die Welle).
Bande annonce en français :
http://www.youtube.com/watch?v=SAr3dxvWRz4

mardi 3 février 2009

La pression des pairs n'est pas une nouvelle vague

Je profite d'une sortie BD récente pour évoquer trois expériences sociologiques célèbres qui ont pu donner une image assez particulière de l'humanité et de la notion de "pression des pairs" ou de l'autorité. Ces trois expériences "limites" sur la psychologie humaine proviennent toutes d'une volonté de comprendre ce qui s'était passé durant la seconde guerre mondiale. Elles ont toutes dépassé de manière dangereuse le cadre de l'expérimentation et ouvert une fenêtre sordide autant qu'inquiétante sur la noirceur humaine.

La troisième vague
Il s'agit d'une expérience menée en 1967 par un professeur de l'université de Palo Alto en Californie. L'expérience fut très peu documentée à l'exception de quelques articles dans le journal de l'école et du compte rendu écrit par le professeur, des années plus tard.
Cette expérience a été adaptée en roman par Todd Strasser, mais aussi en film (Die Welle).

La Vague
de Todd Strasser
roman (poche) : ISBN n°978-2266185691 chez Pocket
BD : ISBN n°978-2-35013-156-6 chez JC Gawsewitch
Sur wikipedia

Ne pouvant arriver à expliquer comment les allemands ont pu laisser les nazis arriver au pouvoir et mettre en place l'horrible "Solution Finale", il décide de mener une petite expérience.
Il met en place une discipline de fer dans sa classe, puis des exercices physiques, une devise, le tout sous l'excuse de l'hygiène de vie, de l'amélioration personnelle et du bien commun. Petit à petit, son système recopie le nazisme, avec salut, devise, etc. Et l'expérience lui a échappé des mains. Les élèves ont parfaitement suivi l'exemple, avec culte du leader, menace et violences sur les opposants, etc. en seulement une semaine !
Les élèves étaient devenus les parfaits petits drones qu'ils détestaient seulement une semaine auparavant. Le professeur le leur fit réaliser le dernier jour, mettant fin à l'expérience d'une manière explicite avant que la situation ne dégénère.

Soumission à l'autorité - Expérience deMilgram
Une autre expérience qui fait peur, celle de Stanley Milgram. Si vous pouvez vous le procurer, elle est reproduite visuellement dans le film I... Comme Icare, un agréable film sur l'assassinat de J.F. Kennedy (ce qui n'a que peu de rapport avec ce qui nous occuppe ici).

Soumission à l'autorité
de Stanley Milgram
chez Calmann Levy
ISBN n°978-2702104576
Sur Wikipedia

L'expérience de Milgram (1963) est très simple ainsi que très documentée, car elle fut reproduite de nombreuses fois dans de nombreux pays : un scientifique en blouse blanche accueille deux personnes qui ont été recrutées pour une expérience sur la mémoire (ou autre, peu importe). Un tirage au sort a lieu pour les départager : l'un sera le "professeur", l'autre l' "élève".
Toutefois, le tirage au sort est truqué, et l'un des deux recrutés n'est qu'un acteur. Une seule personne est étudiée lors de l'expérience et sera, par truquage du tirage au sort, le "professeur".
L' "élève" s'assied sur une siège et le "scientifique" met sur lui des électrodes. Le "professeur", quant à lui, s'assied à un pupitre de commande, dont les leviers envoient des décharges électriques à l' "élève".
L' "élève" ne reçoit pas réellement les décharges, mais il les simule pour que le "professeur" y croie.
La question de l'expérience est : si on en donne l'ordre au "professeur", ce dernier ira-t-il jusqu'à "tuer" l' "élève" ?
La réponse, donnée par l'expérience est, hélas, oui. Dans la très grande majorité des cas. Les variations de l'expérience donne des résultats très similaires confirmant l'idée que les gens se soumettent facilement à ce qu'ils reconnaissent comme l'autorité s'ils ressentent qu'ils sont ainsi déchargés de leur responsabilité...

Effet Lucifer - Expérience de Stanford
Réalisée en 1971, cette expérience est à rapprocher des deux précédentes. Elle est plutôt bien documentée, mais ne fut jamais reproduite (sauf par la BBC comme émission de téléréalité). En l'occurence, on a ici choisi des sujets considérés comme particulièrement stables et peu dangereux, de peur d'avoir des débordements. Par tirage au sort, les sujets se sont retrouvés soit gardiens, soit prisonniers.

The Lucifer Effect
par Philip Zimbardo
ISBN n°978-1846041037
Sur wikipedia

Wikipedia raconte d'ailleurs la suite mieux que je ne pourrais le faire :

Les prisonniers et les gardes se sont rapidement adaptés aux rôles qu'on leur avait assignés, dépassant les limites de ce qui avait été prévu et conduisant à des situations réellement dangereuses et psychologiquement dommageables. L'une des conclusions de l'étude est qu'un tiers des gardiens fit preuve de comportements sadiques, tandis que de nombreux prisonniers furent traumatisés émotionnellement, deux d'entre eux ayant même dû être retirés de l'expérience avant la fin.

Malgré la dégradation des conditions et la perte de contrôle de l'expérience, une seule personne parmi les cinquante participants directs et indirect de l'étude s'opposa à la poursuite de l'expérience pour des raisons morales. C'est grâce à celle-ci que le professeur Zimbardo prit conscience de la situation et fit arrêter l'expérience au bout de cinq jours, au lieu des deux semaines initialement prévues.

5 jours. Seulement cinq jours pour transformer des êtres humains en bourreaux.

Utilité au militant de gauche :
Ces livres sont à mon humble avis utiles à tous, quel que soit le bord. Ils expliquent très bien comment une population peut se laisser glisser de manière très simple dans l'obéissance absolue et aveugle, le respect des règles qu'on leur a données en se dépouillant de ce qui fait d'un homme (ou d'une femme) un être humain.
Ces scientifiques ont mis l'âme d'un groupe d'humains sous un microscope et l'ont regardée avec attention, jusqu'à ce que le dégoût ne vienne mettre fin à l'expérience. Mais il serait trop facile de rejeter la faute sur le groupe : l'expérience de Milgram montre notre coté veule et soumis, et ce individuellement.
Une fois ces livres lus, le célèbre roman de Robert Merle, La Mort est mon métier, n'en devient que plus effrayant, plus atroce, plus ... humain.

Toutefois, attention : ces expériences sont très controversées et la généralisation de leurs conclusions est sujette à caution. Les événements ont bien eu lieu, mais la non reproduction des expériences (à l'exception de celle de Milgram) sauf de façon assez petite, rend ardue la généralisation de ce qui s'est produit.

Il en parle aussi :
La Vague de Todd Strasser

dimanche 18 janvier 2009

Le Manifeste de Unabomber

Je ne peux pas parler seulement de textes et d'ouvrages m'ayant plu. Je lis aussi des textes qui me déplaisent et ce sur une base hélas trop régulière. Ici, il s'agit d'un texte célèbre aux Etats-Unis quand il a connu son heure de gloire, mais relativement oublié aujourd'hui.

Son auteur s'appelle Theodore Kaczynski Ph. D. , mais il est plus connu sous le nom de Unabomber : ce type, professeur de math en université, a un jour craqué et commencé à laisser traîner des bombes sur les parkings d'aéroports et d'universités (UNinversity Airport bomber). Un total de 16 bombes pour 3 morts et une vingtaine de blessés. Une personne peu recommendable. Le FBI l'attrappa, après 17 ans de méfaits, lorsque son frère découvrit par hasard que Ted était Unabomber.

Ce type est dangereux et malsain, ne faites pas comme lui et ce blog ne soutient absolument aucune de ses actions qui sont démentes et criminelles, ainsi que condamnables. Cet avertissement était nécessaire, merci.

Tant qu'il était en cavale, il a utilisé la terreur pour faire publier un texte de 35 000 mots dans deux journaux américains : le Washington Post et le New York Times en 1995.

Industrial Society And Its Future (De la société industrielle et de son futur)
par Théodore "Unabomber" Kaczynski
En français : http://lanredec.free.fr/polis/UnabomberManifesto_tr.html
En anglais : http://en.wikisource.org/wiki/Industrial_Society_and_Its_Future

Ce texte relativement décousu est un manifeste néo-luddite voire anarcho-primitiviste. Les tenants du néo-luddisme soutiennent que les avancées technologiques sont désormais mauvaise pour la condition humaine. La date de l'inversion de la notion de progrès change en fonction du néo-luddite. L'anarcho-primitivisme est une attitude différente du néo-luddisme en cela que les anarcho-primitiviste pensent que la notion de civilisation est indissociable des notions d'aliénation de la personne que rejettent les anarchistes et prône donc le retour à une attitude primitive. Il s'agit d'une branche "dure" de l'anarchisme. Ayant ici déjà parlé des diverses formes de l'anarchisme, il y manquait cette variante-là (il en manque d'autres).

Le manifeste de Unabomber considère donc et déploie un argumentaire à l'encontre de la société industrielle, en lui proposant un futur apocalyptique d'aliénation de l'homme. Si le sujet et la conclusion peuvent être étudié, la construction argumentaire utilisée par l'auteur est fortement discutable. Le texte s'ouvre même sur la pétition de principe déclarant que la révolution industrielle avait été un désastre pour la race humaine.

Pour résumer, l'idée est que l'avancée technologique aura des conséquences non prévues pour les humains et que la sphère des libertés individuelles réduira comme peau de chagrin. Il en tire la conclusion qu'il ne faut pas perdre de temps et mettre fin à tout cela avant que les événements menant à l'avènement de Skynet (Terminator) ou de la Matrice (Matrix) n'aient lieu. Je caricature, mais seulement de manière très légère.

Si de grandes parties du texte relèvent, pour moi, du délirant ou du malsain, le fait est qu'à l'heure actuelle de nombreuses technologies se développent qui pourraient mettre en danger les libertés individuelles : drones de police, puces RFID, etc.

De mon point de vue, ce texte n'est intéressant que du fait de ses conditions de publication et de son auteur. On trouvera la même réflexion, mieux argumentée et moins délirante chez de nombreux autres auteurs, qu'il s'agisse d'études ou de science fiction : Fight Club, Le Meilleur des mondes, Matrix, etc. Ca ne manque pas. Autant faire l'impasse sur le manifeste, dont les quelques éléments intéressants sont repris de meilleure manière ailleurs, voir à ce sujet l'article de Wired.

De Kaczynski, on pourra toujours se pencher sur

Ship of Fools (La Nef des fous)
En anglais : http://www.sacredfools.org/CrimeScene/CaseFiles/S2/ShipOfFoolsStory.htm
En français : Nef des fous
En pièce de théatre : http://www.sacredfools.org/CrimeScene/CaseFiles/S2/ShipOfFools.htm
etc.

Il s'agit d'une fable racontant l'histoire d'un navire se dirigeant vers un désastre assuré. On s'en rend compte, mais l'équipage est tellement focalisé sur ses petits besoins immédiats que le capitaine détourne leur attention du grand malheur à venir en leur accordant leurs petits besoins mesquins.

mardi 13 janvier 2009

De l'échange de biens abondants

Tiens, je vais parler d'un texte encore plus court et encore plus obscur, et pourtant extrêmement intéressant, dont le sujet est un sujet clef en ces temps où l'information est une denrée dont le système de vente alimente les conversations. En effet, pour ceux qui s'intéressent un peu à l'informatique (et lire un blog tel qu'icelui est déjà un indice), vous n'ignorez pas toutes les fortes discussions concernant l'achat et la vente de culture numérisée : livres, musique, films, la liste est longue.

Une des notions clef autour de cette histoire est la rémunération de l'auteur mais surtout de ses intermédiaires car c'est surtout eux qui ont le plus à y perdre dans l'affaire.

Une autre des notions clef est la nature même du dit bien. Une musique, un film ou tout autre élément culturel est une information, une donnée. Notre économie est conçue, justement, autour de la notion d'économie. Oh la belle lapalissade. En fait pas vraiment. L'économie est la science de l'échange de biens basée sur la notion de rareté de ces biens. Plus un bien est rare et/ou demandé plus il est cher. Mais cette notion ne s'applique qu'à des biens finis. Par exemple : j'ai un bonbon, je donne ce bonbon, j'ai plus mon bonbon.
Dans le cadre de l'information, ce n'est plus vrai, car il s'agit d'un bien transfini. Par exemple : j'ai un renseignement, je donne ce renseignement, je n'ai pas pour autant un renseignement en moins. Je pourrai à nouveau donner (ou vendre) ce renseignement.
Ce bien est donc abondant une fois réalisé la première fois.

C'est là où la tentative d'appliquer la notion d'économie à ce genre de biens est viciée, car on se retrouve avec des noeuds à la tête pour tenter d'expliquer en quoi il est rare pour y appliquer les règles de l'économie. Et le seul moyen de le faire se trouve dans les biens connexes à mon information : production, transport, distribution. Mais pas au bien lui-même.

Or, un mp3, un divx, un logiciel libre, par le biais du net, n'a plus aucun des biens connexes, à part la plateforme de distribution (mais le P2P enlève cette notion) et le travail de l'auteur et de ses comparses, comme par exemple, l'équipe de tournage et de montage du film. Le réalisateur n'est pas le seul auteur d'un film. Donc la notion d'économie ne parvient plus à s'appliquer qu'à la phase de création du bien. Après, le bien est transfini. D'où tout la complexification, souvent biaisée, parfois abusive, de ce sujet. Alors que le problème est simple : ces biens sont transfinis, l'économie va donc avoir du mal à s'appliquer.

Tout ceci est expliqué dans un court essai, hélas en anglais (lien direct sur le titre) :
Agalmics : the marginalization of scarcity
par Robert Levin

C'est dans cet essai que l'auteur met en avant la notion d'agalmique, c'est à dire les règles gouvernant l'échange de biens abondants. L'inverse exact de l'économie. A partir de cette notion, des personnes douées dans le domaine de l'économie (hi hi) pourraient, peut être, réfléchir à une vraie solution pour gérer les biens transfinis d'une manière plus satisfaisante que les solutions proposées jusqu'ici, que je n'hésiterais pas à qualifier de décevantes. L'important étant de tenir compte de la nature même du bien.

A priori, on pourrait croire que ça ne s'applique qu'à l'information, mais si j'en crois les auteurs de science fiction, notre vie actuelle ne restera pas similaire pour toujours. Et parmi les éventualités proposées par ces auteurs, deux s'avéreront nécessiter l'agalmique plus que tout :
  • Dans le cas où on crée des "imprimantes à matière", c'est à dire une imprimante capable de fabriquer un canapé comme une lampe à partir d'un schéma téléchargé sur Internet, tout bien devient transfini. L'économie devient une notion obsolète
  • Dans le cas où l'humanité s'uploaderait dans un ordinateur géant, la notion d'économie n'aurait plus de sens.
Bien sûr, ces exemples sont purement science-fictionnels (ou dans un futur extrêmement lointain). C'était pour dire que non, les règles de l'économie ne sont pas "naturelles", ni "éternelles". La notion même d'économie n'est pas "éternelle" et est technologiquement dépassable. C'est juste que ce dépassement est extrêmement lointain.

Tout cela dépasse mon propos. L'idée était de signaler que la notion d'économie elle-même, à la base et dès aujourd'hui, s'applique mal aux biens informationnels.

Utilité au lecteur de gauche :
  • s'ouvrir un peu l'esprit à des possibilités nouvelles, surtout face aux nouvelles technologies
  • alimenter et étendre la réflexion sur la notion même d'échange des biens
Edition : on notera que l'album qui s'est le mieux vendu sur la plateforme Internet en 2008 est un album aussi distribué gratuitement, "Ghost I-IV" de Nine Inch Nails, qui a rapporté plus d'un million de dollars la première semaine à son auteur.

vendredi 2 janvier 2009

Taz, ce n'est pas que chez la Warner Bros

Pour continuer la célébration du bicentenaire de la naissance de Proudhon, une autre de mes lectures récentes est un livre de Hakim Bey intitulé "T.A.Z.". Oui, en ce moment, je suis plutôt sur des livres courts, et cet opus de Bey recueille la traduction de l'une des trois parties d'un livre plus fourni de l'auteur. Cependant, le concept des Temporary Autonomous Zones est un des concepts clef de la pensée de Bey (de ce que j'en sais, du moins, c'est-à-dire pas grand chose hélas).

Hakim Bey, de son vrai nom Peter Lamborn Wilson, est un personnage controversé chez les anars, car il propose un anarchisme si individualiste qu'il en devient apolitique (merci wikipedia). Bref, je ne connaissais que le nom de cet homme là, j'ai donc profité d'une vitrine de librairie achalandée pour découvrir que ses textes étaient traduits en français et à prix raisonnable. Soit.

T.A.Z. Zone Autonome Temporaire
de Hakim Bey
chez L'Eclat
ISBN : 978-2-84162-020-3

Comme son nom l'indique, Bey décrit dans ce livre, sans le définir car il juge que la définition se déduit naturellement de l'exemple, son concept de zone autonome temporaire (TAZ pour Temporary Autonomous Zone). Il s'agit d'une zone située dans le temps et l'espace où les philosophies libertaires s'appliquent de fait. Une sorte de paradis anarchiste discret, au sens mathématique, car spontané et temporaire.

En fait, ces T.A.Z. sont nombreuses. Un dîner est une T.A.Z. car il n'y a pas de lois, pas de hiérarchies : les interactions entre les convives ne sont dictées que par la propre éthique de chacun d'entre eux, dans une culture de politesse et de manières. Une flash mob ou certains festivaux (burning man, raves) sont aussi des T.A.Z. Certains lieux d'échange sur Internet sont des T.A.Z. (attention, le texte est assez ancien, donc la vision du web présentée date des débuts de l'Internet).

Le livre est l'étude de ces T.A.Z. au travers d'exemples historiques multiples, de l'utopie pirate jusqu'à l'Espagne anarchiste en passant par Makhno.

Utilité au lecteur de gauche :
  • La T.A.Z. permet de voir l'anarchisme en action et de découvrir des anarchies fonctionnelles sur des espaces discrets.
  • Le livre fait un petit récapitulatif d'exemples pratiques, mais c'est bien tout.